Publié par : Memento Mouloud | février 3, 2015

DSK for ever

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Nommé le 1er novembre 2007 à la tête du FMI, Dominique Strauss-Kahn avait été mis en cause en 2008 pour une relation extraconjugale avec l’une de ses subordonnées, Piroska Nagy, cadre d’origine hongroise employée au département Afrique du FMI. Déjà,  DSK avait comme un tropisme. Une enquête interne avait conclu à l’absence d' »abus  d’autorité » mais Dominique Strauss-Kahn avait présenté des excuses publiques en  reconnaissant « une erreur de jugement ». Celle-ci avait écrit aux enquêteurs : « je n’étais  pas préparée aux avances du directeur général du FMI. […] J’avais le sentiment que  j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais. […] Je crains que cet homme  n’ait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où  travailleraient des femmes. »

Cette femme n’avait pas compris que la sexualité social-démocrate possédait comme  substrat un club de gens de bonne compagnie. On s’y échangeait des légitimes, des  maîtresses et des putes afin de perdre, dans un tourbillon de bonnes manières, les trop  faciles assignations d’état-civil. De toute façon, ce monde était emmerdant. Que pouvait il faire d’autre ? Sauver l’univers de la cupidité ambiante. Mais qui croyait encore à ce  genre de conneries, à part Joseph Stiglitz. Encore un putain de juif qui s’en remettait à un tikkun keynésien. Dominique avait laissé ça dans les bureaux de la MNEF et les couloirs  du mitterrandisme. Toute cette panoplie de l’intellectuel en charpie puait le relativisme  mais c’était un parfum moins encombrant que les charniers de l’utopie moderne. Ça  sentait peut-être le foutre et un peu la merde mais personne ne sortait d’un gang-bang,  décapité à la hâche avec ses aveux sur un parchemin du NKVD.

Dominique avait tenté d’agir auprès des instances dirigeantes du FMI afin de favoriser la  carrière d’une ancienne partenaire socialiste de partouze, Emilie Byhet. Comme quoi, il  pouvait aider les femmes quand elles étaient des Loges cochonnes et Cie. Pensionnaire  régulier du club échangiste, les Chandelles, DSK était décrit comme un forcené du cul  mais jamais comme la doublure pathétique d’un performer façon Marc Dorcel.

On trouve une mention rapide des chandelles dans l’ouvrage de Michel Houellebecq, les  particules élémentaires. Le club y est présenté comme un appendice de cette sexualité  partouzarde social-démocrate dans laquelle Bruno et Christiane vivent leurs quelques  mois de bonheur malgré la chute tendancielle du taux de plaisir. En revanche, nulle  mention de DSK, pourtant abonné.

On en vient forcément à se demander si Dominique et Anne étaient liés à cette sexualité  social-démocrate décrispée ou si Dominique était un exclusif de la liaison entre amitiés  masculines, partouzes et adjonction de professionnelles pour enrayer la chute  tendancielle inévitable et l’ennui qui la suit.

DSK était sans doute dans l’entre-deux.

Après tout il n’était ni une pop-star, ni un acteur adulé si bien que ses journées ne  ressemblaient pas à celles décrites avec minutie par Sofia Coppola dans Somewhere. Ce n’était pas non plus un footballeur ou un  chanteur qui fait son marché sans bien regarder l’âge légal pour tailler une pipe, c’était  juste un candidat à la présidentielle confronté à deux tocards et éliminé d’un commun  accord.

Comment tout a commencé, sans doute par une scène semblable à celle décrite par  David Roquet, un collaborateur du groupe de BTP Eiffage. « Je suis allé avec Jade, une  prostituée que René (René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, mis en  examen) m’avait fait connaître. Il y avait Fabrice Paszkowski et Jean-Christophe Lagarde.

On s’est retrouvés à la gare et puis, à quatre, nous sommes allés sur Paris. Nous nous  sommes rendus dans un hôtel, l’hôtel Murano. Nous avons mangé dans la chambre puis  nous avons eu des relations sexuelles tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j’étais  avec Jade, DSK avait aussi sa copine et il y avait d’autres personnes.»

  Question policière : «Est-ce que M. Strauss-Kahn a payé quelque chose?»

