Publié par : Memento Mouloud | janvier 21, 2015

Médine, le soralisme, Charlie et les autres

amour 17

Vincent Cespedes affirme « lancé le 1er janvier 2015, le clip, dont le nombre de vues monte en flèche sur YouTube (plus de 500.000 au bout de la première semaine), n’a pas à être interdit. Il faut en revanche y voir un symptôme: celui d’une nouvelle ambition sur le marché des ferveurs, l’ambition de tuer au nom d’une cause pour se sentir enfin pleinement vivant […] Médine s’est justement montré irresponsable -en tant qu’artiste diffuseur de mots, d’idées, d’images et d’émotions saturés de rage et de glorifications du pire. »

charlie-hebdo-07

On le voit Cespedes intervient parce que le clip a du succès et que ce succès n’est pas je-suis-Charlie-compatible. Il est bien évident que si ce clip a pour ambition d’appeler au meurtre, il doit être interdit, première contradiction. Ensuite, quand Charb après l’incendie de son journal et des menaces de mort publiait une caricature de Mahomet, signée Coco, priant les couilles à l’air, avec sur les fesses, une étoile jaune, était-ce autre chose qu’une provocation irresponsable envers des idolâtres incapables de comprendre que la vulgarité ne peut atteindre un homme de foi, encore moins Dieu ? Il s’en suit que Cespedes doit clairement affirmer pour qui de telles imprécations sont une provocation. Enfin toute la fin du clip relève du grand-guignol de l’exorciste, le prendre au sérieux, ce serait comme prendre un clip de Lady Gaga pour une invitation immédiate à embrasser un gang de bikers partouzards. En revanche, de bout en bout ce clip est un manifeste politique crypto-soralien.

amour 5

Tweet de Caroline Fourest « le clip du rappeur Médine contre la laïcité. Ultra-Réac et intégriste. Seul le passage contre moi me fait rire ». C’est juste, le maître à  penser du brave Médine semble, parfois, Farida Belghoul, mais c’est un subterfuge.

Allons plus loin, dans le clip, les français s’opposent aux musulmans de plus on n’y trouve nulle mention des juifs, car Médine croit au complot judéo-maçonnique et il se méfie. A ce titre, il propose une alliance, disons une main tendue aux catholiques intégristes et aux réactionnaires partisans d’abattre la Ripoublique si bien que si l’on ôte de ses paroles les références à l’islam, on y trouve la rhétorique usuelle aux identitaires, la référence ulcérée au mariage pour tous compris.

Pro-Palestinian protesters react during a demonstration against violence in the Gaza strip in Paris

Dès lors, la question à se poser est la suivante, comment le populo basané ou non, musulman ou pas, en est-il venu à embrasser une telle rhétorique ? Doit-on y répondre par un éloge permanent de notre République oligarchique, piteuse et corrompue ?

Comme l’écrivait Olivier Cyran dans une sorte de lettre ouverte aux membres de Charlie-Hebdo dont la plupart sont morts, désormais, « ne montez donc pas sur vos grands chevaux quand vos détracteurs usent de mots durs contre vous. Ces derniers jours, vous avez hurlé au scandale parce qu’un rappeur pas très futé réclamait un « autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » au détour d’un titre collectif inséré dans la BO du film La Marche. Comme si votre journal n’était qu’amour et poésie, vous avez fait savoir à la terre entière que vous étiez « effarés » par tant de « violence ». Pourtant, vous ne vous êtes pas offusqués lorsque le rappeur tunisien Weld El 15 a assimilé les policiers de son pays à des « chiens bons à égorger comme des moutons ». Au contraire, vous l’avez interviewé avec tous les égards dus à un « combattant de la liberté d’expression ». Les violences verbales de Weld El 15 trouvent grâce à vos yeux parce qu’elles visent un régime à dominante islamiste qui veut le renvoyer en prison. Mais quand la métaphore canine se retourne contre vous, ce n’est plus du tout la même chanson. Envolée, la liberté d’expression : ralliement à la rengaine néoconservatrice sur le rap comme « appel à la haine » et « chant religieux communautariste ».

amour 8

Olivier Cyran avait juste oublié ceci, les rédacteurs de Charlie-Hebdo jouaient à la petite guerre imbécile des mots injurieux, des insultes vaines et des dessins outranciers, ils visaient un interlocuteur et n’avaient aucune influence sur les responsables d’Abu Ghraïb qu’ils dénoncèrent en leur temps ; les autres jouissent d’égorger et de trouer de balles leurs contradicteurs, n’importe quelle parole mortifère, ils s’en saisissent et s’en drapent comme un mot d’ordre.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :