Publié par : Memento Mouloud | avril 14, 2015

Il était une fois les OVNI(s)

Keyhoe

En 1950, l’ancien pilote Donald E Keyhoe publie dans le magazine à grand tirage True un article où il affirme que les soucoupes volantes, terme breveté par Raymond A Palmer, sont réelles. Life et le New York Times relaient, la contagion initiale suit donc la courbe du maccarthysme. En 1956, il fondera le NICAP dont l’action obsessionnelle consiste à accuser le Pentagone de tout cacher. Dans le sillage de ce complot, le président des Etats-Unis aurait conclu un accord avec les extra-terrestres qui disposent d’une base dans le Nevada d’où sortent les fameux men in black chargés des basses besognes.

orthon2

George Adamski, un astronome amateur est le premier à entrer en contact avec Orthon, une sorte de levantin déguisé en extra-terrestre. L’action se déroule dans le désert Mojave vers midi trente, le 20 novembre 1952. Auparavant, Orfeo Angelucci dont le cas fut abordé par Jung, avait découvert que Jésus n’était autre que le Seigneur de la Flamme Solaire. Il fut le premier terrien à s’accoupler avec une femme d’un autre monde, Lyra. En septembre 1954, les extra-terrestres casqués atterrissent à Quarouble, près de Valenciennes. En novembre, près de Caracas, des nains poilus à tête ronde éclairée au néon se présentent. La première attaque de ferme a lieu dans le Kentucky, le 21 août 1955, les créatures ont des yeux disproportionnés. En octobre 1957, le brave brésilien Antonio Villa Boas doit s’accoupler, sous la menace, avec un homoncule de 90 cm, c’est le premier viol en réunion interplanétaire. En 1961, Betty et Barney Hill sont enlevés et soumis à des expériences médicales. Les coupables sont des petits homoncules gris. En avril 1964, deux serveurs extra-terrestres égarés portant un plateau de self-service croisent Garry Wilcox.

ufo_118

En France, la carrière des OVNI commence avec l’observation de deux pilotes de Vampire F5B en tête à tête avec un engin rond et argenté. Même partis de la base d’Orange, il est peu probable qu’ils aient été victimes du mal des ardents. C’était en 1951. En 1954, des centaines de témoins observent une gigantesque boule verte qui balaie Tananarive (Madagascar). Celle-ci provoquera des pannes d’électricité, phénomène assez rare pour une hallucination collective.

En 1952, le projet Blue Book est lancé sous la direction de l’officier de l’US Air Force Edward J Ruppelt. Il retient le chiffre de 1593 observations sérieuses depuis les débuts des apparitions. Dans 1164 cas, ce sont des phénomènes répertoriés. Pour les 429 cas restants, il s’en remet à une commission présidée par Percy Robertson, physicien membre à la fois du Pentagone et de la CIA. La commission écartera de la liste des preuves chacun des cas. Comme celle-ci plancha une semaine, la révision en question fut donc menée tambours battants. En 1960, le projet Blue Book fera descendre la barre des cas inexpliqués en deça des 1 %. On peut en conclure que c’est peu de chose, en tout cas que c’est trop cher. Ce que fera l’US Air Force.

32040873_p

En 1968, le rapport Condon, du nom du physicien qui le pilota, rapporte tous les témoignages à l’ignorance ou à des phénomènes hallucinatoires. Il en conclut que les 12 mille rapports existants sont nul et non-avenus scientifiquement. Il verse donc le dossier OVNI vers le cimetière où les littérateurs et les sociologues font leur marché. Il s’appuie sur le précepte de Bertrand Russell « même lorsque tous les experts tombent d’accord, ils peuvent très bien se tromper. Néanmoins l’opinion des experts, lorsqu’elle est unanime, doit être acceptée par les non-experts comme plus susceptible d’être bonne que ne l’est l’opinion opposée ». Il en tirait trois alinéas : 1/ lorsque des experts tombent d’accord, l’opinion opposée ne peut plus être tenue pour certaine ; 2/ lorsque les experts sont en désaccord, aucune opinion ne peut être tenue pour certaine par un homme du commun 3 / Lorsque les experts affirment qu’il n’y a pas de bases suffisantes pour émettre une opinion, l’homme du commun est tenue de ne pas opiner.

En conclusion, Condon comme Russell énonçaient la proposition suivante : l’homme du commun a l’autorisation d’opiner quand il est d’accord avec l’ensemble des experts. Laplace avait été plus sage « nous sommes si loin de connaître toutes les forces de la nature et leurs divers modes d’action qu’il n’est pas digne d’un philosophe de nier des phénomènes seulement parce qu’ils sont inexplicables dans l’état actuel de notre connaissance ».

Alors que Condon, physicien quantique dans le civil s’apprête à éradiquer l’ovnisme des milieux scientifiques nord-américains, de Gaulle charge Jean-Luc Bruneau du CEA de scruter le phénomène extra-terrestre. Le projet sera une des victimes de mai 68.

$T2eC16d,!)sFI(v3uiJtBSGkqbr68g~~60_35

Allen Hynek, astronome de métier, crée alors le CUFOS (Center for UFO Studies) et organise avec Jacques Vallée, autre astronome mais français, le collège invisible. A ce jour, les signalements viennent de 140 pays et ne sont pas uniformes. Le 30 novembre 1973, à l’aéroport de Turin-Caselle, les passagers, le personnel de vol, les pilotes et les radars confirment la présence d’un objet non-identifié à 400 mètres du sol. Interrogé par Jean-Claude Bourret, le ministre de la Défense, déjà en deuil de Pompidou, Robert Galley, confirme l’existence de phénomènes inexpliqués. Etrangement, il en affecte l’analyse au CNES, délestant l’armée de l’air de sa tâche.

carte-stationnements-aeroport-turin-caselle

Claude Poher, un contact de Hynek pousse alors à la fondation du GEPAN, groupe d’étude des phénomènes aérospatiaux non-identifiés. Au cours de cette période certains officiers généraux soutiennent que certains phénomènes ne sont pas le fait d’une technologie humaine. Le 26 novembre 1979, éclate l’affaire du faux enlèvement (révélé en 1983) par les extra-terrestres, à Cergy-Pontoise, de Franck Fontaine. Outre qu’un enlèvement à Cergy-Pontoise est une faute de goût, les raëliens continuent à prospérer. L’OVNI n’est plus à la mode et le GEPAN se voit délester de ses deniers.

L’aventure ummite est un des aspects de l’ufologie qui tient à la fois du canular et de l’happening donc de l’art si on n’arrête pas le domaine de l’art aux musées des arts modernes.

w424

Les Ummites sont les célèbres résidents de la planète Wolf 424, sise dans la constellation de la Vierge. Ils ont posé leurs pieds sur terre, en 1950, dans les Alpes de Haute Provence. Cachés dans des grottes, ils envoient des lettres rédigées en castillan et en ummite à leurs correspondants. En 1966, alors que Franco se survit toujours, Fernando Sesma Manzano reçoit une première missive de leur part. Il est alors employé du télégraphe.

L’annonce de leur atterrissage entre le 30 mai et le 3 juin 1967 excita la curiosité de quelques-uns fatigués des manœuvres ésotériques de l’Opus Dei. Or le 2 juin, deux journaux espagnols rapportèrent qu’une soucoupe volante avait été observée à San José de Valderas, en banlieue de Madrid. Par une chance assez incroyable, des photos de ces ovnis avaient même pu être prises dans la soirée du 1 er juin. Développées en un temps record, elles étaient publiées, dès le lendemain, dans la presse locale.

Dès 1977, Claude Poher, du GEPAN (Groupe d’Étude des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés, ancêtre au CNES du GEIPAN), avait montré qu’un traitement approprié des photos prises à San José permettait de révéler la présence d’un fil de suspension auquel était attachée la prétendue soucoupe. D’après Poher, l’engin en question n’était qu’une maquette constituée de deux assiettes en plastique. Les ummites ne cherchèrent même pas à nier ce subterfuge et adoptèrent la devise de Guy Debord : le faux est toujours un moment du vrai.

Néanmoins, tous les ufologues espagnols fascinés par le coup des assiettes en plastique se retrouvèrent, en cette année 1967, sur les lieux. José Luis Jordan Péña, technicien en télécommunications et témoin d’un cas d’atterrissage un an plus tôt à Aluche, rapporta de nombreux témoignages de cette rencontre du premier type, et même du second, car de mystérieux tubes, contenant de non moins mystérieuses feuilles portant l’emblème d’UMMO, avaient été retrouvés à proximité.

Jusqu’alors petit entrepreneur en ésotérisme, Fernando Sesma passait à la postérité. Aussi Rafael Farriols, entrepreneur à Barcelone racheta toute la correspondance de Fernando. On y dénombre 172 missives tenant sur 1300 pages. En 1993, Peña avoua à Farriols qu’il était l’auteur de la correspondance ummite. Malgré des rétractations passagères (« mais non, ils m’ont forcé à écrire cela ! »), il révéla sa manipulation dans une revue sceptique espagnole, puis finalement tous les détails de l’affaire à un reporter, Manuel Carballal, qui les publia en 1997 dans la revue Enigmas.

Reprenons le fils du récit épistolaire de José Luis Jordan Péña.

Au départ, les ummites y avaient raconté leur débarquement sur terre (lettre D-57, 1 à 5). Il était censé avoir eu lieu près de La Javie. Des preuves scientifiques de leur présence sur terre y auraient été enterrées en guise de traces. Munis des renseignements topographiques fournis dans les lettres ummites, les « experts » français du GEPA se lancèrent dans une véritable quête du point d’atterrissage de ces vaisseaux venus tout droit des deux naines rouges. À cette quête se joignit Jean-Pierre Petit, physicien, membre du CNRS de 1972 à 2002 et spécialiste de propulsion. Attiré par la perspective de découvrir de nouvelles technologies pour des transports spatiaux, il se procura des copies des lettres ummites et s’en inspira pour proposer de nouvelles expériences de magnétohydrodynamique. Comme celles qui furent entreprises ont été couronnées de succès, cela confirma, à ses yeux, l’authenticité de ces lettres.

raidzachbarcelozach2007 053

Dans les années 1980, Petit participa aux réunions des ufologues ibères et finit par écrire un livre : Enquête sur des extra-terrestres qui sont déjà parmi nous chez Albin Michel (1991). Cet ouvrage aura un succès retentissant avec des articles dans VSD (5 septembre 1991) ou Paris Match (12 décembre 1991). L’auteur participera à plusieurs émissions télé : il sera invité par André Bercoff ou Patrick Poivre d’Arvor pour donner des détails sur ses recherches.

photo-jury-web-bercoff

Lettre NR-5 – Automne 92

Monsieur Petit, Jean Pierre,

Nous posons notre main sur votre noble poitrine.

Monsieur, nous avons étudié votre personnalité à travers nos instruments UAAGOOAWEE (évaluateurs individuels du comportement psychique) et nous avons reçu une forte impression par la haute valeur que votre coefficient d’intelligence abstraite y a atteint.

Nous pouvons vous affirmer sans aucune erreur que vous êtes parmi 2,9.10 -6 des hommes les mieux doués sur ce domaine à OYAAGAA (la planète terre). Nous vous supplions de ne pas croire que nous essayons de vous flatter (ce qui serait, d’autre part, inutile étant donné que nous ne vous demandons rien en échange) mais nous voulons tout au contraire vous encourager à continuer vos études spéculatives sur la logique formelle, qui, vous l’avez deviné, constitue la clé pour la compréhension du Cosmos.

Le « théorème » de Fermat, dont nous savons que vous avez connaissance, A UNE DÉMONSTRATION et elle est à portée d’un homme de votre condition intellectuelle. Nous aimerions pouvoir vous aider (indirectement, bien entendu, car votre sensibilité a en effet compris que toute intervention directe à OOYAGAA nous est moralement impossible) à le résoudre. Cela vous donnerait vis-à-vis de vos frères un prestige intellectuel dont malheureusement vous manquez à présent (et ceci est dû à l’agressive incrédulité des scientifiques terrestres plus qu’à votre manque de mérite).

Vous devez suivre la pensée 1=1 0=0 1#0 0#1 et croiser 1=0 0=1 1#1 0#0

C’est-à-dire combiner égalités/inégalités binaires à logique tétravalente. Dans des prochaines lettres, nous vous ferons connaître vos progrès et vos erreurs.

Nous vous supplions, Monsieur, d’être très discret sur le contenu de nos lettres ; dans d’autres pays nous avons dû couper le contact avec vos frères à cause de leur extrême indiscrétion. Nous désirons établir avec vous des dialogues épistolaires bi-univoques (nous vous donnerons des instructions sur le moyen de vous adresser à nous) mais nous vous demandons en échange d’être très discret. Vous pouvez parler librement à vos frères : Farriols Rafael (Espagne), Pastor Jean-Jacques (France), Jordan Pena Jose-Luis (Espagne). Mais du reste, il serait très sage de votre part de ne rien raconter à personne d’autre. […]

La paix avec vous, Monsieur.

mir

Traversé par le succès, les symboles ummites sont alors recyclés : la suissesse Viviane Poli se prétend ummite et les membres de la secte Edelweiss vont jusqu’à graver l’emblème d’Ummo au fer rouge sur le corps de leurs enfants jusqu’à ce que José Luis Jordan Péña sorte de l’ombre où il déclina l’histoire des ummites à la manière d’un Borges ibérique et grand public.

Pseudo-sciences/ Aleksandra Kroh / BAM


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :