Publié par : Memento Mouloud | octobre 17, 2015

Manuel de causerie française, libertine et quelque peu cynique : Aa-Ale

AAAAAAAAH…

Abandon

Abbé, Abbesse 

Ab Ovo 

Abruption ou aposiopèse

Absurde

Abyme (mise en) 

Académie

Académie des dames

Accent

Accessus ad auctores

Accident

Accumulation ou congeries

Acmé

Acronyme

Acrostiche

Acta sanctorum 

Actant

Actuel / Virtuel 

Adage

Adaptation

Adhésion

Adjectif

Adjonction

Admiration

Admiratrices

Adresse 

Ad spectatores 

Adverbe

Adynaton

Affect

Affectation

Agacerie

Alcibiade

Alcôve

Alexandrin

 

AAAAAAAAH… : « Ah ! Ah ! mon petit roi, vite, vite, vite, vi…i…i…ite, ah ! je meurs ». Supplique de la narratrice dans l’histoire de Marguerite.

Abandon : il survient après la jouissance, il est l’état naturel de l’être humain

Abbé, Abbesse : Commendataire ou séculier, il est une proie pour la police des mœurs. En langage crypté l’abbesse est une Madame Claude, la reine des pommes. Il arrive qu’une Madame Claude trouve à se caser. L’inspecteur Meusnier, facétieux, alla jusqu ‘à rédiger l’autobiographie de ce genre d’abbesse pour le plus grand profit du lieutenant général de police qui en tomba amoureux.

Ab Ovo : Expression empruntée à Horace. Elle désigne les récits qui commencent par le début de l’histoire. A l’origine, il s’agissait d’une allusion à l’œuf de Leda qui donna naissance à Hélène dont Gorgias et Isocrate firent l’éloge.

Abruption ou aposiopèse : Art de faire sauter les transitions du discours, c’est donc une construction grammaticale volontairement interrompue. Elle dénote souvent une insinuation, « cette histoire de comptes en Suisse… ». Dans le lexique d’Alain Borer c’est une mutation soudaine des formes symboliques qui périment les précédentes sans les abolir. Elle est alors assez proche de la notion de domaine de validité en physique théorique.

Absurde : « Cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c’est l’absurde ». Il n’en reste pas moins que le théâtre de l’absurde qui succéda au roman nauséeux finit par vider la logique et la scène pour aboutir à l’épuisement où Beckett n’avait plus qu’à signer l’enlisement final et illimité.

Abyme (mise en) : L’expression est empruntée au vocabulaire héraldique où une figure est dite en abîme dès lors qu’elle est placée au cœur de l’écu et le reproduit sous une forme miniaturisée. On la trouve peinte chez Van Eyck. C’est Gide qui lui donne sa graphie en Y.

Académie : Akademos prêtait ses jardins aux disciples de Platon, l’Etat français en fit une circonscription scolaire administrative, entretemps le bonheur était paraît-il une idée neuve en Europe.

Académie des dames : La plus célèbre est celle de Nicolas Chorier qui publie en 1658, l’Aloisiae Sigae, Toletanae, Satyra sotadica de arcanis amoris et Veneris. Tullia enseigne à  sa cousine Ottavia les secrets de l’amour. Le dictionnaire de Leroux traduit le terme par bordel.

Accent : Le français est une langue oxytonale si bien que l’accent tombe sur la dernière syllabe non caduque d’un mot ou d’un groupe de mots (coquine). L’accent tonique ne peut frapper tous les mots et Je ou me sont atones. L’accent déterminerait le rythme d’un texte à travers des coupes dans le vers poétique : Le merdier/était là/ qui luisait/chez La Fouine. C’est donc un accent métrique. Baudelaire détruit cet ordonnancement dans ce vers : Un éclair…puis la nuit ! – Fugitive beau

Accessus ad auctores : Méthode médiévale de lecture et d’interprétation théorisée par Konrad von Hirsau. Elle permet l’abord d’un texte en milieu scolaire. Les questions portent sur l’auteur, l’objectif, le titre, le contenu, le nombre et l’agencement des chapitres, l’utilité et l’appartenance catégorielle du livre concerné.

Accident : « Ah ! ne m’aimez pas tant, si votre trop d’amour cause votre impuissance, Honorez-moi, seigneur, de votre indifférence »

Accumulation ou congeries: suite de termes apparentés en vue de produire un effet : «Daechites, alnosraites, intégristes, que la bêtise rassemble ». 

Acmé : point d’articulation entre la montée (protase) et la descente (apodose) : « tous les socialistes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, méprisables, vaniteux, lâches et vains, tous les ‘’républicains sont perfides, artificieux, cupides, dépravés et commères ; le parlement n’est qu’un collecteur où les députés rampent et s’entortillent sur des montagnes de paperasse et de fanfreluche ; mais il y a au monde une chose saine et sublime, c’est la mort par ko électoral de ces êtres si inutiles et insupportables »

Acronyme : la novlangue technocratique en abuse. Il ne s’agit pas seulement de juxtaposer des initiales mais de les substituer à la signification initiale d’un objet ou d’un outil pour en rendre magique les manifestations. (pour s’en convaincre chercher la signification des lettres GPS ou les cinq de RADAR)

Acrostiche :

Vous portâtes, digne Vierge, princesse,

Jésus régnant, qui n’a ni fin ni cesse,

Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,

Laissa les cieux et nous vint secourir,

Offrit à mort sa très chère jeunesse ;

Notre-Seigneur, tel est tel le confesse :

En cette foi je veux vivre et mourir.

 

Acta sanctorum : Les bollandistes en firent une édition critique

Actant : AJ Greimas emprunta le terme à Louis Tesnière. Il le définit comme suit : l’instance « qui accomplit ou subit l’acte, indépendamment de toute autre détermination ». Selon Anne Ubersfeld, trois couples s’opposent au sein du modèle actantiel. Sur le plan logique, le couple sujet-objet, sur le plan communicationnel, destinateur-destinataire, sur le plan typologique, l’adjuvant-opposant, le tout formant le modèle actantiel

Actuel / Virtuel : Il y a actualisation lorsque un mot est doté d’un référent dans un monde, jusque là le terme reste virtuel ; un socialiste français corrompu est une actualisation : socialiste français corrompu est virtuel.

Adage : « j’en suis encore à cet adage que le vit est dans tout et que ce cul est son temple »

Adaptation : tout passage du roman au théâtre, du cinéma au réel et de la télévision à la conversation en est une, elle est la signature de la conquête spectaculaire du domaine de la vie, désormais exsangue.

Adhésion : Elle se réduit, dans le canon classique, au plaire et instruite d’Horace mais elle implique que le goût et l’éthique sont une seule et même chose. Dès lors, l’adhésion ne concerne pas tout un chacun mais les gens de bien qui se séparent ainsi de la canaille (Jean Chapelain). L’esthétique comme plaisir désintéressé du Beau tente de dissocier ce couple mais ne finit qu’en impayable célébration de la culture, ce Tout qui formerait l’homme véritable. Finkielkraut en est son paladin tardif.

Adjectif : Etymologiquement, c’est un mot adjoint au nom donc facultatif.

Les grammairiens gréco-latins comme médiévaux ne séparaient pas noms et adjectifs puisque ces derniers n’avaient pas de flexion propre. Toutefois au sein du genre nominal, ils distinguaient le nomen substantivum et le nomen adjectivum.

Or, en langue française, le nom, depuis le XVIème siècle, ne peut plus être utilisé sans un déterminant. Dès lors, les adjectifs sont des mots variables qui occupent une fonction facultative au sein du groupe nominal. Variable en genre et en nombre, l’adjectif est dépendant du support nominal avec lequel il s’accorde. De plus, tous les adjectifs peuvent être épithètes et pour les qualificatifs, attributs et apposés. Restent que certains indéfinis (quelque, différent, tel, etc.) admettent un double emploi (comme adjectif ou déterminant). Une autre catégorie de mots (fleur bleue, tendance), par dérivation impropre peuvent occuper la fonction d’un adjectif épithète. Un adjectif épithète, au même titre qu’un complément de nom, en attribuant un référent au mot joue un rôle dans la détermination du nom. C’est un caractérisant. Aussi caractériser un mot c’est circonscrire son extension référentielle. On peut donc appliquer, sémantiquement, la même analyse que celle en usage pour certaines relatives.

On oppose les adjectifs classifiants ou objectifs (ils attribuent une propriété dans une classe stable indépendamment de tout énonciateur : monogame, rectangulaire, jaune) et les non-classifiants associés à des jugements de valeur et parfois à un certain style moralineux (formidable, indigne, splendide, horrible) voire littéromane (usage d’azuré pour bleu). Les non-classifiants se subdivisent en affectifs qui indiquent à la fois une propriété de l’objet et une réaction de l’énonciateur et les évaluatifs en rapport avec une certaine norme.

Un adjectif épithète ne peut être associé à un pronom.

Les adjectifs relationnels, tous issus de formes dérivées,  se distinguent des qualificatifs. Ils sont placés après le nom, ne peuvent varier en degré et ne peuvent être attribut ou apposé sans changer de sens. Enfin ils expriment une relation si bien qu’on peut les paraphraser à l’aide d’un groupe prépositionnel.

On peut aussi distinguer des adjectifs de troisième type, exclusivement épithètes et qui ne peuvent être gradués (une pure connerie). Ils ne spécifient en aucun cas le référent mais le modalisent.

