Publié par : Memento Mouloud | juin 30, 2015

Charles Pasqua, un mort d’Etat

Charles-Pasqua-NCR-Juin

« En 1967, je distinguais deux formes, successives et rivales, du pouvoir spectaculaire, la concentrée et la diffuse. L’une et l’autre planaient au-dessus de la société réelle, comme son but et son mensonge. La première, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire, la nazie aussi bien que la stalinienne. L’autre, incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontaient, avait représenté cette américanisation du monde, qui effrayait par quelques aspects, mais aussi bien séduisait les pays où avaient pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. Une troisième forme s’est constituée depuis, par la combinaison raisonnée des deux précédentes, et sur la base générale d’une victoire de celle qui s’était montrée la plus forte, la forme diffuse. Il s’agit du spectaculaire intégré, qui désormais tend à s’imposer mondialement. »

Guy Debord

Les nécros me fatiguent, elles sont écrites à l’avance, elles puent l’embaumement. Pasqua c’était celui que la gauche aimait détester peut-être parce qu’il ressemblait à Fernandel en plus empâté. Derrière Pasqua on imaginait un univers de crimes et de magouilles diverses, l’Afrique et les putes, la Corse et les gangs, Ricard et les services, Foccart et les fascistes. On ne devrait jamais négliger le fait que Thierry Meyssan a commencé sa carrière de délirant public en tapant sur Pasqua. Durant cette période personne ne disait qu’il était fou, on se refilait les fiches du Réseau Voltaire avec un air entendu et de fait on n’y avait rien entendu. Pasqua était un spécialiste du spectaculaire intégré, en bon opérateur, il en avait occupé tous les postes sauf celui d’écrivain. Il en avait aussi connu les mutations puisque petite main de l’ordre marchand il avait fini en agenceur de dispositifs politico-administratifs, comme on dit ambianceur.

Pasqua était né de l’ombre, de cette armée qu’a peinte Melville. Comme tous les gaullistes, il était persuadé d’appartenir à cette élite qui avait sauvé le nom français, il en avait déduit que tout lui était permis parce que le sort leur avait souri. Il avait commencé sa guerre contre les allemands, il l’avait poursuivie contre les partisans insurgés de l’Algérie française, contre les communistes et in fine contre les gauchistes. Il pouvait donc se dire qu’il n’avait jamais été vaincu. Il était un avatar lointain et plébéien de Metternich, un contre-révolutionnaire aguerri.

En 1986, il prétendait terroriser les terroristes, il s’était juste embourbé dans le sang de Malik Oussekine que des voltigeurs avait matraqué en remontant la rue Monsieur le Prince désormais acquise aux restaurants dits japonais. Ce jour-là, un adolescent avait eu la main arrachée par une grenade lacrymogène lancée à tir tendu après que la place où les manifestants convergeaient s’était transformée en souricière. Julien Dray jouait alors les mouches du coche d’une coordination de trotskystes fantômes. Il était parrainé par l’Elysée, il avait la silhouette mince, Isabelle Thomas posait en robe de soirée pour les magazines et Globe se demandait si Godard était nul et antisémite. Qui s’en souvient ?  Emir des Hauts de Seine, grand vizir du RPR, il menait une diplomatie parallèle jusque dans ce Soudan qui servait de refuge aux placements d’Oussama Ben Laden. Il avait aussi tenté de déboulonner le prince Chirac en tandem avec Philippe Séguin puis dans la lost team d’Edouard Balladur. Le sort s’était alors retourné et son alliance avec Philippe de Villiers avait fait pchuit laissant le champ libre pour la réélection poussive du président Chirac face à un Jean-Marie Le Pen qui se prenait pour le Caudillo de Montretout.

Depuis, il se survivait, son style n’était plus prisé, il était comme une espèce d’homo politicus en déshérence, un Roland Dumas de droite à ceci près qu’il était devenu une sorte de coqueluche des tribunaux français après avoir figuré sur les listes américaines des heureux bénéficiaires de la manne irakienne pétrole contre nourriture. Silhouette de la politique comme on dit au cinéma il n’en finissait pas d’agoniser dans cet espace de l’atermoiement permanent où le mis en examen sortait blanchi de tous les parquets qui l’avaient convoqué au nom du peuple français.  

Charles Pasqua, disparition d’un tribun

Charles Pasqua, un habitué des tribunaux

Mort de Charles Pasqua, un homme qui faisait « peur et rire tout à la fois »

Charles Pasqua l’Africain

Charles Pasqua, « l’image d’une droite historique inséparable de l’histoire politique de notre pays »

Le Monde

Charles Pasqua, «une voix, un regard et une colère tendre pour la nation qu’il aimait»

Charles Pasqua, près de 50 ans de politique

Charles Pasqua : avec Chirac, de l’amitié à la rupture

L’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua est mort

Le Figaro

Le gaulliste Charles Pasqua est mort à l’âge de 88 ans

La Croix

Charles Pasqua est décédé des suites d’un accident cardiaque

Le Point

Au moment de l’hommage, à chacun son Pasqua

Charles Pasqua, homme de réseau et d’appareil

Mort de Charles Pasqua, ancien ministre et «parrain» des Hauts-de-Seine

L’ancien ministre Charles Pasqua est mort à l’âge de 88 ans

Libération

Charles Pasqua est mort

Mediapart

Charles Pasqua : la mort du dernier grognard du gaullisme tourne définitivement la page de l’après-guerre

Atlantico

Les derniers conseils de Pasqua à Sarkozy

L’Obs

Pasqua, de Greef : affairo-gaullisme et esprit Canal

Daniel Schneidermann

Mort de Pasqua : la droite récite le « Notre Père »

Marianne

 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :