Publié par : Memento Mouloud | juillet 5, 2015

L’Allemagne impératrice, une maladie européenne

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L’Allemagne est engagée depuis vingt ans dans une politique de déflation salariale volontariste. Amorcée durant la décennie des années 1990, cette pression à la baisse sur les salaires des classes moyennes et défavorisées s’est poursuivie tout au long de la décennie suivante. C’est notamment le gouvernement Schröder qui, en 2003, a sciemment conclu un accord avec le patronat allemand au terme duquel, en gros, les salariés étaient tenus de consentir aux baisses de salaires réels en échange de quoi le pays ne connaîtrait pas d’inflation significative et s’efforcerait de réduire son taux de chômage. Ce dumping salarial est l’ingrédient essentiel qui, couplé au savoir-faire des PME allemandes dans le domaine des machine-outils et à l’ouverture du marché « captif » de l’Europe de l’Est (laquelle, après la chute du Mur, avait d’énormes besoins en machines-outils), expliquerait les excellents résultats allemands en matière d’exportations. L’OIT y voit « la cause structurelle » de la crise de la zone euro. « Les coûts du travail en Allemagne ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques…Plus grave, les pays en crise n’ont pas pu utiliser la voie des exportations pour compenser la faiblesse de la demande domestique car leur industrie ne pouvait pas profiter d’une demande intérieure plus forte en Allemagne ». Les réformes Schröder ont eu pour effet de « réduire les revenus du bas de l’échelle (…), notamment dans les services où de nouveaux emplois, essentiellement à bas salaires, sont apparus…peu de choses ont été faites pour améliorer a compétitivité par le biais d’une progression de la productivité… Au niveau européen, cela a créé les conditions d’un marasme économique prolongé, car les autres pays membres voient de plus en plus une politique de déflation des salaires encore plus dure comme solution à leur manque de compétitivité…Les récents succès à l’exportation doivent peu à cette politique salariale et s’expliquent d’avantage par l’orientation géographique des exportateurs allemands vers les marchés émergents dynamiques. »

En Allemagne, les personnes vivant seules avec un revenu inférieur à 892 euros par mois (935 en France, 500 en Grèce) sont classées dans la catégorie des « pauvres ». Une famille avec deux enfants intègre cette catégorie si elle vit avec moins de 1.872 euros par mois.  Outre-Rhin 12,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2013, un record depuis la réunification du pays en 1990, selon l’étude publiée hier par Paritätischer Wohlfahrtsverband (PW). Cette année là, la pauvreté a bondi à 15,5 %.

Comme en France, les mères célibataires sont particulièrement exposées, plus de 40 % d’entre elles basculent dans la pauvreté, indique le rapport. Le fossé qui existe entre régions prospères et régions en déshérence s’est également aggravé depuis 2006. La situation s’est détériorée dans 13 des 16 Länder : les villes-Etats de Brême et de Berlin ainsi que le Land de Mecklembourg-Poméranie antérieure, dans le nord du pays, sont les plus exposés à la pauvreté; à l’inverse, la Bavière (sud) et le Bade-Wurtemberg (sud-ouest) sont les moins touchés. Hambourg (nord) et plusieurs secteurs de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest) ont connu une forte poussée de la pauvreté, dont le taux est resté stable, voire a légèrement reculé, en Saxe-Anhalt (centre), Brandebourg et en Saxe (est).

En garantissant une sécurité aux producteurs, la transition énergétique à l’allemande a permis une croissance exceptionnelle de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Elles représentent, désormais, 23 % de l’ensemble de l’électricité produite dans le pays. Comme le coût en capital est le principal coût pour ces types d’énergie, l’explosion du photovoltaïque et de l’éolien a considérablement augmenté la facture dédiée aux énergies renouvelables. En 2013, elle s’élève à 5,27 centimes par kilowattheure, soit une surcharge pour un foyer de trois personnes de 185 euros par an. En 2014, ce surcoût devrait monter à 250 euros, jugent les experts.

Le consommateur paye son courant d’autant plus cher que le prix de gros de l’électricité sur les marchés financiers est bas. La raison tient aux tarifs garantis aux producteurs, qui alourdissent l’enveloppe du renouvelable lorsque les prix baissent. Or, en matière d’énergie renouvelable, les foyers pauvres payent autant que les riches. A ceci s’ajoute que l’Allemagne, pionnière dans le secteur, n’est pas plus propre pour autant. Malgré des capacités de production dans l’éolien et le photovoltaïque considérables, le pays a augmenté en 2012 ses émissions de CO2 de 2 %. En cause : le retour du charbon, énergie peu chère mais très polluante, vers laquelle se tournent les grandes compagnies électriques du pays (RWE, E.ON, Vattenfall, EnBW) en panne de profits.

