Publié par : Memento Mouloud | avril 10, 2015

Les « banlieues » françaises : une chronologie

1951 : Loi Marie, les élèves des écoles privées peuvent bénéficier de bourses. Loi Barangé, les écoles privées sont subventionnées.

1953 : Le ministre Eugène Claudius-Petit lance un programme massif de constructions de logements : 300 mille sont construits annuellement dans les années 1960, plus de 400 mille de 1968 à 1973, le pic étant atteint cette année là avec 550 mille logements édifiés

1956 : Circulaire supprimant les devoirs à la maison pour les élèves des écoles élémentaires.

1958 : création des ZUP (Zones à Urbaniser en priorité). Le seuil minimum d’un grand ensemble étant fixé à 500 appartements. Celle de Saint-Pantaléon à Autun atteint 4000 habitants.

1958 : création des CHU.

1959 Le Parisien dit libéré annonce « les constructeurs d’aujourd’hui ont autant de talent que les bâtisseurs de cathédrales »

1959 : Ordonnance Berthoin. L’école est prorogée jusqu’à 16 ans. Un cycle d’observation (6ème-5ème) est créée, les cycles complémentaires sont transformés en collèges, les centres d’apprentissage en collège d’enseignement technique, les collèges techniques et écoles nationales professionnelles en lycées techniques.

1959 : Loi Debré instituant des contrats d’association et des contrats simples entre l’Etat et les écoles privées.

1963 : création des CES. Report de l’orientation vers les enseignements techniques et professionnels à la fin de la 3ème qui clôt le cycle d’orientation.

1964 : 42 mille logements non-aidés sont en construction soit 11 % de l’ensemble.

1965 : carte scolaire du second cycle. Création des sections A, B,C, D du baccalauréat et des baccalauréats de techniciens.

1965 (juillet) : une loi définit l’épargne-logement

1967 : restauration du marché hypothécaire

1968 : Introduction des mathématiques dites modernes en 6ème et 5 ème. Le latin est expurgé de la 6ème. Les parents sont introduits dans les conseils d’administration des établissements du second degré.

1968 : depuis 1948, 2,5 millions de demeures particulières ont été édifiées.

1969 : Un rapport du Conseil économique et social manie la notion de seuil de tolérance. Il est fixé à 20 % de la population d’un territoire pour les européens, à 15 % pour les « autres ».

1969 : Règlement général des BEP Création du corps des PEGC. Les instituteurs sont recrutés à Bac +2. La mixité est introduite dans les écoles. Le tiers-temps pédagogique fait son entrée dans le primaire.

1969 (décembre) : les plans d’épargne-logement sont mis en place.

1970 : Introduction des mathématiques modernes dans les écoles primaires. Les pédagogistes préconisent un « accès direct à l’expertise » contre le « labeur d’un apprentissage progressif »

1971 : le rapport Consigny insiste sur l’inflation des constructions qui grève la profitabilité des entreprises. Le gouvernement Messmer (le sosie de Jean Gabin) met en place un groupe de réflexion sur la délinquance et les problèmes sociaux dans les grands ensembles. L’accession à la propriété est encouragée.

1971 : la DATAR publie son scénario pour l’an 2000. Elle établit la prospective suivante : des quartiers centraux entièrement gentryfiés et des banlieues peuplées de « migrants peu intégrés » et « d’exécutants à faibles revenus ». Elle y constate, a priori, l’insuffisance des équipements collectifs, de transports urbains, de logements convenables. Elle indique qu’il faut se préparer à des conflits violents. Elle n’imagine pas un instant la péri-urbanisation et la relance de l’idéal pavillonnaire que Céline avait défini comme le rêve français.

1972 : Une réforme radicale du dispositif des primes et prêts entraîne une chute du nombre de logements construits qui passent de 214 mille à 110 mille en 1977.

1973 : La circulaire Guichard met fin à la politique des grands ensembles

1973-1976 : Des incendies de véhicules se répètent dans les banlieues difficiles, notamment à Strasbourg

1975 : Loi Haby. Fusion des CEG et des CES. Les filières disparaissent dans le cycle d’observation (6ème-5ème). Le passage entre l’école et le collège devient automatique.

1976 : Par décret, le gouvernement Chirac met fin à l’immigration légale de travail et favorise le regroupement familial.

1976 : On compte 195 mille logements non-aidés construits soit 43 % de l’ensemble et le double des logements HLM nouveaux.

1977 : Le gouvernement Raymond Barre suspend l’aide à la pierre et lui substitue l’aide personnalisée au logement tablant sur une croissance continue des salaires. D’un autre côté des mesures fiscales incitent les ménages épargnants à investir dans l’immobilier.

1977 : Arrêté sur la pédagogie de soutien à l’école élémentaire et au collège. Loi Guermeur : avantages financiers octroyés à l’école privée dont les enseignants sont tenus au devoir de réserve.

1978 (février) : Instruction ministérielle portant création du Plan Vigipirate

1978 : La FORS identifie des espaces dégradés où se concentrent un ensemble de difficultés. Tous sont peuplés à 30-40 % de populations immigrées. L’emploi y est inexistant ou presque, le territoire y est un aimant. Le tout forme une immense trappe à la pauvreté dans l’abondance relative qui règne.

1978 : La ½ des étrangers habitent une HLM contre 1/3 pour les français.

1979 : Premières émeutes urbaines à Vaux-en-Velin

1979 : 1 jeune sur 3 n’a pas de travail 3 mois après sa sortie de l’école. Ils étaient moins de 1 sur 10 en 1974.

1980 : La municipalité PCF de Vitry s’oppose à la construction d’un foyer de travailleurs immigrés en le rasant au bulldozer

1981 : Création des ZEP (Zones d’Education Prioritaire). Ce dispositif n’aura aucun effet sur la réussite des élèves concernés. En ZEP, le nombre d’élèves faibles en lecture s’élève à 40 %, en mathématiques, il est encore plus important. On peut donc se demander si investir 700 millions d’euros par an dans un dispositif qui maintient intacte la ségrégation scolaire et l’absence de résilience de l’Institution est une bonne chose.

1981 : depuis 1963, la criminalité augmente au rythme de 8 % par an (donc une multiplication par 4 jamais vue sinon en temps de guerre au XXème siècle). De 600 mille enquêtes, la police passe à 3 millions.

1982 (novembre) : Paolo Di Stefano (Ndrangheta) est arrêté à Antibes.

1983 : Création du DSQ (Développement social des quartiers) par le gouvernement Mauroy. Une mission Banlieues 89 est confiée à l’architecte Roland Castro ancien mao-spontex. Marche des beurs qui conduit l’Elysée via Julien Dray à mettre sur pied l’association SOS-Racisme. Quatre cents quartiers seront concernés en 1989. Dans le même temps le gouvernement dénonce les grèves islamistes aux usines Citroën

1985 : Loi sur le financement de l’école privée. Création du baccalauréat professionnel.

1986 : Arrêt du recrutement des PEGC.

1986 (mai) Arrestation à Nice d’Antonino Calderone (Cosa Nostra de Sicile)

1988 Développement de l’îlotage dans les banlieues difficiles

1988 : Pour contrer SOS Racisme, Charles Pasqua promeut la création de l’association France-Plus et y place en tête de gondole Rachid Kaci.

1988 (septembre) : Rolando Tortora (Camorra) en fuite depuis 1982 est arrêté à Antibes.

1988 : le pourcentage de propriétaires dépasse 50 %, il était de 42 % en 1963.

1989 : création des IUFM

1989 (février) : Nunzio Barbarossa (Camorra) est arrêté, en compagnie de deux complices, à Nice.

1989 (mars) : Michele Zaza (Camorra) est arrêté près de Villeneuve-Loubet

1989 (juin) : Sandokan (Camorra) est arrêté à Lyon.

1989 (août) : Mario Iovine (Camorra) est arrêté près de Toulon.

1989 (décembre) : Suite à l’affaire des foulards de Creil, le ministre Lionel Jospin rappelle, dans une circulaire, les enseignants à leur devoir de laïcité.

1990 (mars) : création d’un conseil de réflexion sur l’Islam en France tandis que se met en place un haut Conseil à l’Intégration

1990 : circulaire sur le projet d’établissement

1990 : Création d’un comité interministériel à l’Intégration

1990-1991 : Alors que les prémisses de la première guerre du Golfe se font jour, émeutes à Vaux-en-Velin auxquels succèdent des incidents graves sur plusieurs points du territoire (Sartrouville en mars 1991, Mantes-la-Jolie en mai, Meaux en juin). Une loi d’orientation pour la ville est votée. Les RG s’orientent autour des « subversions cachées dans les cités ». Une mission d’étude aux Etats-Unis y rapporte le mode d’analyse des street bands.

1991 : Les BREC sont affectés à la lutte contre « les bandes organisées sévissant dans les grands ensembles urbains »

1992 : Réforme des classes de lycée.

1992 (mai) : Un numéro de la revue Défense asserte, « la France subit fortement aujourd’hui l’impact d’une immigration de culture musulmane. Cette situation fait courir un grave risque politique qui peut déboucher sur des affrontements […] Le risque est que se développe sur notre territoire, peu à peu, la revendication particulariste d’un espace statutaire régi par la loi islamique, notamment dans le domaine clé du statut personnel »

1992 : Nomination d’un proche de Raymond Marcellin à la tête des RG, Yves Bertrand.

1992 (septembre) : Domenico Libri (Ndrangheta) est arrêté à Marseille.

1992 : on compte 70 mafieux italiens incarcérés dans des prisons françaises. Visiblement les mafias ont une apparence qui n’est pas une illusion.

1993 (mai) : dans le cadre de l’opération Mare verde, arrestation au Cap d’Ail d’Antonio Sarnataro (Camorra). Suivent les trois Maiello à Roquebrune-Cap-Martin.

1993 : Réforme du code de la nationalité. Le délai après mariage pour obtenir la nationalité française est porté à 2 ans, adhésion volontaire à la francité politique entre 16 et 21 ans pour les enfants nés dans l’hexagone de parents étrangers.

1994 : Le gouvernement Balladur est confronté à la multiplication des émeutes

1994 (mars) : Antonio Fedele (Ndrangheta) est arrêté à Saint-Laurent du Var.

1994 (avril) : Angelo Olivo (Camorra) est arrêté à Menton

1994 (juin) : Calogero Pulci (Cosa Nostra) est arrêté à Grenoble.

1994 (août) : Antonio Cono (Ndrangheta) est arrêté à Antibes.

1994 : Les sections politiques des RG sont versées dans la surveillance des banlieues. Les conférences de l’IHEDN réunissent Philippe Massoni, Charles Villeneuve, David Pujadas, Xavier Raufer, Rachid Kaci, Alexandre Del Valle (alias Marc d’Anna) et certains gradés. Le rapport de la 46ème session indique « la combinaison de différents facteurs-résistance à l’assimilation, apparition de « zones grises » structurées au plan social, imposition par le haut de normes juridiques formant un droit des minorités-peut constituer la formule d’une véritable menace »

1995 : Les indices concordants témoignant de la manipulation de Khaled Kelkal par le DRS (les services algériens) sont mis sous le boisseau.

1995 (juillet) : Arrestation à Berre l’Etang de Giuseppe Conigliari (Cosa Nostra)

1996 : Le gouvernement Juppé crée des zones franches au sein de 750 zones urbaines sensibles (ZUS), créées en février 1995, dont 40 % sont situées dans des villes de moins de 100 mille habitants. Cinq millions d’habitants y vivent.

1996 (juillet) : Une loi définit le délit « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »

1997 : Le gouvernement Jospin crée une police de proximité, Chevènement fustige les sauvageons.

1997 (novembre) : Création du conseil de sécurité intérieure rattaché aux services du premier ministre. Jacques Chirac l’adjoindra à la présidence en 2002.

1997 (décembre) : Natale Rosmini (Ndrangheta) est arrêté à Juan les Pins

1999 (juin) : Vincenzo Mazzarella (Camorra) est arrêté à Nice

1999-2000 Création par Martine Aubry de la CMU qui disjoint travail et couverture sociale, suivie par l’Aide Médicale d’Etat (AME)

2002 : Olivier Foll, directeur de la PJ parisienne recense 834 zones de non-droit

2002 (juillet) : vote de la loi LOPSI qui devait éradiquer les incivilités.

2002 (août) : Luigi Facchineri (Ndrangheta) est arrêté à Cannes après 15 ans de cavale.

2002-2004 : Multiplication des émeutes. Tandis que Sarkozy met sur pied la Loi sur la Sécurité Intérieure (LSI), le plan Borloo prévoit un budget de rénovation urbaine atteignant les 40 milliards d’euros, plan ponctué de nombreuses destructions d’habitats déclarés obsolètes.

2003 : Création du CFCM

2005 (mars) : Création d’un indicateur national des violences urbaines qui remplace l’artisanale échelle Bui-Trong

2005 : Des émeutes éclatent à la suite de la mort de deux adolescents électrocutés dans un transformateur de Clichy-sous-Bois tandis qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle d’identité. Sur 4400 gardes à vue, 400 sont suivies d’une condamnation. Les termes de racaille et de kärcher sont reprochés à Nicolas Sarkozy dont le lexique outrancier serait responsable des dégâts et destructions. L’assassinat de deux autres citoyens français durant les mêmes émeutes ne déclenchera aucune réaction de solidarité.

2005 : La revue de l’armée de terre, Objectif doctrine, indique que le passage entre maintien de l’ordre et contrôle des foules (qui peut nécessiter l’usage d’armes létales) est un continuum. Il s’agissait d’un commentaire de l’instruction TTA 950 adoptée par le Ministère de la Défense en 2001.

2006 (23 mars) : Expérimentation autour du pourrissement d’une manifestation, place des Invalides. On y dissocie casseurs et manifestants, on infiltre et on provoque, on gère avec les représentants syndicaux ou politiques les débordements, on laisse les racailleux s’amuser si nécessaire.

2006 (juillet) : l’armée fournit un premier avion-drone à la police afin de superviser la surveillance lors d’émeutes en Seine-Saint-Denis.

2006 (septembre) : ouverture du CENZUB (centre d’entraînement aux actions en zone urbaine) dans le camp de Sissonne.

2007 : Emeutes de Villiers-le-Bel. Ali Soumaré officie comme porte-parole du quartier avant d’être intronisé candidat socialiste lors des élections régionales.

2007 : deux auteurs de l’IFRI constatent que les « militaires issus de l’immigration…sont souvent assimilés à un groupe à part »

2007 : création d’un contrat urbain de cohésion sociale

2007 (février) : Manesse et Cogis démontrent que les élèves actuels ont deux années scolaires de retard en matière d’orthographe sur ceux de 1987. Aussi un collégien de 5ème, en 2007 atteint avec peine le niveau d’un élève de CM2 promotion 1986. L’Education Nationale proposera donc de récompenser l’élève qui écrit correctement le mot. En France, le pourcentage d’enfants résilients face à un handicap socio-économique est de 8 %, il est de 15 % en Corée du Sud. A l’entrée en 6ème, 15 % des élèves sont en grande difficulté pour lire, le pourcentage, inconnu, est sans doute plus élevé pour écrire.

2008 : On commande du matériel : usage d’hélicoptères, embarquement de caméscopes, généralisation du flash-ball et de gilets dits tactiques. Les compagnies de CRS sont dotées de drones ELSA.

2008 : 95 mille personnes possédaient 13100 milliards de dollars. Un smicard pourrait donc rattraper l’écart en question en épargnant la totalité de son salaire pendant 4 millions d’années, et, bien sûr, sans aucune période de chômage.

2009 : La DIV (Direction Interministérielle à la Ville) gère 2500 quartiers sur le mode CUCS (Contrats urbains de cohésion sociale) dans le cadre du plan « Espoirs banlieues » de Fadela Amara

2010 Suite aux émeutes du quartier de la Villeneuve à Grenoble, Sarkozy déclare que l’intégration ne marche plus après avoir défendu les quotas d’immigrés et pourfendu le mythe de l’immigration zéro.


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