Publié par : Memento Mouloud | octobre 17, 2015

L’Empire du sexe : Lettre B (1)

Babillard 

Bagatelle

Baiser 

Bardache 

Barrage musculaire

Barton Fink

Bas

Bellingham (forêt de)

Benzema (l’affaire)

Berlin (mur)

Besogne 

Bestialité

Big Mother (comment vint)

Bien (Empire du)

Billet 

Bienmembré (Jean-Foutre)

Bisexualité

Bizarrerie

Babillard 

Qui ne tient pas sa langue

Bagatelle

L’architecte François Joseph Bélanger l’offrit au comte d’Artois. C’est désormais un quartier parisien. A l’origine, il s’agissait d’une chose frivole dont le prix était infini.

Baiser 

Dans baiser, il y a braise

Bardache 

Sodomite passif et plutôt jeune.

Barrage musculaire

Une femme dit « c’est passé le premier barrage musculaire que ça devient intéressant la sodomie, tu comprends ? »

Barton Fink

Le film s’ouvre sur une scène dans les coulisses d’un théâtre puis se clôt sur le cadre obsessionnel de la chambre d’hôtel de Barton Fink où une pin-up observe la mer. C’est donc un film sur la mimesis, la représentation avec ses deux dimensions, juive et grecque, analysées par Erich Auerbach lors de son exil forcé dans la Turquie kémaliste.

L’action peut se résumer ainsi, un écrivain rédige un scénario dont le héros est un catcheur. Le héros du film des frères Coen est un intellectuel, un écrivain qui voudrait trouver et prouver son utilité sociale en décrivant la vie du common man, de l’homme de la rue. Drame des poissonniers, errance d’un catcheur, c’est tout un, on abandonne la noblesse du statut et les appels des prophètes pour découvrir la profondeur métaphysique de l’homme contemporain : celui de 1941.

Parallèlement les frères Coen n’abandonnent rien de la poétique classique. Chaque personnage, à l’exception de Charlie Meadows et des employés de l’hôtel, est calibré : il y a l’écrivain célèbre qui boit (Charlie Mayhew), la secrétaire amoureuse (Audrey), le metteur en scène (Ben Geisler), le producteur sorti du ghetto de Minsk (Lipnick) accompagné de son looser (Lou), l’impresario, le scénariste débutant qui ne change jamais de costume (Barton Fink), les deux détectives italo-allemand de la LAPD.

Les lieux sont balisés (le bureau du producteur, sa villa avec piscine, le bureau du metteur en scène, le box du grand écrivain, la salle de bals, l’hôtel miteux où loge Barton). Bien entendu, lorsque Barton est à Hollywood, le soleil brille, quand il est enfermé dans sa chambre, la nuit et la pénombre dominent. La couleur locale est rendue à la fois par la date, décembre 1941, les costumes, l’apparition de gars de la Navy, la mention des japs, la musique façon In the mood, l’insistance sur le nom juif.

Enfin chaque action se retourne en sens contraire : la scène d’amour avec Audrey se termine par un meurtre (premier retournement) et la fin du scénario est accueillie par un « c’est de la merde » de la par du producteur si bien que Barton est renvoyé au néant de sa condition sur une plage, c’est-à-dire à l’impossibilité pour un artiste de jouir d’un statut assuré.

Mais les frères Coen introduisent une double série d’anomalies, au sein même de cette poétique de la reconnaissance, de la nécessité et de la vraisemblance.

D’une part, il est tout à fait impossible de réunir les éléments d’une catharsis à partir du personnage de Barton qui est parfaitement imbuvable. En effet, Fink n’est pas un artiste maudit, c’est un homme qui est incapable de comprendre le monde qui est le sien, ni même de s’y mouvoir. Ses réparties sont toujours inadaptées, ses manières, celles d’un écolier, ses discours creux. Surtout, il est incapable d’écouter quoi que ce soit et ne cesse de s’épancher, de se plaindre, de gémir, de condamner avant de découvrir que la course à celui qui souffre le plus, ne conduit à rien, sinon à la bouteille et aux vomissements de Mayhew ou à l’étrange commisération de Charlie, l’homme qui libère les autres de leurs souffrances en les décapitant.