Adjonction : Figure qui ajoute un élément à une phrase syntaxiquement complète : « Soit qu’ainsi l’ordonnât mon amour ou mon père »

Admiration : L’objet de l’admiration permet de discriminer le benêt du philistin et ce dernier de l’honnête homme

Admiratrices : Il en faut toujours quelques unes

Adresse : 1793 « Rue des fossés Monsieur le Prince, près le théâtre-français, n°11, est une putain bourgeoise de la seconde classe nommée M…, belle voluptueuse et de bonne composition ». Spécialités : « fouterie paresseuse, fouterie renversée, enfin fouteries en tous genres. Elle n’ignore rien »

Ad spectatores : pour les pédants, aparté

Adverbe : C’est une classe hétérogène de termes. On les caractérise par leur invariabilité (mais les prépositions le sont aussi) et leur dépendance (ils déterminent une autre catégorie). Ils peuvent modifier un adverbe (très peu), un adjectif (trop con), un verbe (gouverner innocemment) voire une phrase complète (Probablement, il se mettra à table). Comme ils n’appellent pas de compléments, à la différence des prépositions, ils sont intransitifs. Les exceptions, telles que Malheureusement pour Valls, appelle le même type de complément que l’adjectif dont elles dérivent (il est malheureux pour Valls). Il faut distinguer les adverbes sur des critères syntaxiques, essentiellement entre ceux qui sont intégrés à la phrase et ceux qui se situent à un niveau supérieur.

Les adverbes qui portent sur un adjectif, un autre adverbe ou une préposition (tout près de ton chapelet) sont contigus et antéposés. Ce sont des adverbes de degré ou d’intensité.

Les adverbes qui expriment une évaluation qualitative ou quantitative (il baise bien, il défèque énormément, il vomit peu) ou les adverbes de négation (il ne cause pas) sont placés à côté du verbe. En revanche les adverbes dits de manière (en –ment) ont une mobilité plus importante. Ces derniers peuvent caractériser un groupe verbal (elle a cuisiné miraculeusement) ou l’ensemble de la phrase (Miraculeusement, elle a cuisiné qu’on peut traduire par avoir cuisiné est miraculeux pour cette femme). Dans ce dernier cas, l’adverbe porte sur la relation entre le sujet et son prédicat.

L’adverbe complément circonstanciel (de temps ou de lieu principalement) porte sur l’ensemble de la phrase. Il est déplaçable.

Certains adverbes sont détachés de la phrase, ils lui sont extérieurs, sémantiquement. On distingue les adverbes de phrase qui sont comme un commentaire de l’énoncé (Parmi ceux-ci : les adverbes de liaison : il est bête, en outre il est moche ; les adverbes modaux qui sont soit logiques, certainement, soit appréciatifs, malheureusement, les adverbes de point de vue, au début de la phrase : Sexuellement, il est au plus bas) et les adverbes d’énonciation qui commentent l’acte de parole lui-même et non son contenu : Franchement, t’as fait dans ton froc ?

Certains adverbes (oui, non, certainement, peut-être, certes, volontiers) fonctionnent comme les équivalents d’une proposition du fait d’une ellipse partielle ou complète du reste de la phrase.

Beaucoup d’adjectifs forment des adverbes par conversion : manger gras, acheter français, voter frontiste. Il achète français est une construction où le complément d’objet interne non-réalisé ((tout) ce qu’il achète) est caractérisé par l’attribut de l’objet (ce qu’il achète est français). Cette construction s’est étendue à des verbes intransitifs (il sent mauvais) voire impersonnel (il pleut dru).

Adynaton : Figure de pensée comparative évoquant une idée à la fois impossible et hyperbolique « Il disait que les socialistes puaient d’une telle manière qu’il était impossible que les frontistes schlinguassent davantage »

Affect : vient du latin affectus qui désigne la disposition de l’âme. Au XIXème siècle il traduit l’allemand affekt où il est question d’une charge émotive qui entrave toute autonomie de l’individu rationnel. Platon avait choisi comme origine de la poésie la fureur, Aristote, la mélancolie. Cette dernière finit par s’imposer comme un lieu commun parce que tout paradis se perd. Analyste des humeurs, Aristote avait isolé la terreur et la pitié, ingrédients de la catharsis et principal effet de la tragédie. Cependant il avait assigné à chaque branche de la rhétorique un affect spécifique : la sévérité ou la douceur pour la judiciaire (la colère et la plainte chez Cicéron), l’espérance et la crainte pour le délibératif (de nouveau la crainte mais la violence chez Cicéron), l’admiration ou l’indignation pour le démonstratif (la joie et l’abattement). Toutefois si les émotions naissent des représentations, l’ekphrasis (description détaillée d’une scène) ou l’hypotypose (mise en lumière d’un objet) en sont des vecteurs où l’auteur s’associe à son lecteur dans un même élan.

Affectation : Le Pseudo-Longin en use comme cible. Ce style se manifeste par une diction trouble, la confusion dans les images, la puérilité et l’émotivité intempestive. En résumé tout l’art scénique de notre temps.

Agacerie : parade féminine.

Alcibiade : Selon Piron, « sans le cul d’Alcibiade / Il n’eût pas tant médit des cons »

Alcôve : Renforcement pratiqué dans une chambre pour y mettre un lit. On peut aussi y ajouter des menottes, les plus simplets des miroirs, parfois sans tain, parfaits pour y tourner ce que les gougnafiers appellent une sex-tape et les autres tendre un piège.

Alexandrin : En sa forme canonique, il est doté d’une césure à la 6ème syllabe. A l’intérieur de chaque hémistiche, un accent variable permet de marquer le rythme en 36 combinaisons possibles. La modernité aura raison de ses propriétés métriques, on peut donc parler de dodécasyllabes.


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