Publié par : Memento Mouloud | juin 27, 2015

A quoi servent la NSA, BHL et Sarkozy ?

 « Beaucoup estiment que le problème est que nous collectons trop d’information et que la solution (…) serait de réduire ou de filtrer les données, (…) nous pensons le contraire (…), la solution est de continuer à collecter le plus d’information possible tout en révolutionnant nos façons de l’indexer, de la connecter, de l’analyser, de la stocker. »

Keith Alexander

La NSA emploie 40 mille personnes et son budget se monte, selon les uns, à 10 milliards de dollars (d’autres l’estiment à 20 milliards), soit 14 % du budget total des opérations de renseignement aux États-Unis, compte non-tenu des agences privées de sécurité. Dès 2005, L’exécutif avait permis à la NSA de contourner la loi et le New York Times révélait que George W. Bush avait autorisé la Baleine blanche à espionner, à l’intérieur des États-Unis, et sans mandat judiciaire – l’encourageant, d’autre part, à se déployer massivement à l’étranger, au nom de la « guerre contre la terreur ».

Or le think tank New America Foundation a passé en revue les cas de 225 individus appréhendés depuis 2001 pour suspicion d’activités terroristes et traduits devant la justice américaine : la collecte des métadonnées par la NSA sur le sol national a joué un rôle dans 1,8 % des cas, et les écoutes de personnes étrangères dans 4,4 % des cas. Autrement dit, selon ce rapport : « la surveillance téléphonique ou la collecte de métadonnées n’a eu aucun impact tangible pour prévenir des actes de terrorisme et uniquement un impact marginal pour prévenir les activités connexes comme le financement du terrorisme. »

L’objectif n’est donc pas la traque des djihadistes et autres radicaux mais la surveillance de millions de citoyens honnêtes donc leur culpabilisation généralisée. L’objectif n’est pas de gagner la guerre mais de démontrer la capacité de l’agence à monter des opérations d’intimidation auprès des alliés.

En se fondant sur les documents de Snowden, le Guardian donnait la liste de 35 dirigeants mondiaux directement espionnés, dont les Allemands Gerhard Schröder et Angela Merkel, la Brésilienne Dilma Roussef, les Mexicains Felipe Caderon et Enrique Peña Nieto et trois présidents français : Chirac, Sarkozy et Hollande. De plus, selon le mémo de la NSA cité par le Guardian, l’agence « encourage les hauts responsables américains qui sont ses clients à la Maison-Blanche, au département d’État et au Pentagone à partager leurs carnets d’adresses afin qu’elle puisse ajouter les numéros de téléphone des personnalités politiques étrangères à son système de surveillance ». C’est l’Humint, tout un chacun est enrôlé.

Or les Etats-Unis ne sont pas seuls, dans ce dispositif.

Les documents d’Edward Snowden ont démontré que les services secrets allemands, véritable plaque tournante du renseignement mondial depuis le 11 septembre 2001, collaboraient avec la NSA : en effet, l’agence américaine disposait sur le sol allemand de plusieurs bases d’interceptions secrètes, dont l’une située sur l’ancienne station d’écoute américaine de Bad Aibling (Bavière). Devant la commission d’enquête, plusieurs témoins ont assuré ces derniers mois que des cibles françaises de haut rang, mais aussi belges et autrichiennes, avaient été écoutées. L’affaire est très embarrassante pour Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005, car les services secrets sont placés sous sa responsabilité directe.

On peut aussi retourner ce dispositif et observer que devenir dirigeant allemand ce n’est seulement être mandaté par son parti, donc appartenir à une oligarchie mais recevoir l’imprimatur de l’Empire. En effet, le scandale des services allemands n’est pas moins gênant pour les sociaux-démocrates du SPD, qui gouvernaient lorsque la collaboration active avec la NSA a été mise en place. Depuis des semaines, les députés d’opposition de la commission d’enquête, les élus écologistes et de « Die Linke », demandent que la liste des cibles visées par la NSA, et les 40 000 données récoltées soit mise à la disposition de la commission d’enquête. Pour l’instant, en vain.

Voici le genre de rapport d’écoutes :

« Le président français Nicolas Sarkozy considère qu’il est de sa responsabilité envers l’Europe et le monde de monter au créneau pour résoudre la crise financière mondiale. Il déclare en outre qu’il est le seul, compte tenu de la présidence française de l’UE, à pouvoir aujourd’hui se jeter dans la mêlée. Le président accuse le gouvernement américain d’avoir causé, par ses erreurs, beaucoup des problèmes économiques actuels, mais il croit que Washington tient désormais compte de certains de ses conseils. Selon lui, c’est la première fois que les États-Unis n’ont pas agi en leaders dans la gestion d’une crise mondiale et la France va maintenant prendre la main. Sarkozy était bien décidé à ce que le sommet du G20 de mi-novembre, qu’il a proposé, apporte un changement majeur au système financier international. Enfin, le président français était satisfait des quelques progrès au sein de l’Union européenne pour résoudre la crise et par son excellente relation de travail avec les premiers ministres britannique et espagnol. »

Que révèle-t-il ? La mégalomanie impuissante de Sarkozy ? Mais qui n’était pas au courant ?

« Levitte n’avait pas prévu de mettre à l’agenda le conflit autour de l’étiquetage de Pernod Ricard (le deuxième plus grand groupe de spiritueux au monde), mais Sarkozy venait juste de discuter avec le PDG du groupe qui a demandé au président d’intervenir en sa faveur. (COMMENTAIRE : on dit que Patrick Ricard, le président du directoire de Pernod Ricard, est l’un des riches bienfaiteurs de Sarkozy.) »

Sarkozy renvoie les ascenseurs, oups quelle révélation !

Ils manquent donc à Mediapart et aux autres à expliquer les différences de méthodes entre chinois, russes, indiens, japonais, iraniens et tutti quanti face aux méchants américains, ça mettrait les choses dans une perspective honnête faute d’une bonne perspective, celle qui ne se place jamais à hauteur de gouvernement.

Plus intéressants sont les mails de Sidney Blumenthal, à propos des affaires libyennes, rendus publics par Hillary Clinton. En effet, il envoie à Hillary Clinton des mails qui sont en grande partie des “copier/coller” de messages qu’il a reçus de Tyler Drumheller, un vétéran de la CIA qui a quitté l’agence en 2005 parce qu’il s’opposait à la manipulation des renseignements par l’administration Bush sur l’Irak. Drumheller, qui a passé 25 ans à la CIA jusqu’à devenir le responsable des opérations en Europe, travaille depuis comme consultant privé, mais il est resté très connecté avec le monde du renseignement. Il informe donc Blumenthal, qui répercute à Hillary Clinton, qui elle-même fait circuler ces informations dans le département d’État. Au milieu de cette cinquantaine de mémos, qui comprennent parfois des contresens et des erreurs factuelles, car ils sont rédigés « en temps réel », alors que la situation évolue chaque jour en Libye depuis le déclenchement de la rébellion à Benghazi le 17 février 2011, on trouve une lecture alternative du rôle de la France dans ce conflit.

« Depuis fin février 2011, des officiers de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ont entamé une série de rencontres secrètes avec l’actuel dirigeant du Conseil national de transition, Moustapha Jalil et le général Abdelafattah Younès, qui sera bientôt le commandant des troupes rebelles autour de Benghazi. […] Les officiers de la DGSE ont fourni de l’argent et des conseils pour appuyer la formation du CNT. Ces officiers ont expliqué à Jalil et à Younès qu’ils parlaient sous les ordres du président français Nicolas Sarkozy, et ils ont promis que dès que le CNT serait organisé, la France reconnaîtrait le Conseil comme le nouveau gouvernement de la Libye. […] En retour pour cet appui, les officiers de la DGSE ont indiqué qu’ils attendaient du nouveau gouvernement libyen de favoriser les entreprises françaises et les intérêts nationaux, en particulier dans le domaine pétrolier. Jalil et Younès ont approuvé. »

Le 27 mars, il écrit « Sarkozy est aussi inquiet à propos des rapports indiquant que des groupes radicaux/terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) infiltrent le CNT et son commandement militaire. Par conséquent, il a demandé au sociologue [sic] Bernard-Henri Lévy, qui a de vieux liens avec Israël, la Syrie et d’autres pays du Moyen-Orient, d’utiliser ses contacts pour déterminer le niveau d’influence d’AQMI et des autres groupes terroristes au sein du CNT. ». Il fait aussi fait l’état des lieux des armes dont disposent les rebelles : « des stocks apparemment inépuisables d’AK47 et de leurs munitions. Les forces spéciales françaises, britanniques et égyptiennes entraînent les rebelles en Égypte occidentale et, dans une moindre mesure, dans la banlieue ouest de Benghazi. »

Dans un mémo du 5 mai 2011 qui comprend l’intitulé « accaparement économique français », Blumenthal détaille une opération humanitaire du ministère des affaires étrangères français initiée le 13 avril, qui aurait amené à Benghazi des officiers de la DGSE ainsi que des représentants de grandes entreprises françaises, « afin d’établir des relations de travail avec les dirigeants rebelles libyens alors qu’ils construisent le futur gouvernement de Libye ».

Il raconte : « Le vol initial comprenait des dirigeants de la compagnie pétrolière Total, de la grande entreprise de construction Vinci, et d’EADS. L’avion et l’opération étaient arrangés par Airbus (filiale d’EADS). Les vols suivants ont amené des représentants du conglomérat Thalys et d’autres entreprises françaises, toutes avec des liens étroits avec le gouvernement de Sarkozy. Après avoir rencontré le CNT, ces cadres français quittent discrètement le pays par la route, en Égypte via Tobrouk. Ces convois sont organisés et protégés par les officiers paramilitaires du groupe Action de la DGSE, qui utilisent également ses visites pour établir des contacts avec les unités de renseignements de l’armée rebelle. »

Toujours dans le mémo du 5 mai 2011, Blumenthal rapporte le rôle de Bernard-Henri Lévy « Lévy est de nouveau arrivé à Benghazi le 22 avril et il a obtenu la signature des dirigeants du CNT sur un Memorandum établissant le fait que les entreprises françaises recevront un traitement favorable dans les affaires futures. Selon des personnes en mesure de savoir, Lévy, parlant en termes polis, a clairement dit aux dirigeants du CNT qu’ils avaient une dette à l’égard de la France en raison de son soutien initial et que Sarkozy avait besoin de quelque chose de tangible en retour à montrer aux dirigeants économiques et politiques français. […] Lévy a conclu en disant à un petit groupe de dirigeants rebelles que Sarkozy était critiqué en privé par des leaders de la communauté juive française pour son soutien aux rebelles avant de connaître leur position vis-à-vis d’Israël, et que ce Memorandum l’aiderait à écarter ces plaintes. »

Blumenthal termine par un commentaire de sa source : « Des sources ayant un excellent accès à la DGSE indiquent que Lévy utilise son statut de journaliste comme couverture pour ses activités. En fait, il travaille directement sous les ordres de Sarkozy. La DGSE et les militaires français impliqués dans la rébellion libyenne se plaignent du statut d’“amateur talentueux” de Lévy, mais admettent qu’il est très efficace pour négocier avec les rebelles, tout en ayant la confiance complète de Sarkozy. »

Le 30 août, il écrit « … une majorité du CNT a décidé que Mouammar Kadhafi serait détenu et jugé en Libye, s’il est capturé par des forces sous le commandement central de l’armée nationale libyenne (ANL). Cela dit, ils ont précisé que si Kadhafi était capturé par des milices régionales qui forment le gros de l’ANL, il serait sommairement exécuté. Le représentant de la CPI a protesté mais il s’est fait envoyé balader. »

Dans un mail du 8 mars 2012, il évoque la potentielle partition de la Libye, dans laquelle il voit la main de la France : « Le gouvernement et les dirigeants économiques français entendent recevoir 35 % des nouveaux développements économiques libyens depuis la chute de Kadhafi. Comme de nombreux businessmen occidentaux, les officiels français ont passé des accords informels avec le premier ministre Mahmoud Djibril et ses conseillers avant de voir ces accords ignorés ou retardés quand le gouvernement a changé en octobre 2011. […] Une source extrêmement sensible indique que la DGSE et le SIS (les services secrets britanniques) entendent organiser le mouvement vers un État semi-autonome dans un système fédéral. »

Mediapart / BAM


Responses

  1. La réponse à la question en titre se trouve dans le premier paragraphe de ce billet : la NSA sert à employer 40000 gugusses de tout poil et sexe qui sont autant de consommateurs et de gens ne pointant plus au chômage.
    Ce sont aussi des voix de choix pour toute nouvelle élection. (Érection ?)
    Quant à la mission de renseignement de cet organisme, elle se heurte bien vite à la finitude (comme dirait Gogolène de notre beau Poitou) des algorithmes présents : comment surveiller 24/24 heures sept milliards de terroristes potentiels ?
    Surtout que le dernier cinglé étasunien en date (qu’Obamot n’a pas su voir venir malgré dix milliards de vertes queues de cerise) est blond aux yeux bleus.
    Que des paranos aussi paumés que nous, je vous le dis.

    • Un tonneau des Danaïdes aussi, un peu comme le projet transhumaniste ou les avions renifleurs


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