C’est en lisant le livre de Daniel puis la Genèse que Barton tire du néant, son propre récit, cette fable dans laquelle il rit sans se soucier du spectacle qu’il offre ou de la condition de grand écrivain utile au peuple qu’il prétend incarner. Les frères Coen multiplient les gros plans de son visage, les plongées sur Barton couché, le détour de son regard par le cadre où la pin-up regarde la mer, la manière dont il épie ses voisins et cette vie qui le dérange dès qu’elle s’introduit dans son espace lugubre et silencieux. Ils composent le tableau d’une solitude qui contraste avec les crises d’hystérie, les larmes et la passivité d’un homme qui parcourt la scène sociale comme s’il était encore un enfant auquel on tient la main.

D’autre part, les frères Coen rompent avec la vraisemblance et la nécessité. Toute leur bande-son ne cesse de jeter une certaine étrangeté sur cet hôtel filmé comme s’il témoignait d’un outre-monde avec ses grooms cacochyme (Pete) ou sortant de la cave (Chet), son filtre de poussière et son obscurité grisâtre. L’ambiance y est moins celle de la Californie que de la Louisiane, une serre tropicale où les moustiques annoncent l’apocalypse à venir. Charlie et Barton forment une sorte de couple par dépit, ils écoutent vivre les autres et se découvrent une amitié d’asociaux chroniques.

Outre la scène du catch où Charlie jette des œillades à Barton, « allez viens » tandis que ce dernier colle sa joue sur le ventre du représentant fictif en assurances, la question du détective, « vous êtes des pervers sexuels ? » reçoit cette réponse indignée de Fink « c’est un mec, nous avons catché », tout le film est traversé par ces couples baroques qui font dire à Mayhew, le vieil écrivain stérile : « j’offre l’amour on me le rend en pitié, il n’y a pas plus vile monnaie sur terre ». De ce point de vue la scène où l’hôtel Earle brûle n’est symbolique de rien, elle peint juste la catastrophe fumante qu’est toute création. Au final, Barton est sur la plage avec le paquet que lui a donné Charlie et le cadre vivant reproduisant celui de la chambre d’hôtel. Il peut bien dire à la jeune fille qui s’assied « vous êtes belle » puisque c’est lui qui a allumé la mèche où nagent les requins et les fous.

Au départ, nous avions donc un écrivain qui ne cessait de protester de son innocence et de celle des hommes à qui on inflige des souffrances et des avanies, à qui on refuse une noblesse qui lui appartient de droit. A la fin, tenant bien, sous le coude, le paquet où repose la tête d’Audrey découpée avec soin par Charlie, nous avons un écrivain qui a appris à ne plus être véridique, ni à répondre aux questions sur les raisons de ses actes et de sa « vocation » parce qu’il sait que c’est parfaitement inutile. Quand la jeune femme lui demande ce qu’il y a dans le paquet, son « je l’ignore » veut dire, le secret qui est le nôtre et tisse les relations humaines est la culpabilité donc la noirceur et la bouffonnerie mais aussi la beauté saugrenue, les rencontres hasardeuses et les chocs imprévus, tous les ingrédients de la série noire.

Bas

Associé au porte-jarretelle, il remplace aisément l’ignoble collant qui se file et oppresse, désigne l’homme de goût échappé d’un film X, parfois les fans de Truffaut égaré dans un cunnilingus

Bellingham (forêt de)

Un jeu de rôles sado-maso y est organisé du 24 au 31 juillet pour une centaine de dollars par jour. Des whip areas ou aire de fouettage y sont délimitées. Les ateliers participatifs ont pour titre : s’amuser avec des fouets, enchères aux esclaves, torture des parties intimes. Néanmoins le sang y est prohibé.

Benzema (l’affaire)

L’équipe des bras cassés n’a qu’une certitude : Karim Benzema est sa loco. En Albanie, devant une équipe évoluant en division d’honneur, l’attaquant millionnaire du Real Madrid a de nouveau ouvert le chemin troué des cages.

Or Benzema revient d’une année 2010 poisseuse qu’il a gérée avec une sérénité étonnante du haut de ses 23 ans. Il a fallu composer avec son absence lors de la Coupe du monde, une pubalgie tenace, des kilos en trop, les tacles de José Mourinho et la presse madrilène qui l’avait officiellement enterré avec une muleta dans les dents. Il a rongé son frein en silence pour s’offrir une renaissance. Il a retrouvé son poids de forme (82 kg pour 1 m62). Et dans la tête, il semble toujours aussi léger évoquant un trou d’air permanent entre deux tympans.

