Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2015

La presse, le crime de masse et l’Allemagne : le cas Andreas Lubitz

«Un jeune plutôt normal, bien dans sa vie, qui ne se faisait remarquer ni dans un sens ni dans un autre. Très compétent, aussi», raconte à l’AFP Klaus Radke, 66 ans, président de l’aéroclub LSC Westerwald de Montabaur, petite ville de l’ouest de l’Allemagne. «Il était à 100% apte au pilotage, ses performances étaient irréprochables, sans qu’on ne relève d’anomalies», a insisté Carsten Spohr, le patron de Lufthansa, précisant n’avoir «pas le moindre indice sur ce qui a pu pousser le copilote à commettre cet acte horrible». Néanmoins, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a de son côté assuré qu’il n’y avait «pas d’indice d’un contexte terroriste» chez ce jeune homme, après des recherches «dans les fichiers des systèmes de renseignement et systèmes d’information de la police». Preuve qu’on peut être sportif, normal, très compétent et 100 % apte au pilotage mais qu’on peut massacrer tout de même 150 personnes en étant inscrit, par inadvertance, sur une liste de terroristes potentiels, comprenez islamistes puisque les autres n’existent plus.

En devenant pilote professionnel, «il pouvait accomplir son rêve, un rêve qu’il a payé si cher – de sa vie», écrivait le LSC Westerwald, son aéroclub, sur son site avant que les raisons de l’accident ne soient éclaircies. Depuis la conférence du procureur de la République, cette mention a disparu.

Le rêveur en question a décidé de la descente de l’appareil une minute après l’ultime contact radio avec le contrôle aérien, il est 10h31’. Quatre minutes plus tard, la Direction de l’Aviation civile lance l’alerte, un Mirage 2000 décolle de la base d’Orange. On tente de défoncer la porte du cockpit en vain. Le rêveur silencieux observe les crêtes des Alpes, contrairement à Anders Breivik, il ne sifflote pas une ritournelle. Il accomplit sa tâche avec minutie mais dans le recueillement. 10h40-47’’, le transpondeur émet son dernier signal. L’alarme, les cris fusent, le rêveur continue à respirer régulièrement. 10h41’, l’avion se fracasse sur le massif des Trois Evêchés.

Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie», c’est aussi et surtout le titre d’une nouvelle de Stefan Zweig. La presse allemande tout aussi putassière qu’une autre l’utilise pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce genre d’actes n’est jamais enregistré comme un acte terroriste, il s’agit toujours d’un déséquilibré, ce qui permet à la fois d’éviter de poser certaines questions, d’autre part de maintenir les fous dans la zone dangereuse où on pourra toujours les gaver de neuroleptiques et/ou écouter leur délire en épluchant quelques trouvailles pour faire la paix avec leurs voix si méchantes, stridentes et déchirantes et ces yeux qui les lacèrent de leurs focales mouvantes.

Les habitants de Montabaur ne veulent pas se confier à la presse. C’est tout à leur honneur, la presse est le plus grand collecteur d’égouts qui se puisse concevoir. Il faut relire le chant de la presse de Kark Kraus, « Ils lisent ce qui est paru / ils pensent l’opinion qu’on a / On peut gagner encore plus / si quelque chose ne sort pas / Nous nous taisons ou écrivons / si l’autre en explose, qu’importe / pourvu que, ce que nous faisons, / ça nous rapporte »

Ce matin, l’immonde Bild titre «Der Amok-Pilot». Le tabloïd prétend qu’Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques.

Le quotidien a négocié la consultation des documents de l’autorité allemande de supervision du transport aérien (Luftfahrtbundesamt, LBA). D’après cette consultation, Andreas Lubitz avait un « suivi médical regulier particulier ». Des informations transmises par la Lufthansa, maison mère de Germanwings à la LBA, assure Bild.

D’après le journal britannique The Times, la Lufthansa savait bien qu’Andreas Lubitz était dépressif et traversait une « crise existentielle ». Comme Bild, le quotidien de Londres évoque une rupture sentimentale récente, tandis que le Frankfurter Allegemeine Zeitung s’en tient au « burn out » professionnel.

Comme si un suivi médical, une crise existentielle ou le burn-out pouvaient expliquer le meurtre de 150 personnes.

Des enquêteurs ont perquisitionné jeudi les deux domiciles d’Andreas Lubitz à Düsseldorf et Montabaur, emportant l’unité centrale d’un ordinateur, ainsi que deux grands sacs bleus et un carton visiblement pleins. Selon le Daily Telegraph, les policiers ont fait des découvertes « importantes » car selon le torchon britannique, la police fait toujours des découvertes importantes.

En 2009, des « attaques de peur-panique» l’auraient poussé à interrompre sa formation de pilote. Le centre aéromédical de la Lufthansa contacté par Bild, confirme cette information et affirme avoir signalé aux autorités fédérales du transport aérien ( Luftfahrt Bundesamt) que l’élève-pilote avait subi un «épisode dépressif profond mais décroissant». Lors du stage de Phoenix (Arizona), passage obligé des futurs pilotes de la Lufthansa, les Américains l’avaient listé dans la catégorie inapte au vol. Dans son dossier figure la mention «SIC», un acronyme signifiant la nécessité d’un «suivi médical régulier spécial».

Cette information qui jette le doute sur la capacité de Lupitz à piloter est parfaitement contradictoire avec celle d’El Pais selon lequel la revue Aviation Business Gazette avait signalé que son nom figurait dans les bases de données de la Federal Aviation Administration au sein d’une liste comprenant tous ceux auxquels on reconnaissait une formation excellente.

