Publié par : Memento Mouloud | décembre 22, 2015

Nos amis les djihado-salafistes en 14 portraits

Farouk Ben Abbes

Souleymane

L’invraisemblable fuite de Salah Abdeslam

Hakim Benladghem, le précurseur

Fabien Clain

Foued, Mourad et les autres

Le 11 43 de Mohamed Merah

Passeports en solde

Salafistes

Bosnie, Bosna

L’état islamique du spectacle vivant

Captagon

Les ressources de l’Etat islamique

Camp Bucca

Farouk Ben Abbes

Au lendemain des révélations du Canard enchaîné, le 16 décembre, sur l’existence d’une enquête judiciaire ouverte il y a cinq ans sur des menaces terroristes contre le Bataclan, la ministre de la justice, Christiane Taubira, avait affirmé : « Pour l’instant, il n’est pas avéré qu’il y aurait le moindre lien entre les personnes qui avaient été mises en cause à l’époque et les terroristes qui ont commis les attentats du 13 novembre. » Clair et net, mais faux. Au centre du mensonge, Farouk Ben Abbes, un activiste connu de longue date.

En avril 2010, une opération d’envergure est menée contre les modérateurs et administrateurs du forum Ansar Al Haqq. L’affaire débute deux ans plus tôt, en juin 2008. La SDAT surveille alors un salon de discussion sur la plateforme de messagerie instantanée Paltalk. Sur ce salon figure l’adresse d’un site décrit comme affichant “clairement son soutien aux moudjahidin appelant la communauté musulmane à soutenir le combat contre les mécréants” : Ansar Al Haqq.

Le site est accusé de propager l’idéologie jihadiste sur Internet, suivant la logique du jihad médiatique développée par Ayman Al Zawahiri, l’ancien numéro deux d’Al-Qaida devenu le chef après la mort d’Oussama Ben Laden. Les services notent que plusieurs utilisateurs du forum utilisent en signature une phrase qui résume selon eux cette théorie : le djihad médiatique c’est la moitié du combat.

Parmi ces utilisateurs, Ali et Farouk Ben Abbes, l’un des premiers administrateurs du forum. Farouk Ben Abbes est considéré comme particulièrement actif sur le forum à partir de juin 2007, diffusant des communiqués revendiquant des attentats commis par des groupes et organisations proches d’Al-Qaida. Ali occupe lui aussi le rôle de modérateur puis d’administrateur du forum, mais ni l’un ni l’autre n’apparaît parmi les fondateurs.

Le forum Ansar Al Haqq est décrit comme le prolongement d’un blog, Al Firdaws, fondé par Nicolas et Marie, le premier alors âgé de 20 ans et la seconde de seulement 16 ans à en croire la SDAT. Fermé pour incitation à la haine raciale, Al Firdaws devient Ansar Al Haqq à partir de décembre 2006. Le forum est hébergé en Malaisie.

Autour des fondateurs est structurée une petite équipe dirigeante. Erwan et Julien jouent le rôle de modérateurs. Erwan n’est pas inconnu des services, son nom est apparu dans d’autres dossiers. En 2010, lors de son arrestation, il a 37 ans. Le second, Julien est plus jeune. Il a 24 ans mais son nom apparaît aussi dans des affaires antérieures, notamment en lien avec l’Irak. Le dernier est Arnaud, 27 ans, lui aussi connu des services antiterroristes qui l’ont déjà interpellé. Sur Ansar Al Haqq, il est accusé de diffuser la propagande d’Al-Qaida et de veiller à ce que les contributions respectent les théories professées.

Farouk Ben Abbes avait été mis en cause dans les premières menaces visant le Bataclan (avant de profiter d’un non-lieu) et il était en étroite relation avec Fabien Clain, le djihadiste de l’État islamique qui a revendiqué les attentats du 13 novembre dernier, selon une note d’information de la police judiciaire belge. Et cette proximité entre Ben Abbes et Clain, la justice antiterroriste française la connaît depuis mai 2011, date à laquelle les Belges lui ont communiqué ces mêmes informations.

« Notre enquête concernant Farouk BEN ABBES a mis en évidence, qu’en 2007, il fréquentait plusieurs personnes pouvant être définies comme appartenant à la mouvance de l’islam radical en Belgique et plus particulièrement à Bruxelles. […] C’est le 29 juin 2007 que BEN ABBES Farouk s’est rendu en Égypte pour y apprendre l’arabe. Sur place, il était notamment en contact avec les ressortissants français, Fabien et Jean-Michel CLAIN […]. » Frère de Fabien, Jean-Michel Clain est celui dont les chants coraniques ont accompagné le message de revendication de l’État islamique après les attentats du 13 novembre.

Les informations belges avaient, en leur temps, été immédiatement transmises à la justice hexagonale dans le cadre d’une instruction ouverte sur un attentat à la bombe perpétré dans la capitale égyptienne près du bazar Khan El-Khalili. Un groupe de lycéens français en villégiature, venu de Levallois-Perret, était visé. Cécile Vannier, 17 ans, est tuée sur le coup, 24 de ses camarades sont blessés. Alors suspecté d’être impliqué dans cet attentat, Ben Abbes avait été arrêté par la police égyptienne.

D’emblée, la Direction générale de la sécurité extérieure indique dans une note que le groupe d’adolescents a été délibérément ciblé parce que Français, et ce pour « faire payer à la France la participation de la frégate Germinal au blocus de Gaza », en janvier 2009. Le 23 mai, la Sécurité d’État égyptienne interpelle sept personnes dont Farouk Ben Abbes, de nationalité belge et d’origine tunisienne, ainsi qu’une Française, Dude Hoxha, connue des services de police hexagonaux pour ses liens avec des activistes islamistes et radicalisée dans une mosquée de Champigny. Dans la note du 26 mai 2011 transmise à la justice française, la police belge indique : « Le 31 janvier 2008, Farouk BEN ABBES est entré en Bande de Gaza où il est resté jusqu’au 30 mars 2009. Sur place, il aurait été en contact avec le leader d’Al-Qaïda en Palestine. » Ce groupe terroriste, identifié par les polices égyptienne et française comme la Jaish al-Islam (l’Armée de l’Islam), est tenu pour responsable de l’attentat du Caire de 2009.

La DCRI relève que «l’enquête égyptienne a mis en exergue le rôle joué par deux Égyptiens, membres de l’Armée de l’Islam, actuellement réfugiés en Palestine sur la bande de Gaza, Khaled Moustafa et Amad Mohammed Cetiq Chafia. Le premier est connu pour avoir été en relation sur la bande de Gaza avec Farouk Ben Abbes entre février 2008 et avril 2009». Or, d’après les écoutes téléphoniques, Dodi Hoxha impute son arrestation en Égypte à Farouk Ben Abbes. La DCRI note également «qu’elle connaît très bien Khaled Moustafa, considéré par les Egyptiens comme le chef d’al-Qaida en Palestine». La Française reconnaît qu’elle était en relation avec Khaled Moustafa avant son arrivée en Égypte en 2005, qui l’aurait encore «aidée à trouver un appartement au Caire». Mais, surtout, le commanditaire supposé de l’attentat lui a fait parvenir de l’argent depuis Gaza à plusieurs reprises. Une somme de dix mille dollars aurait été destinée à l’épouse de Moustafa, Fatima F., qui, toujours selon les dépositions de la Française, se disait «en accord avec les attentats suicides».

Ben Abbes est extradé vers la Belgique, en mars 2010, Hoxha vers la France à la même date. Aussitôt elle est placée sous surveillance par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI), à grand renfort d’écoutes téléphoniques et de filatures. En octobre 2010, les policiers antiterroristes l’interpellent et la placent en garde à vue durant 96 heures au cours desquelles elle sera interrogée à quinze reprises. Surtout, les enquêteurs exploitent le journal intime que Dude Hoxha a tenu durant sa détention en Égypte. Française d’origine albanaise, Hoxha réside aujourd’hui en banlieue parisienne. À ce jour, elle est la seule personne mise en examen dans l’affaire du Caire et est placée sous contrôle judiciaire.

 Le 20 janvier 2010, la Française relate dans son cahier une conversation avec Fatima, une amie et co-détenue arrêtée avec elle dans la même affaire. Elle écrit :« Un jour que je lui dis [à Fatima] que si c’est vraiment vrai que Farouk [Ben Abbes] (un des frères arrêté avec nous) avait pour projet de faire exploser le Bataclan, à Paris, alors ils ont raison de la maintenir en prison, que je n’aime pas ces trucs là. ». S’ensuit une explication argumentée et édifiante du motif antisémite pour lequel la salle de spectacle est désignée comme cible : « … de plus, le Bataclan à Paris, non mais franchement ! Quelle idée !! Que me répond-t-elle [Fatima] cette folle ? A votre avis ? Que c’est même pas une terre de jihad ? Que les gens là-bas n’ont rien à voir au conflit Israélo-palestinien ? Non ! Elle me dit : « Tu crois que les frères vont viser n’importe quel endroit ? Sûrement que le patron est un juif qui finance l’armée Israélienne et que ça ferait un trou dans les caisses »…Moi : “Mais les gens qui vont au Bataclan, ils ont rien à voir avec tout ça, ils vont pour voir un spectacle et ils y trouvent la mort”. Elle [Fatima] : “Déjà ils ont rien à faire là bas, les spectacles c’est haram  et incitera les autres à plus y aller et à plus financer les juifs ».

Farouk Ben Abbes, l’homme qui a donc été soupçonné d’avoir préparé une attaque contre le Bataclan en 2010, est mis en examen depuis le 4 mai 2010 en vertu du chef « d’association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme » dans une affaire de recrutement de djihadistes via Internet. Et depuis les attentats de Paris, cette vieille connaissance du pôle antiterroriste est assignée à résidence dans le cadre de l’état d’urgence décrété par le gouvernement. Seulement voilà, bien que suspecté d’avoir préparé une action contre le Bataclan en 2010, bien qu’étant en relation avec les frères Clain — dont  le lien avait déjà été signalé par Le Monde —, bien qu’étant toujours mis en examen dans un dossier terroriste, Ben Abbes n’a pas été entendu à ce jour par les enquêteurs dans le cadre des attentats de Paris du 13 novembre.

Cette bizarrerie est d’autant plus surprenante que l’un des juges qui enquête aujourd’hui sur les massacres parisiens, Christophe Teissier, est le même qui avait ouvert le dossier Bataclan en 2010, mis en examen et fait incarcérer Ben Abbes (alors sous le numéro d’écrou 381889 à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis), avant de prononcer un non-lieu le 14 septembre 2012 et de le libérer.

Souleymane

Selon « Le Parisien » qui révèle l’information ce lundi 21 décembre, la piste est prise au sérieux. En recoupant les témoignages des rescapés du Bataclan, les enquêteurs émettent la possibilité d’une implication de Charaffe el-Mouadan, jeune homme de 27 ans originaire de Drancy et connu des services de renseignements.

Un otage a expliqué, toujours selon le quotidien, avoir entendu l’un des terroristes du Bataclan prononcer son surnom : « Souleymane ». « Ce témoin se rappelle avoir entendu ‘le plus grand’ des deux terroristes s’adresser à son complice pour lui demander s’il ‘comptait appeler Souleymane’. ‘Le petit a répondu que non et qu’ils allaient gérer ça à leur sauce’, confie encore ce témoin ».  Les policiers ont alors fait le lien avec Charaffe el-Mouadan, connu sous le nom de « Souleymane », parti en Syrie à la fin de l’été 2013.

Cette piste est confortée par les liens que ce dernier entretenait avec Samy Amimour, l’un des terroristes du Bataclan. Les deux hommes sont des amis d’enfance et viennent du même quartier de Drancy. Ils avaient été mis en examen – avec Samir Bouabout – en octobre 2012 pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Charaffe el-Mouadan avait suivi des cours de tirs en mars 2012 au sein de l’association nationale de tir de police (ANTP) situé dans le 18e arrondissement de Paris – où Samy Amimour s’était également entraîné. Ce dernier enfreint son contrôle judiciaire le 11 septembre 2013 et rejoint Raqqa en Syrie, en passant par Marseille, l’Italie et la Turquie. Visiblement il suit les traces de Charaffe el-Mouadan.

L’invraisemblable fuite de Salah Abdelsam

Avant l’aube du 14 novembre, Salah Abdeslam a cherché par tous les moyens à échapper à la police et quitter Paris. Il s’est d’abord tourné vers son cousin parisien, le suppliant de « venir le chercher à Châtillon dans le 92 » parce qu’il était « dans la merde ». Scotché à la télévision, le cousin refuse : « Je ne sais pas si t’es au courant, mais il y a des attentats. » « Ah ouais, il y a des attentats ? » lui répond Salah dans cet échange surréaliste.

Avec le même téléphone, dont la puce a été achetée à Barbès au nom de l’écrivain voyageur du XIXe siècle, Pierre Loti, le terroriste en fuite contacte ses amis belges, Mohamed Amri et Hamza Attou. Après avoir convaincu ses copains de Molenbeek (Belgique) de venir le chercher à Paris, Abdeslam donne ses indications par texto depuis l’allée Vauban à Châtillon (Hauts-de-Seine) où il se cache à partir de minuit. A 2 h 22, la situation est critique : « J’ai plus de crédit. Au drive du Mac Do, attendez là, c’est au numéro un. » Amri reçoit le dernier texto de Salah à 5 h 27 juste avant d’arriver. Lui et Attou le décrivent « agité… pas à l’aise… pas bien ». Puis carrément menaçant : « Il nous a dit de le ramener à Bruxelles, sinon il ferait exploser la voiture. » Et pour persuader ses « exfiltreurs », Salah se vante d’avoir abattu des gens à la kalachnikov, ajoutant que son frère Brahim s’est fait exploser et que lui, le seul survivant, est le « dixième » terroriste. Soucieux d’éviter les contrôles policiers, Salah Abdeslam enjoint à ses convoyeurs d’emprunter les petites routes, mais le trio se perd et retrouve l’autoroute de Belgique. Ils n’évitent donc pas les barrages et subissent pas moins de trois contrôles, en France.

Au premier, « le policier nous a demandé si on avait consommé », selon le récit d’Attou. Salah reste silencieux sur la banquette arrière. Amri et son copain répondent « oui » puisqu’ils viennent de fumer un joint. « Le policier a dit que ce n’était pas bien, mais que ce n’était pas la priorité aujourd’hui. » Ce n’est qu’au deuxième contrôle qu’on leur demande leurs papiers. Au dernier, près de Cambrai, Salah donne même son adresse de Molenbeek. A cet instant, il n’est pas encore recherché.

Dans un documentaire de la chaîne belge et néerlandophone VTM, le ministre de la justice Koen Geens révèle que Salah Abdeslam a failli être arrêté à Molenbeek deux jours après les attentats de Paris. Le terroriste en fuite aurait été repéré à Molenbeek la nuit du 15 au 16 novembre. Sauf qu' »aucune perquisition ne peut être effectuée entre 21h et 5h du matin, indique le Code pénal, selon un texte datant de 1967. Il existe quelques exceptions – le flagrant délit, un incendie – mais le terrorisme n’en fait pas partie », rapporte le quotidien. Une limitation qui a « déjà sérieusement entravé » l’enquête, note le journal.

Pour le parquet fédéral, en charge du volet belge de l’enquête, on ne peut pas parler d’un raté. »Nous avions une information indiquant que Salah (Abdeslam) pouvait ou avait pu se trouver dans l’habitation en question. Une perquisition a donc été effectuée et n’a rien livré. Affirmer qu’on n’a pas pu l’arrêter parce que nous ne pouvions pas effectuer de perquisitions entre 21h et 05h et qu’il s’est échappé durant cette tranche horaire est une extrapolation », a expliqué un porte-parole du parquet, cité par l’agence Belga. De son côté, la RTBF affirme que Salah Abdelslam se trouvait à Molenbeek, jusqu’au 16 novembre en matinée mais « qu’il ‘il est passé entre les mailles du filet, dissimulé dans un meuble », indique une source proche de l’enquête citée par le média belge. « Ce matin-là, trois jours après les attentats, les unités spéciales ont pris d’assaut ce bâtiment de la rue Delaunoy, mais Abdeslam ne s’y trouvait finalement pas. On détecte toutefois des traces de son passage lors de la perquisition, ce qui amène à la conclusion que le suspect est parvenu à filer avant l’intervention des forces de l’ordre », précise la radio-télévision belge.

« L’hypothèse la plus probable est qu’il a été exfiltré par des complices. Des complices qui auraient, selon nos informations, profité du va-et-vient des voitures et d’un déménagement pour dissimuler Salah Abdeslam, soit dans un véhicule, soit peut-être dans un meuble. C’est aujourd’hui l’hypothèse qui est privilégiée par les enquêteurs. »

Hakim Benladghem, le précurseur

jg1

Il était « blindé d’armes technologiques » de dernier cri lorsque la police antiterroriste belge a voulu l’intercepter sur l’autoroute entre Bruxelles et Tournai en mars 2013. Elle le soupçonnait de préparer un attentat au moment de Pâques. Refusant de s’arrêter, Hakim Benladghem, 39 ans, a été abattu au volant de sa voiture. Ce Français originaire de Meurthe-et-Moselle était installé depuis 2009 à Anderlecht, rue de la Courtoisie dans la banlieue de la capitale belge. Aujourd’hui, l’enquête de la police fédérale belge révèle les liens étroits de cet homme, présenté comme un solitaire, avec la mouvance salafiste toulousaine et les organisateurs de filières jihadistes afghanes. Un solitaire très entouré encore une fois.

Lorsque son domicile d’Anderlecht a été perquisitionné, les policiers belges ont retrouvé des fusils d’assaut allemands HK neufs dont la vente est réservée aux unités antiterroristes de gouvernements clairement identifiés. Mais aussi un bouclier blindé identique à celui utilisé par les gendarmes en France, des munitions par kilos, des systèmes de vision et de visée nocturne dernier cri, un gilet pare-balles avec des plaques en céramique et des masques à gaz ultra-performants. Il disposait de rations, de réserves d’eau et même d’un kit médical comprenant des garrots automatiques et des seringues auto-injectables de produits d’urgence pour faire face à des blessures graves. Une partie de son appartement était piégée : il avait anticipé l’assaut de son domicile.

Hakim Benladghem se fait repérer quand il tente de rejoindre les groupes islamistes les plus durs du Hamas dans la bande de Gaza, à une époque où Israël est victime d’intenses bombardements de roquettes. Mais il y est interdit de séjour. Et, le 6 avril 2008, il est arrêté au poste-frontière égyptien qui mène à Gaza où son frère Farid est installé. Signalé à ce moment-là, Hakim est placé sous surveillance. Et pour cause, son téléphone portable a réceptionné 149 appels en provenance de la bande de Gaza (45 entre le 2 et 4 février 2008 et 104 entre le 4 et le 9 février). L’homme est soupçonné en fait d’être un logisticien du Hamas.

Loin d’être un « solitaire engagé dans un jihad individuel » comme le laissaient entendre les autorités, Hakim Benladghem connaît du beau monde de la mouvance islamiste. Et notamment les frères Clain, des Français convertis qui ont été condamnés par le tribunal de Paris en 2009 pour avoir été les logisticiens d’un réseau de passeurs de candidats au jihad en Irak. Une filière dite toulousaine, dont le mentor n’est autre qu’Olivier Corel, surnommé l’Emir blanc, un proche d’Abdelkader et Mohamed Merah, le tueur au scooter de la Ville rose. C’est cet imam d’origine syrienne, installé en Ariège, qui a marié religieusement et divorcé Mohamed Merah en janvier 2012.

