Publié par : Memento Mouloud | novembre 10, 2015

La mort de Dédé Glucksmann

« Que les étudiants d’origine juive occupent une place disproportionnée dans les groupes, mouvements, organisations, instances qui s’inscrivent dans la mouvance gauchiste, c’est un phénomène mondial, mais bien mis en valeur par la plaisanterie spécifiquement française : ‘’Pourquoi les membres du bureau politique de la Ligue communiste ne discutent-ils pas en yiddish ? – Parce qu’il y a Ben Saïd »

Annie Kriegel

Il est parfaitement inutile de lire l’ensemble des ouvrages d’André Glucksmann. Comme l’avait écrit Deleuze, ils ne valent que par l’introduction du marketing dans la philosophie si bien qu’on a pu recenser 203 apparitions du personnage sur les chaînes hertziennes quand celles-ci servaient de salons mondains. Le drame de Glucksmann tient en deux volets : toute sa vie il est resté prisonnier de la vision politique du monde et de son corollaire, le règne de l’opinion, à proprement parler il n’a été personne et de l’ensemble de ses ouvrages la seule formule qu’on puisse retenir est la suivante : Moi-Je Dédé Glucksmann-au-nom-des-hommes-souffrants.

Ancien de l’Union des étudiants communistes, Dédé est en 68, assistant de Raymond Aron à la Sorbonne, une sorte de sous-mandarin. En février 1969, il crée un « comité de base pour l’abolition du salariat et la destruction de l’Université. Il mène au sein de l’Université de Vincennes des raids contre les révisionnistes trotskystes avec des slogans tels que « Bas les pattes devant la Chine rouge ». C’est sa période du passé faisons table rase.

Rallié à la Gauche Prolétarienne, il est un des fondateurs de J’Accuse d’où il lance des apophtegmes vengeurs « les études ne servent à rien. Mieux vaut lire et l’acier fut trempé » tout en prônant une voie révolutionnaire moins étroitement ouvriériste, on ne sait jamais. Néanmoins, quand il doit se rendre auprès des ouvriers, il prend soin de se noircir les mains avec une chaîne de vélo. Précaution rhétorique bien compréhensible. Il regrettera aussi que Michèle Manceaux ne soit pas tabassée car les maos auraient pu exploiter « l’affaire »’. Ce sera toujours son truc de commenter le sort de ceux qui vont au casse-pipe.

En décembre 1973, l’ancien théoricien de la guerre et futur panégyriste de la bombe H et des missiles Pershing aurait eu une révélation en lisant quelques extraits de l’archipel du Goulag, « N’y a-t-il pas de l’URSS en nous ? ». En mars 1974, il écrira le marxisme rend sourd, condamnation sournoise de l’onanisme intellectuel, Raymond .Aron ayant préempté l’opium. Il a trouvé un nouvel ennemi, l’Etat et de nouvelles figurines, ce sera la paysanne Matriona. Mais Matriona dans son isba pathétique n’est pas toujours l’objet de sa compassion toute politique. Ainsi, à l’occasion d’un manifeste de janvier 1977, il défendra Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckardt et épousera des arguments spécieux tendant à affirmer que des relations sexuelles avec des mineurs et les clichés pornographiques qui peuvent en être tirés  ne posent aucun problème («si une fille de treize ans a droit à la pilule c’est pourquoi faire ? ») au regard de la loi et de la morale communes.

Annie Leclerc invente, à destination des défroqués du marxisme, le logo des nouveaux philosophes en 1974. Encore encarté chez Seuil, Dédé est recruté chez Grasset un an plus tard et reçoit l’estampille de la meute mais reste quelque peu à l’écart de l’esquif, dedans-dehors, c’est son pas de danse. Ainsi, en 1993, il dénonce la serbophilie du président Mitterrand mais participe à la liste Sarajevo, aux élections européennes de 1994 dont la seule utilité est de torpiller Michel Rocard et de faire plaisir au Président à l’agonie.

En 1979, il sera de l’aventure l’ïle de Lumière, transformé en navire-hôpital afin de soigner ceux qui fuient le communisme vietnamien. Plus précisément, il sera sous les feux de la rampe donnant le bras à Sartre lors de la conférence de presse de l’hôtel Lutétia. . Redevenu colonel sans galons, il soutient l’intervention française au Tchad en 1983 comme il optera pour l’intervention américaine en Irak, en 2003.

Il était mort intellectuellement depuis une trentaine d’années, je me souviens de l’avoir croisé sur le boulevard Saint-Germain, il y a longtemps de cela. Il ressemblait à une vieille bourgeoise fardée et parcheminée, ses yeux de poisson glauque perdus dans je ne sais quelle imprécation semblaient fusiller pour l’exemple la statue de Danton.


Responses

  1. Oh putain merci, j’avais pas regardé les infos !!
    La bonne nouvelle.
    C’est la CIA qui est en deuil, non ?

    • C’est un début Bernard Kouchner est toujours vivant

      • …c’est vrai, j’avais oublié son existence…

         » C’est l’histoire d’un mec » qui aurait voulu être BHL, ou encore Minc ou Attali?
        ….non curo

      • un abrégé de l’indifférence ?

  2. une sacrée tête de con
    impardonnable ; la ratonnade serbe de l’OTAN
    d’ailleurs , on le paie chaque jour, la préférence pour les gnoules nous colle des alliés aussi francs et sympas que les saoudiens ou les qataris
    et nous vaut la présence sur le sol nazional de la mafia kosovare

    • Il avait d’ailleurs inventé le néologisme de serbophile (indien ?)


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