Plusieurs journaux reprennent des informations provenant de sources policières selon lesquelles le pilote de la Germanwings traversait en ce moment «une grave crise personnelle liée à la situation du couple» qu’il formait avec sa petite amie. En clair, il était sur la voie de la séparation et il est bien connu que tous ceux qui se séparent ont tendance à tirer dans le tas selon la théorie gidienne de l’acte gratuit.

Dans la presse allemande, on évoque le talk-show de la première chaîne mercredi soir. L’ancien ministre des Transports Peter Ramsauer a remis en cause les révélations de la journée car «l’interprétation d’un procureur peut-être démentie par l’enquête» et un expert en aviation disait que les enquêteurs avaient déjà accusé des pilotes pour protéger les intérêts d’Airbus”. Des propos tenus avant les informations sur le lourd passé psychiatrique d’Andreas Lubitz. Sans doute, mais on y observe l’absence de véritable savoir des experts, les conflits d’intérêts entre Airbus et la Lufthansa et cette sorte d’impérialisme de l’efficience et de la morale que s’attribuent les allemands qui, bientôt, ne supporteront plus qu’on leur rappelle que leurs dirigeants furent les principaux responsables des deux guerres mondiales et qu’ils tiennent un rôle non négligeable dans le déclenchement de celle survenue en Yougoslavie ou dans l’abandon de l’Ukraine aux appétits du tyran moscovite.

Un organe de presse régional allemand, la Passauer Neuen Presse, a aussi pu interroger un témoin. Celui-ci explique qu’Andreas Lubitz était «un dingue, il voulait absolument être pilote, mais il était instable psychologiquement. C’est pour cela qu’il a arrêté sa formation pendant plusieurs mois, en 2009», explique ce témoin anonyme sans doute expert en psychiatrie. Le journal donne la parole à d’autres personnes, qui dépeignent le pilote comme un «obsédé» de l’aviation. Très étrange pour un pilote, n’est-ce pas ? D’autre part, Andreas Lubitz était un sportif et avait une petite amie qui partageait son goût de la course à pied, attesté par ses classements dans plusieurs compétitions locales. Doit-on en conclure que concourir au spartathlon conduit au massacre de masse ?

Sur le processus de recrutement des pilotes, Carsten Spohr, s’est montré extrêmement péremptoire : «ceux qui nous connaissent savent que nous sélectionnons avec beaucoup, beaucoup d’attention nos pilotes». Avant d’ajouter qu’une place importante est accordée aux examens psychologiques dans la procédure de recrutement. Aussi, la presse s’oriente sur la piste loufoque suivante. Andreas Lubitz avait caché sa maladie à son employeur et à ses collègues. Il aurait été sous le coup d’un arrêt qu’il aurait déchiré car Andreas était une sorte d’athlète du secret. CQFD, après avoir incriminé Airbus par la voix d’un ancien ministre, la Lufthansa actionne quelques relais dans la police, tout c’est la faute d’un malade qui faisait semblant d’être bien portant. Demain on nous dira qu’il avait avalé six tubes de Maxiton avant d’entrer dans la cabine de pilotage mais que son collègue, victime de sa prostate, n’avait rien vu car Andreas était devenu un expert en dissociation.

Le Figaro / Le Monde / Europe 1 / El Pais / La Tribune de Genève / BAM


Responses

  1. Le déni d’Humanité,de la part de l’entreprise et des commentateurs, voir du public,Hummanité qui se traduit aussi par ce type d’action destructrice aveugle, est atterrant.
    Peut-être par intérêt, le montant des indemnités aux 150 familles de victimes est nettement plus élevé dans ce cas et le type était, jusqu’au crash, rentable, mais j’en doute.
    Je parle de déni car dans le peu que j’ai suivi des échanges apparaissait en plus systématiquement l’hypothèse de l’automatisation complète de l’avion, dans toutes ses phases de vol. Utilisation cynique du drame pour écarter l’Homme du processus et le réduire à néant, sous illusion de sécurité transférée à la machine. Ca va améliorer les choses en message donné.

    On parle toujours de l’Administration comme d’une structure sans sentiments mais quand des signes comme ceux décrits sur le pilote sont apparents sur les personnels, des mesures préventives sont prises. Le mal n’est pas toujours où on le croit.

    • Vous noterez Ag que le déni d’Humanité dont vous parlez (effectivement un homme est capable pour des raisons à déterminer de crime, cela n’invalide en rien d’autres qualités) est symétrique du déni de la Nature (chaque typhon, tempête, tremblement de terre et autres nous rappelant que si Nature il y a, celle-ci n’est pas exactement sympa), bilan cela conduit systématiquement à un élargissement du contrôle, si possible automatisé, l’individu est donc traité comme un danger potentiel permanent surtout s’il n’est pas fiché comme terroriste probable (auquel on devrait appliquer le régime de la détention administrative)

      • « auquel on devrait appliquer le régime de la détention administrative »

        Le controle judiciaire, la signature d’un papier par le concerné, toute les semaines, en somme.
        C’est en place.
        Délirant.

      • j’évoquais la vraie celle qu’appliquait de Gaulle aux membres présumés de l’OAS

  2. Voilà, oui.
    C’est exactement çà.
    Vous achetez votre maison avec vue sur la digue, sous le niveau de la mer, mais çà va bien se passer car vous avez l’approbation officielle sur papier.
    Je développerai bien le sujet avec l’incompatibilité des droadlom’ pronés a corps et à cris à la moindre occasion d’action politique concrète mais un restau m’attends et les morts ne me coupent plus l’appétit. Même si la schizophrénie sociale me donne des aigreurs.
    Bien à vous.

    • Bon appétit Ag


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