Publié par : Memento Mouloud | mai 15, 2015

Avez-vous lu le dernier Emmanuel Todd ?

UNSPECIFIED - SEPTEMBER 21:  first year preparatory class in humanities for entrance to Ecole normale superieure in 1922 in Louis-Le-Grand in Paris : on the 1st row seated : Paul Nizan (2nd from l), Jean-Paul Sartre (4th from l)  (Photo by Apic/Getty Images)

« As-tu lu le dernier Emmanuel Todd ?

-Non

-Tu devrais

– J’en doute »

Le catholicisme zombie selon Emmanuel Todd et Hervé Le Bras

SAMSUNG

« Les valeurs organisatrices du catholicisme apparaissent toujours actives dans les lieux qu’il occupait. L’un des paradoxes les plus étonnants de notre présent est la montée en puissance sociale d’une religion qui vient de s’évanouir en tant que croyance métaphysique. La catholicisme semble, pour l’instant, avoir atteint pour lui-même l’objectif d’une vie après la mort. Comme il s’agit d’une vie terrestre, et nous doutons fort qu’elle soit éternelle, nous parlerons de catholicisme zombie. »

« Avec une grande exactitude, les régions catholiques sont celles où la préférence pour les études longues est la plus marquée. Les seules exceptions…sont la frange ouest du Bassin Parisien…et quelques villes universitaires des régions laïques comme Limoges, Reims, Dijon et Orléans. Les bastions du catholicisme…apparaissent tous comme des pôles du développement éducatif »

« Le catholicisme définit au contraire des pôles d’avance féminine [mais] le catholicisme zombie … encourage l’enseignement technique masculin »

« [Si le catholicisme zombie] admet pleinement l’existence spécifique [des femmes] dans la réalité du monde social, il leur affecte cependant un rôle spécifique, ne leur accordant pas le statut d’être humain en général. Elles peuvent travailler, mais leur place reste à la maison, ce que le temps partiel autorise »

« Les régions catholiques n’ont pu résister longtemps à la généralisation des naissances hors-mariage dont la multiplication signifie en réalité la disparition du mariage-sacrement, idéal de l’Eglise »

« Les régions autrefois pratiquantes catholiques ont nettement plus voté pour la constitution européenne que les régions laïques sans d’ailleurs que le oui l’emporte forcément en terre chrétienne …Ces référendums ont donc aussi révélé…une résistance autonome des régions anciennement catholiques à l’Etat jacobin »

Emmanuel Todd et le mirage islamo-européen

SAMSUNG

Petit fils de Paul Nizan, Emmanuel Todd jouit d’une réputation de prophète depuis son ouvrage, le fou et le prolétaire. En effet, ce démographe qui pense avoir trouvé le secret des secrets autour d’un modèle familial à trois variables y aurait prédit la fin de l’Union Soviétique en suivant l’évolution des tables de mortalité. On pourrait objecter que l’accident de Tchernobyl, l’enlisement afghan et les luttes de succession au couteau après la mort du brave Iouri Andropov n’avaient pas vraiment été prévu par le bonhomme mais les réputations ne tombent pas pour si peu.

Donc, l’homme revient à la charge avec un colistier, pour annoncer le midnight rendez-vous de l’Islam et de l’Europe dans un avenir proche. On résume, l’indice de fécondité et les taux d’alphabétisation des pays musulmans convergent vers ceux des pays européens dans un avenir proche, aussi tous s’embrasseront dans la modernité retrouvée qui n’est fondamentalement qu’une. Un tel argument pourrait être démonté par le seul exemple du destin allemand mais le mieux est de remiser l’ensemble de cet ouvrage calamiteux en y exposant les passe-passe et les délires idéologiques qui l’émaillent.

Premier paralogisme, celui qui consiste à partir d’une corrélation, entre taux d’alphabétisation et indice de fécondité, à établir une causalité. Or la corrélation ne met en relief qu’une évolution concomitante entre deux phénomènes, en tirer une « loi » causale est donc une aberration qui conduisit, par exemple, l’économiste Jevons à expliquer les crises économiques cycliques par l’action à distance des tâches solaires. De plus le brave duo nous avait expliqué que le retard dans le processus d’alphabétisation entre monde arabe et Europe du Nord atteignait deux siècles, huit décennies pour l’Europe méditerranéenne et trois décennies sur le Mexique, autant dire que tout autre chercheur aurait abandonné l’idée d’une voie unique vers la modernité mais les deux Dupont et Dupont des embrassades à venir poursuivent tête baissée.

