Publié par : Memento Mouloud | décembre 13, 2015

Le Ring a du plomb dans l’aile

Son nom s’affiche comme un titre de film sud-coréen ou japonais. Lancée en 2012 dans une relative indifférence, la maison d’édition Ring a défrayé la chronique par la publication d’ouvrages dont un seul a marché. Dernier en date, Climat Investigation, du présentateur Philippe Verdier. Ce réquisitoire qui entend démonter le “dogme” du réchauffement climatique sur le ton de France-Dimanche, a valu à son auteur la fin de ses prestations sur France Télévisions. Il aurait écoulé plus de 14 000 exemplaires en deux mois, selon le site Edistat. Grand bien lui fasse.

Le marketing Ring est simple : opter pour un sujet qui horripile la gauche de plateau et espérer que les plumitifs de droite relaient le scandale. “Nous sommes les Sex Pistols de l’édition” lance le fondateur, David Serra marquant par là sa révérence aux gérontocrates de la subversion qui paye. Après tout, il ne s’agit pas de militer pour un hypothétique grand soir, mais de vivre plutôt que de survivre dans l’endettement permanent et les projets éteints.

La maison a lancé Laurent Obertonne, dont l’indigeste France Orange mécanique, sorti en 2013, a connu une suite moins glorieuse en terme de cash. On ne gagne pas à tous les coups. Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef à Valeurs actuelles, a publié “Une élection ordinaire“ en octobre, qui imagine l’arrivée d’Eric Zemmour à l’Elysée, nouveau bide.

La petite maison soutient une partie de la nébuleuse néo-réactionnaire, celle qui tape sur des figures détestées et tapine auprès de l’opinion droitarde, orwellienne en diable. Le magazine “Sur le ring“, prétend “poser une bombe dans la sale ambiance humaniste”. Les “ennemis” sont listés dans un inventaire rioufolien : “Altermondialistes, rappeurs, féministes, antiracistes, bobos… “.  “Un carnage pur et simple dans les gencives germanopratines ne nous a jamais effleuré l’esprit”, indique David Serra qui combat encore et toujours Jean-Paul Sartre.

David Serra publie peu. Ce quarantenaire, passionné de littérature américaine et d’arts martiaux, fut un adepte du “free fight”. Au milieu de la décennie des krachs en chaîne, il organisait, dans une cour d’immeuble parisienne, des combats décalqués du rite psychotique mis en scène dans  “fight club”,. “On était entre dix et trente selon les soirs, confiait-il alors. Toutes les techniques étaient permises. La seule règle était le respect de l’homme. (…) Je voulais découvrir une nouvelle vérité sur mon existence”. Un clin d’œil au Sergio Leone d’il était une fois dans l’Ouest. De quoi sortir étiquetté en fasciste. C’est oublier la grande tradition européenne du maître et du disciple et éphébique de la meute et du loup de tête.

Le “manifeste de la dissidence blanche“ fait peur aux rédacteurs des Inrocks. Il termine pourtant ainsi : « Ne dites rien qui puisse vous confondre aux yeux de vos enfants. Ne parlez pas à votre conjoint de ce que vous allez faire. Achetez du blanc à chaussures. Achetez une boîte de craies blanches. Des étiquettes blanches. Un feutre blanc. Une bombe de peinture blanche. Mettez une boîte de confettis blancs à votre fenêtre un jour de grand vent. Conservez les rognures des perforatrices pour les semer où vous voulez. Laissez un point, une croix ou un cercle de couleur blanche où bon vous semblera. Devenez les corbeaux de la paix. Faites circuler les consignes de la dissidence blanche. Envoyez-les par email, copiez-les, distribuez-les au bureau. Faites de la résistance pour montrer que les amis du sang et de la haine sont vos ennemis. Et prévoyez le jour où la vie sociale sera constellée de blanc, car ce jour-là, nous serons un million sur les Champs Elysées. »

A moins d’être aussi perspicace qu’un antifasciste en quête de Fred Perry, on voit mal ce qui désarçonne tant Alexis Moreau qui écrit « le site héberge par ailleurs les écrits de l’écrivain identitaire Renaud Camus, théoricien du “grand remplacement” ». Renaud Camus n’est pas un écrivain identitaire, c’est un écrivain tout court, persuadé que la culture française est frappée à mort et qu’elle agonise.

