Publié par : Memento Mouloud | juin 16, 2015

La très résistible ascension d’Adrien Desport, ancien cadre frontiste

« C’est dommage, c’est un bon garçon. » Xavier soupire quand on évoque le nom d’Adrien Desport, ancien candidat du Front national pour les élections municipales à Mitry-Mory. « Ici à Mitry, les gens ne veulent pas de l’étiquette du Front national ou même celle du Rassemblement bleu marine. » Le grand gaillard replace sa casquette aux couleurs du PSG et ajuste ses lunettes de soleil : « Ca ne faisait pas longtemps qu’on le connaissait Adrien. Il vient souvent au bar. C’est un bon gars. »

Lors de l’élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen avait fait 22% à Mitry-Mory. Pour les législatives qui ont suivi, Georges Martin, le candidat FN, avait obtenu 17% des voix au premier tour. Mais le FN ne trouvait pas de candidat pour les municipales. Dans le Val-de-Marne, les candidats qui se présentaient étaient très jeunes. A Créteil, la tête de liste a 18 ans, au Plessis-Trévise, 26 ans, à Villiers-sur-Marne, 29 ans et à Arcueil, 30 ans. »Investir des primo-adhérents sans expérience dénote une certaine faiblesse du recrutement et de l’appareil« , analysait « Le Monde ». Parmi ces faiblesses, il y avait Adrien Desport.

Lorsqu’il avait publié, en 2013, les résultats d’un sondage concernant Jean-François Copé sur son site Facebook, ses « amis » sur le réseau social avaient pointé « l’allochtonie » de l’élu. « Pour les non-initiés il faut citer le nom du maire de Meaux », attaque l’un. « M. Copelovici… de son vrai nom », répond un autre. « Copelovici… non mdr », s’amuse une troisième. « Et on ne mange pas de porc chez ces gens-là », ironise encore un autre, avant que le dernier ne commente : « […] Il est pas le seul à se planquer derrière soit une francisation soit un pseudonyme. »

Titulaire de la page Facebook, il condamnait ces propos tout en les relayant : « Je n’en suis pas l’auteur et même s’ils ne sont pas illégaux, ils sont irrespectueux. Que Copé soit de telle ou telle origine, je m’en moque. Ce que je combats, ce sont ses idées! » Adrien Desport indiquait par ailleurs avoir « mis en place des filtres » sur son profil Facebook pour éviter que des insultes, du style « sales arabes » ou « bougnoules », ne fleurissent sur sa propre page. « Je ne pouvais pas prévoir Copelovici, je ne connaissais même pas ce nom… », précisait le menteur pathologique, qui avait supprimé les dérapages de sa page.

Mythomane, le même Adrien Desport dénonçait le vol sans effraction commis chez lui, de 500 tracts et 100 affiches. « Tout était entreposé dans un petit local dans le jardin, expliquait le candidat qui avait porté plainte au commissariat de Villeparisis. Il assurait aussi avoir déposé une dizaine de plaintes et de mains courantes pour des intimidations, menaces envers sa famille, jet de gaz lacrymogène… »

Il est 20h30 ce mercredi à Meaux. Wilfrid, un père de famille qui habite à Mitry-Mory et connaît très bien le grand-père d’Adrien Desport s’exclame : « C’est avec la voiture qu’il a brûlée que j’allais chercher ses grands-parents à l’aéroport … Il savait très bien qui j’étais. Je l’ai regardé droit dans les yeux à la barre et il a baissé la tête. » L’affaire «défie l’entendement», selon les mots du procureur adjoint Emmanuel Dupic. Les six prévenus sont des militants du Front national, résidant en Seine-et-Marne ou dans le Val-d’Oise. Ils sont soupçonnés d’avoir incendié treize voitures dans la nuit du 6 au 7 avril, mais aussi d’avoir commis plusieurs dégradations, le tout sous l’influence de diverses drogues. Quelques jours plus tard, Adrien Desport, 25 ans, candidat suppléant aux dernières départementales de mars, condamnait les incendies dans un communiqué à en-tête du FN. Le jeune homme assurait avoir lui-même aperçu le pyromane, et condamnait une délinquance «de plus en plus présente» dans sa commune. Il est également soupçonné d’avoir été le principal organisateur des actes délinquants. Outre ceux-ci, il est, avec un autre prévenu, accusé de «dénonciation de délit imaginaire» – en l’occurrence une fausse agression à la bombe lacrymogène le 28 mars dernier.

Parmi leurs victimes, de simples quidams, mais également… d’autres militants FN. Comme Chantal, qui a retrouvé son portail orné du mot «Pute» et d’une croix gammée. Ou Stéphane Capdet, conseiller municipal à Eragny-sur-Oise, dont la voiture arborait un tag «zone anti-FN». C’est d’ailleurs une enquête interne du FN qui a abouti à l’interpellation des quatre premiers prévenus, lundi à l’aube. Nouvelle responsable des fédérations du parti lepéniste, Nathalie Pigeot a déposé un signalement à la police il y a une quinzaine de jours. Elle avait été alertée par des sources internes des débordements de la petite bande.

Le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, a précisé mercredi à l’AFP qu’Adrien Desport a été « suspendu il y a une quinzaine de jours ». Il doit « passer en commission de discipline » prochainement, a précisé Wallerand de Saint Just, chef de file du FN aux élections régionales de décembre en Île-de-France et ancien avocat du parti.

Installés côte à côte dans le box, les jeunes gens semblent désormais étrangers les uns aux autres. Agés de 20 à 25 ans, ils se succèdent au micro : voici Valentin, «mention très bien au bac S», étudiant en médecine. Un garçon BCBG que l’on devine très sûr de lui en d’autres circonstances. Il dit avoir simplement «assisté» aux faits, et avoir brûlé son seul véhicule «sous une certaine pression» : «Une personne nous lie tous, explique-t-il. C’est Monsieur Desport. Il est extrêmement manipulateur et n’hésite pas à mentir.» Puis vient Thomas, un fils de policier, avec sa coupe à l’iroquoise : ce jeune conseiller de vente conteste son implication, mais n’a rien dénoncé «par peur des représailles». Lui succède Benjamin, agent commercial tiré à quatre épingles, trouvé en possession de cannabis et de cocaïne. Il y a aussi Jean-Baptiste, ancien responsable du Front national de la jeunesse dans le Val-d’Oise : un  lycéen corpulent, dans une veste en jean siglée AC/DC. Aucun ne fait le fier, tous demandent le renvoi du jugement – «s’il vous plaît», ajoutent-ils à l’adresse du tribunal.

Vient ensuite Nathalie. C’est l’ex-petite amie d’Adrien Desport, et la seule fille du groupe. Elle a l’air timide, les yeux humides. Cette éducatrice canine dit sa «passion pour les chiens de troupeaux» et les stages à la ferme. Elle dit aussi qu’elle n’arrive plus, aujourd’hui, à dormir la nuit. Plus loquace que ses camarades, Nathalie raconte avoir été entraînée dans les faits par Desport, alors qu’elle était «bourrée et défoncée»«Avant que je rencontre cette personne, j’étais très épanouie, je voulais juste me battre pour mes valeurs, assure-t-elle. A l’époque des faits, je ne me reconnaissais plus. Aujourd’hui, je veux juste la paix.» Elle évoque les folles soirées de la bande, et l’emprise de son ex-petit ami sur son entourage : «Il voulait tester les gens. Je venais boire un verre, mais lui tenait mieux la boisson que tout le monde, il fallait toujours prendre plus, de l’alcool et des cachets, contre notre gré.»

Celui que tout le monde charge prend le micro à son tour, et s’affiche contrit. «J’ai admis mes erreurs et complètement collaboré avec la police, assure Desport. Mais quand on est un groupe, on doit assumer en groupe. Je n’ai jamais forcé personne.» A ces mots, Nathalie et Jean-Baptiste échangent un regard ahuri ; le second fond en larmes. «J’ai rompu tous contacts avec les personnes mises en cause, poursuit Desport. Depuis deux mois, en signe de repentance, j’ai adhéré à Transparency International et à l’amicale de la police.» Une police avec laquelle il semble entretenir un rapport bien particulier. Il a souhaité y entrer, mais s’est trouvé barré par une condamnation de 2009 pour usage frauduleux d’un… insigne policier. Et lors de son interpellation, c’est la panoplie complète du pandore que l’on a retrouvé chez lui, du gyrophare aux menottes en passant par la bombe lacrymogène. Enfin, la procureure a évoqué à son sujet un «projet de guet-apens contre des policiers», sans plus de détails. En arrêt maladie depuis onze mois, Desport dit être «suivi par un psychiatre pour une dépression et des crises d’angoisse».

Secrétaire départemental du FN de Seine-et-Marne, Renaud Persson se déclare «abasourdi» par les faits reprochés à son ancien militant. Mais confesse avoir entretenu, de longue date, des rapports compliqués avec celui-ci : «Il était déjà là quand je suis arrivé, en 2011, raconte-t-il. Comme il était actif et demandeur, je lui avais confié pas mal de responsabilités. Il est devenu mon adjoint. Puis je me suis rendu compte qu’il me contestait et me dénigrait dans la presse. A l’automne dernier, je lui ai donc retiré ses responsabilités. C’est un manipulateur de première, qui fait miroiter beaucoup de choses aux gens pour les entraîner à le suivre.»

A l’issue de l’audience, Adrien Desport a été placé en détention provisoire et devrait être soumis à une expertise psychiatrique. Ses cinq anciens amis ont été placés sous contrôle judiciaire, l’audience étant renvoyée au 15 juillet.

Libération / Huffington Post/La République de Seine et Marne/ L’Obs / Le Parisien


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