Publié par : Memento Mouloud | novembre 10, 2015

Il y 10 ans, les émeutes, une série française (6) : une politique ?

Une politique ne se définit pas uniquement par ses objectifs qui peuvent varier ou se présenter comme fort aléatoires surtout quand ils se réclament de la nécessité et du progrès, du dynamisme et de la joie, une politique se définit par des procédures et les conflits qui les atteignent et les noient sous les commentaires. La politique n’est pas un feuilleton littéraire ou la recherche du premier prix de moraline telle que la vendent les déroutés des droits de l’homme et ceux conjoints d’une Europe en forme de point de fuite. La politique est un espace de la décision et d’une décision humaine si bien que son point le plus déroutant est la croyance en la malléabilité des choses qui jamais ne dictent.

L’appel au président

Le président, celui-ci comme les autres n’est jamais qu’une chefferie plus emplumée, plus accaparatrice, détentrice de colifichets et de billets d’ordre qui ne se chiffrent pas tous dans l’axiomatique capitaliste. C’est parfois dit-on un homme seul, il n’en reste pas moins une autorité parlante, un pédagogue, c’est-à-dire un ignorant qui ne sait ni ce qu’il dit, ni ce sur quoi il annone des phrases que d’autres écrivent, le président n’a strictement rien à énoncer sinon qu’il passe la main ici ou là, qu’il appuie, qu’il tolère, qu’il admoneste, tant qu’il est en place, il est proprement impossible de l’ignorer.

Aussi l’appel est parfois téléphonique comme le combiné de Mouammar Kadhafi qui résonne le 5 novembre dans les bureaux de l’Elysée, Jacques c’est quoi ces conneries, c’est rien, c’est rien j’te dis, ça passera, il faudra Jacques, il faudra parce que la France elle a l’air de quoi, hien ?, On le presse de parler, on le supplie, en tant et en heure, vous verrez, l’oracle s’exécutera, vous verrez, la force de ses seules paroles aura raison de la folie et de ses accointances diaboliques, tout reviendra dans l’ordre des choses qui est celui des places et puis nous repartirons avec l’horizon comme point de mire.

Le conseil de sécurité intérieure

 « Jacques C réunit dimanche 6 novembre depuis 18H00 à l’Elysée un Conseil de sécurité intérieure sur les violences dans les banlieues, a annoncé l’Elysée. Ce conseil rassemble, aux côtés du chef de l’Etat, le Premier ministre et les ministres de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice, des Affaires sociales, des Finances et du Budget, ainsi que le ministre de l’Education nationale.  Aucune déclaration publique du chef de l’Etat n’était attendue à l’issue de ce conseil. Le Conseil de sécurité intérieure se réunit à huis clos, en fonction d’une situation donnée, jugée grave ou urgente. Une telle réunion avait été convoquée à la suite des attentats meurtriers du 7 juillet à Londres. »

Le mutisme annonce des décisions graves et solennelles, c’est le véritable gouvernement qui se réunit, avec ses deux pôles essentiels, le maintien de l’ordre et son trépied, les finances et son triangle, la force et le baume, la contrainte et la douceur, un dispositif dans lequel la pensée n’a pas de place puisque les chiffres parlent d’eux-mêmes et des autres, ce qu’il faut, un catalogue et rien de plus et le président, maladroit, silencieux est celui qui tire des souvenirs une loi d’état d’urgence de jeunesse, une loi d’Algérie où il fut officier et combattant.

« La réponse sera ferme et juste »

Dura lex, sed lex ou quelque chose d’approchant une maxime de cours moyen avec son latin sorti en nage des institutions oratoires, et pourtant il ne s’agissait pas de la loi  mais de l’état d’urgence, la signature de l’acte porte le nom de René Coty c’est dire s’il porte le paraphe d’un fossoyeur.

Un de ces légistes douteux qui peuplent les bancs d’une université qui sut en son temps prêcher le statut des juifs explique serein : « Il y a deux degrés dans l’état d’urgence. Le premier — et c’est celui dont on va se servir dans le cas présent — permet aux préfets de bénéficier de pouvoirs étendus, en instituant des mesures d’ordre public dans des zones à délimiter. Cela va du couvre-feu à l’interdiction de rassemblements en passant par la fermeture des débits de boissons et salles de spectacles, des interdictions de séjour, etc. Le deuxième degré — qui est celui que l’on avait appliqué lors de la guerre d’Algérie — concerne le transfert des pouvoirs, judiciaires par exemple, des autorités civiles aux autorités militaires. Ce n’est pas le but recherché dans la crise actuelle  […] L’autre point fort, c’est que cet état d’urgence permet, en cas de violation de ses dispositions, comme par exemple le couvre-feu, une action judiciaire plus rapide […] La dernière application de cette loi du 3 avril 1955 relative aux événements d’Algérie comme on les appelait alors remonte à décembre 1984, en Nouvelle-Calédonie. Et elle n’avait pas fait débat. Il y avait une situation d’émeute insurrectionnelle à Nouméa et cette loi a permis au préfet de prendre des mesures permettant de rétablir l’ordre ».

L’homme en toge noire, tapotant le pupitre, derrière des lunettes aux vitres tintées, sort d’un plan douteux de Z, il fend son visage, glabre et sévère, de ce sourire condescendant qu’il dégaine devant l’ignorant, à moins qu’il ne réponde en tant qu’expert comme on dit dans les assurances lorsqu’il s’agit de décider d’un prix, on pourrait dire maquignon mais cela sent la bouse.

Donc l’expert organise un registre d’homonymies évènementielles dans lequel l’Algérie s’oppose au couple douteux Nouvelle Calédonie / banlieues. Or s’il est un fait certain dans cette affaire calédonienne, c’est la récurrence des mécanismes des guerres coloniales auxquelles un Rocard mit fin en 1988 dans l’indifférence générale, c’était un autre référendum et 38 % des français, peut être moins, se déplacèrent afin d’instaurer une paix qui dure encore.

Au temps du massacre d’Ouvéa, l’exécutif à deux têtes avait eu affaire à l’Algérie, l’un comme ministre, l’autre comme officier et le tout se solda par deux dizaines de morts, pas moins de trois dirigeants indépendantistes canaques étaient morts en 1989 dont Jean-Marie Tjibaou tué par un des siens. Cette histoire lointaine suffit à différencier les deux séries d’évènements et les territoires qui en furent les lieux d’éclosion aussi il faut croire qu’un gouvernement démocratique peut à tout moment suspendre les libertés fondamentales, solliciter de tous la parole sous peine d’internement et prévoir le passage à un pouvoir militaire si les armes sortent sans que ces actes et ces possibilités inscrites dans la loi n’émeuvent que des pauvres types, des déracinés qui s’agitent, le mouchoir à la main tandis qu’on prépare les réveillons en tempêtant.

« J’ai décidé, en application de la loi du 3 avril 1955, de donner aux forces de l’ordre des moyens supplémentaires d’action pour assurer la protection de nos concitoyens et de leurs biens ». Ce sont les mots du président, ils ne disent rien des dispositifs, ils renvoient à la loi qui plongea l’Algérie dans une ignoble guerre contre-subversive.

 L’application

« Nicolas S a reçu hier les préfets des sept zones de défense militaire, Paris, Nord (Lille), Ouest (Rennes), Sud-Ouest (Bordeaux), Sud (Marseille), Sud-Est (Lyon) et Est (Metz), qui, à leur tour, demandent aux préfets des départements les endroits à cibler ». Tout démarre comme ces campagnes de rafle dont rendait compte Joseph Losey dans Monsieur Klein, on se rode sous une lumière grise et blafarde, on met au point, on mesure, on observe les passivités, on teste les pauvres défenses juridiques et matérielles des individus, trouées et traversées, réduites en miettes.

Les endroits à cibler, le langage vient de la tactique nucléaire, du SIOP, logique agglutinante, on dresse la carte de ce qui n’est plus tout à fait la France, une limite intérieure, un espace à pacifier, en fait, reconquérir. Les modalités sont modestes, cinq départements y ont recours à la date du 10 novembre en l’absence de tout état de guerre et de toute menace véritable mais le dispositif se déploie.

« La préfecture de la Somme a annoncé qu’un arrêté de couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans allait être pris mardi soir pour la ville d’Amiens et les communes avoisinantes […] Cet arrêté prévoit concrètement l’interdiction de la vente au détail (en bidon) de carburant aux mineurs. En outre, la circulation sur la voie publique des moins de 16 ans entre 22h et 6h du matin est interdite en l’absence d’une personne majeure. Par ailleurs, les commerces, ainsi que les locaux associatifs situés dans les rues où se sont produits des incidents devront demeurer fermés. La liste des quelques commerces concernés sera rendue publique. »

Toute vie publique est menacée au nom d’une sorte de responsabilité collective, on frappera, messieurs, au hasard s’il le faut mais il n’y aura pas d’assaut et vous parlerez, vous verrez, vous finirez par tout dire et tout avouer, même le reste. Et puis vous n’avez rien à craindre n’est ce pas, car la guerre, nouvelle, se mêle au nom d’une pureté française qui entend s’établir et se mesurer.

« A Asnières, c’est le maire, un proche de Nicolas S, qui a pris l’initiative depuis qu’une dizaine de voitures et un grand entrepôt ont été incendiés. Chaque soir, depuis une semaine, Manuel A, lui-même, coordonne le « dispositif », réunit les volontaires -des hommes plutôt bien charpentés et quelques femmes- au coucher du soleil à la mairie ». Des vigilants veillent, un œil sur la rue et l’autre sur le central de police, une aile militante qui n’attend que le signal pour censurer toute parole, tout acte d’insubordination, qui se dandine dans un fascisme de bazar avec l’ardeur des imbéciles qui n’agite pas seulement des colères mais des haines précises, inentamées, insatiables.

« Nicolas S a demandé mercredi aux préfets d’expulser immédiatement du territoire français les étrangers condamnés pour leur participation aux violences urbaines de ces derniers jours ». Ita missa est, les étrangers vous dis-je, les étrangers.

Nicolas S

Cet homme a la moraline dans le sang, une seule lecture même superficielle de Tartuffe devrait suffire à le ridiculiser mais rien n’y fait la France aime les nigauds, elle en produit à la pelle, elle aime les braves types à poigne, les Dorgères, les Doriot, les Poujade, le vin et la terre étant en décrue, elle se rabat sur les rejetons d’école de commerce ou les échappés de fac de droit avec leurs mauvaises manières et ce tranchant de l’obscénité qui anime chacune de leurs paroles.

Que le ressentiment guide une telle esbroufe devrait évidemment prémunir contre un tel énergumène mais la France se découvre compassée et archaïque, elle attend celui qui la mènera sur la rive du progrès, vers ses terres apaisantes du gouvernement silencieux et expert des choses qu’un surcroît de spiritualité vient toujours couronner, comme une humanité bouturée.

La rudesse est celle de ces petits caniches qui s’attifent en chefs de rayon et tyranneaux de bureaux toujours tirés dans les épingles de la suffisance parce qu’il suffit qu’ils bougent pour que ce type d’énervé croit qu’il agit.

Bien sûr, il ne dit rien de son patrimoine, bien sûr, il n’a que mépris pour les opposants, les libertés, la pensée mais cela ne suffit pas à le différencier de ses congénères, bien sûr tous ses amis ont le cénacle patronal pour garde manger, bien entendu il fut et reste le chéri des rédactions qui trouveront toujours le temps d’en changer puisqu’il partage un tel engouement avec Le Pen, Tapie ou Coluche, ce qu’une démarche régressive interpréterait comme une saisie du populaire par le langage politique de la culpabilité de n’être rien qu’un déchet de la race ou de la compétition, un étron du maelström qui éreinte le monde.

Nicolas Sarkozy est la fin provisoire d’une telle série, la conclusion infâmante qui ne marque pas temps une déroute ou un échec de la gauche, qui ne l’a pas attendu, qu’une compulsion obsessionnelle comme s’il fallait tâter du désastre avant de repartir, comme s’il fallait que ce pays ajouta sa comédie de boulevard à la déferlante marécageuse des dispositifs de contrainte et de contrôle qui marquent l’anonymat du pouvoir dont il ne sera jamais qu’un ventriloque court sur patte et sans souffle.

Il faut bien voir que ce pitre qui n’a que le mot de rupture pour leimotiv est bien incapable d’un tel acte lui qui n’a que l’horizon conjoint d’Homais et de Michel Sardou pour le conduire et l’affecter. Aussi a-t-il besoin des Églises, lui qui prêche le renoncement, l’abstinence et l’effort parce que l’ecclesia est la figure d’une éternité qui n’est plus derrière mais devant nous, non plus la contingence et les ensembles limités mais la nécessité absolue, dévoreuse et le flou des verroteries infinies, le progrès spirituel et matériel, de quoi se trouver mal.

D’un tel homme qui fut un calamiteux ministre du budget et de la propagande, un opposant impavide et impuissant, d’un tel homme qui ne se révéla qu’à la faveur de son ministériat de 2002, il faut suivre le méandre pour indiquer et préciser le contour.

De la loi, il n’a retenu que la forme et la culpabilité flottante sur laquelle elle s’appuie. Dans ses discours et ses actes la loi a cette fonction discriminante qui sépare l’humanité de ce qu’elle n’est pas. Aussi, elle ne cesse de produire l’étincelle d’un Bien éternel qui chasse devant elle les scories de la sauvagerie et de l’animalité.

De l’humaine condition sont extraits les pédophiles, les chauffards, les récidivistes, les voyous, les dealers, les droits de l’hommistes, les prostituées, la racaille, les intellectuels, les psychanalystes, les athées, en attendant d’autres séries qui auront le châtiment pour horizon. En effet, il ne s’agit pas seulement d’épeler les noms variés de l’infamie, il faut marquer à même le corps les sentences de la loi et la biométrie viendra bien en aide à ces pratiques qui aiment se spécifier en fichiers parcimonieux et gonflés de toutes les données possibles.

Sous l’éteignoir, les crimes de Nicolas S selon ses détracteurs

En trois ans, cet homme aura couvert de son nom ou de noms d’emprunt toute une série de lois qui auraient restreint l’espace concédé par l’Etat aux libertés. « Dix ans plus tard, le ministre de l’Intérieur Nicolas S fait adopter sa loi contre les mendiants. Comme dans l’ancien temps, les tribunaux jugent des vagabonds, passibles de six mois de prison pour avoir fait la manche avec un “chien dangereux”, à plusieurs, ou avec un enfant. On s’habitue à ce que soient punies de prison les “réunions dans les halls d’immeubles”. Aux arrestations de tapineuses, sanctionnées de six mois de prison pour “racolage passif”. Et qui défilent dans les box des tribunaux sous l’oeil gêné des juges. Les caméras de surveillance ? On s’y est habitué aussi. Toujours plus fort, se profilent, en 2004, les lois “Perben 2”. C’en est trop. Avocats et magistrats manifestent contre des “dérives liberticides”. Car, au prétexte de lutte contre la grande criminalité, tout devient possible. Entre autres, la mainmise accrue de la police et du parquet sur les procédures, l’extension de la garde à vue ou l’installation de caméras et micros chez les particuliers… en cas d’infractions commises “en bande organisée”, notion si floue que la “bande” pourrait bien être constituée par deux personnes seulement. Chaque mesure restreignant les libertés est balayée par une autre. Qui se soucie de ces multiples fichiers qui quadrillent la France ? Dont celui des infractions relevées par la police où figurent même les témoins et victimes».

Petit père fouettard, perdu dans les ivresses d’un code pénal qu’étoffent les scribes laborieux du syndicat des commissaires de police, Nicolas S aura révélé durant ces quelques semaines la face hirsute de démagogue au petit pied qui n’a jamais cessé d’être la sienne, « nos gouvernements, et quelques uns de nos candidats à gouverner, ont étalé, ces quatorze derniers jours, une dose d’arrogance, de cécité sociale, d’obstination butée, de persévérance dans l’erreur, de consensus absurde et vide, particulièrement consternants », ils ont manifesté l’idiotie manifeste de politiques qui ont pour ambition d’épeler en hurlant l’état des choses et rien d’autre, le vide indifférent et opaque qu’inspire l’univers et ses petits points constellés dans lesquels nous perdons notre nez à la recherche de la grande ourse.

Le blanc-seing

La démagogie est le propre de l’opinion, l’ennemie de la pensée, du philosophe, de l’artiste, philistin ou grossier le langage de la croyance de saison manifeste l’autorité des flatulences et celles-ci peuvent être puissantes et insistantes, « près de six Français sur dix (56%) approuvent l’attitude du ministre de l’Intérieur Nicolas S face aux violences urbaines dans les banlieues, selon un sondage BVA pour LCI et « Le Figaro » », « selon un sondage Ipsos-Le Point à paraître jeudi, près de sept Français sur dix (68%) approuvent ainsi l’action du ministre de l’Intérieur depuis “le déclenchement des émeutes dans les banlieues” », il est bien évident que la moitié si ce n’est plus des mille bouches à feu de la démocratie seraient incapables de nuancer les différences entre une attitude et une action.

De la première ils confondent l’insulte et la fermeté, la rancœur et l’autorité, ce qui renseigne au mieux sur la petitesse d’esprit de ces pitoyables citoyens téléphoniques. Sur la seconde, ils déduisent de la série décroissante des feux de véhicules, l’efficacité de mesures d’ordre public dont ils ne peuvent juger puisqu’ils ne les connaissent pas.

Aussi l’ignorance et la bêtise peuvent elles se conjuguer et composer le tribunal de ce qui n’est plus la raison mais sa parodie écarlate, « près de sept Français sur dix (69%) estiment que le contrôle insuffisant des parents sur leurs enfants est l’une des raisons principales des violences urbaines actuelles, selon un sondage CSA que publie jeudi le quotidien « La Croix » » où l’on voit qu’un phénomène continu serait le facteur essentiel d’un phénomène ponctuel ce qui entérine les théories de Hume sur une nature humaine portée aux délires, on pourrait tout aussi bien incriminer les tâches solaires ou la trajectoire elliptique des planètes, on voit donc qu’à partir de ce salmigondis un pouvoir se forme et se fortifie.

Il y fallait toutefois les tours de magie des prêtres à hermine et les coups de gourdin de guignol. Des premiers on attendait un avis sur l’état d’urgence, il vint positif alors que de son propre aveu « “Trois grandes interrogations subsistent”: la très large application de “l’urgence”, le régime juridique des perquisitions et les garanties aux assignés à résidence », rien que d’important, des libertés passées au broyeur. Pour les seconds la garantie d’une impunité ponctuelle et d’un mépris affiché de l’autorité judiciaire et de la probité du peuple au nom duquel ils procèdent aux arrestations.

Dans une première séquence, les menaces, « Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, fustige une « décision inacceptable » après la mise en examen des cinq policiers de la Courneuve », dans une deuxième la justification de l’arbitraire et des privilèges régaliens ou corporatifs, comme on voudra, « l’un des dirigeants de ce syndicat, Jean-Claude D, secrétaire général-adjoint, est venu lundi apporter son soutien au policier au palais de justice de Paris. “Il a fauté, personne ne le nie, ça ne justifie pas pour autant une détention provisoire”, a-t-il dit, estimant qu’un maintien en détention “serait assez incompréhensible étant donné les garanties de représentation dont il dispose” », dans une dernière la décision de libération prise par une cour d’Appel prise de tremblements.

Les fleurs du mal ?

La première des fleurs vocifère, œuvre dans la rime à la pelle, celle des dictionnaires et s’arrime à ne plus y croire à la plus turpide des traditions, ce sont nos Jean Ferrat et nos Bernie Bonvoisin, peut être faut –il commencer par la formation défaite du Ministère Amer entre déchirure d’accointance puisée dans Public Enemy  et jeu de mots qui sonnent almanach Vermot, franchouillards peints en noir, triturés de carnaval donc ils allaient égorger le poulet, transgression, pas même juste une inversion.

A quels noms répondent ils, « secte maudite…predator…lascars chirés…mauvais ethnique…antipathique…sadique…allergique…Je suis un prof premier cours : lancer de cocktails molotov…J’engraine à la mauvaise conduite…le peuple suit tous mes pas…mes pulsions meurtrières », en face « la police est l’ennemie…CRS chauds…dans les cars du vin… », le lieu celui de l’émeute, « les territoires occupés », le rite, verser le sang du « poulet » car « Abdulaï nous demande la plus belle des offrandes… Pas de paix sans que Babylone paie, est-ce que tu le sais ? Pas de paix sans que le poulet repose en paix, est-ce que tu le sais ? » et puis l’invocation du diable tout de même parce qu’on est un bon garçon plein de fumée de shit qui s’entrouvre tellement ça suinte mais maman et les copains, un blasphème c’est vraiment pas possible alors le diable raccroche ses baskets et vient sauver ces braves gens qui ont des petits rêves de plateaux, un peuple les suit c’est vrai, tout épris.

Une sorte d’énervé en détachement, voltigeur, reprend l’antienne, il appelle ça émeutes et le diable revient et la citoyenneté qu’on n’en a rien à glander parce que le pouvoir, le méchant, est égoïste vu que c’est lui qu’a le fric, ah le pourri, et puis le grand rêve de la révolution par les cosaques, le genre on va piller, on va violer, on va défenestrer, un souhait de patriote ivoirien, pour monsieur le maréchal Blé Goudé, signé Passi d’Auteuil, d’ailleurs ? Peut être.

D’autres promettaient une génération révoltée prête à tout emporter à la semelle de leurs souliers, la génération rime dans son coin, enfourne, encaisse et virevolte, la génération c’était quelques centaines, donneurs de conseils, de concert, donneurs de tout, vendeurs de solutions, il en reste quoi dîtes moi des refrains à l’Uzi et des chœurs mitrailleuses qui dans le gris matinal s’emportent en commotions, la révolution avait la face huileuse de celui qui se terre et vit en solitaire, crevant à la dérobée sous la dictée d’un policier, la révolution ne venait pas pavaner son râtelier rutilant en déglutissant les dollars avec dans les poches la joie infime de compter sans y croire tellement les liasses frémissent et s’entassent.

De sa pauvreté la révolution a fait un art et la seule révolution qui soit ce sont des œuvres où s’époumone un silencieux infime qui glisse sur le parquet comme ces danseurs quand ils meurent de s’étioler.

Les fleurs du mal avait été écrites par un type que les égorgeurs de poulet du siècle dernier et les rimailleurs industriels ou réalistes ou socialistes, auraient taxé de bourgeois et de vent merdeux et puant, un type qui avait des trous dans ses souliers et un paletot élimé et craqué de partout, un type sous tutelle qui ne dépensait son argent qu’avec l’assentiment d’une mère étroite et sans malices, un pauvre type, vous auriez dit, un toxico, un gars qu’on balafre quoi.

Les fleurs du mal… encore

Je ne sais quel journaliste du quotidien des références et des placards, dans un bilan des émeutes, étendait sa lèvre frémissante de compassion sur une handicapée brûlée vive, un retraité tué pour un feu de poubelle, un autre pour des photographies, c’était à Sevran, Stains, Epinay et cela humait la senteur fade des meurtres à l’arrachée dont toute l’ignominie réside dans la petitesse de l’acte et l’évanescence des intentions, il n’en reste pas moins que d’autres stances barbares s’écrivaient au présent, au passé, alors que brûlaient les carcasses avant de fumer.

