Publié par : Memento Mouloud | juin 19, 2015

Ulcan ou gam zou letova

«Je fais ça depuis que j’ai 17 ans, j’ai tout appris tout seul. Je peux vous appeler en faisant en sorte que ce soit votre propre numéro qui s’affiche. Ça, c’est pas facile à faire […] Un jour, je publierai mon exploit. Je suis capable de hacker 500 sites en même temps.»

 «Moi, je ne suis pas un mec d’extrême droite, je ne suis pas contre l’islam. Je ne veux exterminer personne […] Mais ce qui me rend dingue, c’est quand j’entends Dieudonné et Soral. L’un, au motif qu’il est noir, est dédouané de toutes accusations de racisme alors que l’autre se fait passer pour un humaniste. Je ne supporte pas…Israël ne représente que 0,3% du territoire du Proche-Orient, on y a droit à cette terre. Je n’ai pas à rougir de ce que j’ai fait.»

 «J’y [en Roumanie] ai monté un gros site pour adultes pour tenter de me faire du fric. Après, j’ai pris des vacances dans une île grecque.»

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Grégory Chelli, plus connu sous son pseudo Ulcan, avait revendiqué, le jeudi 9 octobre 2015, sur sa page Facebook le piratage des sites Internet de France Info et de France Inter, qu’il accusait de « ne respecter ni la présomption d’innocence, ni les droits de réponse », de « mentir » ou de « diffamer » quand « il s’agit des juifs, d’Israël ou de moi ». Le hacker franco-israélien avait également menacé la maire de Lille, Martine Aubry. « J’ai également trouvé l’adresse de Martine Aubry et son numéro, mais j’ai pas encore décidé quelle sanction serait appropriée pour elle ». Une attaque qui intervient deux jours après le vote par les élus lillois de la mise en sommeil du jumelage de la capitale du Nord-Pas-de-Calais avec la ville de Safed, rapportait Metronews Lille. Le site de la ville de Calais avait également été piraté. Le négationniste Robert Faurisson, les chroniqueurs Sihem Souid et Aymeric Caron ou le blogueur Al-Kanz furent aussi dans la ligne de mire.

En juillet 2014, le site du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) de Maine-et-Loire affichait une drôle de une. Le portrait de Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas, présentant dans un texte des excuses au peuple palestinien : « Nous avons envoyé 2 000 missiles en Israël pour faire un maximum de morts civils, mais leur Dieu détourne à chaque fois nos missiles. ». Le site du député du Cher Yann Galut, l’un des rares parlementaires socialistes à avoir appelé à manifester en soutien à Gaza, avait également été torpillé. Dans sa bio Twitter, Grégory Chelli revendique le piratage du site de Dieudonné et la diffusion des noms, prénoms, e-mails et adresses des abonnés au site.

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Dans un enregistrement publié sur son compte Twitter l’activiste, qui dit résider en Israël, se vante d’avoir piégé le commissariat du 16e arrondissement de Marseille. Un utilisateur de son site Internet (ou lui-même), se faisant passer pour un policier en piratant la ligne du commissariat du 15e arrondissement de Marseille, aurait ainsi réussi à obtenir le dossier de l’humoriste. Son interlocutrice, une fonctionnaire de police semble-t-il, lui dresse la liste des infractions supposées de Jamel Debbouze, avant de livrer des commentaires sur le comédien. « Moi ce que je trouve hallucinant, c’est celle qui s’est mariée avec aussi (Melissa Theuriau), cette collabo… », déplore-t-elle par exemple.

Selon une source policière, le dossier d’Ulcan est pourtant très chargé : « L’ensemble de faits imputables à Grégory Chelli dépasse la centaine en deux ans. » car dans un pays où la base de masse de l’antisémitisme est à large spectre, Ulcan s’est lancé dans un travail de Sisyphe.

Depuis Israël, Grégory Chelli utilise différentes techniques pour mener sa guerre d’usure : le déni de service : le site attaqué s’écroule parce qu’il reçoit beaucoup plus de requêtes qu’il n’en a l’habitude ; le défacement : il modifie la page d’accueil de sites, notamment ceux élaborés via une plateforme SPIP et y appose un message proisraélien ; le « doxing » : il dévoile des informations privées sur Internet ; le « swating » : il dénonce un crime imaginaire pour faire intervenir la police chez quelqu’un ; il pratique également des canulars téléphoniques, où il fait par exemple croire à la mort de proches. Il enregistre ces canulars et les diffuse sur son site Internet ; l’appel à un commissariat en se faisant passer pour un policier afin d’obtenir les antécédents judiciaires et l’adresse d’une personne. Une pratique contre laquelle les commissariats ont été particulièrement mis en garde depuis cet été.