C’est qu’il a aussi fallu digérer d’improbables histoires extra-sportives qui ont pollué son existence et que son entourage s’est employé à déminer. À commencer par le tourbillon médiatique dans lequel l’a plongé l’affaire Zahia. Mis en examen le 20 juillet 2010 pour « sollicitation de prostituée mineure », Benzema a toujours nié avoir eu une relation sexuelle avec la jeune fille. L’enregistrement surprise et bienvenu d’une conversation téléphonique entre Zahia et un de ses ex, une pièce qui a été produite lors d’un procès en diffamation (gagné) contre deux organes de presse, semble le dédouaner. « J’attends un non-lieu, confie Me Sylvain Cormier, son avocat. Publiquement, Zahia a admis avoir menti sur son âge. En privé, elle reconnaît qu’il ne s’est rien passé. Tout est possible mais, franchement, je suis confiant et serein. » Benzema est comme tout le monde, il se tape des putes de Palace en Palace, c’est pas un crime, merde, après tout il paye.

Fin septembre, Me Cormier s’envolera pour la Réunion afin de suivre les avancées d’une autre affaire nébuleuse dans laquelle Benzema est à la fois témoin et plaignant : l’usurpation d’identité sur Facebook. Un individu aurait monté un faux compte officiel et exhibé des photos perverses (torture au gode électrique d’un ours en peluche, slip versace enfoncé dans la bouche d’un pote, on hésite) à une collégienne de quatorze ans.

À l’époque, Benzema avait un compte personnel sur Facebook, mais sous pseudonyme et réservé à ses proches. On l’appelait Nobrain. Depuis, il s’est retiré du réseau social. Il a appris à se méfier. L’argent et la gloire attirent des personnes tordues et mal intentionnées, c’est vraiment dégueulasse. Y compris parmi les anciennes relations. C’est terrible. Une ex en mal de publicité a, par exemple, tenter de le « paparazzer » en lui donnant rendez-vous au bar d’un hôtel et en prévenant des journalistes people. Alerté, son entourage lui a évité le piège puisque la jeune fille n’était autre qu’une shemale si l’on en croit pipomagazine.

« Le joueur de foot est adulé, mais c’est aussi une cible. Ce n’est pas nouveau et cela ne se cantonne pas au foot comme le prouve le harcèlement dont a fait l’objet Marion Cotillard aux Etats-Unis », alors qu’elle défendait la thèse audacieuse de Thierry Meyssan et d’Aymeric Chauprade sur les attentats du 11 septembre. Mais cela peut aller très loin du Mossad. Récemment, Benzema a été victime d’une tentative d’extorsion de fonds. Une sorte de chantage pathétique. En début d’année, un homme prend contact avec l’entourage du joueur et menace de vendre à la presse des photos intimes de l’international avec une de ses anciennes copines borgne si on ne lui donne pas 900.000 euros.

Sur le fond, la divulgation de ces photos n’inquiète en rien le joueur car les handicapés sont des hommes comme les autres et ont droit à une vie sexuelle décente. Mais, pour l’exemple, son avocat décide de porter plainte. Deux enquêteurs de la gendarmerie se mettent sur l’affaire. L’apprenti maître chanteur appelle régulièrement via une carte prépayée. Lâche le morceau un moment avant de redevenir très pressant au printemps. Sur le conseil des enquêteurs, un rendez-vous est alors pris dans un hôtel de la banlieue lyonnaise afin de procéder à l’échange, Gérard Collomb n’est pas au courant.

Me Cormier s’y rend avec deux sacs censés contenir des billets de banque. Des gendarmes se placent en embuscade, maquillés en jardinier, en client de l’hôtel et en groom farceur. Un code est déterminé pour signifier le moment de l’arrestation. C’est le fameux coup du coussin péteur. Deux hommes sont appréhendés dans le brouhaha général. L’un d’eux se révèle être le beau-père de l’ancienne amie en question ! Une personne installée et gagnant correctement sa vie, mais qui s’était imaginé décrocher le jackpot parce que travailler c’est trop dur et voler c’est pas beau. L’attaquant du Real, lui, a suivi ces péripéties de loin. Il n’a été mis au courant des événements qu’au début et à la fin de l’histoire, au milieu il maudissait Mourinho. « Il n’a jamais douté, il est resté imperturbable », apprécie son avocat. Pour Benzema, l’affaire est close. Mais il sait que, dans le foot, tout est possible : sur le terrain comme en dehors et même au dessus.

JDD/BAM

Berlin (mur)

En 1989, une femme vint accoucher sur les ruines fumantes du mur de Berlin, en 2011, une autre femme accouche d’un enfant mort-né sous une tente dans les rues de Paris. Tu ne seras plus jamais seul est le slogan de l’époque.

Besogne 

Elle s’oppose aux voluptés galantes

Bestialité

Selon Muyart de Vouglans, ce crime est de la dernière espèce dans le genre de la luxure. Mirabeau n’y voit qu’un léger dérèglement des sens chez un homme rustique dans son Errotika Biblion. Il tient tous les pâtres des Pyrénées pour bestiaires et prétend que leur préférence va aux naseaux des veaux parce que ces derniers leur lèchent aussi les bourses pendant la besogne. Les chiens, les singes, les ânes sont aussi convoqués dans le livre. Dans l’histoire de Juliette, c’est un dindon « la fille lui passe la tête entre les cuisses, vous avez son cul en perspective, et elle coupe le cou de l’animal au moment de votre décharge ».

Big Mother (comment vint)

La Genèse retrace la naissance de Big Father et son devenir. Etre unique, il crée le monde et accède à l’existence. Le monde est donc le produit d’un écart, d’une distance entre Dieu et lui-même. Puis viennent les animaux, comme multiplicité et l’homme. Un homme dédoublé, un homme sexué, un homme généré. Et dans cette nouvelle multiplicité éclose dans le péché originel, il choisit un peuple unique pour porter sa parole et sa gloire.

Le Temps est le plan où se déploie l’Humanité. L’Humanité, un simple partage entre ceux qui craignent Dieu et les gentils. Comment définir l’Humanité comme un Tout et comment définir ce Tout comme un ensemble, la solution d’un tel cercle vicieux, on ne peut la trouver dans un seul centre car l’Humanité est un amas qui n’en connaît aucun.

Aussi, la vieille figure du Triangle est convoquée sous forme de Trinité, parce que de tous les polygones, le triangle est le seul qui ne soit pas flexible, c’est donc une garantie d’éternité.

Le Père est le plus grand, le saint est l’homme maximal, l’homme supérieur, celui qui ne se connaît qu’un modèle, Jésus, celui qui tire de la Grâce du Père, le saint Esprit. Par le martyre, il retrouve l’humilité des patriarches, il ne sacrifie pas seulement Isaac et son sperme, il offre son corps au sacrifice et obtient par soustraction, la béatitude, l’unité retrouvée.

Euclide pensait qu’il n’y avait de rapport qu’entre êtres homogènes et que ce rapport fondait l’analogie, mais entre le Père et l’homme il ne pouvait y avoir aucune analogie possible, l’homme était inclus dans Dieu comme une sous-partie dont le complémentaire tardait à se présenter. Si l’homme est régi par l’égalité devant la mort, devant la faute, devant tous les péchés possibles, Dieu n’est pas seulement la perfection intacte de l’Unité, Dieu est le différent absolu, l’Autre dont la loi s’hypostasie sous la forme humaine du jugement. Tout homme est coupable parce qu’il est inclus dans Dieu mais qu’il ne sait rien de ce qui l’excède.

Exhiber Dieu c’était tenir la litanie des miracles, tenir sa maison et démontrer la nécessité de son existence. Le saint, l’Eglise, le théologien, tous s’ordonnaient autour de la justification de l’homme et de son existence, de la justification d’une cruauté originaire et d’un mimétisme sans frein. Il fallait racheter cette créature dépourvue de nature et dépourvue d’instinct, cette créature qui pouvait vivre dans le mensonge et l’idolâtrie toujours renaissante.

En établissant Dieu hors du domaine de l’homme, les théologiens avaient placé la mesure de la valeur en dehors d’une relation stricte, d’une échelle comme celle de Jacob et plus tard de Denys l’Aréopagite. L’homme monte bien l’échelle mais celui qui la tient peut tout aussi bien la retirer. Aussi, l’homme était plus ceci ou plus cela, l’Eglise, bonne fille, lui prodiguait des indulgences et des rémissions, lui appliquait la torture mais pouvait suspendre son tourment, elle était admonestation et caresse, la confession et le bûcher, la tanière du Père, du Fils et du Saint-Esprit mais essentiellement celle du Père-Trinité qui punit ou pardonne.

Quand les humains se sont pensés comme un ensemble de frères qui ne cessait de se générer de siècles en siècles entre les cuisses des femmes, ils pouvaient se dire, nous venons de la même matrice mais nos différences établissent des hiérarchies ou bien nous sommes dissemblables mais ces différences essentielles ne permettent pas de garantir une quelconque inégalité de principe.

A partir du premier point de vue, on use du terme de civilisation pour définir l’humain, on constate que tous ne partagent pas cette civilisation, on en conclut donc que ceux qui ne la partagent pas ne sont pas réellement humains. De ce raisonnement, on tire deux conclusions soit cette hiérarchie est amendable dans le Temps donc l’Histoire et on croit au progrès car la qualité est lié à la similitude, soit elle est de nature et il est donc licite que le groupe civilisé domine celui des semi-sauvages ad aeternam.

A partir du second point de vue, on établit soit qu’une loi morale basée sur la volonté doit permettre de régir universellement les hommes par la médiation de leur raison, soit que le Père abattu, l’édifice du Bien effondré, il n’y a de loi humaine que celles du désir et du hasard, que le vice et la cruauté sont inhérents à l’homme comme l’hypocrisie et la libéralité. Comme cercle de la modernité démocratique, ces deux positions sont amendées par les libéraux qui établissent que la loi morale ne peut être imposée aux hommes et qu’elle doit donc s’auto-engendrer à partir de leurs interactions et que pour y parvenir il est nécessaire qu’ils passent par les disciplines de l’intérêt qui émoussent les désirs et castrent les passions en les réduisant à l’amour-propre, soit la vanité qui est la base de toute civilisation, donc de tout commerce entre les hommes.

Mais le Père abattu, les juifs sont comme le signe affolé de son meurtre. La civilisation des frères promettait d’être bonne, elle est ennuyeuse, laide, criminelle comme jamais. L’utopie mise en doute, la fraternité avilie, on cherche les ombres des fauteurs de trouble, les comploteurs contre l’Unité du genre humain, les faiseurs du malheur et de la souffrance, les criminels anonymes qui empêchent toute réconciliation. Après quelques tâtonnements et transitions qui vont des jésuites aux francs-maçons, on en vient aux choses sérieuses. Si l’Humanité des frères a pris la place de Dieu, celui qui court-circuite la relation avec l’esprit de fraternité (qu’ils se limitent aux civilisés ou s’étendent à tous), c’est le différent essentiel qui fait partie de cette même Humanité mais lui est extérieure, ces juifs qui continuent dans la religion vétuste et archaïque, dans ce Dieu pourri de préjugés qui n’a toujours pas compris que nous descendons du singe.

On voudrait absolument les voir disparaître dans le procès de civilisation, embaumés dans la Science du judaïsme, on les accuse en retour d’avoir coupé les couilles de l’Ouranos chrétien, de comploter contre la loi morale, de saboter la civilisation des supérieurs (rebaptisés dans le cours du XIXème siècle, aryens), de tendre un mur d’argent entre l’homme et son prochain. Le salopard universel est l’ombre du Père, une subsistance qu’il faut anéantir en douceur, c’est l’assimilation, ou par le fer et le feu : pogroms russe (centuries noires), roumain (garde de fer), ukrainien (Pletioura et ses sbires).

Les nazis viennent alors. Comme les bolchéviques, ils veulent accomplir la civilisation des frères, les uns en imposant le règne des semblables, celui de la race aryenne, les autres en fondant le Tout de l’Humanité en un ensemble de travailleurs productifs, joyeux que seuls les ignares et les parasites peuvent refuser. Les nazis voudront la séparation d’avec les juifs puis leur disparition, ce sera la solution finale. Les bolchéviques tenteront l’assimilation, la fixation dans le Birobidjan et pour finir un projet de déportation dont la mort de Staline sonnera le glas, comme elle marque la fin de Big Brother.

Un savoir s’était perdu : ce monde n’est ni nécessaire, ni optimal. Les hommes retournèrent aux orgueils de statut, aux sugar babies et aux craintes utérines. La souffrance se fit un édredon de leur défaite.

Big Mother n’a pas la religion de l’Humanité, elle est mère de toutes choses, elle est la gardienne des métamorphoses, elle garantit les connexions de chacun, la ductilité de tous, la transparence du Tout car le règne de l’Esprit arrive. Big Mother a placé l’Esprit à la place du Père, cet Esprit qui a fait l’Homme comme une femme et un enfant et la Technique comme sa prothèse éternelle. Big Mother est une discontinuité majeure dans l’Histoire de l’Humanité puisqu’elle en efface la mémoire perverse, Big Mother prépare l’Innocence même si celle-ci se ponctue de crimes et d’explosions. Big Mother ne connaît rien au Tiers-Exclu ou au principe de non-contradiction. Elle  tresse les guirlandes de Gaïa, la Terre-Mère, et flatte les accélérateurs de particules, elle combat les OGM qui stérilisent le vivant mais milite pour la pilule du lendemain, elle tient le catalogue des libertés sexuelles mais conspue la moindre fourrure, l’ombre d’un porte-jarretelle, elle édifie la démocratie mais traque les secrets et exige l’aveu puis multiplie les accusateurs, elle s’offusque de la marchandisation du corps des femmes mais préconise l’existence de mères porteuses, elle est le retour aux sources bio mais verse toutes les larmes sur les couples homoparentaux sans enfants, elle se méfie de la guerre sauf si c’est pour le Bien de l’Humanité, elle est contre toutes les violences mais se fait l’avocat de toutes les meutes, elle voudrait vivre éternellement mais flatte les médecines parallèles, elle puise aux sources du merveilleux mais s’entiche de tous les réalismes sordides, elle est le règne des lares et des larves, des rigidités puritaines et des perpétuelles mises en accusation, elle est l’esprit somnambule de qui n’a plus d’autre moteur que son inépuisable perpétuation.

Bien (Empire du)

On a pu identifier une hyperclasse de six mille individus via ses revenus, son intégration à la finance globalisée et dérégulée, ses lieux de résidence et de vacances, ses réseaux de rencontres et d’entraide, son mode de vie cosmopolite et nomade par contraste avec les classes moyennes ou les pauvres rivés à un territoire et dont les statuts sont précaires (cas des classes moyennes) ou identifiés à la sphère de l’assistance d’Etat (cas des pauvres), mais cette identification ne dit rien sur la manière dont une telle hégémonie se serait imposée. Ce qui se constate, en France, c’est une stagnation du salaire médian (1500 euros en 2007) sur la période 1996-2006 et une augmentation en volume des pauvres, définis selon un seuil de revenus légaux (950 euros/mois), si bien que plus de la moitié des français craignent la trappe à la pauvreté alors que les 4/5ème se définissent comme membres de la classe moyenne. Dans ce cadre, en France, comme dans les autres pays développés, c’est l’accès au crédit, donc la continuation de la consommation ou l’accès à la propriété sans progression franche des salaires qui guide toute perception de soi et place, dès lors, le travail, au centre de la vie sociale, malgré les prophètes de son extinction, l’hyperclasse faisant figure d’écume inaccessible. Comme dans la société antique, on cherche avant tout la participation aux rites de la tribu cordicole qui s’enchante d’œuvrer pour le Bien, dès lors que toute la Terre et tous les individus sont ouverts à son expansion illimitée, quelque soit leurs revenus.

Billet

Dans les mémoires du duc de Richelieu, plus grand gamahucheur du royaume, écrite par Jean-Louis Soulavie, le duc se souvient « je m’amusais beaucoup aussi à tromper les femmes, à envoyer, comme par erreur, à celle que je ne voulais plus, le billet doux de sa rivale »

Bienmembré (Jean-Foutre)

Dans ce temps obscur, le célèbre chroniqueur que je ne nommerai pas eu égard à ses parents, s’appelait Jean-Foutre Bienmembré et il n’était pas exempt d’un certain savoir-faire avec le sexe faible, une façon d’euphémisme pour affirmer que ce folliculaire contourné avait ce plaisir pervers à pratiquer, indistinctement, le cul.

Le soir de son 15ème anniversaire, alors que Jean-Foutre comptait se rendre au plus vite dans les arcanes de la sainte et très républicaine Ecole Normale afin de se préparer à l’agrégation et parfaire sa philosophie, sa mère tout émue par les mérites d’un fils si aimant, eut des mots malheureux qui furent à l’origine du sodomite fou terrorisant jeunes demoiselles et moins jeunes, éduquées ou rustres, que nous connaissons aujourd’hui.

Je ne sais ce qui se passa dans l’âme de ce jeune homme à l’esprit brillant mais il prit sa mère par le bras, la poussa dans le haras jusqu’à son cheval, l’attacha pieds et poings liés au cou de l’animal avant de taper à grands coups de bêche le derrière de la bête afin qu’elle traînasse le colis de chair et d’os sur toutes les sentes de la région jusqu’à ce que mort s’en suive.

Son père eut un sort plus enviable si l’on accepte de servir de mère porteuse à un couple de trois jeunes taureaux de 200 kilos munis de membres aussi roides et fermes que le prie-Dieu du père Sodomière, l’engin mesurant 10 pieds, trois pouces selon les dires d’une jeune donzelle rescapée.

D’ailleurs il est fort intéressant de constater que les rapports de Jean-Foutre avec les animaux sont sans aucun doute liés à ce dramatique évènement familial.

Je ne sais si l’idée vint du président ou d’une missive du Commissaire à la Diversité. Toujours est-il qu’un exorciste, du nom d’Abdul l’Erudit, se rendit au milieu de ses ouailles restaurer la paix civile et celle de esprits. Arrivé au bas de la colline du Vieux-Lubrique, son cortège fit arrêt sur le bord du chemin et l’homme prit sur lui de s’agenouiller devant la Madone qu’il déshonora du nom de petit Minet. Alors qu’il récitait sa sourate serrant de ses doigts un chapelet orné d’un verset en ivoire, un cri effroyable s’échappa d’une ferme sise au lieu dit du Fourremerde. Les serviteurs commencèrent à s’inquiéter et si le cri n’avait pas pris la forme d’un homme se dirigeant vers eux à travers champ comme un sanglier en rut, en bon médecin averti je crois qu’ils n’auraient pas pris la fuite laissant seul et prostré le brave homme qui les avaient tant gâtés de ses faveurs langagières et de ses harangues multiculturelles d’où il ressortait que la croix était comme le croissant et David, le neveu de l’ange Gabriel. Ce dont je puis vous assurer c’est que les souffrances de Notre-Seigneur sur la croix furent comme l’ombre tutélaire de celles dont souffrit notre bon pasteur mahométan.

Alors que l’exorciste réalisait un acte véritable de courage en essayant de racheter les pêchés ignobles de Jean-Foutre par une prière spontanée, l’affreux sodomite endiablé le prit par l’oreille et le traîna à travers champs et orties jusqu’au lieu-dit du Fourremerde. Je ne saurais rendre la relation exacte de ce crime inexpugnable mais la vérité est chose à ne pas laisser dans l’ombre du mensonge.

Les témoins que j’ai pu rencontrer dans mon enquête sur les faits et méfaits de Jean-Foutre dans le beau pays de France sont tous d’accord sur un point : on entendit durant trois jours les cris du brave homme à vingt lieus à la ronde et ce serait encore voiler le ciel de ne pas déclarer qu’aux dires des témoins qui sont entièrement de bonne foi, on retrouva le légat présidentiel sur le coin d’une table, épuisé comme un cheval de labour, le cul et le ventre rempli d’une mixture innommable avec dans les narines de savoureux bouquets de persil et un collier de gousses d’ail en guise de chapelet.

Selon quelques vilains du lieu, éloignés des senteurs cosmopolites, de ces hommes qui ne s’embarrassent guère d’ornements, on retrouva le chapelet orné du verset en ivoire lors d’une battue, lié autour du sexe d’un phacochère qui, semble t-il, avait l’anus plus dilaté qu’à la normale, toujours d’après les dires et témoignages locaux qui ne concordent pas à la manière du Décret de Gratien. Toujours est-il que la signature de ce Démon fait homme fut déclarée indubitable et qu’il fut donc décidé d’en appeler au pays tout entier afin d’y mettre un terme.

Bisexualité

« Les médecins se décideront-ils un jour à prescrire la masturbation ? Certains le font, comme la gynécologue Marie-Claude Benattar, qui – dans un livre consacré au plaisir – recommande non seulement que ses patientes regardent régulièrement leur sexe mais l’explorent et l’exercent le plus souvent possible […] L’enquête conclut qu’éjaculer plus de 5 fois par semaine pendant au moins 20 ans réduit d’un tiers le risque de développer un cancer de la prostate. Explication : il faut éviter l’accumulation et la stagnation du sperme dans les canaux prostatiques. Le liquide séminal contiendrait en effet des substances cancérigènes, notamment du 3-methylcholanthrene chez les fumeurs »

J’avais lu ça quelque part sur un blog affilié à Libération, ça s’appelle les 400 culs. Je crois que sa rédactrice a choisi cul pour Truffaut, bien sûr, mais aussi pour la nature asexuée du mot cul. Il y aurait beaucoup à dire sur ce double patronage de la neutralité en matière de sexe et de l’adolescence brouillonne quand elle ne sait plus où aller.

