Publié par : Memento Mouloud | mai 11, 2015

Viols en Centrafrique : Bienvenue en enfer

« En janvier 2015, un rapport d’une commission d’enquête de l’ONU affirme que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis par la Seleka et les anti-balaka mais qu’il n’y a pas de preuve de génocide. Selon la commission le conflit en République centrafricaine a fait 3 000 à 6 000 morts en deux ans »

Wikipedia

« Leurs corps portent un peu partout la trace des machettes. Les cinq enfants, allongés sur une dalle de béton, arborent des plaies, des estafilades, des entailles plus profondes recouvertes de pansements sanguinolents et de grands yeux terrorisés. Une jeune fille, déjà couchée dans l’une des ambulances venues les chercher, a la tête et la jambe gauche bandées. Enceinte, au moment du carnage, elle a accouché quelques heures plus tard. Le bébé est vivant. Les sept autres blessés plus âgés ont déjà été envoyés à l’hôpital. En ce mardi 3 décembre, tous viennent d’être rapatriés sur Bangui. L’attaque date de la veille. Ils bivouaquaient, plus au nord, dans la forêt primaire, avec leur bétail, à une quinzaine de kilomètres de la bourgade de Bouali, quand ils ont été attaqués par des hommes armés de coupe-coupe, de couteaux et de fusils de brousse. « Les assaillants étaient près de quarante. Ils venaient des villages environnants. On a reconnu deux d’entre eux, affirme Issa Roua, 39 ans, coiffé d’un bonnet tricoté, vêtu d’une djellaba blanche. Ils ont encerclé le campement et commencé avec les enfants ». »

« A l’écart du bitume, des habitants de Bouali se pressent autour d’une tombe toute fraîche, creusée au pied d’une hutte en pisé. Ils viennent d’enterrer Simon Anzibé, 39 ans, un vendeur de potions médicinales qui dispensait aussi des cours de boxes aux jeunes du coin. Durant la nuit, il a été traîné dans la cour par une « vingtaine de musulmans », selon son fils, et abattu d’une balle dans la tête. « Soi-disant, c’était un anti-Balaka », ajoute le garçon qui dit avoir reconnu parmi les assassins de son père un Peul du quartier surnommé « Issa Problème ». Une centaine de mètres plus loin, les mêmes agresseurs ont ensuite cherché un réparateur de radio nommé Dieudonné. Faute de le trouver, ils ont mis le feu à sa maison. « Ils ont dit qu’ils allaient en finir avec tous les hommes chrétiens », déclare un voisin. Fidèle Zangata, chef du quartier de Mayango 3, a quant à lui été exécuté dans la journée de mardi, au milieu de ses champs, avec trois de ses fils. « Des gens du village sont arrivés. C’étaient des Peuls, appuyés par des Séléka venus de Bangui. Ils ont commencé à nous tabasser. L’un de mes frères a tenté de prendre la fuite, ils l’ont descendu, puis ils ont tué les autres », raconte la fille du défunt, son bébé noué dans le dos. »

L’Obs

« Dans des petits villages éparpillés à 300 km au nord-ouest de Bangui, des groupes armés affiliés aux anti-balaka exploitent en toute impunité des nomades qu’ils ont progressivement réduits en esclavage. En 2014, alors que les anti-balaka reprennent le contrôle de Bangui, les civils musulmans sont contraints de fuir par la route et tentent de rejoindre le Cameroun ou le Tchad. Beaucoup n’y parviendront jamais. « Cet événement témoigne de ce qu’est la réalité Centrafricaine aujourd’hui. La situation est pacifiée dans les zones urbaines, mais des exactions sont commises tous les jours en brousse et ne sont pas documentées », insiste Dalia Alachi, la porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), qui parle de « graves violations des droits de l’homme ». Son calvaire, Myramou a dû le supporter près d’un an. Le 4 avril 2015, une mission conjointe des Casques bleus et du HCR a permis de la libérer, avec 20 autres peuls retenus captifs. « Sur les 6 femmes récupérées, trois ont été violées et sont traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Tous ont rapporté des cas de tortures et de travaux forcés », détaille Dalia Alachi. Myramou n’a pas été la seule à subir ces sévices sexuels. D’autres nomades ont servi de concubine pour des chefs anti-balaka locaux. Les hommes eux, sont progressivement éliminés comme le rapportent des Peuls à l’ONG Human Right Watch (HRW). « Ils disaient, nous ne voulons pas voir d’hommes, nous ne voulons voir que des femmes. »

Le Monde

« Les conditions de vie sur M’Poko etaient dignes de l’armée moldave tout au plus. L’approvisionnement en eau était déjà insuffisant pour 450 personnels, je vous laisse deviner pour 1200. Donc pas d’eau pour les cuisines. Coupures de courant à répétition. WC bouchés, pas pratique quand il y a 10 cas de gastro dans une compagnie. Certains postes de section à Bangui ont des douches et ce sont d’ailleurs des sites très prisés comme l’Institut Pasteur ou l’Alliance Francaise.

On est partis sur Bossangoa le 7 décembre sans lits picots avec moustiquaires, les derniers  ayant été donnés en crash à la compagnie Guépard arrivée dans la nuit, mais on en a reçu une semaine plus tard pour la visite de Jean-Yves Le Drian, évidemment. Il y a eu de nombreux cas de paludisme dans notre compagnie.

Pour l’eau, nous avions deux remorques de 1500L pour 180 hommes, soit 1,5 L par homme pour se raser et se laver, à remplir tous les jours grâce aux ONG qui approvisionnaient les camps de réfugiés… 2 de nos quatre sections  étaient équipées de VAB surannés. Des gilets pare-balles classe III. Une roue de rechange pour tout le parc VAB du GTIA !  Et je passe les ruptures de stock de munitions ou le potentiel hélico gaspillé pour des journalistes… « 

« On circule dans des véhicules sans blindage dans des zones pourtant sensibles. Alors on fait avec les moyens du bord : on prend des gilets pare-balles et on les déplie sur les portières en guise de protection. A l’arrière, là, on met des sacs de sable pour arrêter les balles. »

Témoignages de soldats français de la force Sangaris

 

Les français sont comme tout être rationnel selon David Hume, les massacres lointains à la machette les trouvent indifférents. Dès lors, les interventions françaises dans la lointaine Afrique centrale sont comme les chromos sépias d’une étrange langueur coloniale. Aussi le soldat français est comme celui de saint Augustin, un éternel mélancolique.

Si on annonçait à ce même citoyen français que les boat-people africains repêchés par les marines européennes dans le bassin méditerranéen ont un rapport de causalité avec ces mêmes massacres lointains, il tendrait sans doute l’oreille. Si on ajoutait que toute affaire qui touche à l’honneur de son armée et partant à la puissance de son pays établit la cote de la France dans le monde et donc la sienne, il est peut-être possible qu’il en viendrait à se demander ce qu’il en est de cette affaire de viols d’enfants dans Bangui l’inconnue.

Le camp de déplacés à Bangui qui borde les pistes de l’aéroport M’Poko est immense. Il s’agit du plus grand du pays. Un peu plus de 20 000 personnes s’y entassent aujourd’hui. Au plus fort de la crise dans le pays, début 2014, il en accueillait plus de 100 000, qui avaient fui les violences dans leurs quartiers.  Des militaires déployés en République centrafricaine (RCA) dans le cadre de l’opération « Sangaris » y sont soupçonnés d’avoir abusé sexuellement d’enfants lors de leur mission. Des informations révélées, mercredi 29 avril, par le quotidien britannique The Guardian, qui a eu accès à un rapport interne de l’Organisation des Nations unies (ONU).

C’est en mai 2014 que débute l’enquête préliminaire. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU en Centrafrique, qui enquête alors sur des exactions commises par des soldats tchadiens dans la capitale, se rend dans le camp de déplacés M’Poko. Les trois enquêteurs qui ont eu vent de rumeurs concernant des violences de soldats à l’égard d’enfants viennent vérifier sur le terrain. Ils vont alors interroger 12 personnes, parmi lesquelles 6 enfants. Les autres sont des proches ou des témoins directs. Ces enfants particulièrement démunis, certains orphelins, trainent à l’entrée du camp à la recherche de quoi se nourrir ou d’objets à récupérer. Des jeunes garçons âgés de 9 à 13 ans qui vont décrire des sévices perpétrés par des soldats français, en échange de nourriture.

Les faits incriminés se seraient déroulés entre décembre 2013 et mai-juin 2014, lors des premiers mois de l’opération « Sangaris ». Ces témoignages, recueillis par un agent du BINUCA (Bureau intégré de l’Organisation des Nations unies en Centrafrique) assisté de personnels de l’UNICEF, furent transmis à Genève.

Selon The Guardian, les soldats sont soupçonnés d’avoir abusé de ces jeunes garçons « affamés et sans abri » en échange « de nourriture ou d’argent ». Selon les informations du Monde, le « document de travail » de l’ONU qui a fuité évoque des « fellations ». Les enfants situent ces abus sexuels dans un « abri » aux abords de la barrière d’accès à l’aéroport de Bangui, gardé par des soldats français. Un petit abri fait de sacs de sable existe bien près de cette barrière, qui jouxte le centre pour déplacés où vivent les enfants. Les accusations ne donnent aucun nom. Selon les recoupements des enquêteurs, quatorze soldats français sont soupçonnés d’être impliqués. Parmi ces militaires, « très peu » ont été identifiés, indique une source judiciaire, sans en dévoiler le chiffre précis.

Selon une source proche du dossier, les accusations visent aussi cinq militaires étrangers. Il s’agit de trois soldats tchadiens et de deux équato-guinéens, a précisé la codirectrice de l’ONG américaine Aids-Free World, Paula Donovan, qui a consulté le rapport de l’ONU et l’a communiqué au Guardian. Un des deux enfants témoins dit avoir assisté à une sodomie pratiquée par un de ces soldats étrangers. Ces faits ne sont pas visés par l’enquête française.