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Deux informations judiciaires ont été ouvertes contre lui par le parquet de Paris. Une enquête pour les chefs de « violences volontaires avec préméditation »« dénonciation de crimes et délits imaginaires »« usage de données d’identification d’autrui en vue de porter atteinte à sa tranquillité ou son honneur » ou encore « détention et diffusion de documents portant atteinte à l’intimité de la vie privée », pour les actes commis contre les journalistes de Rue89. Il reviendra aux juges d’enquêter sur le lien éventuel entre les faits de harcèlement et le décès du père de Benoît Le Corre car il est nécessaire qu’Ulcan soit un criminel aux yeux de la gauche française pro-palestinienne. Ainsi la balance est égale entre les antisémites meurtriers et celui qui, avec ses moyens mène une bataille de corsaire esseulé contre une flotte en ordre de marche pour une Méditerranée euro-musulmane. Le rapport de deux cardiologues, les docteurs J.-P. D. et B. L. vient à propos. Il prétend que si Thierry Le Corre était bien suivi pour hypertension artérielle, « le stress a été un facteur déclenchant direct et certain, révélant son état antérieur ». Le document souligne que le délai de cinq à six jours entre la descente de police à son domicile et son infarctus « n’infirme en rien le lien de causalité » entre les deux événements. Visiblement, il ne l’appuie pas, non plus. Les deux experts ajoutent : « Au contraire, la pérennisation pendant quelques heures voire jours d’un stress psychologique a des répercussions en termes d’accélération du rythme cardiaque par sécrétion d’hormones de stress (catécholamines). La survenue de cet accident à cinq jours du dernier stress n’est donc pas pour les experts, fortuite. »

En conclusion, le stress tue. La même conclusion appliquée aux dépressions et suicides provoqués par les conditions de travail aurait des conséquences judiciaires intéressantes, notamment pour les thuriféraires de la flexibilité et du nouveau management. Des meurtriers de masse ?

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« Ce qui est assez rare, c’est qu’il révèle son identité. D’habitude, les hacktivistes sont dans l’anonymat. Il a un sentiment d’impunité », expliquait en août à l’AFP un expert (encore un) en sécurité informatique, qui tenait à garder l’anonymat. A ceci s’ajoute, l’absence de convention d’extradition entre la France et Israël. Dans les faits, Grégory Chelli agit en soldat, pourquoi se cacherait-il. Le temps où les juifs se cachaient est révolu.

Dans la nuit de mercredi 17 au jeudi 18 juin, le directeur de la publication de Politis, Denis Sieffert, a reçu à son domicile la visite de la police, alertée par téléphone qu’il s’y déroulait un cambriolage avec séquestration, raconte au Monde la direction du magazine. Trente minutes plus tard, policiers et pompiers sont arrivés au siège du journal où, soi-disant, le directeur retenait sa femme avec l’intention de la tuer. Ils ont brisé une vitre pour y pénétrer, avant de réaliser que les lieux étaient vides.

Au cours de la même nuit, Pierre Haski, pour qui « dans ce pays, il vaut quand même mieux être attaqué par des djihadistes que par des ultra-sionistes… » voit arriver à son domicile le SAMU, les pompiers et des policiers de différentes unités : quelqu’un avait appelé pour dire que « j’avais poignardé ma femme, et – variante fantaisiste par rapport à la précédente fois – que j’avais ouvert le gaz dans l’immeuble ».

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La veille, Daniel Schneidermann, l’homme pour qui l’histoire commence un 7 janvier, a connu pareille mésaventure : « Le commissariat de mon arrondissement reçoit en pleine nuit l’appel d’un correspondant qui se fait passer pour moi. Ce correspondant affirme qu’il vient de tuer sa femme, et qu’il est retranché chez lui, prêt à tirer sur la police. » Résultat ? « Trente policiers de la BAC déployés dans l’escalier et dans la cour de mon immeuble, deux commissaires, une procureure adjointe, mes voisins réveillés au cœur de la nuit ». Terrifiant, Daniel devrait essayer les nuits passées à attendre un tir de roquettes du Hamas.

Arrêt sur images le cas Pierre Stambul, membre du bureau national de l’Union juive française pour la paix (UJFP) et des idiots utiles de la cause arabe. Le 9 juin, ce leader d’une organisation favorable à la disparition d’un Etat des juifs raconte avoir « été plaqué au sol, tutoyé, insulté, menotté avec des menottes qui vous blessent les poignets et se resserrent dès que l’on bouge ». D’autres militants ont également reçu des visites policières nocturnes ces derniers jours : Jean-Claude Lefort, ex-président de l’association France-Palestine Solidarité et deux autres membres de l’UJFP.

Dans le cas de M. Stambul, les policiers « ont effectué un “contre-appel” », a expliqué le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nuñez, à l’AFP. Ils ont donc rappelé le numéro – qui correspondait bien à celui de M. Stambul – « et sont retombés sur le même individu, qui leur a cette fois-ci dit que sa femme était morte » et qu’il attendait la police « avec un fusil »« C’est ce contre-appel qui a déclenché l’opération du Raid » a expliqué le représentant de l’Etat, selon lequel « de mémoire, c’est la première fois » qu’un pirate « répond à un contre-appel ».

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De nombreuses plaintes ont été déposées, dont récemment celle de Stéphane Richard, le PDG d’Orange qui avait annoncé le départ de la firme d’Israël, au Caire, le 3 juin, avant de se raviser. Le dirigeant a porté plainte contre X pour « menaces de mort » et appels à la haine contre lui et certains de ses proches. Il avait reçu des centaines d’appels d’insultes mais aussi de menaces précises, après que ses coordonnées ont été diffusées sur Internet.

Interrogé jeudi par i24news, Grégory Chelli a démenti être l’auteur de ces dernières attaques : « Je sais d’où ça vient mais je ne suis pas responsable. Ce sont des gens qui agissent sans mon aval. Je les connais par internet, ils ont copié mes méthodes », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Je les soutiens, mais ce n’est pas moi. » Un peu plus tôt dans l’après-midi de ce jeudi, ainsi que l’a repréré Arrêt sur images, Ulcan expliquait à ses internautes, sur son site « Viol vocal » : « Au pire, je vais prendre cinq ans, je ferai deux ans et demi et j’aurais quand même tout niqué ! ». Avant d’ajouter : « Hey, j’ai envie d’aller au tribunal, de lui dire “Madame le juge, je regrette” et que à la fin elle me laisse sortir parce que Goldnadel (son avocat, ndlr) il a fait une carambouille. Et puis après je lui dis “Je regrette pas, c’est jugé, nique ta mère” ».

Le Monde / Rue 89 / Mediapart/ Metronews / Libération/ BAM


Responses

  1. Particulièrement exposé à une époque, j’ai de gros doutes sur le caractère isolé de l’action. La maîtrise des termes et des mécanismes professionnels lors des opérations de recueil d’information laissent peu penser à un amateur. Et si la sécurité des informations numériques est souvent une blague, accéder sans peines a celles du patron d’Orange, hein

    • Ce dont je me souviens d’Israël, Ag, c’est la chose suivante : on y prend les soldats (et soldates) en stop et le type qui vous offre un café ou autre chose est un réserviste qui sait parfaitement que les choses peuvent mal tourner en peu de temps. C’est une société qui a apprivoisé la guerre et ceux qui ne s’y résolvent pas, partent à l’étranger. Pas besoin d’être un soldat encarté, Ag, dans ce pays, on peut mener sa guerre psychologique (pas seul, évidemment) sans ordre coordonné, et puis c’est un bon test ; un peu comme les hackers russes avec la chaîne française, mais les hackers russes avancent masqués derrière les vitres fumées du FSB, pas Ulcan. Quant aux palestiniens, je me souviens d’avoir discuté avec un type, il m’avait dit, en substance, « on y mettra le temps, mais un jour cette terre sera à nous ». La messe était dite, si vis pacem para bellum, comme disaient les romains

  2. Israël et Palestine : les derniers (ultimes ?) « Paradis » [politiques et fiscaux]
    Leur problème est que de moins en moins de gens s’intéressent aux leurs [leurs leurres ?] c’est le vieux proverbe enfin : tant va le pot à l’eau, qu’à la fin, il casse.
    Et puis c’est vrai qu’on a maintenant d’autres choses à foutre. (Plus ou moins importantes)
    Non ?

    • Que le sort des palestiniens nous soit, au fond, indifférent, c’est évident, nous ne sommes ni arabes, ni musulmans, mais celui des juifs, j’en doute Martin-Lothar


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