On me dira, tu ne comprends rien, il s’agit d’un choix, celui de la bisexualité, parce que « vois-tu on est tous un peu bi, faut assumer ». J’ai tellement entendu de telles conneries que j’ai toujours envie de répondre avec cette phrase de Ferré que je mettrai sous la forme italienne du lei qu’en français on traduit par vous « vous ne savez donc pas qu’il y a dix mille espèces de fleurs, espèce de con(ne) », juste pour dire je suis bien plus que deux jouissances, je suis la somme entière de mes atomes en mouvement, clitoridienne ou vaginale, buccal ou anal, clitophile ou vaginocentré, french kiss ou godemiché, on le voit les diptyques se déploient en cascade, c’est toujours les mêmes écrans qui écartent une évidence simple, l’amour se fait à deux, dans tous les sens du terme.

Toutefois, il faut revenir à cette manière de réduire l’amour, la sexualité, la chair, le plaisir selon qu’on est moderne, chrétien ou antique, à une mécanique des fluides. Cela me rappelle une scène du docteur Folamour où le commandant d’une base explique à un Peter Sellars effaré comment il s’est résolu à ne pas perdre son précieux fluide, son sperme que les femmes happent au profit des forces démoniaques des rouges.

Il semble que dans le catéchisme moderne de la bi-sexualité épanouie, le démon ait la figure de la chasteté, de l’abstinence laissant loin derrière ce dispositif du jardin des supplices où la répétition en spirale du plaisir, comme dans le film d’Oshima (L’Empire des sens), conduit droit à la mort, parce qu’il n’y a pas de plus grande décharge que l’épreuve de la mort, pas de plus grande transgression que la mise à mort, pas de plus grande suffisance que de se croire un instant le créateur tout puissant, le Dieu vengeur et jaloux qui dispose de ses créatures. C’est là l’équivalent du flash des héroïnomanes, le grand soleil instantané où se dissout le monde.

C’est donc pour différer la mort, pour la masquer d’un voile pudique qu’il est nécessaire de décharger à tout propos, on a là l’exact discours retourné de saint Paul dans l’épître aux romains, ce qui donnerait dans le langage évangélique de la Sexual Pride « Dieu les a donc pourvus de condoms, de pilules et de cliniques, leurs femmes ont changé les relations conventionnelles imposées dans le cadre d’une monogamie judéo-chrétienne phallocratique et misogyne en relations naturelles à partenaires multiples sans égard pour le gender, la race ou la beauté, de même les hommes délaissant le modèle viril revu par Hollywood se sont mis à connaître les joies des back-rooms quand elles sont à peine éclairées. Ils reçurent donc le salaire du plaisir démultiplié goûtant dans leurs alcôves et sans honte aucune, la jouissance illimitée de la machine à tringler ».

Il y là , d’une part, une rupture avec le modèle antique pour qui le plaisir sexuel est équivalent en intensité à d’autres plaisirs et, d’autre part, un retournement du modèle chrétien de la chair qui déplace sur l’échelle de Jacob le vaste portique où les séraphins dominent le peuple des pêcheurs. Freud puis Lacan comme Deleuze, sur un plan parallèle et opposé, ont essayé d’explorer ce que pouvait être une éthique sexuelle post-chrétienne. Les psychanalystes diraient, c’est la maxime de Lacan, de ne jamais céder sur son désir, les deleuziens d’épuiser la ligne de fuite qu’ouvre une rencontre, les chrétiens maintiendraient ferme le segment conjugal avec clôture et partition, les juifs hésiteraient, les musulmans auraient en tête Mahomet et ses femmes, les autres céderaient, maintiendraient vaille que vaille l’idéal du couple, attendraient que l’oubli épuise leurs illuminations.

Ce sont là les voies de notre monde occidental dans son dernier avatar, il dit le prisme des amours et des désaffections, les arabesques et les emmêlements, le poinçon de la vie sur les principes et les discours, les institutions et les contrats.

Bizarrerie

Dans les Instructions pour une jeune demoiselle qui entre dans le monde et veut faire fortune avec les charmes qu’elle a reçus de la nature, Mme Gourdan fixe cette règle « Il faut savoir se prêter aux goûts bizarres des hommes. Mais avant, montrez un peu de répugnance, et faîtes croire en cédant que c’est par amour. Voilà le grand art »


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