Publié par : Memento Mouloud | octobre 3, 2015

Mémoires de l’esclavage

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La bulle Dum diversas de juin 1452 autorise le roi du Portugal à « attaquer, conquérir et soumettre les sarrasins païens et autres infidèles ennemis du Christ », elle est confirmée par la bulle Romanus Pontifex de janvier 1455, où l’action du roi portugais reçoit des louanges pour la conversion au catholicisme de nombres d’esclaves africains (à Sao Tomé ou Madère). Cependant, bien esseulé, le pape Pie II avait, dans une lettre à l’évêque de Guinée portugaise datée de 1492, qualifie l’esclavage des noirs de magnum scelus (grand crime), sorte d’hapax dans la longue durée de l’impuissance pontificale. De toute façon, saint Augustin avait conclu depuis fort longtemps à l’iniquité intrinsèque du genre humain donc à la licéité de l’esclavage dans un monde marqué par le péché originel. Si Paul III dans la bulle Sublimis Deus,  de 1537, affirme que « les Indiens et tout autre peuple qui pourrait être découvert plus tard par les Catholiques, bien que n’étant pas chrétiens, ne peuvent en aucune façon être privés de leur liberté et de leurs possessions … Ils ne peuvent en aucune manière être asservis ; et s’ils sont ainsi asservis, leur esclavage doit être considéré comme nul et non avenu », il n’évoque pas les noirs africains dont le sort semble scellé au sein de la Curie silencieuse.

En 1776, le second capitaine de l’Aimable Françoise maltraita une « très belle négresse à laquelle il cassa deux dents ». L’armateur se plaignit qu’elle ne put être vendue à Saint-Domingue qu’à « un très bas prix ». Le même homme avait « violé une petite négrite de huit à dix ans, à qui il ferma la bouche pour l’empêcher de crier ». Pendant ce temps, le chirurgien enfonçait un doigt dans le cul des hommes et un autre dans le vagin des femmes, il soupesait seins et testicules, humait les urines et goûtait la salive. Pour finir, il procédait au marquage des convives du parc aux esclaves avec un fer chaud.

« Vendredi 28 décembre 1738 A huit heures nous amarrâmes les nègres auteurs de la révolte, aux quatre membres et couchés sur le ventre dessus le pont, et nous les fîmes fouetter. En outre, nous leur fîmes des scarifications sur les fesses pour mieux leur faire ressentir leurs fautes. Après leur avoir mis leurs fesses en sang, nous leur mîmes de la poudre à tirer, du jus de citron, de la saumure, du piment, tout pilé et brassé ensemble avec une autre drogue que le chirurgien mit, et nous leur en frottâmes les fesses, pour empêcher que la gangrène s’y soit mise et de plus pour que cela leur eût cuit sur leurs fesses, gouvernant toujours au plus près du vent »

« Le profit n’est pas déterminé seulement par la vente des Noirs. Il s’en fait souvent d’assez belles, mais le défaut d’exactitude des acheteurs dans les paiements, joint aux pertes sur les retours limite les bénéfices[…] Ce dernier est préparé par l’économie dans l’achat des marchandises en Europe, dans l’armement du vaisseau, par l’avantage d’une bonne traite à la côte d’Afrique, par une bonne vente en Amérique, mais il ne réside réellement que dans la liquidation des retours en France » Mémoire du commerce de Nantes (1767). Ce qui suppose une spéculation décisive en aval donc un réseau de marchands, d’armateurs, d’associés et de courtiers.  La Traite n’était pas un commerce parmi d’autres, elle était l’équivalent des jeux actuels sur les dérivés. Une manière de passer de l’éternel découpage des morues à la fréquentation du beau monde en un coup réussi. La vente des esclaves ne devenait lucrative qu’à la condition de garder un œil sur le cours du sucre et du tabac sur les marchés européens sans compter un petit détour par le commerce de contrebande en Amérique et dans les Caraïbes. Comme il en mourait les ¾ entre sa capture et sa mise au travail au-delà de trois ans d’exercice, la main d’œuvre servile servait de combustible à la consolidation de la fortune des négociants africains, européens ou créoles ainsi que dans celle des planteurs. Elle était ainsi l’étoffe dont étaient faits les rêves d’ascension de ceux qui n’avaient pas le talent d’écrire. Les nègres déportés étaient ce cimetière abstrait et invisible où les Etats d’Afrique de l’ouest comme les empires européens d’outre-mer inscrivaient leur gloire instable sur les registres des chroniqueurs. Finalement l’Histoire ressemble au perpétuel déménagement du cimetière des Innocents. Comme l’écrivait Alexandre Sallier-Dupin avec ce sens de la grandiloquence et de la cécité cupide propre aux aventuriers suffisants du profit « il faut hasarder, avoir du courage et se dire : si je réussis tant mieux, si j’échoue tant pis. Dans ce cas, il faudra se retourner d’un autre côté »


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