Publié par : Memento Mouloud | janvier 12, 2016

Le nouveau socialisme patronal, Besson, le fisc et la République

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Au début de l’année 2001, Luc Besson, déjà auréolé de nombreux succès comme réalisateur et comme producteur, comprend qu’il va devoir s’acquitter d’un impôt de solidarité sur la fortune (ISF) de près de 3 millions d’euros. Une somme qu’il ne tient pas à acquitter alors qu’ EuropaCorp, qu’il détient alors à 99,8 %, pèse 76 millions d’euros.

De fait Luc Besson ne tient pas à jouer les pigeons d’un monde de loufiats. Il sait bien qu’il va devoir traiter et trouver des protections, il a commencé à comprendre que l’efficience comporte quelques détours.

Il fait plancher son équipe administrative et les meilleurs fiscalistes de la place de Paris pour trouver la parade. Une hypothèse est soumise : parvenir à faire passer l’idée auprès du fisc que sa holding personnelle, baptisée Frontline, qui sert à gérer sa fortune, est en réalité un « bien professionnel ». Cela permettrait l’exonération d’ISF de tout le patrimoine issu des autres sociétés en lien avec Frontline.

Des rendez-vous sont organisés avec Laurent Fabius, son cabinet et l’administration. Deux membres de la famille Fabius travaillent alors pour le cinéaste. Luc Besson a donc pris l’assurance minimale pour s’ouvrir la voie d’un accord. Et le 21 février 2002, une lettre arrive au siège de l’empire de Luc Besson : le directeur de la législation fiscale, un certain Hervé Le Floc’h-Louboutin, annonce que le cinéaste est tout bonnement exempté d’ISF. Ce n’est pas la première fois que Fabius offre un cadeau à un capitaliste en herbe, Bernard Arnault en sait quelque chose.

Selon Corinne Morin, directrice financière du groupe, Luc Besson a de toute évidence donné des chiffres tronqués à l’administration fiscale pour faire ses calculs — et celle-ci ne s’est pas montrée très regardante afin de le combler d’aise. Hervé Le Floc’h-Louboutin concède que le dossier Besson a été « traité dans l’improvisation », alors que « ce n’est pas le genre de la maison ». Il confirme aussi que la faveur fiscale consentie au cinéaste fut le signe d’un « assouplissement très important de la doctrine de l’ISF ».

Le haut fonctionnaire, aujourd’hui à la retraite, avoue que, de manière générale, les mœurs françaises en la matière ne sont guère reluisantes : « Bien sûr que si quelqu’un passe par le ministre, et qu’il a l’appui du ministre, vous ne regardez pas tout à fait le dossier de la même manière que s’il était anonyme. Vous posez un regard… attentif […] C’est la France, c’est notre culture ! Le réflexe français, quand on est un notable, c’est d’abord d’aller voir le ministre. »

Alain Minc appellerait ça l’équité, Emmanuel Macron ou Manuel Valls le nouveau socialisme, celui qui envoie les ouvriers remuants à la rue ou en prison, celui qui se place du côté du manche.

Parallèlement, La banque d’affaires Rothschild conseillait la société de Luc Besson notamment lors du lancement de la Cité du cinéma, ce projet pharaonique inauguré à Saint-Denis en 2012 et pensé par Luc Besson comme une sorte de « Hollywood-sur-Seine ». Son montage financier n’avait été bouclé en 2009 que grâce à l’implication de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras financier de l’État, qui avait apporté 40 millions d’euros sur un total de 160 millions (aux côtés du groupe Vinci). La Caisse, alors dirigée par Augustin de Romanet, s’était décidée à signer alors qu’elle avait laissé passer son tour dans un premier temps, au vu des risques économiques inhérents au projet.

La première directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Emmanuelle Mignon, avait également été recrutée par Europacorp en 2010, comme chargée de la stratégie et du développement du groupe, sous les ordres de Christophe Lambert, un proche de Nicolas Sarkozy.

Ainsi Besson avait parfaitement saisi le fonctionnement des valeurs de la République, il les avait même pratiquées selon la lettre et l’esprit de cette Marianne, cinquième du nom.

Mediapart / BAM


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