David Serra entra dans le monde de l’édition en 2004, quand il annonça qu’il devenait  le nouvel agent littéraire de Maurice Dantec. Ce dernier s’était dit manipulé par David Serra-Kersan et fustigeait le « chantage », les « menaces » et les « moqueries » dont il aurait fait l’objet. L’éditeur lui aurait demandé de modifier son style pour satisfaire « les attentes du lectorat », en lui imposant des « réviseurs-correcteurs » ainsi qu’une couverture « hideuse ». « Je suis prêt à sacrifier en gambit mon meilleur roman écrit à ce jour pour préserver ma dignité et ma liberté d’écrivain », avait conclu Dantec. Kersan-Serra, répliquait « Nous avons voulu faire renaître un auteur, en chute libre commercialement et attaqué régulièrement sur Internet. Mais comment faire, quand cet homme est à même d’oublier en un instant tout ce qui a été fait pour lui, sous prétexte qu’il est génial, le meilleur, le dernier, et que ses éditeurs n’ont jamais rien compris? ».

Ce que disait Dantec était donc parfaitement vrai. Serra prétend détecter ce que veut le lecteur, ce qui lui importe c’est un nom, celui d’un champion, déchu ou non car le lire le fatigue d’avance. C’est l’effet Rocky. Dis-moi combien tu me rapporteras est la question.

Aussi, tous les auteurs ne gardent pas un mauvais souvenir de Ring, à l’instar de Benjamin Berton, qui y a publié Le nuage radioactif: “Ils ont fait un travail remarquable sur mon bouquin. C’est la première fois qu’un éditeur me fait choisir les polices d’écriture ! Ils portent une attention extrême aux livres qu’ils publient. La bande annonce du bouquin a été tournée devant la centrale nucléaire de Chinon, pour coller au thème du livre… C’était assez marrant, on s’est fait cueillir par une patrouille de sécurité qui tournait aux abords du site parce qu’on était trop près”.

Fin 2013, Ring réalisait 785 000 euros de chiffre d’affaires et 130 000 euros de bénéfices. L’énorme succès de France Orange mécanique (200 mille acheteurs), expliquait la bonne tenue de la maison Serra. En 2014, le chiffre d’affaires retombe sous les 250 000 euros, le nez s’est bouché. Pour 2016, Ring annonce la sortie de La France djihadiste d’Alexandre Mendel qui officie auprès de Valeurs Actuelles, le nouveau partenaire commercial de David Serra.

A ce rythme, le Sex Pistol de l’édition risque de terminer en chevau-léger de Radio Courtoisie, seulement il n’y aura plus de fight club pour oublier dans l’adrénaline cette douce humiliation.

Les Inrocks / L’Express / BAM


Responses

  1. Ce que je ne comprends dans l’histoire est assez simple :
    Le prix du vente étant strictement contrôlé en France (loi dite Lang 82), le distributeur ne peut toucher que 30 % de la valeur facial de l’ouvrage. Donc dans le cas d’Obertone (prix de vente public 19 €), le revenu du distributeur (libraires, etc) est donc de 6 € par livre. Il reste donc 12 € pour l’éditeur.
    En faisant grace des cents.
    Avec 200 000 exemplaires écoulés, on arrive donc à 2,4 M€ de CA pour l’éditeur sur ce seul ouvrage, donc très très loin des chiffres annoncés (785 000 €) pour l’ensemble de la boite.

    Conclusion rapide : soit le Ring devrait avoir des problèmes avec les gars du fisc, soit il en a vendu 4 voire 5 fois moins que les chiffres annoncés !

    • Je m’étais fait la même réflexion Cliff, j’attendais qu’on relève l’incohérence, je vois que vos talents comptables sont intacts. Après si on veut aller plus loin et si on lui concède ses 200 mille exemplaires, on en vient vite à certaines réflexions : acheter n’est pas lire, lire n’est pas approuver si on en juge par les flops successifs d’Obertone, le petit succès du début ressemble à celui du bouquin de Trierweiller, les lecteurs n’adhèrent ni à l’auteur, ni à son style (inexistant) encore moins à sa thèse qui se résume en une phrase : les barbares de l’underclass, sortes de déchets dysgéniques et basanés de l’Humanité sont la seule cause de la morosité, de la peur et de la tristesse françaises, bilan il nous faut des mâles alpha avec de gros appendices phalliques

  2. Je n’ai pas lu son livre (qui n’est pas distribué dans ma contrée). Honnêtement, je ne l’aurais pas lu.

    Je peux aussi vous dire qu’aujourd’hui, les petits éditeurs (c’est-à-dire quasiment tous !) n’impriment plus que 300 exemplaires (en digital, en gros de la photocopie améliorée).
    A 3 000 exemplaires, on atteint le stratosphérique grand succès de librairie. Donc si Obertone en a vendu 60 000 (ce qui semble être le cas à vue de nez…), on peut parler de réel succès et impact.

    Bien évidemment tous les acheteurs n’ont pas lu et les autres n’approuvent pas tous la théorie sous-entendue dans son ouvrage. Je pense cependant que la grande majorité de ses lecteurs pensent comme lui. Se rassurent de ne pas être seul, etc. Empiler les faits divers (comme il semble le faire) est très facile. Son père spirituel Pierre Bellemare en vit très bien depuis des années. Peut-être sans le côté « raciste », bien sûr.