Autrefois titres vedettes sur la place de Francfort, E.ON et RWE ont vu leur capitalisation boursière s’effondrer ces deux dernières années. EnBW lutte contre la faillite, le suédois Vattenfall n’exclut pas de se retirer du pays. Tous ont entrepris de profondes restructurations. E.ON a annoncé, en 2012, 6 000 suppressions de postes. Pour limiter les dégâts, RWE a misé avec succès sur l’exportation massive de son électricité produite dans ses centrales à charbon. En 2012, l’Allemagne a ainsi exporté 23 milliards de kilowattheures vers l’Europe, un record absolu. Les grandes perdantes sont les centrales à gaz.  A peine lancé, le réacteur à gaz flambant neuf d’Ingolstadt en Bavière, le plus moderne et efficient du pays, ne fonctionne qu’à 20 % de ses capacités, au désespoir de son propriétaire E.ON. L’affaiblissement des « Big Four » de l’énergie allemande a des conséquences sur les grands projets d’infrastructures renouvelables ambitionnés par le gouvernement. Ces acteurs peinent à financer les parcs éoliens offshore en mer du Nord et en mer Baltique, véritables défis technologiques, qui doivent assurer une production d’électricité renouvelable plus forte et constante que les équipements actuels.

Sa stratégie unilatérale qui est une stratégie de souveraineté dans le cadre d’une Mitteleuropa façon objectifs de guerre de 1914, est accompagnée d’un recours systématique à la corruption et à la fraude fiscale, moyennant en quoi le pays dont la morale a été arasée par le nazisme puis par le mea culpa permanent à propos de la Shoah qui permet de minimiser voire de relativiser les autres crimes allemands en Europe, est aussi celui qui dispense des cours d’éthique en toc quand il veut imposer ses vues.

Avant d’amorcer le tour non-exhaustif des affaires de corruption, de fraude fiscale et de blanchiment qui ont touché les principaux acteurs de la vie économique et politique allemande rappelons que la crise chypriote trouva son origine dans la restructuration imposée aux créanciers privés de la Grèce au printemps 2012. Cette restructuration se traduisit par une brutale dévalorisation des titres de dettes détenus par les banques, et en particulier par les banques de Chypre. Or, les banques ont des actifs égaux à 7,5 fois le PIB de Chypre. C’est certes beaucoup, la moyenne dans l’Union Européenne étant de 3,5 fois, mais c’est un chiffre équivalent à ce que l’on trouve à Malte et en Irlande, et largement inférieur à celui du Luxembourg, ou le ratio des actifs bancaires rapportés au PIB et de 22 pour 1. Chypre a certes un secteur bancaire surdimensionné, mais reste cependant plus près de la normale que des paradis fiscaux comme le Luxembourg, les Bahamas ou les îles Cayman. Toutefois, dans l’opinion la place actuelle d’un Jean-Claude Juncker est jugée comme tout à fait légitime.

En 2011, La corruption devait coûter 250 milliards d’euros à l’économie allemande. Les calculs de l’économiste Friedrich Schneider, de l’université de Linz, s’appuient sur l’indice de perception de la corruption publié depuis 1995 par l’organisation non gouvernementale Transparency International, comparé à la somme de tous les marchandises et services produits en Allemagne. Selon le dernier indice de Transparency International, publié en décembre 2011, l’Allemagne se situe au 14e rang des pays perçus comme les moins corrompus au monde, la Nouvelle-Zélande occupant la première place.

Toutefois, la part de l’économie souterraine était tombée pour la première fois depuis 1995 sous le seuil de 14 % du produit intérieur brut en 2010, selon les calculs de l’économiste. Pour 2011, il s’attendait à ce qu’elle représente 13,54 % du PIB à 344,3 milliards d’euros et pour 2012 13,34 % à 342,4 milliards d’euros. Le travail au noir diminuait aussi, selon l’étude, passant de 7,9 millions de personnes concernées en 2010 à 7,8 millions en 2011.

Cependant ces estimations sont à nuancer.

En effet, l’OCDE a analysé 427 cas de corruption internationale. Dans la plupart de ces affaires, les corrupteurs, principalement des grandes entreprises, cherchent à obtenir un marché public en corrompant un agent de l’Etat. Dans 41 % des cas, un membre de la direction de l’entreprise était à la manoeuvre.

Ces affaires montrent que deux tiers des cas sont concentrés dans quatre secteurs : les industries extractives (19 %), la construction (15 %), le transport et l’entreposage (15 %) et le secteur de l’information et de la communication (10%). Sur les 427 affaires de corruption passées au crible, les Etats-Unis avec 128 cas arrivent en tête du classement suivi de l’Allemagne (26 cas) et de la Corée du sud (11 cas). La France, avec seulement 5 affaires est au niveau de la Norvège et légèrement en deçà du Royaume Uni et de la Suisse (6 cas).

Ces pots de vin ont avant tout été destinés à des salariés d’entreprises publiques (27 % des cas) ou des agents des douanes (11 %). Des chefs d’État et des ministres n’en ont touché que dans 5 % des cas, même s’ils ont perçu 11 % du total des pots de vin versés, souligne l’OCDE. « Dans une affaire, le salarié de l’entreprise publique était le fils d’un ancien chef d’Etat et le président d’une filiale de la compagnie pétrolière nationale », indique pudiquement l’OCDE qui souligne par ailleurs que dans la majorité des affaires, les membres de la direction de l’entreprise (41 %), voire le PDG lui-même (12 %) étaient informés de la corruption et l’ont approuvée.

Dans 75 % des affaires de corruption transnationale, des agents tels que des agents commerciaux, des distributeurs et des courtiers locaux (41 %) étaient impliqués. Une grande part (35 %) mettait en jeu des véhicules juridiques tels que des filiales, des cabinets de conseils locaux, des entreprises situées dans des centres financiers ou des paradis fiscaux ou encore des entreprises dont la propriété effective appartenait à l’agent public destinataires des pots de vin. Or le rapport ne prend pas en compte certains aspects de la corruption comme la falsification des comptes, le blanchiment de capitaux ou encore le trafic d’influence. « Ces chiffres ne constituent assurément que le sommet de l’iceberg », selon l’Organisation.

Il ne prend surtout pas en compte ceci : en régime capitaliste, la corruption n’est pas à l’extérieur du dispositif, elle en est le combustible et le moteur. Mandeville l’exprime clairement, « le vice est aussi nécessaire dans un État florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse ». L’Allemagne est donc le centre névralgique de la corruption en Europe car elle est le moteur de l’économie capitaliste sur ce continent et cette relation est aussi solide que celle entre la pression et le débit d’eau chaude dans un ballon. La purge est donc un élément de l’agencement. Un élément qui n’en reste pas à la sphère éthérée de l’honneur blessé mais s’engage dans le domaine bien concret et beaucoup plus conséquent des conditions matérielles réelles de l’existence en Europe et pour certains de la simple survie.

Armement

Selon une étude du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), 25,3% du total du matériel militaire de la Grèce en 2011 a été acheté à des sociétés allemandes, loin devant les grands groupes français (12,8%). Ainsi, la Grèce est le 1er client de l’Allemagne dans ce domaine depuis 2007 et le 1er pays européen importateur d’armement en proportion de son PIB en 2011.

Trente-deux personnes seront envoyés en procès sur des accusations de crime se référant à des pots de vin et à du blanchiment d’argent dans le cadre de l’achat de quatre sous-marins à la société allemande Ferrostaal. L’affaire concerne l’achat de quatre sous-marins de type 214 pour la marine grecque pour un montant de 2,4 milliards d’euros. Le contrat entre le ministère grec de la défense et l’entreprise allemande HDW-Ferrostaal a été signé en 2000, mais la livraison est toujours en attente. Selon la justice allemande qui a déjà condamné des officiels de Ferrostaal, les commissions occultes du contrat de sous-marins pourraient dépasser les 80 millions d’euros.

Antonis Kantas, directeur général adjoint aux armements du ministère de la Défense de 1997 à 2002 figure en bonne place dans le dossier. Étant passé aux aveux après son arrestation intervenue le 13 décembre 2013, l’ancien haut responsable grec a notamment mis en cause Dimitris Papachristos. Âgé de 78 ans, cet ancien représentant en Grèce de l’entreprise allemande d’armement Wegmann, devenue ensuite Krauss-Maffei Wegmann (KMW), a participé à ces opérations de versement d’argent à destination de responsables grecs en armement.