Ils expliquent donc que toutes les religions se résument à ce trait sociologique informe, être des interprétations du monde et un guide pratique dans la vie, ce qui permet de passer du plan descriptif au plan métaphysique de la substance, autre saut paralogique sans parachute. On pourrait y ajouter l’absence totale de réflexion sur la morphologie des peuples, la masse des hommes qui mettent en perspective tout pourcentage et permettent d’éviter la comparaison entre le bloc chinois et le liliput syrien. Enfin, puisque ces deux-là se veulent démographes, peut être auraient-ils pu comparer la descendance finale des femmes de même génération et non l’indice conjoncturel de fécondité qui n’est qu’un instantané, soit l’exact parallèle de la différence entre le cinéma qui capte le temps et la photographie qui fige l’instant.

Plus grave, la thèse centrale  de la convergence ne résiste aux constats des deux bonhommes puisque ceux-ci nous expliquent que les monde arabe et pakistanais pratiquent, dans une proportion d’un mariage sur trois, un régime matrimonial patrilocal et endogame et les pays d’Afrique de l’Ouest, dans la même proportion, une polygamie qui ne relève pas du religieux, traits qui les différencie radicalement de l’islam de l’espace yougoslave qui est un islam européen.

Quant aux délires idéologiques, ils sont multiples. Les femmes maghrébines ne seraient pas sous tutelle mais sous la protection bonhomme de la « solidarité des frères et des cousins », la guerre civile libanaise aurait pour origine les différentiels de fécondité entre communautés, la Chine et l’Inde du Nord pratiqueraient l’infanticide et non l’avortement sélectif qui greffe sur le mécanisme de la dot, un appareillage technologique destiné à éliminer les filles de la descendance, si bien que le sieur Emmanuel Todd ne manquera pas de rejoindre l’association du professeur Lejeune en poussant les hosanna de circonstance.

Evidemment l’anti-occidentalisme et les réserves d’usage face à l’Etat d’Israël émaillent l’ensemble du texte, on sort donc les vieux poncifs, ce qui donne ce moment intense d’ironie, « l’invasion américaine de l’Irak rappelle que le monde occidental n’est pas prêt de renoncer sans lutte à son titre de champion toutes catégories du massacre de masse, établi par une seconde guerre mondiale incluant l’holocauste et Hiroshima. Tout cela sans l’aide spirituelle et guerrière de Mahomet ! » .

Quoi de neuf la France ?

SAMSUNG

Anomie

 Si on la mesure par les taux de suicide, d’homicide et le nombre de morts sur la route, l’anomie connaîtrait une éclipse depuis la fin des années 1990. Cette réussite est due à l’usage massif des antidépresseurs et autres anxiolytiques ainsi qu’à l’oubli statistique de l’augmentation des vols et des atteintes aux personnes. De plus, cette approche quantitative passe sous silence le changement qualitatif dans la mise en œuvre du suicide qui, d’intime, devient public.

Bacheliers

Entre 1951 et 1966, le nombre de bacheliers par génération passe de 5 à 12 %, puis à 17 % en 1971 avant d’atteindre un palier de 10 années pour repartir à la hausse jusqu’en 1995 où il se maintient sur la crête des 35 %. En 2009, on constate que dans la génération des 25-34 ans, le tiers des hommes est diplômé du supérieur contre la ½ des femmes. Les filières L et ES se composent, respectivement,  de 80 %  et 2/3 de lauréates, la filière S dite scientifique de la moitié. Dans le même temps, la lecture s’effondre dans toutes les couches de la population.

Classes sociales

Les Dupont et Dupont de la démographie, Emmanuel Todd et Hervé le Bras, définissent les classes sociales en fonction de l’obtention d’un diplôme à l’exception des 1% les plus riches dont on détermine l’existence par la part du lion qu’ils s’octroient dans le revenu national (8 % de celui-ci en 2000 contre près de 17 % aux Etats-Unis). Il y aurait, selon le tandem crypto-socialiste, une vraie classe moyenne de bacheliers, une autre classe moyenne technique composée de titulaires d’un CAP, d’un bac professionnel ou d’un BEP, enfin un sous-prolétariat d’illettrés tissé, en partie, d’afro-maghrébins rejetés par l’école.

