Publié par : Memento Mouloud | septembre 14, 2015

La brute (fasciste), le truand (kurde) et les bons (gendarmes français) ou d’où venaient les armes de Coulibaly

Les policiers chargés de l’enquête sur les attentats de Paris ont obtenu, dès le 14 janvier 2015, l’identification de l’arsenal d’Amedy Coulibaly par les autorités slovaques. Mais ils n’en ont rien fait. Le renseignement slovaque qui incrimine un ancien militaire d’extrême droite lillois, Claude Hermant, soupçonné de trafics d’armes démilitarisées dans le cadre d’une enquête ouverte à Lille, ne provoque aucune vérification des juges antiterroristes parisiens Laurence Le Vert, Nathalie Poux et Christophe Tessier.

Cinq armes sont listées, avec leurs numéros de séries, appartenant à l’arsenal de Coulibaly. Figurent aussi le nom et l’adresse de l’acheteur, la société Seth Outdoor, sise à Haubourdin dans la métropole lilloise, et leurs dates d’achat, les 19 septembre et 15 novembre 2014. Aujourd’hui encore, le parquet de Paris a indiqué « qu’en l’état, il n’y a pas de lien entre le protagoniste du dossier lillois, Claude Hermant, et Coulibaly ».

Claude Hermant a été placé en garde à vue, perquisitionné puis mis en examen le 23 janvier pour « trafic d’armes en bande organisée ». L’ancien militaire a mis en cause trois fonctionnaires – un des douanes et deux gendarmes – dont il a été l’informateur au moment des achats d’armes litigieux.  Le quotidienLa Voix du Nord a dévoilé, courant mai, plusieurs courriels prouvant les échanges de l’ancien militaire avec deux gendarmes de la section de recherche (SR) de Villeneuve-d’Ascq. Le 7 mai 2014 à 17 h 35, Claude Hermant écrit  : « En bossant, je suis tombé sur un fusible à nous… Ce fusible même (sic) à des très gros poissons (Serbie et autres)… Tiens-moi au courant de ce que vous faites avec ces infos… Voilà les deux immatriculations… » Suivent… trois numéros de plaque. Claude Hermant demande que des vérifications soient faites. « Y-a-t-il des casiers jud au bout de ses immats », interroge-t-il le 9 mai 2014 ? La réponse de la gendarmerie tombera le 26 mai : « … Je regarde tes infos et reviens vers toi au plus vite, sinon tout va bien, nous sommes pris sur un autre dossier très important d’où la longueur des investigations ». Un autre mail d’Hermant à un gendarme,  du 27 octobre 2014, sème le trouble: « J’espère que vous avez eu le temps de travailler un peu sur les infos données… C’est une petite usine de remise en état qui est en place. Un dénommé R… propose du matériel sur Lille sud et bd… Cela va du scorpion à la kalach et autres 9 mn para… » En novembre 2014, le gendarme lui répond: « Salut Claude, nous avons vu avec notre hiérarchie, nous sommes partants pour les deux dossiers que tu nous as présentés (armes-Charleroi) ». L’un des gendarmes ayant soulevé le caractère secret de ses missions, les juges lillois Stanislas Sandraps et Richard Foltzer, ont saisi, le 10 avril 2015, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve d’une demande de déclassification. Le ministre a choisi d’opposer le secret défense aux investigations.

Contacté par la PJ dès janvier, l’un des gendarmes mis en cause, l’adjudant-chef Laurent B., n’avait pas déféré à sa convocation. Il a finalement été entendu comme témoin en mai. Un douanier en contact avec Hermant, rattaché à l’antenne lilloise de la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières), a en revanche été mis en examen pour « acquisition et détention » d’une ou plusieurs armes de catégorie A – armes à feu de défense ou armes de guerre dont la détention est interdite sauf autorisation.

Claude Hermant quitte les parachutistes en 1982 puis rejoint les légions croates quand la Yougoslavie se défait. C’est en 2001 qu’apparaît pour la première fois le nom de Claude Hermant, dans les colonnes du journal Libération. Renaud Dély et Karl Laske s’entretiennent avec cet ancien membre du service d’ordre du Front national, le DPS (pour Département Protection et Sécurité), auquel il aurait appartenu pendant six ans. Selon ses dires, le DPS, déjà sous le feu des projecteurs après un rapport parlementaire sur ses dérives militaristes, aurait constitué une cellule de « 30 à 60 fantômes » jusqu’en 1999, fonctionnant avec des faux- papiers, tantôt espions, infiltrés, agitateurs dans les banlieues, ou encore hommes de main. Recruté par Bernard Courcelles, l’ancien directeur du DPS à l’origine de la création de cette cellule fantôme, l’ancien para, champion de boxe américaine, est envoyé au Congo pour mener une « mission de sécurité ». Sauf que l’opération qui s’apparente à un faux-putsch contre le pouvoir en place prend rapidement l’eau et Claude Hermant est arrêté, emprisonné et même lâché par son responsable Bernard Courcelles, comme le racontait en 2001 Karl Laske. Finalement gracié par le président Denis Sassou N’Guesso, il coupe brutalement les ponts avec le DPS et pour se venger, balance aux deux journalistes de Libé son histoire.

On le retrouve en 2008, lors de la création de la Vlaams Huis, la Maison du peuple flamand, basée à Lambersart, commune jouxtant la métropole lilloise. Une association pour promouvoir et défendre « la culture flamande » selon ses fondateurs. Cette même année, il participe à l’ouverture d’un nouveau lieu, la Maison de l’Artois, dans la petite ville d’Auchel. Mais l’expérience ne dure pas et en 2012, Claude Hermant doit dissoudre la Maison des identitaires de l’Artois ainsi que la Maison flamande en 2012. Outre une apparition dans un reportage de M6 sur le survivalisme, dans lequel Hermant étale fièrement sa collection d’armes, il se lance dans la friterie, devenant gérant de la Frite Rit, située à Lille dans le secteur Gambetta-Solférino. Le fonds appartient à sa compagne.

Dès le mois de janvier, le numéro de série (21038 M) d’un deuxième fusil d’assaut VZ 58 Compact retrouvé dans le supermarché de la porte de Vincennes permet aussi d’identifier un ingénieur belge de 52 ans, Patrick Hallveht. Selon les informations transmises par les autorités slovaques, Hallveht a acheté ce fusil, le 13 janvier 2014, en passant par la même société slovaque AGF Security. Or cet homme, jusque-là inconnu des services de police, fait précisément partie des contacts livrés aux gendarmes de la section de recherche de Villeneuve-d’Ascq par Hermant, courant 2014. En mai 2014, les policiers belges ont découvert lors d’une perquisition chez Hallveht « un canon de fusil prêt à être expédié ainsi que tout le matériel nécessaire à la remilitarisation des armes ». Selon les informations communiquées par les policiers slovaques aux français, l’ingénieur belge aurait acheté une quinzaine d’armes démilitarisées à AGF Security entre décembre 2013 et mars 2014, dont trois fusils d’assaut CZ 58, trois pistolets Tokarev, deux Beretta, et un fusil-mitrailleur Scorpion.

En Belgique, les soupçons se sont aussi focalisés sur un autre homme, Metin Karasular, qui s’est lui-même fait connaître de la police de Charleroi, dès le 12 janvier, pour révéler ses contacts avec Amedy Coulibaly au sujet de la vente d’un véhicule, une Mini Cooper appartenant à Hayat Boumeddiene, la compagne de Coulibaly. Au domicile de Karasular, déjà connu pour des soupçons de trafic d’armes, et des contacts avec les Kurdes du PKK, les policiers belges vont trouver plusieurs listes manuscrites d’armes – l’une d’entre elles de sa main –, selon lui, de « vieux papiers », ainsi que deux répliques d’armes en plastique, des jouets pour ses enfants, a-t-il expliqué. Mais aucun rapprochement n’est établi avec les armes de Coulibaly. Karasular est d’ailleurs remis en liberté sous condition en mai.

L’information sur l’existence et le profil de Metin Karasular, a été diffusée par les médias turcs dès janvier : http://www.hurriyet.com.tr/dunya/28005104.asp. Par ailleurs, un Kurde de Paris a joué le rôle d’intermédiaire entre Coulibaly et Karasular. « L’affaire démarre à l’automne 2014. Ali K., un Kurde de Paris, ami de Coulibaly, vient à Charleroi pour rencontrer Metin Karasular : l’homme tient un commerce de pneus à Marchienne, il est aussi en train de monter une affaire d’achat-vente de voitures d’occasion avec une connaissance, un Grec, Epaminondas T. Ali veut vendre la voiture d’un « pote », une Mini Cooper. La voiture est quasiment neuve : Hayat Boumedienne l’a achetée 27.000 euros en septembre 2014. La négociation prendra quelques semaines, entre Paris et Charleroi : Coulibaly vient au moins deux fois à Charleroi, Epaminondas se rend à Paris à plusieurs reprises. Source : http://www.lanouvellegazette.be/1223698/article/2015-02-27/charlie-hebdo-coulibaly-est-venu-plusieurs-fois-a-charleroi.

Mediapart/ Marianne/ Libération/Eric Verhaeghe/peuple kurde


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