« Une jeune fille de 18 ans a subi une nuit d’humiliations puis un viol, le week-end dernier dans un appartement de Vénissieux (banlieue sud de Lyon). Quatre filles de Lyon et de sa région lui reprochaient d’avoir “mal parlé sur elles”, indique une source judiciaire. Elles l’ont l’attirée, vendredi soir, dans un appartement où se trouvaient quatre garçons, lui ont demandé des comptes, puis l’ont forcée à se déshabiller. Les horreurs sont allées crescendo. “L’enchaînement ne semble pas prémédité”, précise la même source judiciaire. “Un phénomène de groupe paraît avoir joué et ils n’ont réalisé la gravité de leurs actes qu’une fois placés en garde à vue”. La victime, “un peu fragile”, a dû lécher l’urine d’un chien. Elle a été frappée, contrainte à une fellation. Elle s’est enfuie, au matin, alors que ses jeunes tortionnaires menaçaient “de la livrer à la prostitution locale”. Ayant demandé à passer chez elle récupérer des vêtements, elle a échappé au garçon qui l’accompagnait et s’est réfugiée auprès de la police. Les auteurs présumés, interpellés dimanche et lundi, ont entre 14 et 22 ans et n’ont “pas un profil de délinquants” »

On apprenait donc qu’un Abu Ghraïb de poche pouvait s’ouvrir dans un lieu quelconque parce qu’on avait mal parlé sur un groupe de donzelles à cheval sur la morale, bien entendu on prétend l’enchaînement accidentel, presque étourdi, sanglé dans l’échauffement, sans doute dû à la présence d’un chien et on sait l’influence canine sur les humeurs humaines.

Des petits tortionnaires et apprentis macs de 14 à 22 ans, écoeurants d’orgueil et on imagine, pleins à craquer de morale puisque absents des casiers, des petits tortionnaires, on prétendra qu’ils n’avaient aucune intention et qu’ils ont basculé dans l’effet de groupe, qu’ils sont en quelque sorte absents d’un tel acte.

Depuis Canetti on devrait pourtant connaître que la meute ou la foule ont en commun de distiller l’oubli de toutes les infamies parce que parfaire un individu est toujours la tâche la plus humble et la plus difficile.

Il est bien évident que nombre d’entre eux à commencer par les plus âgés seront condamnés à des peines de prison, ce qui ne prouve qu’une chose, l’incroyable aveuglement, et la suffisance impudique de nos institutions judiciaires qui n’ont qu’un mode de châtiment qu’elles ne cessent de présenter comme éducatif quand il organise, la perdition, la sélection et parfois ce qui s’appelle le milieu, une sorte de Chine donc.

« L’origine du conflit, nul ne s’en souvient. Des années qu’il se perpétue, que la haine est entretenue à petit feu ou dans le drame. Ceux de la Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), parlent-ils avec une fille du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) ? Bagarre. Ceux du Plessis volent une voiture de la Butte-Rouge, osant venir parader au volant… Là, il y a offense. Surtout que, quelques années plus tôt, un gars de la Butte est tombé dans un guet-apens à la sortie de son boulot. Alors, ce 26 mars 2003, la Butte organise une expédition punitive. Facile, les deux cités sont voisines, séparées par une invisible limite communale. Et ce soir-là, ceux de la Butte sont très en colère, nombreux et armés. Sur l’avenue Léon-Blum, un garçon de 20 ans attend le bus. Les bandes, ce n’est pas son monde. Karim M n’habite même plus Plessis depuis des années. Ce mercredi, il est juste venu voir sa mère qui vit là. Il est environ 20 heures. Il voit arriver une vingtaine de garçons. Devine dans la nuit des cagoules, distingue le scintillement des lames, sabres, haches… Karim est désormais paraplégique. Toute la semaine, dans son fauteuil roulant, il a fait face, devant la cour d’assises de Nanterre, à ceux que l’enquête désigne comme les auteurs de son lynchage. Ils sont six, âgés de 21 à 22 ans, accusés de tentative de meurtre. Badri C. aurait donné des coups de hache, sectionnant la moelle épinière de la victime. Chafik D. aurait perforé le poumon d’un coup de couteau, cherchant le coeur. Harold J. aurait fini le travail en appliquant un pistolet “gomme cogne” sur la tempe, défonçant la boîte crânienne. Les trois autres n’auraient donné que des coups de poing et de pied. Pour le médecin légiste, “Karim Mehidi est un miraculé”. C’est vite dit. Paralysé à vie, ses reins, vessie, sphincters et fonctions sexuelles sont “irrémédiablement anéantis”. Une plaque de ciment est collée à sa boîte crânienne, pour remodeler sa tête. Horrifiés par les faits, quelques rares habitants du Plessis et du Châtenay vont finir par parler. C’est d’abord la rumeur qui distille quelques surnoms. Puis des noms parviennent aux oreilles des enquêteurs. Ceux des hommes présents dans le box. Bientôt, les enquêteurs “convainquent” quelques protagonistes de témoigner. Des témoins très particuliers. Les deux premiers vont rapidement disparaître, “au fin fond du Portugal”, assure la présidente, après avoir subi des menaces de mort. Deux autres vont accepter de se confier après que policiers et juges leur ont expliqué qu’ils pouvaient “témoigner sous X”. Dans la procédure, on les appelle X1 et X2. Seuls le policier et quelques magistrats connaissent leur nom, consigné dans un dossier à part, non consultable, même par les avocats. Ils peuvent être appelés à l’audience, mais ils déposent dans une salle à part, la voix déformée. Seul Rachid M. viendra témoigner à la barre. Aux policiers, il avait rapporté les fanfaronnades de certains accusés qui s’étaient vantés dans la cité d’être les auteurs du lynchage. X1, lui, a assisté au lynchage. Il a décrit ou reconnu sur planche photographique les principaux protagonistes. X2 a rapporté une scène devant une boîte parisienne au cours de laquelle les membres de la bande de Châtenay ont fanfaronné face à quelques adversaires. Exemple : “C’est moi Badri. C’est moi qui ai haché votre pote du Plessis quand il était dans le coma…” Carlos R. et Gabriel G. ont peu ou prou corroboré les dires de X1 et X2, avant de disparaître. Au fracas du corps de la victime, les accusés opposent celui de leur vie : pères évanouis depuis des lustres, mère partant faire le ménage à l’autre bout de la région parisienne dès 4 heures du matin, drames familiaux en cascade… Quotidien où la violence suinte à tous les étages. “C’est effrayant des gens qui se promènent avec des sabres et des hachettes”, s’étonne la présidente Magali B. “Peut-être pour vous, rétorque Chafik D… Pas pour nous. Je nous vois pas aller au Plessis dire gentiment « vous nous rendez la voiture »… »

Petit groupe de lyncheurs, des voltigeurs en guerre, même pas de race, non juste une guerre de voisinage car dans l’univers qui est le leur c’est avec une hache qu’on réclame sa voiture, question de réputation, on maintient les distances et le respect qu’ils disent, le fusil à pompe sous le lit, on éructe je te hache ton pote, je te tourne ta meuf, je t’encule ta mère, on imagine qu’ils sortiront des trous à rat qui les enserrent avec la sinistre idée d’en finir avec les balances portugaises qui devraient choisir le Brésil comme destination ou le bazooka comme compagnon.

La mère qui se tue au ménage et le père parti ou le contraire déclencheraient donc des transes morbides, on se demande dès lors ce qu’il advient des enfants de parents disparus sous la torture ou dans un camp, dorment-ils le coupe-coupe sous l’oreiller, se lancent-ils parfois dans quelques chasses à l’homme, histoire de tuer le temps ?

Les fleurs du mal… toujours

Il restait donc le ressentiment avec son poison antisémite bien lové des fois que les nazis en auraient conservé la marqué déposée. Nietzsche avait découvert, béante, la blessure mortelle de l’Allemagne unie, le Reich du Kaiser avait trouvé son fossoyeur sous les vivats et les cris de haine, la race, ah, la race et son esprit obsidional et secret.

L’Allemagne n’en finissait pas de chercher ses allemands, elle fut une nation asservie, les juifs, une nation sans force, les juifs, une nation en crise, les juifs, une nation sans empire, les juifs, une nation trahie, encore les juifs, c’était l’ennemi infiltré, terré, invisible, schwartz, comme la forêt du même nom.

La haine du juif est un discours qui ne cesse de se déformer et de se retourner, lié à la terre, à l’argent, au sang, le juif est la face lugubre de la Torah, l’ombre portée des yeshivot, limitées par quelques bornes, on les conspue, immergés dans tous les continents, on les vomit, ils sont ce qui se plaît à être insultés, par tous et on voit mal pourquoi les antillais, les africains ou d’autres résisteraient à une telle démangeaison qui permet toujours d’étriller son coupable.

« Personne ne prétend que D ait le charisme de Malcolm X ou l’envergure de Martin Luther King. Seulement, “il n’est plus possible d’être contre lui. Affectivement, pour un Noir, je veux dire. Le critiquer, c’est s’attirer les applaudissements des Blancs bien-pensants”, admet Stéphane P, ancien porte-parole des Verts. D fédère autour de lui ceux qui se voient écartés des logements, des bonnes écoles, des médias, et cristallise un ras-le-bol, une impatience, des appétits d’action autour de la cause noire. “Quand Dieudonné est venu sur le lieu des incendies [fin août], on était contents qu’il nous soutienne”, raconte un représentant des Travailleurs ivoiriens de France, Gogona Gnizako, “mais on avait peur qu’il pète les plombs”. La Guyanaise Christiane T, ancienne candidate (PRG) à la présidentielle de 2002, ne parvenant pas à élargir son audience, les Noirs de France ne voient pas d’autre tête d’affiche disponible pour porter leur colère, “son nouveau créneau”, raille Patrick K du puissant collectif des DOM. “La rancoeur est telle, et tellement légitime chez les Noirs, que les plus modérés sont obligés d’être moins modérés”, admet lui aussi Patrick L, membre de l’UDF et président du Capdiv, qui regroupe acteurs et chercheurs de la minorité noire. D dit que le 20 février 2004, après l’annulation de son spectacle à l’Olympia, il a compris que les Africains et les Antillais présents s’identifiaient “à l’injustice dont [il était] victime” : “Je dois être à la hauteur de l’espoir qu’ils ont mis en moi, je dois parler en leur nom et les protéger” Gaspard-Hubert L K, membre du bureau fédéral du PS, président du Club Afrique, soutient cette stratégie : “Le moment est propice”. […] Ce sont des militants antillais qui constituent le noyau dur de son entourage, via le Coffad (Collectif des fils et filles d’Africains déportés, par mimétisme avec l’association fondée par Serge Klarsfeld). Ils sont sa caution, son label de “descendants d’esclaves” : nombre d’Antillais­ en tout cas pour les plus âgés ­ contestent en effet ce titre aux Africains qui sont à leurs yeux des négriers et n’admettent donc pas que D, métis franco-camerounais, porte leurs revendications. “Il a permis aux Antillais de sortir cette douleur cachée de l’esclavage. Je dirais donc que la communauté antillaise est partagée en deux, ceux qui le soutiennent totalement, et ceux, dont je fais partie, qui ne le critiqueront pas”, conclut un responsable de ces associations […] C’est auprès des membres ­ peu nombreux ­ du Coffad que s’élabore la quête frénétique de parallélisme avec tout ce qui touche au génocide des Juifs, jusqu’à la tentative de créer un terme équivalent à Shoah : «Yovodah» devrait remplacer le mot esclavage[…] “On interdit aux Africains de consulter leurs archives. Comme on interdit aux Palestiniens de retourner sur leurs terres”, répète-t-il. Au-delà de ce premier cercle, D est soutenu, pas toujours ouvertement, par quelques militants des Indigènes de la République, dont le sociologue Said B. Les trois coordonnateurs de l’ouvrage collectif la Fracture coloniale : la société française au prisme de l’héritage colonial (La Découverte) font également partie de ses sources d’inspiration. Mais le seul et unique universitaire qui accepte de travailler directement avec lui, “sa caution scientifique”, est Louis S-M, professeur de philosophie politique et de droit à l’université Toulouse-II, auteur de l’ouvrage le Code noir ou le calvaire de Canaan (Puf, 1988) et accusateur public de l’Occident “blanc” et “judéo-chrétien”. C’est S-M qui aide Dieudonné à écrire le scénario de son film ­ toujours pas financé ­ sur le Code noir. Lors des conférences de presse au Théâtre de la Main-d’Or, beaucoup d’artistes sont présents, issus du rap et du reggae, des musiques qui, via les radios Skyrock et Génération, obtiennent toujours une bonne audience auprès des 15-25 ans. Parmi eux, le rappeur hardcore B, l’une des meilleures ventes de rap français en 2005 (200 000 exemplaires écoulés de son dernier album, deux disques d’or consécutifs des précédents), est une icône des jeunes de banlieue. Jusqu’à maintenant, il ne s’était engagé pour aucune cause. L’acteur-rappeur S B (400 000 exemplaires pour ses premiers albums) est à l’affiche de nombreux blockbusters (Gomez et Tavares, le Boulet, les Jolies Choses…). D La P, qui a vendu plus de 600 000 exemplaires de son J’pète les plombs, a obtenu son premier rôle dans le long métrage Dans tes rêves. Les N, deux chanteuses franco-camerounaises, font partie des rares artistes françaises à avoir percé aux Etats-Unis (400 000 exemplaires vendus outre-Atlantique). Avec les rappeurs de la B (90 000 albums de leur premier CD), elles sont les plus militantes sur la question de l’identité noire. C’est aussi dans ces milieux que prospèrent de moins en moins discrètement les thèmes empruntés à la Nation de l’Islam de Louis Farrakhan sur le rôle prétendu des Juifs dans la traite des Noirs d’Afrique, le repli communautaire et la menace de la violence brandie par la Tribu Ka ».

Le mouvement pour une identité noire puisqu’il s’agit de cela naît comme un agencement disparate où se croisent en instances d’énonciation des politiques potiches, des associations puissantes des Caraïbes, des relais politiques antillais, des intellectuels critiques regroupés en mouvement ou solitaires, des mondains de la chansonnette, des artistes, une secte tandis que l’esclavage est au centre d’un récit qui soutient l’ensemble des actions destinées à bouleverser l’angle mort dans lequel s’immerge la question noire.

En panne d’énoncés venant fendre l’homogénéité des discours qui n’ont cessé de présenter le noir comme l’autre de la civilisation et dès lors sa victime désignée, l’antisémitisme vient œuvrer de sa dague puissante et aiguisée sous le prétexte qu’une dépossession fut opérée qui a l’existence de l’Etat juif pour prétexte car il semble qu’on n’entend, dans ses parages, le nom juif que mort et emmarbré, à jamais enfoui dans le passé.

La référence à la Palestine n’a jamais servi à contester la politique de sécurité de l’Etat juif, mais à la priver de fondements, de raisons, d’efficace. Shylock a prélevé son lambeau de terre sainte et dès lors on ne peut qu’honnir ce recours constant à l’histoire, cette politique de force si vulgaire car il faudrait admettre que la place de victime est celle du mort et que l’histoire enseigne aux peuples que les mythes sont impuissants à briser destructions et suicides puisqu’ils les avalisent et les précipitent.

Sortir d’une telle place c’est affirmer, de toute l’hétérogénéité dont sont capables de telles forces, de nouveaux modes d’existence que ceux-ci plaisent ou non à ceux qui en demandent l’enfouissement. Ramener un tel enjeu aux pauvres dichotomies blancs / noirs, juifs / noirs, c’est en revenir aux irradiations d’Idi Amin Dada troussées dans ces portraits grimaçants surgis d’Intolerance ou des ballades sudistes de John Ford, c’est en revenir à l’axiome stratégique qui contraint le noir à cette place antonyme du terme civilisation.

Une croisade

Nicolas S sait bien que le chemin de ce qu’il nomme le pouvoir comme on dit les strapontins passe par l’agitation des étendards morbides de la reconquête. Il s’agit de se croiser, d’éradiquer le mal au nom des victimes parce qu’on est la chevalerie sainte qui s’en va passer au fil de l’épée l’infidèle et déborder le cadre de la loi puisque tout de même il est difficile d’admettre qu’on puisse se parer de l’innocence quand on écrase, de tout le poids d’un Etat, des populations désarmées, si bien qu’en fin de parcours on baptise du nom de loi l’arbitraire le plus complet.

C’est donc au nom de la République, au nom des victimes, au nom de la France éternelle, qu’on s’en va abattre la racaille et les voyous. Au nom de fantômes qu’on traque l’encapuchonné, ou le mort saisit le vif et l’empale.

Cet homme ne connaît que des gens qui lui lancent des injonctions et des noms d’ennemis, « « débarrassez-nous des trafics, des trafiquants, de ceux qui demandent aux mineurs de faire le guet pour le trafic de la drogue (…), qui nous empoisonnent la vie » », on imagine la vie trépidante d’une telle entité qui se déplace et émet tous les signes d’un espoir virevoltant d’homme balais, jamais en manque d’un défi et d’un lieu commun aux aboiements et aux poteaux d’exécration, « j’aimerais bien que l’on vienne me dire bien en face, quelqu’un qui ose frapper un pompier, qui jette des pierres sur un pompier, qui balance du haut de la tour une machine à laver sur un pompier, on l’appelle comment ? ».

Et l’entité ne cesse d’émettre, indigné par l’incendie d’une chapelle polonaise à Houdain, proférant des ukases à propos des étrangers expulsés parce qu’il « ne s’agit pas de faire du chiffre, c’est une question de principe », s’interrogeant à propos d’une punition de tutelle sur ces familles récalcitrantes et lapinières qui engendrent de sordides émeutiers, lâchant la bride à des confrères chargés de parfaire le dispositif d’expérimentation comme ce monsieur T qui, dans sa bonne ville de Draveil (Essonne), avait donné « …instruction aux services sociaux de sa mairie de suspendre immédiatement la distribution des aides du Centre communal d’action sociale pour toutes les familles dont un membre aura été à l’origine d’un acte de violence ou d’une dégradation sur un bien public et privé ».

Puis l’entité se charge de désigner les ennemis et les conditions de l’avenir. Le premier acte réduit l’adversaire au criminel si bien que le ministre de l’intérieur s’emploie à hériter des pleins pouvoirs sous le prétexte futile que le crime ne réclame aucune indulgence quand il n’est pas perpétré en masse.

Et le voici paradant en nettoyeur surgi de l’usine à étrons dont Besson a fait des longs métrages, du cinéma comme le disait Robert Bresson, du cinéma, « la première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n’est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n’est pas l’échec de l’école […] La première cause du désespoir dans les quartiers, c’est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République ».

On le voit on glisse des banlieues indéterminées aux quartiers, entre temps on observe que seule l’école est en échec, pour le reste de simples symptômes, des petites maladies chroniques, l’économie en crise, de foie ? Rien que des démangeaisons, seule l’école messieurs est à condamner sur tous les plans, celui de l’efficience et celui de la morale ordinaire qui est le domaine d’élection du ministre.

On a défait le substantif urbain et ses embruns civilisés, on cause selon la loi du français décroissant puisé dans les journaux, on dénie à ceux qui arpentent les villes comme personne, qui s’y essuient les yeux, y tracent des trajets inconnus, à la dérive, perdus, enfoncés jusque sous les dédales sombres et les tôles qui scintillent sous les gouttelettes d’eau poisseuse et puis ces cieux irisés de dioxyde, on dénie aux passants, on dénie à ceux qui glissent des masses flottantes des pavés aux solitudes des places endeuillées, on dénie l’appartenance à la plèbe, on dit les quartiers, la racaille, les voyous, les miséreux, les victimes, on ne sait pas dire messieurs, mesdames.

Donc le nain intérieur promet une dictature sur ce qu’il appelle les bandes, une sorte de Grenelle des prisons afin que la peur s’en aille faire un tour, c’était le programme de Nixon en 1968, Law and Order, ce fut le mépris des simples règles constitutionnelles, les bombardements massifs au Cambodge et au Vietnam, la destruction silencieuse du mouvement noir américain, l’appui aux dictatures les plus sinistres, une stigmatisation de ces pauvres dont les demandes, dont les désirs menacent la stabilité conservatrice, ce fut la recrudescence d’une certaine peur, celle d’ausculter le visage hideux de l’Amérique ventripotente et minable, mise en échec par un Brejnev, bientôt un Khomeiny, ce fut la fuite en avant, ce le sera ici aussi, la côte d’Ivoire sonne déjà comme une première détonation.

Aussi le délire n’a pas de limites, même plus celles de la bouffonnerie, « « Ce n’est pas quand un adolescent de 15 ans est devenu un délinquant multirécidiviste qu’il faut commencer à se préoccuper de son cas. Il faut donc agir le plus tôt possible, en direction des enfants, mais aussi des parents, qu’il faut aider à exercer leurs responsabilités avant qu’ils ne soient totalement dépassés », Nicolas S devrait recevoir le soutien du syndicat des commissaires de police (SCHFPN) qui proposait en septembre d’identifier les comportements précurseurs de la délinquance « dès la crèche, la maternelle ou l’école primaire » ».

C’est donc à l’INSERM, déjà mandatée dans le cadre d’une normalisation des pratiques thérapeutiques en matière de psychologie, qu’on demande quelque rapport tissé d’inepties et de lectures hâtives, de protocoles d’expérimentation douteux, de problèmes jamais posés, de statistiques orgueilleuses et inutiles, « selon cette synthèse, « les personnes qui ont un trouble des conduites à début précoce, avant 10 ans, ont généralement un niveau élevé d’agressions physiques qui se maintient durant l’enfance […] »Ce sont le plus souvent des garçons qui risquent de développer un trouble de la personnalité à l’âge adulte » […] Par ailleurs, les enfants souffrant de ces troubles se retrouvent souvent parmi ceux qui « restent tard dehors la nuit avant 13 ans », ont « fugué ou passé la nuit dehors », ou « fait l’école buissonnière avant 13 ans ». « Chez ces jeunes, les violations des règles établies, seraient un prolongement des manifestations du trouble qui a commencé à la petite enfance » […] « L’absentéisme, les incivilités à l’école et les situations d’échec scolaire ont été reliés au trouble des conduites » que l’Inserm définit comme allant de désobéissances répétées à des agressions graves ».

On le voit le cheminement est lumineux, tout être masculin qui connaît une situation chaotique depuis sa naissance risque de développer des comportements quelque peu désordonnés si ce n’est dangereux, vers 10, 13 peut être 16 ans. Aussi confions les enfants des pauvres aux parents riches sans enfants qui savent comme personne ce que c’est que l’éducation et l’apprentissage d’une vie réussie selon les termes d’un ancien ministre qui se targuait de philosophie.

Mais Nicolas S sait aussi pianoter sur le vocabulaire maurrassien et couvrir de ce chant qu’on entendait plus que chez les nostalgiques de Vichy sa fringale de ressentiment, « tout au long de ces trois semaines, j’ai pu tenir parce que je me suis senti soutenu par des millions de gens comme vous (…) Jamais je n’ai senti un décalage aussi profond entre le pays virtuel, tel qu’il est décrit à longueur d’articles, et le pays réel (…) J’ai voulu m’appuyer sur le pays réel qui a parfaitement compris que nous étions à une minute de vérité », cet homme a fait don de son corps à la France et en attend les bénéfices avec impatience, il se doute et avec lui ses nombreux amis qu’ils viendront, il sera alors temps d’ouvrir la quête des dépouilles.


Responses

  1. Nicolas S. S pour Sagouin ? http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1453035-attentats-une-phrase-choc-de-sarkozy-a-hollande-revelee-il-devrait-avoir-honte.html

    Sinon vous devriez écrire des bouquins.

    • Ce type est au-delà du pathétique, ce qui m’étonne c’est son retour, en ce sens que j’aurais tendance à dire qu’il est voué à l’échec mais d’un autre côté je n’en suis pas certain, j’hésite. Tout dépend quelle face de la beaufitude il choisira : le médaillon Jean Lefèvre ou ce modèle de distance comme engluée qui était celle de Jacques Martin (après tout il a piqué sa femme).

      Pour les bouquins, j’en sortirai un jour, ce jour-là ce sera festival. Pour en sortir il eut fallu que j’ai un réseau, mon dilettantisme me l’interdisait, que je tapine, ce qui me fatigue d’avance et toutes autres concessions et puis il est toujours bon de mater son orgueil, au sens où le roi est mat sur un échiquier. Je suis comme Godot, j’attends un geste qui ne viendra jamais


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