-«Non, il était invité.»

– «Il était invité mais il venait avec une copine?»

– «Oui.»

Sur le Procès-Verbal, David Roquet a affirmé que les billets d’avion ont été réservés à  chaque fois par son ami Fabrice Paszkowski, via l’agence événementielle de sa  compagne, Virginie D… « C’est sa société qui avançait l’argent, et ensuite elle établissait  une facture ; c’est pareil avec Fabrice : il organisait, il prenait la moitié des frais et me  disait ce qu’il me restait à charge. » Soit entre 12 000 et 15 000 euros pour chacun. « Je  tiens à préciser que le prix de chaque nuit était de 1 200 euros la nuit, et cinq chambres  étaient réservées ».

Économe des deniers de son entreprise, David Roquet prenait, dit-il, des billets ordinaires  et non business. Trois voyages ont été relevés par les enquêteurs: en décembre 2010,  février 2011 et du 11 au 13 mai 2011, soit la veille du samedi 14 lorsque le patron du  FMI fut arrêté à New York.

On nous disait ces gens travaillent d’arrache-pied, juste le temps d’avaler un sandwich et  de mettre une chemise enveloppée dans un sachet en plastique et les voici au chevet du  monde. « Agir en sauvage, penser en stratège », il se répétait l’adage en avalant un café  entre deux rendez-vous, le nez poudré de cocaïne. Un truc éreintant que cette vie de thaumaturge et d’oligarque nomade. Loin de tout, loin des siens, « j’aurais voulu être un artiste », tout ça, le trip chevalerie costard-cravate.

Bilan, quand on regarde l’agenda de DSK, on observe que le type ne fout strictement  rien. Il ne lit pas, il ne pense pas, il baise comme d’autres font des joggings. Il va au restau, il prend le temps de rencontrer le 60ème petit ami de sa fille de 36 ans, avant d’aller voir Merkel pour lui exposer son point de vue, du moins le point de vue de son staff. Sa femme assiste au 50ème anniversaire de fesses joufflues alias Patrick Bruel alias Benguigui, alias tocardman, une sorte d’Intouchable d’il y a 15 ans. Décidément les français ont mauvais goût, ou plutôt les françaises. Le royaume du chic sent le faisandé.

Il y a encore trois ans, on les entendait les pauvres, nous dire que c’était DSK qu’il fallait. Désormais on le conspue de meetings féministes en dîners. Certaines ne voulurent pas croire que c’était là un violeur. Elles avaient raison, juste un cochon qui, après une nuit partouzarde, ne manque jamais de se faire sucer si l’occasion se présente. N’importe qui, n’importe quoi, le moindre galbe lui fout la trique quand il se lève sur les coups de midi. Une femelle dans l’ascenseur et oups Priape se découvre. On dira, « pas grave, c’est normal, c’est un chaud lapin, un libertin ». Comme l’écrit Marcela Iacub, «le personnage est un être double, mi-homme mi-cochon (…). Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté»

On peut tout pardonner à un homme de pouvoir mais pas ça. «Le cochon, c’est le présent, le plaisir, la vie qui veut s’imposer sans morale, qui prend sans conséquence…la liste de tes maîtresses, de tes conquêtes d’un jour, de tes putes successives et concomitantes montrait un autre aspect émouvant de ta vie de cochon. Ces femmes étaient laides et vulgaires comme si en chercher de jolies était déjà une manière d’être plus homme que cochon.» On peut espionner ses opposants et laisser filer les voyous, on peut plastronner sur tous les plateaux en tant que ministre de l’Intérieur et se révéler incapable d’endiguer la délinquance. Cela se pardonne et s’oublie.

Un bijoutier, un buraliste, un juif, un journaliste, un policier se font buter, on crie « c’est inadmissible », comme si un cravaté d’énarchie passait l’oral du micro-trottoir et était payé sur fonds publics pour nous débiter ses condoléances et ses « je suis avec vous Madame ». Et toujours les mêmes zozos, les mêmes baby-boomers pour applaudir et voter pour la même clique de demeurés qui servent de gouvernement. Des gars qui causent le langage des gangsters font la leçon à DSK, c’est merveilleux.

« Voilà ta véritable faute, ton unique faute impardonnable. Tu as prétendu que tu étais prêt à donner ton sang pour la patrie quand en vérité tu te serais servi de cette patrie pour verser ton sperme inépuisable. Tu aurais transformé l’Elysée en une géante boîte échangiste, tu te serais servi de tes assistants, de tes larbins, de tes collaborateurs et de tes employés comme de rabatteurs, d’organisateurs de partouzes, d’experts dans l’art de satisfaire tes pulsions les plus obscures. […] Pour cette faute tu seras toujours honni, maudit, méprisé, mis au ban par la douce France qui avait mis tant d’espérances en toi. Rien ne sera en mesure de te relever, aucun non-lieu, aucun accord. La politique te sera à jamais fermée. […] »

Sans doute par modestie, Marcela avait oublié d’ajouter qu’un juif qui joue le cochon dans un pays si doux et si islamo-catholique que la France, si puritain-athée que l’hexagone, si province du marché mondial, ne peut qu’être conspué mais pas pour les bonnes raisons parce que la seule bonne raison c’est que la dépendance à l’Instant du cochon DSK l’empêchait de viser la présidence. Du moins la présidence d’un pays indépendant, d’une puissance même moyenne.

 Seulement la France n’est plus une puissance, même moyenne parce qu’elle n’est plus une puissance du tout. Et ce constat, DSK le connaissait bien. Administrer le capitalisme du désastre affranchit de toute illusion. La sphère de coprospérité atlantique oblige l’hôte de la Maison Blanche pas celui de la sous-préfecture élyséenne à tête nucléaire.

Son blackberry contenait nombre d’informations confidentielles, voisinant avec des textos du genre «Tu viens accompagné à Washington ?». C’est donc à cet homme que les français allaient confier une certaine force. «J’emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche) le jeudi 14 mai. Ca te dit de venir avec une demoiselle? Au fait tu sais pas où j’ai mis le code confidentiel du PC de Taverny ». Réponse « je crois que t’as oublié ta clé entre les deux seins de Marylou ». Re-texto, « Ah Putain, t’as raison, tu peux envoyer Stéphane Fouks le récup’. Bisous et gare à tes fesses, je viens juste de découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ».

Ce type a donc figuré pendant des décennies comme un espoir, un sacré pédagogue, un  mec vraiment sérieux, épaulé par des pointures du patronat comme Raymond Lévy. Et lui de se gonfler le melon, de frétiller de la queue, d’hennir de la prostate à chaque coup de rein, avec la Sinclair pour signer les chèques et rêver du destin de première dame de France.

Des français qui ne savent plus ce qu’ils sont, lointains appendices d’un Empire atlantique ou cul de sac de l’Eurasie ont tripé sur un juif avant de le recracher sous la forme d’un cochon. Comme d’habitude, l’indignation morale a masqué les questions et l’art n’est pas venu.

Avec DSK, les femmes dites libérées ont un beau miroir devant elle, un beau miroir d’intellectuelle à la con, qui veut du mâle parfait, c’est-à-dire provisoirement sur le podium, comme si un individu n’avait pas pour fonction d’explorer des espaces inconnus et parfois de s’y casser les dents. Il suffira donc de paraître résolu dans les actes et décidé, en paroles, pour jouer les sur-mâles et voir se pavaner, comme en chaleur, toutes les connes du régiment, même diplômées et élevées dans les bonnes familles.

Elles parlent, toutes, les langues les plus modernes de l’Occident, celle des traités de sociologie et des avions, des cultureux et des gourous bouddhistes à l’humour plombé, des parlementaires ministrables et des essayistes de France-Cul, des conseillers en placement et des congrès cognitivistes, toutes ces langues empesées où l’on débat gravement des problèmes sociaux et de ceux du futur, de la révolution arabe et du féminisme, des femmes dans l’islam et des hémorroïdes chez les quinquas.

Ces langues qui permettent d’improviser un échange de vues avec n’importe quelle dame émancipée avant de tringler icelle, sans grand enthousiasme. Il faut bien le dire. Quand on voit Anne Sinclair, on voit la femme occidentale dans son dernier atour. Jusqu’ici la femme n’avait jamais créé le futur que sous la forme d’un enfant et elle portait cette fidélité à l’évènement avec plus ou moins de réussite. Désormais elle y ajoute le vide et le clinquant, et que devient-elle sinon ce mannequin bouffi de suffisances et troussé de fidélité imbécile mais corrélée sur l’indice synthétique des Bourses qui a nom Anne Sinclair ?

L’Empire du Bien, le rêve de l’Occident, produit la pire canaille de haut en bas et de bas en haut, on a plus honte de rien, moi comme les autres. Aujourd’hui, c’est le commandeur qui finit à la casse et Don Juan qui bénit les foules avec son foutre dans un abreuvoir.

220 jours de voyages, de conférences, de types qui l’attendent comme s’il était le messie, de types qui envoient tout un tas de doléances, de jérémiades, d’escorts girls plus ou moins bonnasses, de connes à micros qui pensent qu’entre deux faux-cils et une branlette, il allait leur révéler le secret du monde.

Quel métier de catin que celui de journaliste.

Toujours à colporter des rumeurs, à jobardiser, toujours là pour le cirque où des clowns dans son genre font le trottoir des espérances. Le pire c’est le coup de l’amitié, le gars qui lui tape sur l’épaule en clignant de l’œil et qui voudrait intégrer l’équipe de campagne pour se taper en troisième main, des filles qu’il a vues sortir de ses chiottes tandis qu’il remontait sa braguette.

Il était comme les nanas du quartier rouge dans la transparence d’une vitrine où il montrait son cul à des affamés, sauf que son cul c’était sa sollicitude. Voilà le dirigeant démocratique new style, une pute qui parle à cœur ouvert à des gars et des filles qui voudraient retourner en enfance et sucent le pouce de leur gâtisme, toujours partants pour la prochaine fête où l’orchestre jouera la partition du Bien.

Halte aux malheurs, sus aux inégalités, des foyers pour les sans-papiers, des emplois pour tous, les français d’abord, tous ensemble. C’est dire s’ils font peur les opposants à l’oligarchie qui attendent leur tour de gloriole.

C’est pas comme cet anarchiste espagnol qui, cerné par la police, sortit avec un flingue dans chaque main, pour finir cribler de balles. Aujourd’hui les subversifs attendent juste qu’on leur ouvre un guichet, ils font tellement pitié que ça donne toujours envie d’aller plus loin dans le purin. On peut toujours clouer DSK au poste de téléviseur dans un huit clos de série noire, rien ne viendra rédimer un monde aussi médiocre.


Responses

  1. DSK se fantasmait t’il comme « héros » d’un nouveau « groupe de Bloomsbury »?…en oubliant que dans « le monde d’après », c’est à dire le nôtre, un tel groupe ne saurait exister, ni un quelconque héros d’ailleurs
    Bienvenue à Eric Packer

  2. « On en vient forcément à se demander si Dominique et Anne étaient liés à cette sexualité social-démocrate décrispée ou si Dominique était un exclusif de la liaison entre amitiés masculines, partouzes et adjonction de professionnelles pour enrayer la chute tendancielle inévitable et l’ennui qui la suit. »

    Moi je ne me demande pas…
    Désolé pour la figure de style.

  3. L’excellent Cosmopolis, Hippocrate. J’ai vu le film de Cronenberg après avoir lu le roman, j’ai scruté les réactions et j’ai trouvé des plus étonnant l’espèce de refus que certains manifestent devant ce récit, comme si la fiction avait touché un point d’horreur, comme s’il présentait la Chose

    Ag, pure question rhétorique, je le vois comme vous ; la question qu’on devrait se poser serait alors, était-ce si social-démocrate ?

    • Ah, incontestablement, il y a une dimension sociale…Après pour le mode de désignation des élus je n’étais pas assez introduit pour savoir.

  4. Introduit, vous y allez fort Ag

  5. Je lis cela à la lumière de vos Fragments d’un Discours Anti-Gnostique, ou votre encapuchado, que j’ai découverts récemment, et ej vous pose cette question, ag! rhétorique mais impure: « ça » n’est-il pas au fond un désir de transcendance, manière pour the people de vivre la politique sur un mode d’apparition et de disparition fulgurantes et passionnées.

  6. Vous voulez dire la disparition du politique, non ?


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