Cordicopolis

Ses territoires d’élection sont les métropoles peuplées de cadres supérieurs, d’étudiants et de sous-alphabétisés, la France léopard qui a voté OUI au traité constitutionnel européen de 2005. Selon le tandem Le Bras / Todd, on y trouverait le vivier des intellos islamophobes alliés aux pue la trouille moisis de la France bleue marine : le nord-nord-est, le littoral méditerranéen, l’axe de la Garonne, la bordure normande du Bassin parisien et la couronne parisienne avec des poussées dans l’ouest et  en descendant le couloir rhodanien.

Déchristianisation

Les pôles de la déchristianisation de longue durée furent les bassins parisien et aquitain, la Catalogne française, la Corse et la Provence. Aujourd’hui on peut parler de catholicisme résiduel puisque les messalisants (assistants à la messe dominicale) sont passés de 20 %, en 1972, à moins de 5 %, en 2006. On comprend, dès lors, les subventions d’Etat offertes à l’Eglise catholique tant pour l’entretien des lieux de culte, au nom de la préservation du patrimoine, que pour le réseau d’écoles dites libres, sans lesquelles, le catholicisme français ressemblerait à un paysage ruiniforme. A ceci s’ajoute le nombre de naissances dites illégitimes qui sont passées de 5 % en 1965 à 54 % en 2010, l’effondrement des mariages, stagnant autour de 250 mille et leur cortège de divorces en série.

Désindustrialisation

Le pourcentage d’actifs dans l’industrie a été divisé par 2 entre 1975 et 2009 selon cette loi tendancielle qui veut que la création de valeur dans le cadre capitaliste soit supplantée par une vie économique nécrosée où le travail vivant tend à s’amenuiser irrémédiablement transformant l’endettement chronique en une pyramide de produits dérivés et structurés bientôt qualifiés de toxiques. L’emploi y est donc subventionné ou protégé voire prolongé sous la forme de retraites et de pensions, le rentier aux mille dettes et ses compères le maître en asymétrie d’informations  et les chefs de meute ou de tribus, les rois du royaume. Les régions françaises exportatrices de biens sont donc des plateformes de sous-traitance pan-européennes et les agents de la fonction publique atteignent le tiers des actifs dans le Midi aquitain sauf dans le pays basque français, toute la région PACA à l’exception du triangle Cannes-Antibes-Grasse, le Massif central, la Bretagne, exceptée la métropole de Rennes  et un axe qui part de Calais pour atteindre la lisière des Vosges.

Famille-souche

Délire interprétatif propre à Emmanuel Todd qui y voit le vivier d’une conception hiérarchique et autoritaire de la vie en commun, toujours épaulée par ce qu’il nomme le catholicisme zombie.

Fécondité

Avec un indice conjoncturel de fécondité de 2 enfants pour une femme, la France passe pour un pays européen étouffé par les layettes et les landaus. Les fortes fécondités dans le monde rural se concentrent autour de l’ouest français, dans la région lyonnaise, la Porte de Bourgogne, l’axe de la Garonne et l’Île de France. Dans les zones urbaines, on retrouve la région lyonnaise, la Porte de Bourgogne et on ajoute le Nord de la France. Dans les zones métropolitaines, Paris, Nantes et Lyon.

Illettrés

En 2008, on dénombre 12 % de personnes sans aucun diplôme chez les 25-34 ans, mais 6 % dans le Finistère contre 23 % en Seine Saint-Denis. Durant les journées citoyennes qui excluent les étrangers des tests en vigueur, à peine 80 % des impétrants se révèlent des lecteurs « efficaces » donc capables de déchiffrer un texte publicitaire ou une page de 20 minutes.

Le Tout-France

SAMSUNG

L’enquête est de Cris Beauchemin, Christine Hamel et Patrick Simon. Elle est réalisée entre septembre 2008 et février 2009 sur un échantillon de 21 mille personnes. L’objectif avoué de l’enquête est d’établir les seuils de discrimination dans le « parcours » d’une personne.

Elle use de la novlangue : Le français de souche devient population majoritaire (ni immigré, ni natif d’un DOM ( ?), ni descendant d’immigrés ou de domistes) et inclut les rapatriés. C’est un peu la reprise de la tactique napoléonienne qui fait suite au Concordat : la religion catholique n’était plus la religion d’Etat mais celle d’une majorité de français. Ce français « majoritaire » est encadré des immigrés (nés à l’étranger), des natifs d’un DOM, des descendants d’immigrés, des descendants de domistes. Elle comprend les seules cohortes entre 18 et 50 ans (donc nées au plus tard en 1958, exit les pieds-noirs).

Le français de souche formerait 75 % de l‘échantillon (français qui ne sont de souche que d’après la date de naissance choisie, 1958, ce qui inclut quasiment tous les descendants d’italiens, d’espagnols, de polonais, de juifs ashkénazes, d’arméniens, d’algériens et de belges) les immigrés 10 % (2,7 millions de personnes par projection), les descendants d’immigrés 12 %, les domistes et descendants de domistes 455 mille personnes soit 1,6 %. A noter que les rapatriés et leurs descendants, 1,2 millions sont inclus dans les français de souche alors que la marque des pieds-noirs (soit 5 % de l’échantillon), c’est d’être une sorte de melting-pot de la Méditerranée occidentale.

Si on rétablit les contours, la part des français dits de souche doit être comprise entre 50 et 60 %.

On apprend tout de même quelques phénomènes curieux : ainsi la part des femmes chez les immigrants de l’Afrique guinéenne ou centrale atteint les 60% et dépasse les 50 % chez les algériens. De même, la part des 18-35 ans, est de 47% pour les immigrés d’Afrique centrale et guinéenne, 42 % pour l’Afrique sahélienne, 41 % pour les domistes, 53 % chez les turcs, contre 37 % chez les français de souche (idem chez les maghrébins) et 26 % chez les immigrants d’Asie du sud-est.

Chez les descendants d’immigrés la jeunesse (relative) de la population est encore plus marquée : 66 % des descendants d’algériens ont moins de 35 ans, 82 % chez les descendants de marocains et tunisiens, de 86 à 92 % chez ceux descendant d’Afrique, 96 % chez les turcs contre 49 % chez les français de souche. En toute logique démographique, la part des descendants de descendants devrait donc s’agrandir mécaniquement.

La région francilienne concentre 40 % des naissances d’immigrés du pays et plus de la moitié de celles des domistes. Tout l’Ouest français ainsi que le Nord et Pas de Calais ont un faible pourcentage de naissances d’immigrés sur leur sol : Moins de 7 %. On a là une polarisation extrême. La métropole qu’est Paris et qui avait pour but de donner le la à la francité est devenue l’épicentre d’un devenir Tout-Monde du pays. Il est possible que ce projet rencontre de fortes résistances.

17 % de l’ensemble des immigrés ont un bien foncier à l’étranger, 23 % apportent une aide financière à un ménage du pays d’origine ou investissent sur son territoire. Enfin plus des 2/3 se disent intéressés par la politique locale. Chez les descendants d’immigrés ces indices sont respectivement de 4, 10 et 5 %. Chez les marocains et les tunisiens les propriétaires d’un bien foncier dans leur pays d’origine atteint les 17 %, 24 % pour ceux qui aident ou investissent. En Afrique sub-saharienne, les indices sont respectivement de 17 (23 pour les sahéliens) et 51 %. Chez les asiatiques de 2 et 23 %. On apprend donc, comme prévu, que c’est moins les immigrés qui sont une chance pour la France que la France qui est une opportunité pour le lignage qui a su tirer profit de son installation dans l’hexagone puisque tout lignage peut désormais investir ou tirer des ressources à la fois de sa présence en France et dans le pays d’origine. Si on en croit l’enquête, l’immigré serait victime de discriminations ici mais pourrait s’avérer un notable là-bas, le mécanisme schizophrénique est donc patent chez les « élites » immigrées.

Le ¼ des immigrés maghrébins est diplômé du supérieur (avec une très légère prépondérance masculine), 18 % des sahéliens (avec une proportion de 3 hommes pour une femme), 30 % des originaires du Golfe de Guinée (avec une proportion de 2 hommes pour une femme), 30 % des asiatiques, 30 % des domistes (avec une nette prépondérance des femmes), 9 % des turcs contre 34 % pour les français de souche (avec une légère prépondérance féminine) et 54 % chez les ressortissants de l’UE (avec une très nette prépondérance féminine, 2 hommes pour 3 femmes diplômées du supérieur).

Chez les descendants d’immigrés le pourcentage de diplômés du supérieur descend à 20 % chez les algériens mais monte à 31 % chez les autres maghrébins, atteint 33 % chez les domistes, 25 % chez les descendants d’africains du Sahel, 41 % chez ceux du Golfe de Guinée (avec résorption de la disparité hommes/femmes), la ½ chez les asiatiques, 15 % chez les turcs et 34 % chez les enfants de la population majoritaire. Si on entre dans la cohorte des 18-35 ans, le nombre de descendants d’algériens ayant obtenu une licence atteint 8 % chez les hommes et 12 % chez les femmes, contre 14 et 16 chez les autres maghrébins, 10 et 17 chez les domistes, 6 et 12 % chez les sahéliens, 19 et 27 chez ceux du Golfe de Guinée, 25 et 27 % chez les asiatiques, 11 et 3 % chez les turcs, 19 et 21 % dans la population majoritaire contre 34 et 31 % chez les descendants d’autres ressortissants de l’UE.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes les africains du Golfe de Guinée sont venus chercher une reconnaissance et des opportunités qu’ils n’avaient pas dans leur pays respectifs, les familles asiatiques ont visé pour leurs enfants l’excellence (et l’insertion dans les circuits transnationaux), les familles maghrébines (à l’exception des algériennes) ou celles des Dom ont entamé une ascension petite-bourgeoise via le système scolaire (elles seront donc républicaines), les familles algériennes et sahéliennes ont, semble-t-il, laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes ou à leur caprices et délires (d’où une virilité d’apparat et un islamo-racaillisme d’analphabètes parmi un nombre important de ces jeunes et moins jeunes qui vient frapper comme d’un halo et recouvrir tous les autres membres de la « communauté ». Au final, on a tellement honte de cet état lamentable qu’on finit par justifier n’importe quoi)), enfin contrairement aux familles d’autres ressortissants de l’UE, il semble que le système scolaire français ne change rien à la situation globale des familles de la population majoritaire, ce qui semble augurer d’une paupérisation relative de certaines lignées de français de souche, touchées par un véritable déclassement (ce qui apparie dans un même mouvement une haine de classe intra-majoritaire, façon à bas les gros et les cosmopolites, et un racisme classique de défense envers des immigrés qui, à la fois, réussissent mieux ou sont trop proches dans la déchéance annoncée et l’absence complète de perspectives. Là se trouvent les gros bataillons frontistes).

Le chômage et l’inactivité permettent aussi de mesurer la place des immigrés et de leurs descendants dans la société française. Dans la population majoritaire, le taux de chômage des 18-50 ans atteint 8-10 % des effectifs, le taux d’inactivité, respectivement 3 % des hommes et 10 % des femmes. Or le taux de chômage des hommes est quasi-inexistant pour les immigrés masculins portugais, italiens ou espagnols, puis, comparable pour tous les autres immigrés à l’exception des algériens et des sahéliens. Chez les descendants d’immigrés, ce taux est le double chez les maghrébins, les africains et les turcs, relativement élevé chez les asiatiques et inférieur pour tous les autres.

Si on passe au taux d’inactivité des femmes, il atteint le tiers des effectifs chez les femmes maghrébines, la ½ chez les turques d’origine, le double de la population majoritaire chez les asiatiques, les européennes (à l’exception des italiennes, espagnoles et portugaises) et les africaines. En revanche, il baisse fortement chez les descendantes d’immigrés à l’exception relative des descendantes d’algériens (le double des françaises majoritaires) et de turcs (le triple). On voit donc que le terme d’Etat-Providence n’est pas un vain mot quand on connaît la difficulté qu’il y a à vivre sur un seul salaire voire deux. Il n’y a pas à chercher bien loin les raisons d’une dégradation de la perception de l’Etat social qui n’est plus considéré comme le filet de protection collective due aux travailleurs mais comme la condition nécessaire d’un mode de vie sans rapport avec la condition salariée.

Le caractère plébéien de l’immigration afro-maghrébine masculine est marqué (80% d’ouvriers et d’employés), comparable pour la population asiatique et européenne (à l’exception des portugais : 80 %, et des espagnols et italiens plus des 2/3) à celui de la population majoritaire (la ½). Si rien ne bouge pour les enfants masculins de la population majoritaire (toujours 50 % d’employés et d’ouvriers), le taux se maintient chez les africains mais tombe au 2/3 chez les descendants de maghrébins ou de portugais. La véritable rupture s’opère vers le haut, 32 % des enfants d’asiatiques occupent un poste de cadre (17 % dans la population majoritaire), 22 % des enfants d’européens, 8 % de ceux de maghrébins. C’est donc l’ensemble de la structure d’encadrement qui se mondialise de l’intérieur, comme de l’extérieur au moment où les classes plébéiennes françaises qui n’ont jamais cru aux promesses de l’école (un truc de bourgeois) sont frappées de plein fouet par la mondialisation. Si le poncif le plus éculé du jeune plébéien maghrébin concerne cette école qui ne lui a jamais donné sa chance (d’ailleurs ce n’est jamais de sa faute), le cliché du plébéien français est celui de la trahison car le monde qu’il perçoit n’a plus réellement de sens. Il n’en identifie ni les limites, ni les codes et n’a jamais vraiment goûté la théorie du capital humain.

L’enquête prétend que la moitié de la population majoritaire se prétend sans-religion, sans qu’on sache s’il s’agit d’un vaste ralliement au cordicolisme, d’un simple scepticisme ou d’un athéisme de choc, tandis que près de la ½ des immigrés et le même pourcentage parmi les descendants de deux parents immigrés se proclament musulmans. La France rassemblerait 47 % de catholiques parmi la population majoritaire, ¼ parmi les immigrés et le même pourcentage chez les descendants de 2 parents immigrés. Néanmoins, l’addition finale est étrange : Si 8 % de la population métropolitaine est musulmane, on compte donc près de 5 millions de musulmans et non un peu plus de 2 millions comme le prétend un des enquêteurs. S’il existe 43 % de catholiques et 45 % de « sans-religion » donc de superstitieux divers, d’athées, d’agnostiques, etc., il faut croire que cette dernière catégorie fourre-tout n’est là que pour mettre en minorité un héritage catholico-latin qui exerce toujours sa primauté.

Le Tout-France est donc en route, comme il se définit par des obstacles à son avènement infini, son rouleau compresseur ne cessera de piétiner les réticences du vieux monde, comme s’il s’agissait de vestiges sans importance. La question n’est donc pas celle des immigrés et des français dits de souche mais ce qui reste du signifiant France, ce qu’il en est de son tissu quand près de la moitié de sa population n’est pas d’origine française (et là je ne parle pas de l’immigration récente), quand ses classes plébéiennes sont en perdition (puisque sans travail), quand la mondialisation y est perçue soit comme un levier pour se défaire de l’Etat-providence en douceur, soit comme une machine à écraser et à trahir, quand les élites de ce pays connaissent une transformation majeure et sans conséquence puisque seule l’accession à l’Hyperclasse est de quelque effet, quand la condition de petit-bourgeois ne protège de rien, quand toutes les Institutions sonnent creux, quand les réalités vécues à Quimper et dans la région parisienne sont séparées comme par un gouffre que rien ne comblera jamais, quand la novlangue française se perd de prescriptions fantasmatiques en mots valises suscitant dans le pays ce goût de l’exorcisme qui se trahit en émeutes, en manifs, en sit-in, en éternels moulinets du néant.


Responses

  1. « aussi tous s’embrasseront dans la modernité retrouvée qui n’est fondamentalement qu’une. Un tel argument pourrait être démonté par le seul exemple du destin allemand »…
    C’est exactement l’exemple auquel j’ai pensé en me remémorant le début de la « Défaite de la pensée » de Finkielkraut.
    Quant à Le Bras, ce nom est bien loin d’être une invitation à la lecture !!…

    • Hervé Le Bras c’est un destin comique, Lebuchard, le roi de l’émancipation féminine qui n’en finit plus de se défendre de l’accusation d’harcèlement sexuel quand il jouait les vieux beaux à l’EHESS, l’intellectuel intègre qui écrit à quatre mains un livre sur l’immigration bienfaisante avec Jack Lang, le grand accusateur de l’extrême-droite universitaire et démographe qui défend le rôle de l’intellectuel au sein du PS ; je l’ai vu dernièrement à la télé, il pronostiquait un avenir digne de l’âge d’or, la vie sur des cités flottantes après que la terre aura été pourrie de déchets, devenue comme invivable

  2. Lorsqu’on lit Todd on pense a ce que disait mon boss y a longtemps « machin a été interne des hôpitaux de paris et il s’en est jamais remis »

  3. C’est « Dupont et Dupond », sinon.

    • J’aurais dit Bouvard et Pecuchet

      • la énième tournure ubuesque/orwellienne du collège dit unique interdit ce genre de lecture Kobus désormais on passera directement aux oeuvres complètes d’Eric et Ramzi


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :