Publié par : Memento Mouloud | avril 10, 2015

Point de détails : la doctrine de Jean-Marie Le Pen à propos de la seconde guerre mondiale et ses suites

Le 11 juin 1986, dans un entretien à National-Hebdo, Jean-Marie Le Pen affirme « tous les gens raisonnables admettent, je crois, la mort en masse de juifs dans les camps nazis. Les historiens dits « révisionnistes » mettent eux, en doute le moyen de cette extermination-les chambres à gaz- et son étendue-les six millions. N’étant pas spécialiste, j’ai entendu comme tout le monde le chiffre de six millions, mais je ne sais pas exactement comment il est établi…Pour prendre le cas d’un autre génocide-le génocide vendéen-j’observe que les estimations ont varié de 50 mille à 500 mille morts pendant deux cents ans, qu’aujourd’hui seulement un système d’évaluation sérieux-d’ailleurs imparfait – situe le chiffre à 117 mille. Tout cela est de la technique historique qui relève des spécialistes, et, en ce qui concerne le génocide juif, il ne me semble pas incompréhensible que les historiens des deux bords, en toute bonne foi, prennent du temps à établir leur chiffrage. Quant aux chambres à gaz, je m’en tiens aux historiens professionnels, qui pensent aujourd’hui qu’elles n’ont fonctionné qu’en Pologne »

Il s’en tient alors à une position sceptique quant à l’ampleur du génocide, terme qu’il ne définit jamais. Seulement il en déplace le sens, du domaine juridique vers celui de la polémique. Ce qu’il entend établir c’est la préséance révolutionnaire dans le domaine des massacres de masse. Avant-hier le jacobinisme, hier, le bolchévisme.

Le 13 septembre 1987, sur l’antenne de RTL, il va plus loin, « je suis passionné aussi par l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Je n’ai pas moi-même étudié spécialement la question mais je crois que c’est un point de détail de la Deuxième Guerre mondiale ».

D’une part, il s’engage via le pronom « je », la forme pronominale de la phrase « je me pose » et l’insertion réflexive d’un moi-même et cet engagement suspend le jugement à propos de l’existence des chambres à gaz qu’il n’a pas vu (alors qu’il est entendu qu’il a vu/su le génocide vendéen). Ensuite, il opère un nouveau déplacement, le sens de la Deuxième Guerre mondiale peut parfaitement se dégager sans tenir compte de l’entreprise hitlérienne d’extermination. Dès lors, il pointe une thèse : le génocide juif est un voile, un opérateur du mensonge qui brouille la signification de cet épisode. Ce qu’il vise cette fois-ci, c’est l’héritage antifasciste.

Cette déclaration n’est donc pas une erreur mais un point doctrinal.

Aussi, il revient sur le détail dans un entretien au New Yorker publié en avril 1997 puis, à Munich, le 5 décembre, il affirme « dans un livre de mille pages sur la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail ».

A la faveur d’un meeting, Il radicalise donc sa position puisque c’est l’ensemble du système concentrationnaire nazi qui disparaît dès lors qu’un jugement doit être porté sur la deuxième guerre mondiale. Or si on suit le Pen le détail en question n’en est pas un puisqu’il cadenasse la véritable pensée de feu le président du Front National, pensée qu’il n’a jamais exprimée clairement mais dont il ressort que le point (les centres de mise à mort des juifs, montés, démontés et alimentés) a absorbé la figure toute entière (l’effondrement du mythe impérial et continental européen à la faveur de la défaite nazie) si bien que Jean-Marie Le Pen se voit comme le dernier paladin (chevalier à la joviale grimace et au majeur pointé) d’un monde où le mensonge (judéo-américain) s’est fait souverain.

Un drôle de roi Lear néo-vichyste s’apprête, dès lors, à subir sa mise à mort symbolique, laissant à Marion Maréchal-Le Pen, fille d’un couple-traître (ex-mégrétiste), le rôle inoccupé de Cordélia-Jeanne d’Arc.


Responses

  1. MM,
    vous enterez trop vite le patriarche, « feu le président du Front National ».
    Quant au « détail », il se révèle comme une offense au peuple juif;
    et surtout une arme de guerre contre le FN !
    Moi, qui suis horrifié par l’idée même qu’un cerveau puisse avoir mûri l’idée d’exterminer un peuple (ou race ou religion), qui ait vu les prisonniers des camps, faméliques (prêts à la mort), la technique employée devient alors un détail de l’histoire de l’extermination, détail de la Shoah et détail de cette guerre, dont la Shoah est loin d’être un détail.

    Philippot a eu le mot juste une « faute politique » !
    mais aussi « faute morale », indécence vis-à-vis des juifs.

    • René, la technique importe, l’invention (dans le cadre d’une politique criminelle) des chambres à gaz comme celle des crématoires (destinée à la disparition des corps donc du crime) visait les juifs, il s’agissait de résoudre, techniquement un problème (fantasmatiquement la contamination juive des individus, des peuples et des cultures européens). Et il s’agissait de le résoudre de manière définitive. Or cet objectif est inséparable de la guerre déclenchée en URSS avec comme objectif la création d’un Empire continental s’étendant jusqu’à l’Asie centrale (car qui contrôle l’Asie centrale contrôle le monde selon l’adage).

      Comparez avec ce que préparait Staline avant de mourir et qui est lié au contexte de guerre froide. Il s’apprêtait à déporter massivement les juifs soviétiques comme il avait déporté d’autres peuples parce que la déportation était devenue la solution aux problèmes (de fait, les résistances ou les voisinages territoriaux considérés comme dangereux) que rencontrait le pouvoir soviétique. On voit que les politiques suivies ne sont pas les mêmes : dans le cadre nazi, tous les juifs doivent disparaître, dans le cas soviétique, toute dissidence juive doit être préventivement éradiquée.

      Dans le cas de Jean-Marie Le Pen, celui-ci prétend que les camps nazis et le processus d’extermination sont un appendice de la guerre. Il a tort, les camps comme l’extermination sont au centre de la civilisation nazie. Ce n’est pas seulement une faute morale ou politique, c’est une déficience intellectuelle. Je dirais donc que s’il y a indécence elle concerne chaque français, juif ou non.

      • Vous ne m’avez pas compris ou refusez de comprendre.
        Mon propos commence « horrifié par l’idée même qu’un cerveau puisse avoir mûri l’idée d’exterminer » pour ensuite aborder le « détail » (j’ai eu de la difficulté à taper ce mot tant il est chargé).
        Une fois le projet décidé, le gazage des victimes (chambres à gaz) comme la disparition des corps (les crématoires) sont subsidiaires.
        Mais ces discutions sont effectivement indécentes.

        Je regrette, mais trop tard. Vous me croyez antisémite.
        J’ai une amie juive que j’ai plaisir de taquiner;
        je suis peut-être fondamentalement vicieux !

      • Du tout René, je ne vous fais aucun procès d’intention, c’est que réellement je ne crois pas que les modalités du projet soient subsidiaires, ils me semblent (mais je peux me tromper) consubstantiels à la doctrine nazie (comme pour l’élimination des malades mentaux et autres indésirables)

  2. Bonjour,
    merci pour ces éclaircissements, les stratégies compliquées des Le Pen et consorts m’étant étrangères, leurs raisons me paraissent souvent obscures.

    En fait, merci pour tout votre travail et l’élégance précise de votre langue franche.

    Cordialement

    • Merci à vous kelekksz. Vous savez on en apprend toujours sur les Le Pen. Par exemple j’ai su il y a moins d’une semaine la manière dont ils ont pourri la vie du cinéaste qui avait réalisé avoir 20 ans dans les Aures. Menaces, déni du passé, mensonges, saccages, en une locution des méthodes de mafieux


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