L’ONU a pourtant confirmé avoir enquêté dès le printemps 2014 sur des « accusations graves d’exploitation sexuelle et d’abus commis sur des enfants par des militaires français » en République centrafricaine. Le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, a également confirmé qu’Anders Kompass, directeur des opérations de terrain et fort proche des marocains sur la question du Sahara occidental au point d’y bloquer toute enquête, a transmis en 2014 les résultats de cette enquête aux autorités françaises au mépris des procédures. Il a été suspendu.

Kompass a transmis le rapport aux autorités françaises après avoir constaté que l’ONU tardait à agir, affirme le Guardian. Une version contredite par une source onusienne, qui affirme, sous couvert de l’anonymat à l’Agence France-Presse, que le responsable avait fait fuiter le rapport une semaine seulement après qu’il eut été fourni par les enquêteurs, et que son action ne pouvait donc pas s’expliquer par une frustration devant un manque de réactivité de l’ONU.

Ce n’est pas la première fois que l’armée française est touchée par ce genre de soupçons. En 1994, des soldats de l’opération Turquoise furent accusés d’avoir violé des femmes rwandaises dans des camps de réfugiés. Ce soupçon s’ajoutait à celui d’avoir participé au génocide des tutsis. Ces soupçons conjugués avaient un but politique précis, exclure la France du partage en cours de l’Afrique des grands lacs.

Selon une source judiciaire, le ministère a reçu cette information le 29 juillet 2014 sous la forme d’un document de travail de l’ONU, qu’il a aussitôt transmis à la justice française. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 31 juillet pour « viols sur mineurs de 15 ans » sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale, après « dénonciation » du ministère de la défense.

Or depuis la loi de programmation militaire votée en 2013, une plainte de victimes se constituant partie civile ne suffit plus à déclencher une enquête et encore moins une procédure. La décision vient donc de l’Elysée. La section de recherches (SR) de Paris et la SR de la gendarmerie prévôtale – une formation dont la mission principale est d’enquêter auprès des forces armées françaises stationnées hors du territoire français – ont été saisies.

La situation est la suivante : une enquête est ouverte à partir de déclarations d’enfants recueillies par un fonctionnaire de l’ONU dans un pays où l’horreur, la terreur et le mensonge permanent ont détruit toute confiance au profit de la lutte très simple pour survivre. Il est possible que des soldats français aient commis un tel crime, en revanche c’est une faute évidente que de renforcer les rumeurs locales selon lesquelles les soldats français sont tous des prédateurs sexuels en quête de garçonnets orphelins. En proclamant sans attendre les conclusions de l’enquête que le crime commis est abject on balaie la présomption d’innocence et on atteste publiquement l’existence de ce qui doit être prouvé, preuve que les pseudo-leçons d’Outreau ont été oubliées.

Sur les motifs de François Hollande, on se perd en conjecture. Coup de semonce contre la chaîne de commandement militaire mise en cause par quelques fonctionnaires de l’ONU, repentance post-coloniale sur un mode automatique, festival de moraline à destination des bien-pensants, lâcheté usuelle ? Quoiqu’il en soit un gouvernement qui s’assied sur la vie privée du citoyen lambda peut bien larguer la présomption d’innocence quand ça l’arrange, c’est une évidence.

Les gendarmes de la prévôté ont été envoyés dès août 2014 dans le camp de déplacés pour effectuer des vérifications, mais n’ont pu interroger les enfants, faute de cadre légal. S’il ne remet nullement en cause les déclarations « très précises » des enfants sur les actes sexuels évoqués, le compte rendu des gendarmes soulève quelques questions à éclaircir sur le déroulement précis des faits, au regard notamment de la topographie des lieux présumés des faits, explique une source proche du dossier.

En septembre, le parquet de Paris a envoyé une demande d’entraide à l’ONU pour obtenir la levée de l’immunité de l’employée onusienne qui avait recueilli le témoignage des enfants, une condition nécessaire pour l’auditionner même en qualité de simple témoin. Une demande refusée par l’ONU, qui a en revanche accepté de lui transmettre un questionnaire écrit. Les réponses à ce questionnaire ne sont parvenues au parquet de Paris que sept mois plus tard, le 29 avril, soit la veille de la révélation du scandale, ce qui a considérablement ralenti l’enquête, explique encore une source proche du dossier.

A Ouzbine, en 2008 en Afghanistan, dix soldats français furent tués dans une embuscade des talibans. Le rapport de l’OTAN mit en lumières le manque de moyens de la section décimée. Ils n’avaient qu’une radio et manquaient de munitions. Le président Sarkozy n’avait pas promis de dézinguer les responsables, encore moins d’être ferme sur les principes. Les présidents modernes réservent leur foudre aux pervers consensuels, c’est plus sûr.

Le Monde/ L’Opinion / France-Info/ Libération / Mediapart/ L’Obs/ BAM


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