Les écoutes permettent également de tracer des liens avec le Nancéien Kamel Bouchentouf, 41 ans, « propagandiste de la cause arabe » qui avait posté sur le Net plusieurs cibles choisies pour passer à l’action. Un homme condamné en décembre 2008 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actions terroristes ». Et sans oublier Farouk Ben Abbes.

Les écoutes permettent également de tracer des liens avec le Nancéien Kamel Bouchentouf, 41 ans, « propagandiste de la cause arabe » qui avait posté sur le Net plusieurs cibles choisies pour passer à l’action. Un homme condamné en décembre 2008 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actions terroristes ». Et sans oublier Farouk Ben Abbes,

Fabien Clain

Fabien Clain, un Toulousain d’origine réunionnaise converti à l’islam, s’est rapproché de la mouvance salafiste au début des années 2000 aux abords de la mosquée « El Hussein », dans le quartier du Mirail. Décrit par d’anciens proches comme instruit, « très fort en religion », ayant un « véritable talent pour convertir les gens » et les « manipuler », il s’impose rapidement comme l’un des principaux idéologues du courant salafiste toulousain.

La famille Clain ne passe pas inaperçue au Mirail. Portant la barbe et la djellaba, les deux frères tiennent un stand de vente d’objets islamiques sur un marché, qu’ils utilisent pour enrôler de jeunes Toulousains. Ils ont épousé deux converties qui portent la burqa – à une époque où cette coutume était encore une curiosité – ce qui leur vaut d’être surnommé « le clan des Belphégor ».

La famille se rapproche au début des années 2000 d’une autre communauté salafiste, structurée autour d’un Français d’origine syrienne, Olivier Corel, dit « l’Emir blanc ». Ce guide spirituel, ancien responsable en France des « Frères musulmans syriens », tient des sessions d’enseignement religieux dans sa ferme d’Artigat, une petite commune ariégeoise. Des jeunes venus des cités toulousaines s’y pressent pour écouter ses prêches.

C’est dans cette ferme reculée que Fabien Clain, désormais surnommé « Omar », fait la connaissance d’Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, et d’un de ses bons amis, Sabri Essid, alors âgé de 16 ans. Le groupe d’Artigat, considéré comme l’un des noyaux historiques du djihadisme français, se consolide par alliances : le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah.

En janvier 2003, les frères Clain s’installent quelque temps en Belgique. Les « Réunionnais », comme on les appelle, gravitent autour d’une filière belgo-tunisienne à l’origine du départ de Murielle Degauque, morte le 9 novembre 2005 dans un attentat-suicide à Bagdad. Les frères Clain font alors la connaissance de deux figures du djihadisme : Farouk Ben Abbes, un Belge d’origine tunisienne, et Hakim Benladghem, un ancien légionnaire français d’origine algérienne.

Les frères Clain, Farouk Ben Abbes, Hakim Benladghem… La petite amicale franco-belge ne va pas tarder à faire parler d’elle. En 2009, Fabien Clain et Hakim Benladghem apparaissent dans une enquête sur des menaces d’attentats visant le Bataclan. Cette salle de spectacle, dont les propriétaires à l’époque sont juifs, organisait chaque année un concert de soutien en faveur de Magav, la police des frontières israélienne, qui déclenchait l’ire de plusieurs associations et de groupuscules radicaux.

Rentré dans la région de Toulouse, Fabien Clain a entre-temps poursuivi son œuvre de recrutement au sein de la filière d’Artigat. Quelques mois après les menaces d’attentat visant le Bataclan, il est condamné en juillet 2009 à cinq ans de prison pour avoir organisé l’acheminement vers l’Irak de plusieurs jeunes Toulousains entre 2005 et 2006.

Ses recrues prenaient souvent l’avion depuis la Belgique, où elles étaient accueillies par des « frères » bruxellois, puis transitaient par la Syrie ou l’Egypte avant de tenter de gagner le bourbier irakien. Mais la cellule est démantelée avant d’avoir pu mettre le pied en Irak. Deux disciples de Fabien Clain, Sabri Essid et Thomas Barnouin, seront arrêtés près d’Homs en décembre 2006 par les autorités syriennes alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre le champ de bataille, au sein d’une cellule d’Al-Qaida composée de Syriens et de Saoudiens.

Durant son procès, Fabien Clain se définira comme ayant suffisamment de connaissance religieuse pour « influencer une personne indécise ». Il affirme s’en tenir à une lecture « défensive » du djihad, arguant que « quand un pays se fait envahir par un autre pays ou même si le voisin musulman se faisait attaquer, il faut le défendre ». Il soutient devant la cour qu’il n’approuve pas les attentats-suicides. Un de ses coaccusés affirme que son djihad consistait surtout à envoyer les autres mourir à sa place. Libéré en août 2012 après avoir purgé trois de ses cinq années de prison, Fabien Clain refait sa vie en Normandie avec femme et enfants. Puis disparaît en Syrie, vraisemblablement courant 2014.

L’aîné de la fratrie n’a pas rejoint seul les rangs de l’Etat islamique (EI). Il y a reconstitué son clan, à l’abri des poursuites judiciaires. Son ancien élève Sabri Essid, désormais âgé de 30 ans, a gagné la Syrie au printemps 2014, en même temps qu’une dizaine d’anciens membres de la cellule d’Artigat. Le 11 mars 2015, jour du troisième anniversaire de la tuerie de Mohamed Merah, Sabri Essid apparaît dans une vidéo de propagande sur laquelle on voit un garçon, identifié comme son beau-fils, âgé de 13 ans, abattre à bout portant un Arabe israélien accusé d’espionnage pour le compte du Mossad.

Fabien Clain a disparu des radars. Il ne va pas tarder à réapparaître dans les fiches des services de renseignement. Le 19 avril 2015, un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, est interpellé à Paris après s’être tiré une balle dans la jambe alors qu’il s’apprêtait à mitrailler la sortie de messe d’une église de Villejuif (Val-de-Marne). L’enquête établira que deux membres français de l’EI, avec qui il communiquait dans l’élaboration de son projet, avaient été endoctrinés à distance par Fabien Clain avant de le rejoindre en Syrie début 2015. Un projet d’attentat avorté sur lequel plane une autre ombre : celle du Belge Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attaques de vendredi.

Entouré de sa famille et de ses anciens disciples, Fabien Clain a recréé en Syrie le biotope d’Artigat. Il continue de recruter, depuis l’étranger cette fois, et semble avoir joué un rôle dans au moins deux attaques visant la France depuis le début de l’année. Le conflit syrien lui a donné l’occasion de parachever l’œuvre qu’il n’avait pu mener à son terme durant la guerre d’Irak. Le champ de bataille a changé. Les ambitions de ce djihadiste de la première heure aussi. Il ne s’agit plus seulement d’envoyer des Français se battre à l’étranger : le conflit s’est déplacé sur le sol français.

Foued, Mourad et les autres

Un Strasbourgeois de 23 ans, Foued Mohamed Aggad, qui était parti pour la Syrie à la fin de 2013, a été identifié comme étant le troisième kamikaze du Bataclan, où quatre-vingt-dix personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors des attentats du 13 novembre, ont indiqué, mercredi 9 décembre, des sources concordantes. Issu d’une fratrie de quatre enfants, il s’était rendu en Syrie en décembre 2013. Sur France Bleu Alsace, le spécialiste de la mouvance islamiste, David Thomson, décrit Foued Mohamed-Aggad comme une « petite célébrité du djihad » qui postait depuis la Syrie de nombreuses photos de lui tout sourire. « Il n’était pas dans la dissimulation, c’était une petite célébrité du djihad. On aurait pu imaginer qu’il aurait des problèmes à passer la frontière et pourtant, il est passé ». L’appartement de sa mère, avec qui il était resté en contact, a été perquisitionné dans la nuit de mardi à mercredi selon RMC. J’ai des nouvelles tous les jours de lui, confiait sa mère, citée par « Le Parisien ». Il ne raconte rien de ce qu’il fait de ses journées. Il est avec sa femme en Syrie. »

Le djihadiste originaire du quartier de la Meinau, à Strasbourg, était parti pour la Syrie avec son frère et un groupe d’amis, qui sont, pour la plupart, rentrés et ont été interpellés au printemps 2014 en France, alors que lui était resté sur place, a précisé une source policière, confirmant une information du Parisien. Deux de ces hommes – Yassine et Mourad Boudjellal – avaient trouvé la mort, quelques jours seulement après leur arrivée.

Après avoir passé la frontière turque, le petit groupe de Strasbourg avait gagné la région d’Alep. S’ensuivent deux semaines d’entraînements aux combats. Ils viennent ensuite grossir les rangs de l’EIIL, l’État islamique de l’Irak et Levant. Mais début janvier 2014, tout s’accélère et des tensions, nourries de rivalité entre factions djihadistes, apparaissent. Mourad Farès  quitte l’EIIL pour Jabhat Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. Les frères de la Meinau eux, restent dans l’EIIL. C’est lors d’un règlement de comptes entre djihadistes que Yacine et Mourad trouvent la mort, le 10 janvier. Le lendemain, Yacine aurait eu 28 ans.

Quand le départ des Strasbourgeois est révélé par Europe 1 en janvier 2013, la cité de la Meinau a vite attiré l’attention des médias qui cherchaient à interroger les familles. Sami, le petit frère de Yacine et Mourad, avait d’ailleurs bousculé quelques journalistes, et refusé de témoigner. Une fois seulement, il a accepté de nous rencontrer. C’était trois mois après la mort de ses frères. Il se disait alors « choqué » mais « fier d’eux ». Yacine et Mourad étaient, d’après lui, « partis pour une bonne cause ».

Nés à Strasbourg dans une famille d’origine algérienne, Yacine et Mourad sont les aînés d’une fratrie de quatre garçons et une petite soeur. Leur père, un homme âgé d’une soixantaine d’années lorsqu’ils naissent, est marié à une femme plus jeune, et souvent absent. Les deux frères ont le profil type des garçons de leur âge : ils aiment sortir en boîtes, le rap, et « parler de nanas ». Plus jeune, Yacine avait décroché un bac professionnel en électrotechnique. Il s’était marié en septembre 2013 à une jeune femme qui ne se doutait pas de ses intentions. Son départ a d’autant plus choqué, qu’il avait le projet d’ouvrir à bar à narguilés à Brest. Mourad lui, était agent de sécurité.

« Ils ont le profil type des gens faibles, qui marchent à l’émotion. Yacine répétait beaucoup les choses qu’il entendait par ci ou par là, il ne cherchait pas par lui-même. C’était quelqu’un de malléable. Ils ont commencé par fréquenter la mosquée, un peu par effet de mode. Puis Mourad a commencé à se rapprocher de la religion, il en parlait tout le temps. Ensuite, il a commencé à s’intéresser à la Syrie, il parlait du djihad. Il n’en parlait pas à ses proches, mais à des gens qu’il voyait moins souvent, pour pas trop éveiller les soupçons. »

Au fur et à mesure que les souvenirs reviennent, le puzzle prend forme. Ils se souviennent des jeux de paintball entre les immeubles de la cité, l’été précédant leur départ. Ce qu’ils avaient pris pour un passe-temps était en réalité une forme d’entraînement camouflé au maniement des armes. Ils se rappellent aussi que Yacine et Mourad n’allaient plus prier à la mosquée de la Meinau, préférant aller à l’Elsau, où ils auraient rencontré leur recruteur. Et puis, juste avant leur départ, ces photos qu’ils prenaient avec leur mère, en guise de souvenir, et leurs affaires : vêtements de marque, CD, etc. qu’ils ont commencé à distribuer autour d’eux.

« À leur retour, ils se sont faits petits. Un ami, qui savait qu’ils allaient rentrer, nous avait prévenu. Nous, on ne supportait pas qu’ils soient là, sans s’expliquer devant la mère de Yacine et Mourad. Du coup, on en a rencontré deux de la bande. À notre manière, on a enquêté et on a un peu joué aux journalistes, la violence verbale en plus. Une semaine avant la descente du RAID, on a sonné à une heure du matin chez l’un d’entre eux qui habitait à Illkirch. On l’a traîné devant la maman de nos amis. Pendant plus d’une heure, on l’a questionné, on a eu des débats religieux. Il faisait le malin en disant qu’il avait envie d’y retourner et que sa mère était venue pleurnicher jusqu’en Turquie pour le récupérer. On lui a un peu mis la pression alors il nous a filé le contact d’un autre gars, qui lui aussi était rentré. On a été surpris de le voir en mode beau gosse, propre sur lui, et serveur dans un bar à chichas de la Plaine des Bouchers. Il bossait, comme si rien ne s’était jamais passé. Mais lui était plus sentimental, il semblait très choqué mais il nous a quand même dit que dès qu’il en aurait l’occasion, il repartirait. Et nous, on leur demandait : « pourquoi vous êtes revenus ? » Et ils nous répondaient qu’ils n’étaient pas revenus par choix mais qu’ils avaient été balancés par un passeur quand ils sont passés en Turquie pour chercher de l’argent. »

Ce serait après visionné « Al Mahdi et le second Khilafah » une vidéo de 48 minutes inspiré d’une esthétique de jeux vidéos et de films de science-fiction, et multipliés les échanges internet avec Mourad Farès, un homme de 30 ans, originaire de Thonon-les-Bains, que les Strasbourgeois, les ados de Nice, une lycéenne d’Avignon et bien d’autres de Lunel et d’ailleurs, se seraient enrôlés. Dans une interview à VICE en février, l’homme s’en félicitait. Durant l’enquête, ils ont dit être partis pour la Syrie dans un « but humanitaire ». Ils ont aussi expliqué être tombés de haut face aux horreurs qu’ils ont pu découvrir dans ce pays, et sont revenus en France de manière échelonnée à partir de février 2014.

Mourad Farès est l’avant-dernier d’une famille de six enfants, originaire d’Agadir. Titulaire d’un bac scientifique avec mention, Mourad Fares a suivi des études à Lyon. France Info explique qu’il se lie alors d’amitié avec un journaliste du magazine en ligne Vice, selon qui « Mourad Fares buvait de l’alcool et n’avait en apparence pas le profil d’un jeune embrigadé dans une mosquée ». Après des études d’hôtellerie, Mourad Fares bascule peu à peu dans l’islamisme. Selon le Nouvel Observateur, qui publiait en mai un portrait du jeune homme, ce dernier se rebaptise Mourad Hadji après un pèlerinage à La Mecque, et commence à réaliser des vidéos appelant au djihad.

Son premier départ en Syrie date probablement de juillet 2013. A partir de cette date, il s’affiche sur Facebook avec une barbe, affirmant qu’il vit à Alep. Selon le Nouvel Observateur, sitôt arrivé, il poste sur Facebook le message suivant : « Oui je suis terroriste et fier de l’être !!! C’est un ordre suprême d’Allah ». Surnommé Abou Hassan ou Mourad Al-Faransi, Mourad Fares est alors très actif sur les réseaux sociaux, se faisant le propagandiste du djihad en Syrie et appelant les musulmans français à le rejoindre.

Interrogé en février 2014 par le journaliste de Vice qu’il avait rencontré au cours de sa période lyonnaise, Mourad Fares mâche pas ses mots. Il explique avoir décidé de rejoindre la Syrie à l’hiver 2013 à la suite de « la mort subite d’un cousin de 32 ans », qui lui avait fait prendre conscience de la nécessité d’arrêter « les bêtises » et de partir « remplir [ses] obligations religieuses ». L’homme se présente alors comme « l’un des principaux prêcheurs » auprès des Français. Et se vante : « Tous les djihadistes [français] dont on parle dans les journaux sont passés par moi ».

Un temps présenté comme « un émir » des djihadistes français ou francophones, l’importance réelle de Mourad Fares reste incertaine et lui donner un tel rôle « est exagéré », estimait au printemps une source proche du dossier. Il était « plutôt dans la logistique » et dans « la promotion du djihad » que dans un rôle de commandement opérationnel.

Selon une source proche du dossier, il accueillait les volontaires francophones et œuvrait des deux côtés de la frontière turco-syrienne. D’après le Nouvel Observateur, son système de recrutement est « assez simple ». Il discute avec ses admirateurs sur Facebook, puis leur envoie en privé les contacts que les candidats djihadistes peuvent appeler à leur arrivée en Turquie, et enfin organise des « convois » pour leur faire passer la frontière. A Reyhanli, en Turquie, il aurait notamment organisé un « centre de transit » pour Français dans un hôtel.

Ce n’est que le 24 juillet 2014 qu’un mandat d’arrêt international est finalement émis à son encontre. Fares prend presque aussitôt attache avec la DGSI, fait part de son souhait de revenir au pays, demande à plusieurs reprises à être mis en relation avec le fonctionnaire qui gère son dossier. Il sera finalement interpellé en Turquie le 16 août 2014, placé dans le centre de détention administrative d’Istanbul puis expulsé vers la France, où il sera immédiatement placé en détention provisoire.

Le 11 43 de Mohamed Merah

img037

Peu avant de mourir, Mohamed Merah tient un pistolet 11,43. L’arme américaine fabriquée par la société Remington Rand porte le numéro de série 928669. L’enquête judiciaire, instruite à Paris par le juge antiterroriste Christophe Teissier, la mentionne, mais sans en déterminer l’origine. Or, remonter à la source permet de recenser les appuis et réseaux dont Mohamed Merah a bénéficié dans son expédition meurtrière. Par le biais de membres de la Fédération française de tir, avec l’écrivain Guillaume Dasquié, nous avons pu pour Le Nouvel Observateur retrouver le propriétaire de l’arme.

C’est un champion de tir longue distance habitant près de Toulouse, Alain Hugot, qui dispose de toutes les autorisations préfectorales requises pour la détention d’armes de guerre. Ce colt lui a été volé le 29 juin 2011, lors d’un cambriolage commis alors qu’il se trouvait aux côtés de son épouse, hospitalisée. Les voleurs, manifestement bien renseignés, ont dérobé deux caisses, une de 80 kilos d’armes (avec le colt à l’intérieur) et une autre contenant des centaines de munitions.

À l’époque, on avait retrouvé rapidement une partie du stock dérobé chez Alain Hugot, et plusieurs personnes ayant eu ces armes en main avaient été identifiées. Tel Didier Ferrer, 42 ans, le dernier utilisateur d’un gros calibre contenu dans la caisse de 80 kilos, un PGM Ultima Ratio, un fusil en usage chez les snipers des forces spéciales françaises, retrouvé dans un pavillon d’Albi, à 75 kilomètres de Toulouse, lors d’une descente de police au mois de juillet 2011. Arrêté, Ferrer a refusé de révéler les noms des personnes lui ayant permis de se procurer l’engin. Connu depuis longtemps du SRPJ de Toulouse, il a été incarcéré. Dans ce dossier, instruit à Bordeaux, il est poursuivi pour avoir participé à un vaste trafic de cocaïne entre l’Espagne, certains quartiers de Toulouse et d’autres villes du Sud-Ouest, avec des ramifications en Afrique du Nord.

Mohamed Merah conduisait bel et bien de temps en temps des chargements pour des go fast. Plusieurs éléments recueillis depuis le début de l’enquête nous éclairent sur son implication et aussi, au-delà, sur la participation des salafistes au commerce illicite de la drogue. Ferrer en prison, les enquêteurs qui cherchent la provenance des armes, vont remonter jusqu’à Hossein AA, un petit escroc des Izards avec des connexions en Bulgarie.

Passeports en solde

Ainsi, d’après les informations du « Parisien », l’un des kamikazes du Stade de France avait un document 003-14-L-010302, émanant d’un lot de 3.800 passeports volés à l’état vierge en Syrie. Ce « stock avait été pris lors d’un raid mené sur Raqqa et Deir-ez-Zor » et réparti entre l’EI et l’autre groupe djihadiste rival Jabhat al-Nosra. Le deuxième kamikaze, dont le passeport a été retrouvé calciné, possédait un faux document appartenant à un lot de 1.452 pièces volées à Raqqa. Selon les experts interrogés par le quotidien, « toutes les sécurités attendues sont présentes », comme la gravure au laser, l’impression offset. Seules les photos auraient été changées, rendant plus difficiles la détection de tels documents.

Le Homeland security investigations (HSI), branche chargée des enquêtes au sein du Département de la sécurité intérieure (DHS) aux Etats-Unis, a publié début décembre un rapport – révélé par ABCNews – confirmant ce trésor de guerre pris à Deir ez-Zor et Raqqa. « Depuis 17 mois que Raqqa et Deir ez-Zor sont passées aux mains de l’EI, il est possible que des individus de Syrie avec des passeports provenant des territoires contrôlés par l’EI, aient pu voyager aux Etats-Unis ».

Une source explique à CNN que le groupe djihadiste a la possibilité en parallèle d’avoir accès à des données biographiques et à des empreintes digitales sur des citoyens syriens et ainsi de voler de nombreuses identités.

« Le Parisien » évoque également la possibilité d’un stock de passeports prélevés directement sur les combattants étrangers qui doivent laisser leurs documents à l’EI à leur arrivée. « Ces passeports authentiques sont ensuite réattribués à des combattants physiquement ressemblants. »

Ce magot peut servir à la fois à fournir de faux papiers à d’éventuels terroristes mais aussi à alimenter un trafic déjà important depuis le début de la révolution syrienne, qui s’est vraisemblablement accru avec l’aggravation de la guerre et du nombres de réfugiés. Quelque 8% des migrants arrivés en Allemagne ont présenté un passeport syrien douteux pour demander le statut de réfugié. Ce qui reste peu élevé.

« Libération », qui rapporte le témoignage d’un réfugié syrien, expliquait il y a un mois combien il était simple de se procurer de faux papiers d’identité en Turquie. « Il y a une quantité assez incroyable de filières. Même sans contact, il suffit de demander à un ami ou à une connaissance syrienne sur Facebook, qui lui-même saura où se renseigner. En quelques jours vous avez trouvé ».

Sur le marché noir, ces « vrais-faux passeports » se négocient entre 1.000 et 1.500 euros la pièce. « Libération » parle de 200 euros pour un faux passeport syrien de mauvaise qualité, et de 10.000 euros pour un passeport européen. Selon le rapport du HSI, les passeports syriens peuvent coûter entre 200 et 400 dollars, si on les achète en Syrie.

Selon les chiffres d’Interpol, révélés par « Le Figaro », pas moins de 250.000 passeports sont signalés volés ou perdus en Syrie et en Irak, dont ces documents vierges récupérés.

Salafistes

À Tagmouth Khamis, banlieue cairote, les routes sableuses, les bâtiments bruts qui alternent avec d’autres peints en orange ou jaune et les détritus jonchant le sol contrastent avec le centre-ville du Caire, goudronné et propre. Le quartier est modeste. Les Français qui s’y installent aussi. À quelques mètres, loin des bennes à ordures prises d’assaut par les chats errants, des villas un peu plus chics, où là aussi des Français habitent depuis plusieurs années, font rêver ceux qui viennent d’arriver.

Quatre mosquées encerclent le quartier. Dans l’un des immeubles, Oum Obeydallah reçoit ses amies dans son appartement spacieux fraîchement rénové, où la décoration blanche et violette, apportée de l’ancien studio qu’elle occupait en France, tranche avec les fauteuils et le tapis jaune au style égyptien. Lorsqu’elles entendent l’adhan (l’appel à la prière), tandis que les hommes se dirigent vers la mosquée la plus proche, les sept femmes vêtues de leur djilbeb noir (robe ample avec ou sans capuchon) s’installent sur les tapis de prière tournés en direction de La Mecque. Côte à côte, en rang serré « pour ne pas laisser passer le Sheitan (le diable) », elles récitent les versets du Coran et se prosternent. « Je remercie Allah car j’ai accompli ma hijra [l’exil], en Égypte », déclare enthousiaste la locataire des lieux.

Nombreux sont les Français musulmans du courant salafi à se regrouper dans ce quartier pour pratiquer la hijra, l’exil en terre musulmane. L’Égypte est une destination prisée pour le faible coût de la vie quotidienne et les cours d’arabe littéraire bon marché. Depuis 2010, date d’entrée en vigueur de la loi d’interdiction du port du voile intégral en France, beaucoup de ces fidèles ultraorthodoxes – qui refusent la mixité entre hommes et femmes, font passer la loi religieuse avant toute chose, assument un mode de vie communautaire centré sur le respect de la « bienséance islamique » (refus de la musique, de la télévision, de l’alcool, etc.) – ressentent le besoin de partir afin de « pratiquer correctement » leur religion. Leur modèle : le prophète Mahomet et ses compagnons, qui ont abandonné La Mecque en 622 pour s’installer à Médine afin de préserver leur vie et leur foi. Si leur nombre est difficile à établir, Samir Amghar, sociologue, spécialiste du salafisme et de l’orthodoxie en islam et chercheur à l’Université libre de Bruxelles, observe que ces départs sont moins importants que ceux de l’alya des juifs en Israël et plus dilués car la hijra ne bénéficie pas de l’aide d’un État. En 2008, le consulat de France à Alexandrie en recensait pas moins de 500 sur les 5 000 ressortissants français, soit 10 %, un chiffre non négligeable.

Considérant que les risques d’« égarement » sont grands dans un pays « mécréant » comme la France, il faut donc préserver à tout prix le dogme grâce à l’exil. « Pour tout musulman, la hijra est une obligation dès lors qu’on nous empêche de pratiquer notre foi », explique Oumou, 24 ans, une fois la prière terminée. Une autre, Aïcha, va plus loin, le ton alarmiste : « Même si tu as fait le bien autour de toi, que tu as fait tes cinq prières, si tu meurs en pays koufar [mécréant], tu vas en enfer. »

Un soir, à Khamis, comme souvent, les Françaises se sont réunies chez Oum Maryam, une Guinéenne installée depuis huit ans au Caire. Myriam, 27 ans, dont la mère est française et le père algérien, est arrivée il y a sept ans avec son mari, un Français d’origine ghanéenne. « Je ne me vois plus vivre en France, affirme-t-elle avec force. Je m’y sens emprisonnée. Je ne me sentais pas en sécurité quand je portais le niqab [vêtement qui couvre tout le corps ne laissant voir que les yeux]. Avec mon mari, on se faisait insulter : “Retournez en Arabie saoudite, vous n’avez pas honte ?” » « Ici, c’est simple : beaucoup portent le niqab, même les prostituées », remarque-t-elle.

Elle est l’une des rares à identifier les raisons de sa conversion : « J’ai eu une déception amoureuse. Je ne voulais plus me rabaisser pour un homme. J’ai commencé à faire la prière, à lire des livres et à me renseigner sur Internet. Personne n’a vu venir : je sortais beaucoup, j’aimais plaire, je faisais des spectacles de danse… Je n’étais pas une fille discrète. Dans le quartier, tout le monde était choqué. Il y a dix ans, à Épinay-sur-Seine [en Seine-Saint-Denis, ndlr], il y avait peu de musulmans pratiquants. On pensait que c’était une mode passagère. Mais je ne l’ai jamais enlevé depuis. » Un jour, elle tombe par hasard sur une connaissance du lycée, qui sort de la mosquée. Neuf mois plus tard, il deviendra son mari. Mais comme pour contredire les préjugés dont elle souffre en France, elle tient à préciser : « Je suis rentrée dans la religion avant d’être mariée. Ce n’est pas mon mari qui m’y a obligée. » C’est ensemble qu’ils emprunteront le courant salafi. Qu’ils viendront étudier l’arabe et le Coran en Égypte. Naturellement, la question de la hijra s’imposera ensuite. « On ne rejette pas notre identité française mais il est vrai qu’aujourd’hui, nous n’avons plus notre place dans la société », poursuit-elle. Elle marque un silence : « C’est le vivre-ensemble qui n’est plus possible. »

Ces dernières acceptent, voire assument, l’idée d’être sous la responsabilité de leur mari ainsi que la polygamie. De la même manière, elles se plient à l’interdiction de travailler et de se déplacer sans leur mari.  Lorsqu’elles ne se voient pas, c’est sur le réseau social Viber qu’elles communiquent. Ainsi, un groupe « Le Bon coin du Caire » s’est créé pour vendre ou acheter meubles, vêtements d’occasion ou trouver un appartement. Le groupe « Égypte Info », lui, est destiné à tenir informé de tout ce qui touche aux visas, aux voyages mais aussi à diffuser des rappels religieux. « Oui nous sommes françaises, on recrée tout ce qu’il y a de bien de France en Égypte. » Sous-entendu, dans le respect des règles de l’islam. Ainsi, beaucoup font leurs courses chez Carrefour, achètent leurs meubles chez Ikea. « Mais avec une différence de taille : dans les centres commerciaux, il y a des salles de prière. »

La conversation dérive sur les Misiris : les Égyptiens. Les rares liens avec la population locale résident dans l’échange de services : ces expatriés qui pratiquent un islam rigoriste emploient des Égyptiennes pour faire leur ménage ou encore des chauffeurs de taxi privé pour les conduire en ville. Les critiques envers les « locaux » ne tarissent pas : « Ils sont sauvages », se moquent-elles. Oum Zakaria avoue : « On ne se mélange pas mais c’est plutôt à cause de la barrière de la langue. »

Oum Zakaria, née d’une mère arménienne et d’un père français, habitant à Bois-Colombes dans les Hauts-de-Seine, est arrivée au Caire il y a quatre ans. « Dans mon entourage, il n’y avait pas beaucoup de musulmans », dit-elle. Au collège, elle rencontre une amie dont la mère est kabyle et le père juif. Celle-ci se convertit à l’islam, met le voile et fréquente une « sœur » qui met le djilbeb. Oum Zakaria reste fidèle à son amie sans prendre part à son parcours religieux. Mais en l’accompagnant chez cette « sœur », elle commence à se poser des questions. Comme pour beaucoup, sa découverte de l’islam se fait par des livres achetés dans les librairies coraniques et sur Internet.« C’était très dur pour mes parents. Ils pensaient que j’étais dans une secte. J’ai compris leur réaction. Mais vous savez, ils ont changé d’avis en voyant mon comportement : la religion, ce n’est pas la dureté. Je n’ai pas de haine envers les non-musulmans », veut-elle rassurer. Commerciale dans une maison de disques, elle a tout arrêté. « La mixité et la musique : c’était incompatible avec ma foi », ajoute-t-elle. Peu à peu, elle se sépare de ses amies : « On ne partageait plus rien. Pour moi, il n’y avait pas de problème, ce sont elles qui ont coupé les ponts. Quant à mon amie, elle a enlevé son voile et n’a plus voulu de mes nouvelles dès que j’ai porté le djilbeb. »

Issu d’une famille française « aisée », il aurait pu devenir ingénieur. Il habitait à La Queue-en-Brie, dans le Val-de-Marne. Bac S en poche, il entre en prépa polytechnique à Orléans en 2011. C’est l’année où tout bascule. « J’avais des amis musulmans. L’un d’eux, qui pratiquait, était même comme un grand frère pour moi. Un jour, je me suis dit, je vais lire le Coran : j’ai été pas mal convaincu. Tout était logique, chaque chose était à sa place, on voyait la sagesse dans les commandements », raconte-t-il. Si quelques doutes persistaient encore après cette lecture, un reportage sur les signes de la fin des temps les a balayés. Djibril arrête ses études en cours d’année. Cherche à se marier. La hijra est déjà une évidence lorsqu’il rencontre sa femme. Oumou se souvient : « Il m’a paru déterminé. Certains disent qu’ils feront la hijra quand ils auront les moyens. Lui ne voulait pas louer un appartement par exemple, pour économiser. Nous avons donc vécu chez ma mère, jusqu’à notre départ. »

Mais l’idée qu’il se faisait de la terre d’islam s’est heurtée à la réalité. « Je ne m’attendais pas à ce que le peuple soit peu pratiquant, confie Djibril. Ni à entendre de la musique à tous les coins de rue et voir si peu de gens porter la barbe. J’ai été déçu… Mais quoi qu’il en soit, c’est toujours mieux qu’en France. » Comme beaucoup d’autres Français, le jeune père de famille devra bientôt retourner dans son pays natal pour travailler quelques mois, le visa touriste qu’il a obtenu ne lui permettant pas d’occuper un emploi en Égypte. C’est la première fois qu’il laissera sa femme et ses deux enfants seuls. Ces allers-retours contredisent le principe même de la hijra« Normalement, tu ne dois pas y retourner. Si tu es malade et que tu ne peux pas te faire soigner ici, tu ne dois aller en pays mécréant que si on ne peut pas te soigner dans d’autres pays musulmans », explique Oumou. Comment le couple s’arrange-t-il avec ce principe ? « Il y a la question de l’intention, poursuit-elle. Tant que tu n’as pas exprimé à Allah l’intention de faire lahijra, elle n’est pas considérée comme telle. Pour l’instant, nous ne l’avons pas exprimée pour ne pas être en faute. » Et Samir Amghar d’analyser : « Il faut distinguer le discours et la pratique. Chez les salafistes, il y a un phénomène de bricolage permanent. Le salafiste est tout le temps en tension. »

Bosnie, Bosna

Au bout d’une mauvaise piste en terre, accroché aux collines couvertes de sapins enneigés, le petit village d’Osve, avec ses pimpantes maisons aux toits pentus, n’a pas l’allure d’un dangereux repaire de djihadistes au cœur de l’Europe. Pourtant, selon la presse britannique à scandale, Osve, à 130 kilomètres au nord-ouest de Sarajevo, serait même un centre d’entraînement pour terroristes, partisans de l’Etat islamique en Bosnie (3,8 millions d’habitants, plus de 45% de musulmans). Sur une des maisons de ce village bosniaque flotte un inquiétant drapeau. Avec une inscription en arabe en lettres blanches et un sabre, cet étendard noir est un drapeau djihadiste, dérivé de celui de l’Arabie saoudite. Les rares habitants qui entrouvrent leurs portes assurent qu’il ne faut pas y prêter attention : c’est un marginal, instable, un dérangé qui vit là et aurait accroché les couleurs du djihad. Pas si sûr.

Certes, tous les habitants se croient revenus à l’heure du Prophète – hommes en tunique, aux longues barbes fournies, à la moustache soigneusement rasée, femmes en burqa, entièrement voilées de noir. Tous pratiquent un islam salafiste, rigoriste, d’inspiration wahhabite, saoudienne. Dans le bas du village d’Osve vivent – ou, plutôt, vivaient, car beaucoup sont partis se battre en Syrie – des adeptes du djihad et de la violence. Tandis que le haut du village est de la tendance salafiste « quiétiste », « prédicative », pacifique. Bien que tous soient partisans de « l’islam des origines », les deux camps ont échangé des insultes et des noms d’oiseaux et en sont presque venus aux mains. Ils se sont mis à prier séparément. Et depuis que l’imam du village, Izet Hadzic, qui est de la mouvance quiétiste, a condamné dans les médias les attentats et la barbarie armée, la guerre est déclarée.

Ancien guitariste de rock déjanté, qui a longuement carburé à la nicotine et à l’alcool à fortes doses, désormais adepte du thé et de l’élevage des poules et des vaches, l’imam Izet Hadzic, grande barbe, tunique, pantalon noir et petites lunettes rectangulaires, explique, en souriant, la vindicte qui le frappe. « Ils ne supportent pas mes déclarations car nous pratiquons le même islam salafiste », estime-t-il après avoir chassé sa femme de la maison pour y donner cette interview. Il reconnaît qu’il craint de finir égorgé en direct sur internet.

Plus de 200 musulmans bosniaques seraient partis se battre en Syrie (40 y ont été tués), soit l’une des plus fortes proportions en Europe. Une cinquantaine sont revenus. Mais beaucoup préfèrent maintenant rester en Syrie. Selon le chef de la police : Nous pensons qu’il y a environ 3.500 terroristes potentiels dans la nature, dont une centaine sont identifiés. »

Fin novembre, une bombe a pulvérisé le toit du poste de police à Zavidovici (centre du pays), lors d’une attaque terroriste. Quelques jours auparavant, un homme lié aux milieux islamistes, criant « Allah akbar », a tué deux militaires bosniens à l’arme automatique à Sarajevo, avant de tirer sur un autobus, blessant des passagers. Puis il s’est retranché dans une maison et s’est fait exploser. En avril, toujours aux cris de « Allah akbar », un homme, avec un fusil à pompe, avait tué un policier et blessé deux autres, devant un commissariat à Zvornik (à l’est). En octobre 2011, un islamiste avait même attaqué l’ambassade américaine à Sarajevo à l’arme automatique.

Selon le chef de la police, les liens entre les djihadistes français et la Bosnie existent toujours. Il assure : Ils viennent de France acheter des armes de guerre. » Il n’exclut pas que les kalachnikovs ayant servi aux attentats de Paris, et apparemment fabriquées à Kragujevac, en Serbie, viennent de cette filière bosniaque.

Les Saoudiens ont construit à Sarajevo une grande mosquée de marbre gris, la mosquée du roi Fahd Abdul Aziz, où l’on pratique et enseigne leur variante wahhabite de l’islam. Officiellement, il ne s’agit que de la version pacifique. Ex-sportif de haut niveau devenu salafiste depuis dix ans, Emir, 40 ans, barbe bien fournie, fait commerce de produits halal, de henné, de corans et d’autres livres religieux, devant la mosquée. Il affirme condamner la violence « sauf en cas de guerre », restant ambigu sur cette notion.

L’état islamique du spectacle vivant

Chargé de cette propagande à destination de l’Occident, le Al-Hayat Media Center est devenu, depuis sa création en mai 2014, le département le plus choyé de l’État islamique. Ses membres bénéficient d’un statut à part, mieux payés et mieux protégés que celui des combattants. Dans un article publié le 20 novembre dernier, le Washington Post explique que ses responsables ont été gratifiés du titre d’« émir », et participent à ce titre aux grandes décisions stratégiques de l’EI. Ils auraient, sous leurs ordres, plusieurs centaines de producteurs, caméramans et monteurs et disposeraient d’un matériel dernier cri, livré depuis la Turquie. Une bonne partie du personnel d’Al-Hayat serait composée d’Occidentaux, notamment américains et allemands, venus rejoindre les rangs de l’État islamique qui a su mettre à profit cet afflux de nouvelles compétences. Ainsi, les recrues ayant une expérience dans le domaine de la vidéo, d’Internet, de la programmation, de la communication… sont immédiatement affectées à une unité de production. Cette intégration de djihadistes d’un nouveau type, purs produits de la culture occidentale, explique sans doute le succès des vidéos d’Al-Hayat.

Un ancien caméraman de l’EI, actuellement détenu au Maroc, raconte par exemple au Washington Post avoir participé au tournage de la vidéo de l’exécution en 2014 de 160 soldats syriens pour lequel pas moins de 10 caméramans avaient été mobilisés. La plupart des vidéos, notamment les plus morbides, sont de la même manière filmées par plusieurs caméras, en haute définition, et font ensuite l’objet d’un montage relativement élaboré destiné à « scénariser » l’exécution.  Le montage peut faire penser à celui des clips de rap. Les scènes de combat sont filmées à la manière d’un jeu vidéo. Les « scénarios » des exécutions font penser aux films de torture porn, ces films d’horreur, du type Saw, dans lequel le tueur imagine les méthodes les plus sadiques pour massacrer lentement ses victimes. Les djihadistes, eux, sont filmés comme des super-héros, en contre-plongée, ou disparaissant subitement pour apparaître à un autre endroit.

 Selon un article du site Memri de juin 2014, la propagande de l’EI à destination de l’Occident aurait été confiée, à sa création, à Abu Talha Almani, un ressortissant allemand dont le vrai nom était Denis Cuspert, plus connu dans son pays sous son pseudo de rappeur : Deso Dogg. Né en 1975, Denis Cuspert a eu son heure de célébrité en Allemagne à la fin des années 1990 au début des années 2000. Ses quelques succès musicaux lui ouvrent les portes de la télévision où on le voit régulièrement. Il effectue même, en 2006, une tournée américaine avec quelques grands noms du rap. Plusieurs fois condamné pour des délits mineurs, dont consommation de drogues, Deso Dogg se positionne alors sur le terrain du « gangsta rap » et joue de son image de dur. Il se serait radicalisé au contact de Pierre Vogel alias Abou Hamza, un ancien boxeur professionnel reconverti en prêcheur islamiste. En 2010, Denis Rupert annonce qu’il arrête le rap et explique, en pleurs, lors d’une conférence de presse, que la musique est « haram », c’est-à-dire interdite par l’islam.

En novembre 2014, il apparaît dans une vidéo de l’organisation, brandissant la tête d’une victime après l’exécution de membres d’une tribu syrienne. Au mois d’octobre dernier, le département d’État américain a annoncé qu’Abu Talha Almani avait été tué lors d’une frappe aérienne près de Raqqa en Syrie.

La plus connue de ces vidéos d’exécution est sans doute celle, diffusée en février 2015, de l’exécution d’un pilote jordanien. Longue de 22 minutes, elle commence par un exposé des « crimes » du prisonnier. Celui-ci est accusé d’avoir collaboré avec un régime apostat et d’avoir tué des musulmans en les bombardant. Lui-même avoue ses crimes, face caméra. Puis vient le moment du jugement. La scène se passe en plein air, dans les ruines d’une ville détruite par des bombardements. Elle est entrecoupée d’images des « exactions » du pilote. Celui-ci marche seul, sans entraves ni même gardien à côté de lui, comme s’il acceptait son sort. Les djihadistes, eux, se tiennent à l’écart, en rang ou debout sur des ruines entourant une cage en fer dans laquelle le « coupable » est enfermé. Ses vêtements ont été baignés d’un liquide. Un des djihadistes met alors le feu à une traînée d’essence qui remonte jusqu’à la cage. Durant deux longues minutes, l’agonie du pilote est filmée en haute définition, en gros plan et sous plusieurs angles.

Depuis, Al-Hayat a multiplié ce type de vidéos, redoublant d’imagination dans son obscénité morbide : un homme écrasé par un tank, un autre exécuté au lance-roquettes, cinq hommes portant chacun au cou un collier avec de petites charges explosives qui seront toutes activées au même moment… Dans une autre, un groupe d’hommes est enfermé dans une cage aux barreaux de laquelle ont été fixées de petites caméras de type Go-Pro, avant que celle-ci soit plongée dans une piscine. Les corps des victimes, eux, sont systématiquement maltraités, méprisés. Même lorsqu’il s’agit de combattants tués lors d’affrontements, les djihadistes n’hésitent pas à humilier leurs victimes où à poser devant la caméra avec leurs têtes.

Captagon

En juin dernier, selon le Daily Mail, lors de l’attaque terroriste menée sur la plage de Port El-Kantaoui, près de Sousse (Tunisie), le tireur était sous l’emprise d’une importante quantité de cocaïne, totalement euphorique et déconnecté. Des enquêtes journalistiques (Reuters, Times, The Guardian) ont révélé depuis 2013 l’utilisation présumée de pilules de Captagon chez les combattants de l’Armée Syrienne Libre puis dans les rangs de l’Etat islamique.

Alors que l’Etat islamique interdit formellement l’usage de drogues, sur ou en dehors du champ de bataille, sous peine de sanctions (très) sévères, des témoignages inverses se multiplient. En mai dernier, dans un reportage diffusé par Arte, un trafiquant libanais affirmait vendre des pilules de Captagon à des trafiquants syriens, qui les écouleraient ensuite auprès des combattants de l’EI ou du front Al-Nosra. En janvier, un reportage diffusé sur Vice News montrait notamment quelques objets récupérés sur les corps de combattants de Daesh tués par les soldats kurdes à Kobané. Ordinateur portable, poignard et sac de cocaïne. D’après les soldats, ils appartenaient à l’Emir Abu Zahra, un leader de l’EI, qui aurait pu distribuer la drogue au sein de ses troupes. Deux ans plus tôt, dès janvier 2013, une investigation de l’agence Reuters mettait en lumière la consommation de Captagon par les combattants de l’Armée Syrienne Libre.

Jean-Pol Tassin souligne : “Je suis surpris qu’il n’y ait eu aucune information officielle à ce sujet. Mis à part le cas du terroriste de Sousse en Tunisie, l’existence de traces de drogues n’a jamais été officiellement mentionné. Pourtant ces analyses ne prennent pas beaucoup de temps, surtout lorsque l’on sait ce que l’on cherche”.

Les ressources de l’Etat islamique

Pour la première fois, des documents comptables d’une province occupée par le groupe Etat islamique, celle de Deir ez-Zor, permettent d’estimer avec certitude ses ressources, et leur provenance. Aymenn Jawad al-Tamimi, un chercheur de 23 ans de l’université de Cardiff, les a fait fuiter : ils ont ensuite été analysés et décryptés par le Guardian et la radio publique américaine NPR.

On y apprend que la première province de l’EI retire 66 400 dollars par jour seulement en revenus pétroliers, loin derrière les 3 millions de dollars parfois annoncés. La première source de revenus de l’organisation terroriste dans cette province réside dans les confiscations (44,7 %), puis viennent les reventes de pétrole et de gaz (27,7%), les impôts (23,7%) et l’électricité (3,9%). Du côté des dépenses, la majorité d’entre elles sont dédiées aux salaires des combattants (43,6 %). Cette réalité comptable a pour conséquence la constitution d’une économie parallèle : certains biens sont réservés aux membres de l’organisation Etat islamique, qui sont prêts à dépenser des fortunes pour des produits occidentaux (comme des barres chocolatées).

L’EI dépense également 17,7% de ses revenus pour les services publics, 10 % pour la police et 3 % pour ses médias. Le Guardian souligne que l’EI éprouve des difficultés à garantir un bon système de santé dans cette province. Ainsi, l’organisation a lancé plusieurs ultimatums à destination des médecins qui n’assuraient pas leurs fonctions pour qu’ils retournent travailler, au risque de voir leurs biens confisqués. De manière assez ironique, l’intégralité du budget de l’EI est mesurée en dollars.

Camp Bucca

Le camp Bucca est la plus grande prison du pays à avoir été gérée par des forces américaines, utilisée à partir du mois d’avril 2003 jusqu’à sa fermeture en novembre 2009. Elle a depuis été partiellement transformée en hôtel par une société irakienne qui a construit, tout autour, un quartier d’affaire.

Situé au sud du pays à la frontière avec le Koweit, le camp a accueilli, d’après Associated Press, 100 000 détenus en six ans, et jusqu’à 22 000 rien qu’en 2007, à l’époque où les arrestations étaient les plus nombreuses. Parmi les détenus qui sont passés par le camp, on trouve neuf hauts dirigeants de Daesh, le groupe terroriste qui a revendiqué les attentats du 13 novembre à Paris dans lesquels 130 personnes ont été tuées. L’entreprise de consultant en stratégie internationale The Soufan Group a regroupé leur nom dans un rapport intitulé The islamic state publié en novembre 2014 et disponible gratuitement en ligne. Certains djihadistes, comme Haji Bakr, sont aujourd’hui décédés.

On y trouve, au sommet de la liste, Abou Bakr al-Baghdadi. Le djihadiste irakien, qui dirige l’Etat islamique (EI) depuis 2010, s’est autoproclamé calife de l’Etat islamique le 29 juin 2014, ce qui signifie qu’il se considère comme le commandeur de tous les musulmans.

Le séjour de ce dernier au camp Bucca est un casse-tête pour qui essaierait de retracer son parcours. L’AFP préfère utiliser le conditionnel lorsqu’elle mentionne, dans un court portrait, qu’il “aurait rejoint l’insurrection en Irak peu après l’invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, et aurait passé quatre ans dans un camp de détention américain.”

“La durée de son séjour est contestée, et varie de 10 mois à 5 ans” souligne Richard Barrett dans son rapport pour The Soufan Group. Grâce à la vague de déclassification de certains dossiers militaires américains en février 2015 en vertu du Freedom of Information Act, on apprend qu’al-Baghdadi a été capturé “par hasard”, le 4 février 2004, alors qu’il rendait visite à un ami Nessayif Numan Nessayif, visé par l’opération des forces américaines. Il a ensuite été incarcéré en Irak dans “plusieurs prisons” sous la dénomination de “prisonnier civil”. D’après le Business Insider, qui a publié le dossier d’al-Baghdadi et cite le livre ISIS: Inside the Army of Terror de Michael Weiss et du docteur expert de Daesh Hassan Hassan, cela signifie qu’il n’était pas membre d’une force armée ou une milice mais qu’il a été retenu pour des “raisons de sécurité”. Dans son dossier (ci-dessous), son métier civil est défini comme “travail administratif (secrétaire)”.

Le dossier fait mention d’une libération le 8 décembre 2004. Pourtant, plusieurs sources assurent qu’il est resté plus longtemps dans les geôles américaines au Proche-Orient. James Skylar Gerrond*, aujourd’hui vétéran de guerre, était un officier des Forces de sécurité de la force aérienne (AFSC) et commandant au camp Bucca entre septembre 2006 et mars 2007, comme il l’a rappelé dans un tweet publié en août 2010. Sur le réseau social, il a affirmé : “Je veux juste signaler que lorsque j’ai quitté le camp Bucca, Abu Bakr al-Baghdadi était encore là”, soit en mars 2007. Il est en revanche impossible de savoir si al-Baghdadi a été libéré entre décembre 2004 et septembre 2006, ou s’il est resté durant toute cette période emprisonné dans les camps américains.

“Sur ces bases américaines, l’armée s’est s’adonnée à un certain nombre de dérapages similaires à ce qu’on a observé à Abou Ghraib et à Guantanamo”, continue-t-elle. Le camp Bucca, rebaptisé en hommage au pompier Ronald Bucca tué pendant les attaques du 11 septembre 2001, a en effet été la “cible d’accusations d’abus sur ses détenus par des associations de défense des droits de l’homme, qui ont notamment dénoncé l’emprisonnement de détenus pendant des années sans aucune charge retenus contre eux”, souligne l’Associated Press. “Il y a eu des choses extrêmement graves. Cela reste une obsession des gens de l’Etat islamique, ils en parlent en permanence”, insiste Myriam Benraad. “Les tortures, viols, humiliations, sont au cœur de leur revanche. Ils s’adonnent aujourd’hui aux mêmes exactions qu’ils condamnaient.”

Dans un reportage du Time daté de mars 2009, on apprend en effet que le camp a été séparé en deux secteurs. L’un au cœur de la prison, où “des centaines de détenus peuvent se mélanger dans des vastes cours de récréations, avoir accès à des livres, à la télé, à des plateaux d’échecs, et ne sont pas enfermés la nuit”. L’autre enceinte, située en bord de mer, était beaucoup plus austère, constituée de conteneurs dans lesquels pouvaient être mis jusqu’à 7 prisonniers. Parmi les 10 000 prisonniers enfermés lors du reportage de la journaliste, 3000 auraient été retenus dans cette partie du camp.

“Avant leur détention, al-Baghdadi et d’autres étaient déjà des radicaux violents, résolus à attaquer les Etats-Unis. Le temps qu’ils ont passé en prison a renforcé leur extrémisme et leur a donné l’opportunité d’élargir leur base de disciples. Au camp Bucca par exemple, les figures les plus radicales étaient emprisonnées à côté d’individus moins menaçants, dont certains n’étaient même pas coupables de crimes violents. Les prisons de coalition sont devenues des centres de recrutement et des centres d’entraînement pour les terroristes que les Etats-unis combattent aujourd’hui.”

Conséquence de la signature du U.S.– Iraq Status of Forces Agreement par George W. Bush, dans lequel il s’engageait à retirer les troupes américaine d’Irak d’ici le 30 juin 2009, le camp Bucca a fermé ses portes en novembre 2009, posant l’épineuse question de la libération des prisonniers. Associated Press affirmait ainsi à cette époque que les officiels irakiens ont “observé avec inquiétude le flux d’anciens détenus de Bucca qui sont retournés dans leurs villes natales dans des zones où il y avait très peu de travail, ce qui a fait d’eux des cibles faciles au recrutement.”

L’Obs/ Mediapart/ Le Parisien/ Le Figaro /Les Inrocks/ OWNI/ Bakchich/ Atlantico/ Le JDD/ Rue 89 / Le Point


Responses

  1. On dirait des tocards et des gens faibles qui se cherchent une porte de sortie et appliquent bêtement les principes d’une religion. Ils veulent vivre comme dans leur pays d’origine mais adapté à la France ou à l’occidentale puisque le problème se pose aussi dans toute l’Europe de l’Ouest.
    C’est pathétique et parfois révulsif.

    • C’est bien le problème Daredevil,ces types sont des instruments, de petites marionnettes sanguinaires qui n’ont pas même emprunté le début d’un itinéraire spirituel, ils vont au néant par goût et nécessité

  2. « Le forcené retranché dans un lycée, qui tire sur tout ce qui bouge, a-t-il quelque chose en commun avec les candidats aux attentats-suicides issus de la mouvance islamiste ?
    Pour Hans Magnus Enzensberger, cela ne fait aucun doute.
    Ce sont des  » perdants radicaux  » qui répondent aux mêmes caractéristiques et dont il dresse ici le portrait : des hommes à la recherche désespérée du bouc émissaire, mégalomanes et assoiffés de vengeance, chez qui s’allient obsession de la virilité et pulsion de mort.
    Un assemblage fatal qui, en définitive, les conduit, quand ils se font exploser, à se punir et punir les autres de leur propre échec. »

    Hans Magnus Enzensberger,

    http://www.amazon.fr/perdant-radical-Essai-hommes-terreur/dp/2070781771/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1450822162&sr=1-1&keywords=le+perdant+radical

    • « Le forcené retranché dans un lycée, qui tire sur tout ce qui bouge », version USA, est souvent, d’après un ami psychiatre, un jeune psychotique dont le diagnostic n’a pas été posé, voire même- configuration non rare- refusé par l’un des parents, donc non traité.
      Selon lui, la configuration américaine « coût des soins médicaux + idéologie de la liberté individuelle à tout crin » conduit facilement à ces manisfestations explosives lorsque le « sujet » n’a pu ou su être pris en charge par un groupe religieux/sectaire…

      • Les Pères fondateurs avaient d’ailleurs prévu le cas, dans un pays de psychotiques en puissance il faut que le libre marché des superstitions soit le plus « open » possible

      • Une offre ouverte des superstitions devrait, dans l’idéal, permettre de canaliser le plus de psykopat possible
        Ou du moins, d’assurer un semblant de kontrol zosial
        C’est assez vrai, même lorsque le kontrol zosial, le seul, le vrai, comme aux zuessas ,est un peu, un peu…. discret ? absent ? inadapté ?
        Perso ,chaque fois que j’y suis allé, j’ai constaté un kontrol zosial assez bonasse ,pas trop intrusif ,mais il est vrai que je n’étais que de passage

        Comparons aux pays où le kontrol zosial touche TOUS les aspects, tous les champs de l’existence, depuis le choix de la main pour se torcher l’ognasse, jusqu’aux menus dans la gamelle, depuis la façon de regarder l’estranger jusqu’à celle de tringler sa bonne femme

        Hé bien, ça fait exactement le même genre de dingos ,sauf que dans le deuxième cas, ils sont infiniment plus nombreux, décomplexés et intégrés dans la société

        Bizarre, pas vrai ?

      • Contrôle social total ou inflation délirante des règlements du législateur bébé, Kobus ?

    • Vous répondez vous-même à la question. D’un côté, vous évoquez un forcené, de l’autre vous ajoutez le complément de nom « de la mouvance islamiste ». En résumé, d’un côté, le massacre est l’oeuvre d’un solitaire dont la souveraineté s’autodétruit, de l’autre, il existe une volonté d’imposer une volonté politique, l’analogie ne tient pas

      • Le texte n’est pas de moi, c’est la 4ème de couv. du livre d’Enzensberger.

        Le concept intéressant est celui de « perdant radical ».

        Quiconque connait les sociétés arabo-musulmanes et la contradiction insoluble vécue par ces sociétés, écartelées entre un glorieux passé largement fantasmé et un présent végétatif et miséreux, ne peut qu’être frappé par la justesse du terme.

        Le loser radical, celui qui va jusqu’au bout de sa frustration, se fera sauter, en brisant un maximum de miroirs qui lui renvoient en permanence son image de raté.

      • J’avais bien compris Waa mais il me semble que si le concept de perdant radical peut s’appliquer aux tueurs de masse nord-américains, il est impossible de le transférer à une collectivité et encore moins aux arabo-musulmans qui ne sont perdants qu’en tant qu’on mesure la réussite au PIB par habitant ou au degré d’alphabétisation. Si on tient à une analogie ce à quoi ressemblent les daechites tient beaucoup plus à l’anabase d’Alaric qu’à autre chose, quant aux stratégies turque, pakistanaise ou iranienne, elles n’ont rien de stratégies de perdants

  3. Waa, à mon avis, commet une erreur conjuratoire et contra phobique, qui consiste à minimiser l’ennemi en l’inscrivant dans le cadre existentiel- psychiatrique d’un solitaire.

    La même logique, celle de la société du contrôle, préside à la « réhabilitation-reconditionnement  » des criminels ( cf Kubrick) ou à la « rééducation » des daechistes « repentis »!

    Les stratégies arabo musulmanes et iraniennes tiennent beaucoup plus de Machiavel et Gramsci que de « unabomber »

    • Exact, il me semble d’ailleurs que c’est Machiavel qui conseille aux usurpateurs de commencer par une série de massacres pour instiller la Terreur dans les esprits, après la légitimité vient toute seule

  4. @memento
    Ce concept pour moi ne s’applique pas aux combattants de Daesch (lesquels apportent aux masses arabo-musulmanes ce qu’il leur manque depuis des siècles, c’est-à-dire des victoires militaires, et qui sont donc le contraire de perdants) mais colle parfaitement aux petites frappes des banlieues qui passent de la délinquance au jihad.

    • Waa, ces petites frappes deviennent alors les soldats d’une armée, celle du Califat, on appelle ça une transfiguration


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :