Publié par : Memento Mouloud | avril 1, 2015

Portrait d’Andreas Lubitz en accident industriel

Dans le cas Andreas Lubitz, il est entendu, du moins pour l’ensemble des médias et leurs supplétifs, que la dépression dont il souffrait serait la cause de son acte criminel. Comme Andreas Lubitz est l’un des un milliard de dépressifs planétaires, on peut douter d’un tel enchaînement causal. On peut aussi se demander ce qu’est la dépression.

D’après les manuels psychiatriques, elle se définit à partir des critères suivants : une tristesse excessive, une inappétence, l’aboulie, des insomnies récurrentes, une agitation frénétique, la prostration relative, une fatigue permanente, une culpabilité excessive, des difficultés dans le lien, une fixation mortifère. Lorsque cinq items sont réunis durant plus de deux semaines, le psychiatre lambda est autorisé à déclarer son patient comme dépressif.

Du point de vue de l’industrie pharmaceutique, les anti-dépresseurs forment la deuxième vague des psychotropes. Ils se substituent aux électro-chocs et transforment toute cure basée sur le comportement et/ou l’échange verbal en simple option. Cependant, ils ne répondent pas aux postulats de Koch (une cause peut être trouvée dans tous les cas de la maladie, isolée, mise en culture, injectée à un animal qui contractera la maladie) si bien qu’ il n’existe aucun témoin biologique fiable de l’efficacité de tels traitements et le psychiatre s’en remet aux déclarations de ses patients pour en juger. Par conséquent c’est l’antidépresseur qui crée sa classe de patients ce qui introduit dans le processus industriel une innovation continue et, dans le DSM, une multiplication des catégories de malades ou, sur le marché, de clients potentiels pour le même produit.

Dès lors aller quémander des psychotropes c’est refuser le versant névrotique, c’est penser que l’épisode est un dysfonctionnement catalogué qui pourra être réparé, comme une voiture se répare entre les mains d’un garagiste. Les psychotropes se présentent comme des prothèses d’insertion ou de maintien dans le Tout informe qu’est la société. On ne se pose plus sous la lumière d’un faisceau de questions, donc d’une langue et d’un mal de vivre mais comme un objet de problèmes. Par conséquent, Andreas Lubitz pensait que les problèmes qui étaient les siens seraient résolus. Il était persuadé que sa souffrance était extérieure à son Moi et son Moi était idéal, il avait le ciel comme coordonnées existentielles. Il était projet et performance, ce qu’il fallait à tout prix éviter c’était que le Moi performant soit absorbé et anéanti par une machine singulière qui brouillait l’épiphanie de ce Moi merveilleux qui était le seul et véritable Andreas Lubitz.

En bon existentialiste, il ne voulait pas trahir son rêve de jeunesse ni les investissements de la Lufthansa qui l’avait promu chevalier du ciel. Comme l’a écrit Marie-Anne Montchamp, ancienne ministre de François Fillon, ’’Un habitant sur quatre souffre de troubles mentaux. Que se passe-t-il si nous mettons entre parenthèses un quart de notre potentiel de ressources humaines ? Nous nous disqualifions totalement dans la compétition économique.’’

C’est la doctrine officielle. Elle se déguise en condoléances quand un accident advient mais elle tient cet accident pour fatal et dans une logique conséquentialiste pour un moindre mal à l’instar d’un coup de grisou dans une mine quelconque. Andreas Lubitz était une ressource humaine, il ne fallait pas la gâcher.


Responses

  1. ’’Un habitant sur quatre souffre de troubles mentaux »
    Ce qui ne veut strictement rien dire….

    Un pervers est en parfaite santé psychique, comme tout bon barbare; le psychotique est délirant mais peut être remarquablement adapté ( exemple type, le paranoïaque)

    Après tout Lucien Israël affirmait qu’il fallait laisser leur chance aux 30 % de psychotiques, ce que je prenais pour une boutade, une métaphore clinique; avec l’expérience, je ne suis plus si sûr que ce ne soit pas la réalité.

    Le névrotique pense en terme de sujet, le psychotique en terme d’espèce:  » ma propre mort n’existe pas si l’espèce survit » est un message typiquement psychotique;
    « Que se passe-t-il si nous mettons entre parenthèses un quart de notre potentiel de ressources humaines ? Nous nous disqualifions totalement dans la compétition économique.’’ en est la version « homo economicus »

    Sur quels messages ( externes mais également internes) les « designer » du futur fonctionnent t’ils ( car on ne saurait parler d’autre chose que d’un « fonctionnement »)? « Cités du futur aux habitants sains et productifs, mus par la pyramide de Maslow »…..

    • trouble mental, santé mentale, simples flatus vocis chez ces gens, un peu comme l’hypothèse du suicide altruiste. Il suffit de regarder une carte et d’observer le maillage des centrales nucléaires à quelques minutes du lieu du krach pour constater que la décision d’Andreas Lubitz fut soudaine (effet de seuil). Il me semble qu’une vraie posture de délirant aurait été conduite selon une stratégie préalable, une sorte d’Opération Barbarossa de poche

      • Assez d’ accord.
        Si les faits sont avérés, je propose l’hypothèse d’un « raptus » dépressif quasi mélancolique, expression de la pulsion de mort , avec cependant un fort phantasme mégalomaniaque de compensation ( recherche d’une célébrité post mortem du fait d’avoir entraîné plusieurs dizaines de victimes ) .

        Celà peut ressembler à une bouffée maniaco dépressive, dont les délires ne prennent qu’assez rarement la forme « Opération Barbarossa de poche » ( excellente formule)

      • « si les faits sont avérés »
        Vous doutez de la version donnée, Hippocrate ?

  2. C’est quand même dingue. Chaque fois que je vois sa photo dans les médias, je pense à la honte que doit ressentir sa famille de voir la photo de leur fils placardée partout  » l’homme qui a entraîné la mort de 155 personnes ».

    • Je ne sais pas si les parents éprouvent de la honte, je les pense incrédules devant le geste meurtrier de leur fils, penser que son fils (son frère, sa femme, ou tout être proche) est un criminel, l’accepter est presque impossible pour toute personne façonnée par la civilisation. Parfois, il faut du temps pour apprivoiser le réel

  3. L’idéal du moi « d’ » Andréas Lubitz

    Si l’on se réfère à l’encyclopédie unversalis l’idéal du moi d’une personne est un conglomérat de modèles pris à l’extérieur, dans le milieu familial d’abord, dans l’environnement socioculturel ensuite. L’idéal du moi se construit à partir de relations de personnes aimées. Par identification à celles-ci s’élabore dans le moi une forme à réaliser. Dans notre hypothèse spéculative qui cherche à comprendre la pulsion destructrice du copilote, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une critique de l’éducation qu’aurait reçue Andréas. Il aurait vécu à proximité d’un aéroclub. On peut imaginer que les avions ont exercé une attractivité chez cet esprit enfantin. Le désir de devenir pilote peut aisément se comprendre. Comme beaucoup d’enfants veulent devenir pompier ou hôtesse de l’air, ou maitresse, Andréas désirait devenir pilote. Il y a des professions qui flattent l’amour propre, ainsi on peut imaginer que ses parents ont investi affectivement et financièrement pour aider leur fils à atteindre ce but. Il n’est pas question ici de juger les parents. Ceux-ci auront pu entretenir, voir encourager cet objectif, cet espoir, quoi de plus humain. On peut aussi se permettre d’imaginer qu’Andréas fut un enfant choyé. Dès lors l’idéal du moi de ce jeune se serait vu supplanté en partie par celui de ses parents… Ce long processus s’instaurant contribuerait à créer une entité psychique relativement autonome dans l’esprit inconscient de ce jeune. Une grande partie de l’économie affective et financière de sa famille se trouvant ainsi orientée par le double objectif de voir atteindre cette « consécration » devenir pilote au sein de la compagnie nationale allemande et de conforter la fierté des parents et de ce jeune homme.
    L’idéal du moi fonctionnerait dès lors comme un corps étranger qui aurait été exagérément valorisé et dès lors il fonctionnerait de manière autonome influençant la psychologie sans que la personne puisse se libérer de façon autonome. L’idée de devenir pilote, entendre commandant de bord fonctionnant comme une idée fixe. Il y a dissociation (non schizophrénique) entre sa réalité objective et sa réalité subjective. Cette dissociation ne peut se réconcilier par conjonction réaliste. La réconciliation consiste à savoir changer psychiquement de valeur et d’idéaux, ce qu’Andréas Lubitz ne pouvait entreprendre de façon autonome avec un traitement inadéquat.
    Abandonné par sa compagne, ne pouvant répondre à la fierté de ses parents, se sentant régulièrement relégué dans la position du « second », mis en arrêt de maladie sans son assentiment, il serait devenu une personne esseulée jusqu’au-boutiste, enfermée dans son complexe du moi idéalisé.
    Paulus Frédéric
    Île de la Réunion

    • Merci Frédéric,

      J’ai cru d’après les informations qui avaient filtré qu’Andreas Lubitz s’était séparé de sa compagne, visiblement celle-ci attendait un enfant, il y aurait donc (on peut du moins l’envisager) un lien entre les deux évènements, néanmoins cette pulsion de mort déclenchée par le surgissement de la vie (je ne suis plus le fils mais je vais devenir père, j’aurais à choyer et à aimer, il me faudra différer ma jouissance) j’aurais tendance à la rattacher aux spécificités de l’histoire allemande. Accomplir son moi idéal comme pilote n’est pas anodin pour un allemand parce que tout allemand contemporain sait que le ciel comme entité n’est pas le lieu d’un simple accomplissement personnel mais renvoie à la destruction des villes allemandes sous le flot des bombes anglo-américaines durant la seconde guerre mondiale, le ciel est donc un lieu de puissance et même de toute-puissance. Face à cette toute-puissance fantasmée (il aurait déclaré à une ancienne compagne qu’il laisserait un nom) inscrire son nom et sa transmission dans la filiation c’est envisager deux choses : la vie est une donnée du hasard et la perpétuation du nom une œuvre de civilisation et de longue haleine, une configuration qui oblige à se passer de ce fantasme de toute-puissance. Visiblement cet abandon était impossible dans le cas d’Andreas Lubitz.

    • « « si les faits sont avérés »
      Vous doutez de la version donnée, Hippocrate ? »

      Systématiquement…position de principe d' »honnête homme » ( enfin pas trop malhonnête), et plus encore lorsqu’il s’agit de « construction sociale de la réalité »

       » la vie est une donnée du hasard et la perpétuation du nom une œuvre de civilisation et de longue haleine, une configuration qui oblige à se passer de ce fantasme de toute-puissance »

      Combien vrai!

      • Vous ne trouvez pas que dans les situations de crime de masse, il est nécessaire de suspendre le doute systématique quant aux témoignages avant d’y revenir ?

      • Mais le crache d’un Airbus, est ce un krimdemass ?
        Ou un accident ?
        Si le pilote s’était prénommé Otto ( comme Dix) l’eût on qualifié « d’accident d’auto » ?

    • Paulus Frédéric , bonjour

      Vrai, mais cet « écrasement surmoïque » ( la phase de dépression aigüe)par l’idéal du mois ( parental ,mais ne pas oublier que le surmoi peut être disproportionné relativement aux condition éducatives et aux projections parentales) est compensé ici par une phase maniaque instantanée et surtout hétérodestructrice; je parierais volontiers sur une structure psychotique chronique, type PMD

      • PMD, en langue française, ça donne quoi cet acronyme ?

      • Psychose maniacodépressive
        L’ancien nom, édulcoré, du fameux trouble bipolaire dont on va nous rebattre les oreilles maintenant que l’avion s’est « écrasé au sol » et qu’il y a plus grand chose à faire pour cacher la merdochat à savoir, les 6 mions de chomistes officiels, la croissance à zéro virgule ( mais on dit pas si c’est dessus ou dessous), la cagade syrienne et/ou iranienne ,les bonnezopinions toujours plus basses, le hefeuhaineu toujours plus haut ( erreur, ça il faut en causer, des fois que ça suscite un sursaut republicon), le remplacement démographique

      • Psychose maniaco-dépressive, trouble bipolaire, on reste dans le vague, histoire de ne pas semer le trouble dans la psychiatrie contemporaine ( à noter qu’en Allemagne comme en Espagne elle est totalement inféodée au DSM et à ses items fumeux). Je constate juste qu’à la faveur de l’autisme, la psychanalyse a été traînée dans la boue jour et nuit, quand un patient sous traitement passe à l’acte et assassine 150 personnes, en revanche, tout le monde le déplore mais semble trouver ça dans l’ordre des choses

      • C’est exactement ce à quoi je fesait allusion
        Cagade de la psychiatrie officielle, inféodation à l’industrie pharmaceutique ( dont on évitera de dire du mal, c’est parfois utile d’être decoagulé, recoagulé ,anesthésié, bref tout bien), triomphe des chapelles les plus en vue ( freudienne et lacanienne) ,contre feux de toutes sortes
        La vie va comme elle va, la galtouze republiconne continue d’engraisser les mêmes pourceaux, les mêmes s’accrochent contre toute décence à leurs privilèges, après avoir réprimé les tabagiques, les alcoolos, les clients de prostiputes, on met le ternet sous surveillance, le kit main libre en bagnole à l’amende
        Continuez !
        L’Afrance n’en sera que plus belle !

      • A mon avis, Kobus, la chapelle pharmaceutique n’a rien à craindre en terme de puissance de feu

  4. La PMD appartient à la nomenclature de la solide psychiatrie et psychanalyse classiques.
    La dénomination « trouble bipolaire » est un fourre tout commode et « consensuel » destiné à supprimer une nosologie établie et efficace, à effacer la structure psychotique ( « culpabilisante »): le trouble « bipolaire » est un pur produit du DSM
    « athéorique » et silencieusement behaviouriste.
    L’electrosensibilité et la fibromyalgie sortent de la même veine: hyperesthésie hystérique, la vraie dénomination, faisait trop « discrimination », car ne donnant pas une caution organique à une névrose
    Je pense, Kobus, que ce ne sont pas les chapelles psychanalytiques qui règnent, mais le behaviourisme cognitivo comportemental

    • mais tout est comportementaliste !
      tout !
      tenez , les addictions , par exemple , y a pas pire comme exemple !
      avec la pénalisation qui en découle, pénalisation et réparation , bien sûr , tout ça va bien ensemble
      exemple , le tabagisme , déjà pénalisé dans l’espace public ( voir l’interdiction de fumer dans les bistrots ) va le devenir dans l’espace privé ( en bagnole avec un mineur ) avec les amendes afférentes…

      • Bonjour Kobus.
        Nous sommes, je pense, tout à fait d’accord.
        Ne pas oublier que la théorie behaviouriste fut déjà moquée par Freud ( « la naïveté des behaviouristes ») et critiquée par Lorentz
        ( qui s’étonnait par exemple de certaines thèses behaviouristes tendant à prétendre que si un oisillon parvenait à percer la coquille de son oeuf , c’est qu’il avait « appris à picorer » par méthode d’essai et erreurs au cours de sa propre couvaison !)

        D’origine « wasp », la théorie behaviouriste préfigure directement l’homme comme fruit exclusif de conditionnements réflexes, de programmations: l’identification forcée de l »homme à un ordinateur initialement vierge et programmable à volonté n’en est qu’une conséquence logique actuelle.

        Pavlov, dont on n’invoque souvent que la notion de réflexe conditionnel, avait développé d’importnats travaux sur le réflexes non conditionnels, c’est à dire archaïques, innés, et n’a jamais affirmé l’exclusivité ni la primauté du conditionnement.

      • A New-York, des carrés jaunes tracés au sol indiquent où fumer, ils avaient aussi tenté la cabine en plexiglas au milieu de l’aéroport, ce genre de choses. Je me demande si la pénalisation dont vous parlez n’est pas une sorte d’alliance entre le parti moralineux et les gestionnaires, une manière d’étendre à moindre frais l’Etat fiscal et sa contrainte

    • Un peu comme les états dits limites, c’est assez vaste aussi comme catégorie

  5. Bonjour Memento

    « Vous ne trouvez pas que dans les situations de crime de masse, il est nécessaire de suspendre le doute systématique quant aux témoignages avant d’y revenir ? »

    Le suspendre ?
    Non; le garder comme arrière fond, pour éviter d »être « hypnotisé » , contaminé par la masse hypnotisée elle-même par le crime de masse, comme d’ailleurs, par le crime individuel…

    Rester dans une attitude interne de….. »médecin légiste »

    Ayant moi-même échappé à une situation analogue, mais dans une automobile où nous n’étions que 3, le « crime de masse » dans cette circonstance n’aurait pu exister que dans la pensée délirante du conducteur.

    Inutile de dire que les « poétisations  » autour du « suicide altruiste » et autres fadaises ne sont à mes yeux que billevesées, un délirant parvenant la plupart du temps à reconstituer une chaîne logique déculpabilisante, afin d’éviter son propre effondrement psychique.

    • Je pensais à l’ouvrage de Jan T Gross, les voisins qui étudie le massacre de Jedwane en Pologne durant l’Occupation allemande. Il offre des remarques méthodologiques intéressantes parce que pour la première fois, à ma connaissance, en matière historique, il oblige à reconsidérer la primauté du probable (au sens où Aristote l’utilise dans la Poétique) sur le factuel (l’idiotisme du récit, le simple témoignage). Je me souviens d’avoir écouté un cambodgien me raconter comment il s’en était sorti, j’avoue avoir été saisi d’une certaine incrédulité tant son récit, parsemé d’erreurs chronologiques, semblait tiré d’une nouvelle fantastique. En face d’un tel témoignage, si l’on en croit certains, le seul pacte de lecture consisterait à suspendre la méthode critique. D’un autre côté, quand on se penche sur l’épisode épidémique des personnalités multiples, les témoignages de la guerre des tranchées ou les délires qui ont parsemé l’affaire d’Outreau, on voit bien que la méthode critique est nécessaire. L’établissement des faits est donc la priorité, seulement ce dispositif ne peut se passer du témoignage parce qu’on ne dispose que de peu d’archives, la position est donc difficile à tenir. Elle me semble assez proche du clinicien, à moins que je ne me trompe

  6. « Elle me semble assez proche du clinicien ».
    Je le pense aussi Memento, une sorte de disposition interne qui demande à « croire sans croire » .

    • Je pensais à vos behaviouristes Hippocrate, ce sont tous des enfants de Bentham et de son panoptique, comme le dit leur maître inconsistant « la nature a placé l’humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir », ça ne vous rappelle pas les séances de rééducation d’Orange Mécanique ?

      • « ça ne vous rappelle pas les séances de rééducation d’Orange Mécanique ? »
        Effectivement; ils s’agit d’une rééducation ( « rehabilitation » chez les anglo saxons, ce qui couvre ce genre de pratiques d’un voile « moral ») typiquement behaviouriste, telle qu’il en existait et en existe encore pour « soigner » des « troubles d’inversion du désir »‘,( entendez
        l’ homosexualité »)

        Sur Bentham, je suis plus mitigé ; son calcul « utilitariste » du bonheur est typiquement de l’ordre d’une théorie de « l’homme machine programmable » , c’est à dire d’une pensée d’ingénieur fanatique de l’optimisation.
        Par contre, son énoncé « la nature a placé l’humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir », n’est pas à rejeter, car le principe « plaisir- déplaisir » est à prendre en compte ; repris par Freud qui décryptat pourquoi, précisément , ses patients ne pouvaient sortir du déplaisir, et semblaient même l’aimer.

        C’est précisément le message proprement humain, celui de l’existence d’une vie intérieure, parcellisée, inconstante, pulsionnelle , et inconsciente, dont les critères « d’optimisation » ne sont pas celles de l’adaptation..: une sagesse, comme une théodicité ou une sotériologie ne saurait être extraite du calcul optimal ( c’est pourquoi j’ai toujours eu du mal à accepter le pari de Pascal)

      • L’énoncé de Bentham pose plusieurs problèmes. D’une part parce que quelque chose comme la « nature » n’existe pas, quant à l’allégorie des deux maîtres, elle passe indûment de l’analogie (plaisir et douleur sont comme les deux maîtres, de quoi d’ailleurs d’un domestique, d’un esclave, d’un disciple ?) à l’identité (plaisir et douleur sont les seuls maîtres) or la langue comme le cerveau induisent un écart et le désir, à lui seul, échappe à cette dichotomie simpliste.

        Je vous rejoins une sotériologie ne requiert pas le calcul mais la décision, ce qui est autre chose

  7.  » la langue comme le cerveau induisent un écart et le désir, à lui seul, échappe à cette dichotomie simpliste. »

    Vérités actuellement étouffées, car insurmontables, irréductibles à la satisfaction de besoins extérieurs.

    Parabole ramenée de Las Vegas, parole d’une touriste française:

     » Pas la peine d’aller voir les pyramides en Egypte, puisqu’on peut les voir ici »

    • J’avais eu la même remarque de la part d’un dealer intermittent, il m’avait dit, « tu vois j’attends le jour où on me greffera l’Universalis dans le cerveau, comme ça y’aura plus besoin d’école »

  8. Saisi au vol, un autre abord du principe plaisir déplaisir:

    « le plaisir et la douleur sont l’unique principe qui, déterminant toutes les actions de son âme, doit l’élever par degré à toutes les connaissances dont elle est capable »
    Condillac in « Traité des sensations »

    • Justement Condillac était sensualiste, il réduisait à un principe unique comme tous les candidats au poste de Newton de la morale


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