En août 2013, une coentreprise d’EADS et ThyssenKrupp et des bureaux de Rheinmetall ont été perquisitionnés en Allemagne dans le cadre de l’enquête sur des soupçons de corruption liés à la commande par la Grèce d’équipements pour sous-marin, selon une information d’un porte-parole du procureur fédéral de Brême. Ce dernier avait alors précisé que la filiale commune à EADS et Thyssen, Atlas Elektronik, et Rheinmetall Defence Electronics avaient été perquisitionnés, étant soupçonnés d’avoir versé 18 millions d’euros de pots-de-vin et d’avoir fraudé le fisc. Il avait ainsi confirmé des informations du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

Die Zeit affirme que l’Allemagne aurait « acheté » le vote de l’Arabie Saoudite lors de l’attribution de la coupe du monde 2006 contre la livraison de roquettes antichar en 2000, alors que Gerhard Schröder était chancelier. Ce dernier aurait même fait lever temporairement un embargo sur les armes pour permettre cette livraison.

Le Parquet de Munich examine actuellement des transferts d’argent douteux. Les soupçons de corruption portent sur des contrats de quelque 3 milliards d’euros conclus avec l’Arabie saoudite et la Roumanie pour des équipements assurant la sécurité de leurs frontières. En 2009, le groupe allemand concerné avait décroché un contrat de quelque 2 milliards d’euros avec l’Arabie saoudite pour la fourniture de grilles de protection et de techniques de surveillance pour ses 9.000 km de frontière, rappelle le journal. Visiblement les milices chiites ne lisent ni les journaux allemands ni la Tribune.

Blanchiment

Le Basel Institute on Governance, publie un classement des pays du Monde, notés sur 10. Plus le score sur 10 est proche de zéro, plus cela signifie que le pays en question a pris de mesures pour lutter contre le blanchiment; et plus le risque de blanchiment est considéré comme faible. Chypre, avec un score de 4,93 est mieux classée que l’Allemagne dont le score est de 5,8. La France est mieux classée que Chypre, avec un score de 4,14.

Comment dit-on Eléphants blancs en allemand

L’Allemagne devait doter Berlin, sa nouvelle capitale, d’un aéroport tout neuf qui devait être mis en service en 2010. L’affaire a été tellement mal gérée que, cinq ans plus tard, cet aéroport ne fonctionne toujours pas et que le projet, évalué initialement à 2 milliards d’euros, en a déjà coûté 5,7 milliards.

En octobre 2014, le patron du secteur énergie éolienne de Shanghai, Liu Qi, associé à Siemens, procède au constat : « après les mirages du développement à court terme, la qualité n’est pas au rendez-vous et beaucoup d’acteurs de la profession disparaissent ». Les alliances fondées avec des sociétés européennes fondent comme neige au soleil. Elles disparaissent une à une, à peine formées depuis deux ou trois ans dans des perspectives d’illusoire croissance qui n’est jamais arrivée. La presse chinoise, comme le South China Morning Post, par exemple, n’en finit plus de compter les désastres en cette fin 2014. Ce n’est pas fini : Depuis plusieurs années, des soupçons de connexions mafieuses dans les éoliennes ont été émis par des journalistes et suivis par Interpol. L’arrestation de Liu Tienan, patron de l’énergie chinoise, cette semaine, pour cause de corruption à vaste échelle confirme une fois de plus l’omerta sur ce secteur et ses gigantesques trafics. Elle montre que les Chinois ont enfin compris l’ampleur des malversations. Liu Tienan a continué à superviser personnellement plus de 50 projets par trimestre à vaste échelle y compris des projets en Europe et des prises de participation dans des sociétés dont certaines sont bien connues en France ou au Portugal. EDP, qui se prétend l’un des leaders mondiaux, a été sauvé de justesse de deux désastres successifs , avec le scandale financier du groupe Espirito Santo, impliqué dans de multiples affaires de fraude, d’abus de confiance, de falsification de documents, de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, puis avec l’entrée de la Compagnie chinoise des Trois gorges, dont Liu Tienan, emprisonné pour corruption, avait la haute main.

Depuis 18 mois, la presse taiwanaise avait sorti le scandale sans grand résultat. Les quotidiens de Canton ont même osé publier ces informations malgré certaines menaces de mort émises par ce réseau mafieux englué dans les malversations, les voitures de luxe, les maitresses et les compromissions à l’étranger. Des bouleversements sont à attendre avec cette opération vérité. Les pots de vins se chiffrent en millions d’euros pour ce qui est connu. On sait que nombre d’éoliennes supposées construites en Allemagne et importées en France sont largement pourvues de pièces chinoises : à quel prix ?

Six milliards d’euros de subventions au titre des fonds de « pré-adhésion » ont été donnés (et non pas prêtés) à la Turquie ces dernières années, pays non membre de l’Union européenne (la Turquie, qui en lançant ses troupes sur Chypre en 1974, et en la privant de sa souveraineté sur la partie nord, a littéralement détruit l’économie chypriote une première fois).

Fraude fiscale et fraude à la TVA

L’évasion fiscale se situerait entre 150 milliards et 165 milliards (Tax Justice Network). La fraude à la TVA atteindrait près de 27 milliards d’euros par an, soit 1% du PIB (Eurostat, 2011). Selon la Commission européenne, la fraude fiscale, en mai 2013, représenterait 1000 milliards d’euros sur l’ensemble de l’Euroland. En septembre, le chiffre grimpe à 2000 milliards. Pas très loin des estimations de Tax Justice Network, association loufoque qui pense que l’Etat doit être juste.

L’Etat grec l’a emporté dans l’affaire qui l’opposait à la société allemande Hochtief qui avait entrepris l’exploitation de l’aéroport international d’Athènes « Eleftherios Venizélos » pour 20 ans et qui, à présent, suite à l’arrêt rendu par la Cour d’appel administrative d’Athènes, est appelée à verser 600 millions d’euros au titre de TVA qu’elle ne versait pas au Trésor. Avec l’arrêt de la Cour d’appel, le géant allemand devient, dorénavant, le plus grand débiteur de la Grèce : si l’on tient également compte des autres dettes de la société envers les caisses de sécurité sociale, les collectivités locales, etc., le total des dettes pourrait atteindre 1 milliard d’euros.

Milieux bancaires

En 2013, éclate un énorme scandale autour de la Bayern LB, la banque publique du Land de Bavière. Celui-ci est dirigé d’une main de fer par les chrétiens-sociaux de la CSU, un parti très conservateur, allié à la CDU d’Angela Merkel, qui siège en Allemagne parmi les principaux contempteurs de l’aide aux pays européens en crise et à la Grèce en particulier. Ce scandale met en lumière une gabegie usuelle dans la gestion opaque de cette banque publique. Il a déjà coûté au moins 8,6 milliards d’euros aux contribuables allemands.

« Nous avons suspendu un petit nombre de courtiers à Moscou jusqu’à ce qu’une enquête interne soit menée à son terme », a fait savoir une porte-parole de Deutsche Bank dans un courriel transmis à l’AFP, réagissant à des informations publiées par l’hebdomadaire allemand Manager Magazin. Selon le journal, qui cite des sources financières, plusieurs salariés de la banque en Russie sont suspectés d’avoir participé au blanchiment d’importantes sommes d’argent d’origine douteuse pour le compte de clients russes via des transactions financières complexes sur le marché des dérivés. Contacté par l’AFP, la Bafin, le gendarme allemand des marchés financiers, a déclaré avoir connaissance de ces informations mais n’a pas souhaité les commenter. Deutsche Bank, qui emploie plus de 98.000 personnes dans le monde pour 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires, est engagé dans quelque 6.000 litiges juridiques, qui grèvent lourdement ses résultats et fragilisent son assise financière. Fin avril, la banque a écopé d’une amende de 2,5 milliards de dollars (2,25 milliards d’euros) dans une affaire de manipulation de taux.

Milieux industriels

En 2007-2008, c’est toute la direction du géant industriel allemand Siemens, présidé à l’époque par Heinrich von Pierer, qui a été décapitée et traînée en justice. En cause, un énorme scandale de corruption qui concernait le montant colossal de 1,3 milliard d’euros (dont notamment des affaires de corruption importantes en Grèce).

En 2014, c’est le grand patron allemand Thomas Middelhof qui est condamné à trois ans de prison pour prise illégale d’intérêt. Il est l’ancien dirigeant du grand groupe d’édition et de media Bertelsmann (qui est aussi accessoirement un grand pourvoyeur d’idéologie austéritaire ultralibérale en Allemagne via sa fondation). Il a mené ensuite à la ruine le groupe de distribution Arcandor (magasins Karstadt, Quelle), tout en se servant généreusement dans la caisse pour son compte personnel.

Debeka, le numéro un allemand de l’assurance maladie privée, est soupçonné d’avoir acheté des données sur des clients potentiels auprès d’un réseau d’indicateurs rémunérés. Une enquête du quotidien économique allemand Handelsblatt a mis à jour un système de gratifications de 10 000 policiers, enseignants, agents du fisc… qui lui permettait d’obtenir des informations sur des prospects (nom, adresse, données personnelles). « Debeka payait 50 € à un enseignant pour une information sur un nouveau venu dans une école. Pour un contrat maladie, il obtenait 150 € et 600 € pour une assurance vie », révèle le journal. Debeka aurait ainsi déboursé plus de 100 M€ de gratifications. Le cas a été jugé suffisamment grave pour que le parquet de Coblence ouvre une enquête pour soupçon de corruption et violation du secret professionnel. La Bafin, l’organisme de tutelle du secteur financier en Allemagne, a également ouvert une enquête.

