Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2015

HSBC, Swissleaks et démocratie véritable : le triomphe du premier venu

L’administration de George W. Bush avait fait de la « société de propriétaires » un thème central de l’âge d’or à venir : « Nous sommes en train de créer une société de propriétaires dans ce pays, dans laquelle toujours plus d’Américains auront la possibilité d’ouvrir la porte de l’endroit où ils vivent, et diront : ’Bienvenue dans ma maison’, ’Bienvenue dans ce que je possède’. ». Entre 2007 et 2014, 12 millions de foyers américains furent expulsés de leur chez eux, sans dire vraiment au revoir, plus de 500 mille dans des conditions parfaitement illégales mais sans aucun risque pour les banques.  En effet, l’amende payée était comprise entre 300 et 2 mille dollars par « erreur ». Le prix cassé du rêve à crédit. Les autres accusations portées contre les fourriers de la béatitude propriétaire concernaient les ventes de produits structurés composés de crédits hypothécaires toxiques (Mortgage Backed Securities), notamment aux sociétés publiques Freddie Mac et Fannie Mae. Aucun banquier ne fut inquiété, aucun directeur d’administration publique, pas même un guichetier.

Entre 2010 et fin 2013, rien que dans l’affaire des crédits hypothécaires, sont intervenues 26 transactions impliquant différentes autorités des Etats-Unis et les principales banques du pays : JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs et Morgan Stanley. En tout, depuis 2008, elles acceptèrent de payer 86 milliards $ pour échapper à des condamnations. Bank of America, 44 milliards $, JPMorgan, 26,4 milliards $, Well Fargo, 9,5 Milliards $, Citigroup, 4,7 milliards $, Goldman Sachs, un peu moins d’un milliard $ et Morgan Stanley, 330 millions $. Il faut y ajouter les frais d’avocats et quelques autres dépenses. Néanmoins, pour l’année 2012, les bénéfices nets des 6 banques concernées s’élevèrent à 59,5 milliards $ (après paiement des amendes). Elles firent mieux en 2013. Après avoir défalqué de leurs profits 18 milliards $ pour faire face aux amendes de la même année, leurs bénéfices nets avaient progressé de 21 % en 2013 pour atteindre 74 milliards $. Si ces six banques n’avaient pas dû payer d’amendes, leurs profits auraient dépassé le record historique atteint en 2006 en pleine bulle immobilière. Elles ne remercièrent pas les contribuables et les détenteurs de bons du Trésor pour leur participation à un tel festin. Quant à leurs parrains, on ne les embrasse pas en public.

Or une telle désinvolture a toujours des motifs politiques.

Alan Greenspan le confirma, dans ses mémoires, « je me rendais bien compte que l’assouplissement du crédit hypothécaire accroissait le risque financier et que l’aide au logement exerçait un effet de distorsion sur le marché. Mais j’ai compris aussi que l’augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien au capitalisme de marché – vaste question. J’estimais donc, et continue de le faire, que les avantages de cet élargissement de la propriété immobilière individuelle valaient bien l’accroissement inévitable des risques. La protection des droits de propriété, si essentielle dans une économie de marché, a besoin d’une masse critique de propriétaires pour bénéficier d’un soutien politique. » car si le peuple est souverain, il faut transformer la souveraineté en parc à thèmes pour ânes couronnés ce qu’avait bien saisi Nicolas Sarkozy qui invitait, en 2007, les Français à s’endetter toujours plus pour s’aliéner sans fin, « les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’État intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades. (…) Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. »

En 2010, la manipulation du taux LIBOR (London Interbank Offered Rate) par un groupe de dix-huit banques pendant la période 2005-2010 devint évidente. Or le LIBOR est le taux d’intérêt de référence sur la base duquel se calculent les taux sur un marché de 350 000 milliards (350 millions de millions) de dollars d’actifs et de dérivés financiers, ce qui en fait le deuxième taux de référence le plus important au monde, après le taux de change du dollar. Il s’agit donc d’un taux politique soustrait comme le précédent à la fameuse souveraineté populaire. En effet, ce taux est calculé à partir de l’information fournie par dix-huit banques quant à leurs coûts respectifs de financement sur les marchés interbancaires.

Jusqu’ici les amendes payées tournent autour d’un montant total de moins de 10 milliards de dollars mais aucune banque ne s’est vu retirer le droit d’opérer sur les marchés, preuve que les Etats ont besoin de prête-nom pour alimenter le mythe de l’autorégulation et de l’efficience du marché.

Le 29 mars 2013, Naomi Buchwald, juge du District de New York, devançant le procureur général de son pays qui est aussi, indirectement, le nôtre, a exempté les banques impliquées dans le scandale de toute responsabilité légale face à des personnes ou institutions affectées par la manipulation du LIBOR. Pour protéger les banques de possibles plaintes pour collusion et pratiques monopolistiques, elle a développé une argumentation selon laquelle la fixation du taux LIBOR ne relève pas des lois sur la concurrence. Les banques peuvent dès lors s’accorder sur le taux sans que cela ne constitue une violation des lois antitrust aux États-Unis. La fixation des taux sur les marchés des Swaps et des CDS étant similaire – via l’envoi des taux par les participants, dont on fait la moyenne pour obtenir le résultat final -, ce verdict crée un précédent et découvre le voile, du moins pour ceux qui ne craignent pas l’obscénité capitaliste.

De son côté dans le cadre de cette affaire du LIBOR, la Commission européenne a infligé des amendes pour un montant total de 1,7 milliard € à huit banques en les accusant d’avoir constitué un cartel qui a manipulé le marché des dérivés. Quatre banques formaient un cartel pour manipuler le taux des dérivés sur le marché de change de l’euro, six manipulaient ensemble le taux des dérivés sur le marché de change du yen. Comme les banques ont accepté de payer une amende, celle-ci est réduite de 10 %. On trouve JPMorgan et Citigroup (1ère et 3e banque aux Etats-Unis), Deutsche Bank (1ère banque allemande), Société Générale (3e banque française), Royal Bank of Scotland (3e banque britannique), et RP Martin. Vu le fait qu’elles ont dénoncé le cartel, deux banques, UBS (1e banque suisse) et Barclays (2e banque britannique), sont exemptées du paiement d’une amende.

En Australie, les autorités ont réprimandé BNP Paribas pour mauvaise conduite potentielle (« potential misconduct ») concernant les taux d’intérêt interbancaire australien de 2007 à 2010. BNP Paribas a licencié des traders et a déclaré qu’elle ferait un don d’1 million de dollars australiens pour promouvoir la littérature financière.

Par conséquent Eric Holder, procureur général des États-Unis, interrogé en juin 2013 par une commission du Sénat énonça, à propos des banques, la doctrine du monde impérial libre :  « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et si on le faisait, on se rendrait compte qu’effectivement, les inculper pour activités criminelles pourrait avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale ». de fait, elles n’ont jamais été condamnées, sinon à des amendes.

« Environ 120 chargés d’affaires suisses seraient présents clandestinement en France pour démarcher les grosses fortunes hexagonales, ce qui est rigoureusement interdit par la loi mais réalisé, en toute connaissance de cause par la maison mère en Suisse. Chaque commercial est muni d’un document, le manuel du Private Banking, ’ véritable guide en évasion fiscale ’ ». Quelques semaines plus tard, en février 2014, paraissait sous forme de livre un témoignage, il est le fait d’une ancienne employée d’UBS en France chargée d’organiser des activités mondaines pour rabattre des clients. ’Il s’agissait de mettre en relation des chargés d’affaires d’UBS avec leurs futurs clients, de préférence les plus riches, ceux à 50 millions €. Comme vous ne séduisez pas un millionnaire avec un simple café, les événements devaient être prestigieux. Tournoi de golf, régate en voilier, soirée à l’opéra suivie d’un dîner chez un grand chef… rien n’était trop beau pour attirer ces fortunes.(…) À chaque événement, les chargés d’affaires suisses étaient présents en très grand nombre. Venus de Lausanne, Bâle, Genève, Zurich, ils avaient pour mission de convaincre les cibles, présélectionnées par nos soins, de déposer leur fortune chez eux. Chaque année, à la demande du siège de Zurich, nous faisions le bilan : combien de nouveaux clients ? Combien d’argent frais ? La règle d’or, c’était qu’un événement devait être rentable. »

Comme la méthode est la même en Allemagne ou aux Etats-Unis, il indique une structure, celui de l’exception ploutocratique ou plutôt de l’état d’exception permanent dont bénéficient ceux qui se sont distingués dans leurs activités respectives qui vont de la coupe de cheveux industrielle aux meurtres de masse.

Dans le cas de l’affaire HSBC, la France se classe 2ème par le nombre de fraudeurs fiscaux, 5ème pour le montant des placements par fraudeur. Evidemment les arrangements suivront et les flux et les fonds se déplaceront jusqu’à ce que l’illusion d’une indignation citoyenne soit définitivement disloquée, alors ce sera le véritable temps des populistes et des démagogues, celui d’un avènement, d’une allégorie qui énonce que le premier venu a bien le droit de planquer sa fortune et de parader en parvenu, puisque la foule l’envie ou le suit et que les banques ne sont pas pillées ou mises à feu.

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Responses

  1. Faites nous un petit article sur les danoiches, les gnoules et Copenhague, ça a l’air de bien donner là bas
    Les leurs sont encore plus cons que les nôtres, 200 cartouches tirées par le « fou » ( comprenez « le misilmon, mais fopastigmatizer ») et pas un mort au centre kulturel….
    Devant la synagogue, par contre….

    • Pour dire quoi de plus que sur Charlie ? que la tour de Babel s’effondre, que l’on ne met pas plusieurs peuples sur le même territoire sans avoir de guerre, choses déjà maintes fois répétées ? que donner des papiers et les mettre à l’école pour que les gens soient des membres d’un peuple, la France l’a déjà fait sur 2 continents ça finit toujours mal ? que les autres pays Européens testent la même idée avec 140 ans de retard ?

      non comme chantait Brel : au suivant !

      • Vous savez quoi Daredevil, je pense que personne n’a jamais réfléchi cela en terme de politique. Je ne pense pas qu’il y ait deux peuples, il y a des combattants musulmans qui abattent des juifs, désignent indistinctement des européens comme cibles avant de passer à l’action et menacent les autres musulmans de représailles s’ils ne se soumettent pas

    • Du côté de la synagogue, ils avaient négligé les vitres à l’épreuve des balles, Kobus, sinon la tolérance scandinave a des effets tangibles. Au Danemark, quand un djihadiste meurt on vient déposer des fleurs, on se déplace à son enterrement, on lui rend hommage, le on en question devant être le musulman non-amalgamé.

  2. Sur ce je m’envole pour un autre continent….
    J’y suis déjà allé, y a moins de tarés religieux que chez nous….. bizarre….
    Enfin, si, il y en a ,à Buenos aires, y a même eu des attentats, mais ils sont moins choyés par les corrompus au pouvoir que chez nous
    Doivent représenter un poids électoral moindre, à mon avis
    Alors qu’ici….
    D’ailleurs ici, ils prennent leur autonomie, ce qui peut signer la fin ( j’ai toujours été un optimiste indécrottable) des partis clientelistes, vous voyez qui….

    • Bonjour Kobus
      Pour être allé au Brésil il ya quelques mois, j’ai cru comprendre que les musulmans y avaient été virougeusement « découragés » au XIXe siècle…

    • Il me semble que vous faîtes erreur Kobus, ils sont moins nombreux mais moins choyés, pas vraiment

  3. Bonjour Kobus

    « ..mais ils sont moins choyés par les corrompus au pouvoir que chez nous »

    Pas si sûr

    http://www.20minutes.fr/monde/1544543-20150219-argentine-forte-mobilisation-face-kirchner-mois-apres-mort-procureur-nisman


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