    Si Obertone et les suivants, qui égaleront sans difficulté sa médiocrité littéraire et intellectuelle, peuvent prospérer il n’y a pas dix mille raisons. L’interdiction des  »statistiques dites ethniques » en est la première. Additionner à cela les sempiternels tripatouillages des chiffres de tout ce concerne justice/police/immigration et on obtient le meilleur cocktail permettant à ces auteurs-éditeurs de prospérer.
    Le plus ironique étant bien sûr leur dénonciation systématique des chiffres (sur la mélodie « on nous cache tout ») alors qu’ils sont les premiers à bêtement truander comme de petits benêts. Qui s’assemble, se ressemble, non ?

    • Cher Cliff, ce qui me pose problème dans les statistiques ethniques ce sont deux choses : si on fabrique un groupe musulman, on en viendra forcément à introduire une nation musulmane au sein de la nation française, il y aura donc un parti musulman et des chefs musulmans, il n’y aura plus d’individus, quant au groupe dit majoritaire, comment le désigner, euro-catholique ? de souche-catholique ? de souche tout court, à mon avis c’est le meilleur moyen de désintégrer ce qui reste de créance, même douteuse, envers le concept de peuple français. Ensuite, un biais est introduit, on en viendra à dire, 60 % des musulmans sont ceci ou cela comme on dit les cadres sont ceci ou cela, on n’en finira pas de disserter et de tourner en rond avec comme d’habitude les mêmes représentants et autorités fumeuses et le même écrasement de l’individu son englobement statistique, vous savez le genre de raisonnement paralogique suivant : une femme par semaine meurt suite aux mauvais traitements infligés par son mari donc tous les hommes-maris doivent être suspects potentiels

  3. Vous avez entièrement raison et j’en suis convaincu.

    Mon interrogation est -aussi- tout autre.

    A savoir qu’à partir du moment où une partie non négligeable (et vous je pense que vous êtes d’accord) de la « communauté nationale » se définit elle-même par une autre « première » appartenance autre que celle liée à la Nation elle-même, quelles sont les possibilités :
    – fermer les yeux comme cela est le cas jusqu’à aujourd’hui.
    – interdire l’expression de cette  »première » appartenance dans le champs public (mais encore faut-il préciser son étendu !).
    – ou définir clairement les conditions d’appartenance à la dite « communauté nationale » (comme cela est le cas par exemple aux Etats-Unis avec le Flag Act, etc.). Si tel est le cas, quel est le cadre d’expression des autres appartenance(s) nationale(s) et même religieuse(s). (ex : la Belgique ne reconnait pas ou que de manière très restrictive la bi-nationalité et l’Allemagne que depuis 2014 et jusqu’à quand !).

    Aucune décision ne sera bien sûr jamais prise !

    Je pense donc que le non-dit, la rumeur (qui peut aussi d’avérer parfois vraie), et l’insinuation sont les pires choses dans la situation de pourrissement que nous connaissons. Tel était mon propos

    A titre d’exemple, j’ai vu l’autre jour à C Dans l’Air, un intervenant (directeur de la Pénitenciaire Paris donc représentant le ministère de la Justice) expliquer sans sourciller qu’il servait 60 % de repas halal dans ses établissements. Impossible de croire pour moi, que le type n’avait pas calculé son coup ! D’ailleurs aucun des autres invités (représentant de la police, des SR, etc.) n’a relevé, réagit.

    En clair pour moi, ces statistiques raciales et religieuses existent déjà par des biais à peine détournés (habitude alimentaire, nombre de mètres linéaires et CA des hypermarchés consacrés au halal par ville, par quartier, nombre de boucheries par ville, quel type d’abonnement téléphonique, vers quelles destinations, flux des recherches Google, CRM privé des banques, des assurances, des compagnies de téléphonie, etc).

    Les placer dans le débat public ne changerait à mon avis plus grand chose.

    • Même constat Cliff mais j’en viens à la question, la Nation est un concept politique donc autre chose qu’une appartenance et d’ailleurs aucune appartenance n’est univoque ou solitaire, dès le départ tout ceci est pluriel et plus ou moins délirant, disons que ça fluctue largement dans le cours d’une existence. On en vient donc à la Nation, ce concept est mort parce que c’est un concept dérivé du christianisme, une sorte de communauté de salut sécularisée or qui croit, pense que la Nation va le sauver, à mon avis personne. Aussi, on peut dire tout et n’importe quoi au gré des occasions. J’avoue que le cas Bartolone m’a intéressé mais on n’a pas suivi Pécresse affirmant que le vote en sa faveur était anti-communautariste alors que les électeurs frontistes se sont reportés sur elle parce que justement ils aimaient bien l’idée de la défense de la « race blanche ».


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