En 2000, le géant britannique Vodafone avale son concurrent allemand Mannesmann. La fusion entre ces deux opérateurs a généré de très importantes luttes de pouvoir entre Mannesmann, Vodafone mais aussi Vivendi. Finalement, le 4 février 2000, l’OPA du britannique sur l’allemand est acceptée. C’est à ce moment que se met en route « une pompe » à financement occulte. Une commission du conseil de surveillance attribue deux versements dans des conditions jugées troubles par le parquet. Ce dernier fait état de protocoles antidatés, voire falsifiés. 32 millions de marks ont été versés à Klaus Esser (ex-président du directoire de Mannesmann), 6 millions à Joachim Funk (président du conseil de surveillance) et une vingtaine de millions pour 14 autres dirigeants de l’entreprise. Klaus Esser recevra par ailleurs une indemnité de licenciement de 29,8 millions de marks plus un forfait de 4 millions pour racheter son droit à une secrétaire et une voiture avec chauffeur à vie… Le parquet allemand estime que Klaus Esser et Joachim Funk se sont indûment enrichis. Quatre autres personnes dont Klaus Zwickel, membre de l’autorité de surveillance, sont accusés de complicité pour avoir avaliser ces sommes. Les six accusés risquent en théorie jusqu’à dix ans de prison. Ils contestent les poursuites du parquet en expliquant que les montants distribués correspondent à des « pratiques courantes ».

L’administration grecque chargée de la répression des fraudes fiscales (SDOE) a délivré aux services des impôts compétents des éléments faisant acte d’une évasion fiscale de 200 millions d’euros de la part de BMW et MERCEDES. Une fois cumulés les amendes et d’autres ajouts, le total s’élèverait à 600 millions d’euros.Le Spiegel révèle également concernant le probable trafic clandestin de voitures par BMW, qu’un nouveau cas de véhicule présentant des numéros d’immatriculation différents sur la carte grise et sur les plaques a été rapporté. Dans le même temps, une autre affaire reste ouverte : celle de la « disparition » de plus de 200 véhicules d’un ensemble de 1200 véhicules déchargés à Volos, dont environ 950 ont été dédouanés.

Le Spiegel précise également que concernant les faits de corruption, un document du tribunal de Columbia (États-Unis) indique que la maison mère de Mercedes a corrompu des hauts fonctionnaires dans 22 pays, dont la Grèce – pays où la question, jusqu’à présent, n’a pas suscité l’intérêt des instances gouvernementales. Il est mentionné que, durant la période 1998-2008, des officiels grecs et de 21 autres pays ont été corrompus, de manière à « assurer à Daimler des contrats avec des clients gouvernementaux, à hauteur de centaines de millions d’euros ».

Une série de perquisitions ont été menées en Allemagne liées au blanchiment d’argent présumé de la mafia italienne, notamment via un parc éolien, a annoncé mardi le Parquet d’Osnabrück (nord-ouest). Les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir blanchi de l’argent de l’organisation mafieuse calabraise, la ‘Ndrangheta, par le biais de leurs sociétés en Allemagne, en Italie, à San Marin et en Suisse, selon un communiqué du Parquet. Ils auraient en outre pris des participations dans une société d’exploitation d’un parc éolien afin là aussi de blanchir de l’argent sale, selon la même source. Le parc éolien en question est celui de Capo Rizzuto situé en Calabre, selon l’hebdomadaire Der Spiegel, un parc saisi l’an dernier par la police italienne. Les perquisitions ont été menées dans plusieurs régions d’Allemagne, notamment en Bavière (sud), en Rhénanie du Nord-Westphalie (ouest) et à Hambourg (nord), ainsi qu’en Autriche.

Les opérations visaient vingt cibles, dont une banque régionale et un fabricant d’éoliennes, et quelque 200 policiers ont été mobilisés pour cette opération. L’enquête pour blanchiment d’argent présumé et soutien à une organisation criminelle étrangère a débuté en février 2013, a encore précisé le Parquet. En juillet 2012, la police italienne avait saisi en Calabre des biens appartenant à la ‘Ndrangheta, d’une valeur de 350 millions d’euros, dont un parc éolien considéré comme l’un des plus grands d’Europe.

Ce parc, composé de 48 aérogénérateurs, avait été construit par le biais de prête-noms et d’une dizaine de sociétés écrans, dont plusieurs basées hors d’Italie, à Saint-Marin, en Allemagne et en Suisse, avaient expliqué les enquêteurs. Selon un rapport d’Europol publié en juillet, les mafias italiennes ont considérablement diversifié leurs activités criminelles et investissent dans le secteur des énergies renouvelables pour blanchir leurs revenus illégaux et bénéficier des aides européennes. En 2007, dans un fait divers spectaculaire, six personnes avaient été tuées à Duisbourg (ouest de l’Allemagne) dans le cadre d’une vendetta au sein de la mafia calabraise.

Milieux politiques

Wolfgang Schaüble a dû démissionner en 2000 de la présidence de la CDU et de celle de son groupe parlementaire parce qu’il était en première ligne dans le scandale dit des « caisses noires » de ce parti. La CDU était en effet financé à grande échelle de manière illégale par de grands industriels allemands depuis des lustres.

Peter Hartz, l’homme des lois du même nom qui ont libéralisé le marché du travail allemand – et notamment de la fameuse loi Hartz IV qui a fortement réduit les indemnités des chômeurs – est l’ancien chef du personnel de Volkswagen. Il a été condamné en 2007 à deux ans de prison avec sursis pour avoir abondamment corrompu les délégués du personnel de cette société, afin de les amener à devenir plus coopératifs à l’égard de la direction. Il est aussi un conseiller discret de Monsieur François Hollande.

En 2012, le président chrétien-démocrate Christian Wulff, quitte ses fonctions parce qu’il s’est avéré qu’il s’est fait payer à maintes reprises voyages, vacances, logements par des patrons allemands, à l’époque où il dirigeait le Land de Basse-Saxe.

Milieux universitaires

Les professeurs, en poste dans une douzaine d’universités à travers toute l’Allemagne, sont soupçonnés d’avoir empoché de 4 000 à 20 000 euros pour «aider» certains étudiants à accéder plus rapidement au titre universitaire convoité, selon le journal régional Neue Westfälische et l’hebdomadaire Focus qui citent le parquet de Cologne (ouest). «La supervision d’une thèse (de doctorat) est une tâche qui relève d’une mission de service public. Il n’est pas autorisé d’accepter une rémunération pour cela»,  a expliqué le procureur G-nther Feld au Neue Westfälische.

L’enquête est partie d’une perquisition menée en mars dernier dans les locaux de l’Institut pour le conseil scientifique, une société privée basée à Bergisch-Gladbach, près de Cologne (ouest), et qui servait d’intermédiaire entre les étudiants et les professeurs corrompus. Le dirigeant de cet institut a déjà été condamné début 2008 à trois ans et demi de prison pour son rôle d’intermédiaire dans l’affaire concernant un professeur de droit de Hanovre, qui avait aidé ses étudiants, contre une forte rémunération ou des faveurs sexuelles, à obtenir leur doctorat. Le professeur, accusé d’avoir empoché plus de 184 000 euros en supervisant, de manière indulgente, les thèses de doctorat de 69 étudiants, s’est vu infliger une peine trois ans de prison.

(No)Sport

Lundi 24 octobre 2011, a débuté le procès d’un ancien banquier allemand accusé d’avoir touché des dizaines de millions en pots-de-vin de la part de Bernie Ecclestone, le grand argentier de la Formule 1. Ce même 24 octobre, le parquet de Ravensburg a annoncé avoir ouvert une enquête visant un membre du directoire de l’équipementier allemand Tognum soupçonné de corruption et d’abus de confiance dans des contrats d’armement en Corée du Sud. Tognum a reconnu des « actes contraires » aux règles anti-corruption de sa filiale asiatique.

En 2014, Uli Hoeness, le patron du célèbre club de football, le Bayern de Münich, et grand pourvoyeur d’argent frais pour la CDU-CSU, est condamné à 3,5 ans de prison pour avoir fraudé le fisc allemand à grande échelle pendant des années.

Constant Omari, le président de la Fédération congolaise et membre du comité exécutif de la FIFA, a pointé du doigt les conditions d’attribution de la Coupe du monde 2006 à l’Allemagne sur RTL. «L’Allemagne avait racheté la voix de l’Océanie, illégalement, pour obtenir l’organisation de la Coupe du monde, ça on n’en parle pas. Quand il s’agit de l’Allemagne, il ne faut pas en parler», accuse le dirigeant congolais. De grandes entreprises allemandes comme Bayer, Daimler et Volkswagen auraient investi des millions d’euros dans des firmes en Asie, comme la Corée du Sud et la Thaïlande, afin de gagner le soutien des responsables locaux de la Fifa. Libération prend l’exemple de Daimler qui aurait injecté de l’argent dans Hyundai, dont le fondateur a justement un fils qui siège au conseil d’administration de la Fifa.

D’un côté, Fedor Radmann, ancien directeur marketing de l’équipementier d’Adidas, numéro deux de la candidature allemande. De l’autre, l’ancien footballeur Günter Netzer, responsable de l’agence suisse CWL, une filiale du groupe Kirch, chargée de vendre les droits télévisuels de matchs. Selon Manager Magazin, à un mois du vote pour l’attribution du Mondial 2006, les deux hommes auraient approché trois membres du comité exécutif de la FIFA: Jack Warner, donc, mais aussi le président de la fédération maltaise, Joseph Mifsud, et celui de la fédération thaïlandaise, Worawi Makudi. Dans son édition du 2 décembre 2010, Le Monde dévoile un courrier en date du 2 mars 2002 où Jack Warner remerciait justement le groupe Kirch pour la «donation de 20 000 dollars dans le cadre du projet de restauration de l’orgue de la Hanover Methodist Church», sise dans cet Etat des Caraïbes…

Un cadeau auquel s’ajoute la généreuse rétrocession de Kirch à M. Warner des droits de retransmission du Mondial 2002 et 2006. A l’époque, Warner n’avait pas répondu aux questions du Monde. Pas plus que Worawi Makudi et Joseph Mifsud. Quant à Fedor Radmann, lui non plus n’avait «pas le temps» de répondre. Seul Günter Netzer s’était alors exprimé, évoquant des «allégations […] qui sont totalement infondées» et qui «concernent des activités datant de plus de dix ans». Des «activités» qui, à la lumière de ces documents, résonnent aujourd’hui d’un curieux écho.

Felix Zwayer, élu arbitre de l’année 2014 en Allemagne, serait impliqué dans un scandale qui avait envoyé un de ses confrères en prison en 2005 pour manipulation de matches, rapporte mardi le quotidien Die Zeit sur son site internet. En 2005, l’arbitre Robert Hoyzer avait été condamné à deux ans et cinq mois de prison pour escroquerie en bande organisée. Il avait avoué avoir touché de l’argent pour influencer les résultats de plusieurs rencontres principalement de 2e et 3e divisions allemandes. Libéré en juillet 2008, après 14 mois derrière les barreaux, il avait accepté de collaborer à une enquête impliquant 25 personnes, dont 14 joueurs et trois autres arbitres, pour la seule année 2004. Selon Die Zeit, qui s’est visiblement procuré le rapport du Tribunal sportif de la Fédération allemande de football (DFB), Zwayer, alors juge de ligne, aurait touché 300 euros de Hoyzer « pour éviter toute situation critique pour Wuppertal » lors d’un match contre l’équipe réserve du Werder Brême.

Gaël Giraud / OIT / Les Echos /Europegrece/ Le Monde/ Le Point/ Okeanews/ Atlantico / L’équipe / Ludovic Grangeon/ Le Temps/ La press.ca/ Le blogfinance/ Altereco/ Huffington Post/ Silicon / Jacques Sapir/ Sortir du nucléaire / La Tribune / RFI / L’argus de l’assurance / Basta / BAM


Responses

  1. Je ne connais pas d’autre « âme » occidentale qui ait une tendance aussi prononcée à la « bunkerisation » que l’âme allemande.

    A titre d’allusion littéraire, j’ai eu cette impression en lisant, par exemple, « la montagne magique » ou « Docteur Faustus » de Mann.

    Schoppenhauer a fait reculer mon âme « latine » et éprise de clarté française.

    Nietzsche est « limite », et « réhabilité » par sa critique de Wagner, par ses fulgurantes intuitions, ainsi que par sa fréquentation de la brillante Lou Andreas Salomé .

    Merkel et son Schäuble…….pourquoi empêcher leur suicide?

    • En effet, laissons faire ou comme disait Cocteau, feignons d’en être les organisateurs

  2. Schäuble dans le rôle de Dick Bogarde

    Merkel dans le rôle de Charlotte Rampling

    ( Sexy n’est ce pas A.g. je parle de Rampling bien sûr)

    Metteur en scène: Varouvakis

    Auriez vous un titre à proposer Memento?

    • L’oeil du serpent ?

      • Clin d’oeil à Bergman?

      • Bien entendu Hippocrate. Au hasard de mes pérégrinations j’ai parcouru le film de propagande nazi Sieg im Westen, je vous conseille, si vous avez le temps l’épisode de la prise de la ligne Maginot où 36 divisions françaises attendirent enterrées l’ennemi (54’26 » de la 2ème partie : https://www.youtube.com/watch?v=3PkP-i2uhik)


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