Publié par : Memento Mouloud | février 4, 2016

Osez le féminisme ou la déconstruction de l’honnête homme

Un sujet passe sur les ondes de France Info, la traque policière des « frotteurs » dans le métro parisien. La porte-parole d’Osez le féminisme est invitée à répondre à la question sans alternative, « ces mesures vous paraissent-elles aller dans le bon sens ? ». Evidemment ça va dans le bon sens puisqu’une équipe policière est désormais dédiée à la répression de ce genre de délits mais ça ne va pas assez dans le sens voulu, reste à déterminer ce qu’est ce sens.

Qu’est-ce qu’on met dans la catégorie ? Selon les Inrocks, « il y a les regards soutenus, pesants, déstabilisants. Des regards parfois lubriques, et d’autres fois, menaçants. Certains hommes “se lèchent les lèvres en te fixant intensément, comme si tu étais de la viande ou du bétail”, témoigne Émeline. D’autres sifflent au passage d’une femme », « il y a ces hommes qui, quel que soit leur niveau d’éducation, pétris de leur vision des femmes et des rapports de “séduction”, gentils ou non, polis ou non, interpellent une femme, demandent son prénom, son numéro de téléphone et continuent à insister sans considérer le refus de celle qu’ils harcèlent… Il n’est pas rare que, face au refus d’une femme, l’homme se mette à l’insulter. Les “salope”, “pute” ou “connasse” fusent de la bouche de celui qui, quelques secondes plus tôt, se voulait charmeur.», « Boulomsouk raconte comment un jour, elle se fait aborder par un homme sur le quai du RER. En dépit de son insistance, elle lui rétorque qu’elle n’est pas intéressée. Le RER arrive à quai. Elle le prend. Quelques instants plus tard, à bord, Boulomsouk se met à recevoir sur la tête une pluie de… coques de cacahuètes! Elle se retourne, c’est le même homme, monté dans la même rame, qui désormais la fixe intensément en mangeant des cacahuètes qu’il décortique et dont il lui balance les restes à la tête », « Émeline aussi a subi plusieurs fois harcèlements et agressions. La dernière fois, c’était à la gare du Nord. Elle attend sur le quai de la ligne 5 pour prendre sa correspondance à République. Arrivent trois grands et jeunes garçons, qui l’entourent, lui demandent son nom, sa destination et son numéro de téléphone. “Je leur réponds poliment que je ne suis pas intéressée, que j’ai un copain. Ça ne les arrête pas”, raconte-t-elle. Quand le métro arrive, ils la suivent à l’intérieur et poursuivent leur harcèlement. À sa correspondance, ils continuent de la suivre. Émeline décide de leur donner un faux numéro “pour qu’ils me lâchent”. L’un d’entre eux s’en rend compte et hurle: “Tu me prends pour un con!” Les insultes pleuvent. Au moment où la jeune femme emprunte un escalier, le plus véhément saisit son sac. Elle résiste, il la soulève alors par son col de manteau, avant de la lâcher lourdement. Elle tombe brutalement dans les escaliers. Tous les trois s’enfuient… “Que ce soit quand les trois jeunes m’encerclaient dans le métro, lorsqu’ils m’ont agressée ou quand j’étais étendue dans les escaliers, personne ne m’a aidée, personne n’est intervenu.” », « la main aux fesses, “la traditionnelle”, comme l’appelle Nathalie, est un acte répandu dans les transports. Tellement répandu qu’Assia en a fait l’amère expérience en à peine quelques jours à deux stations différentes. Une fois en passant les tourniquets, l’autre en sortant du RER, deux hommes lui ont saisi les fesses. Assia a giflé chacun de ses agresseurs: “J’ai affiché le premier devant tout le monde en lui hurlant ‘Tu ne me touches plus les fesses!’. Le second s’est enfui en rentrant dans le RER, sans demander son reste. Chaque fois, les gens autour étaient stupéfaits, mais nul n’a réagi.” « À 16 ans, Emel et une amie sont debout dans un train de banlieue qui va à Argenteuil, quand elles se rendent compte que l’homme assis près d’elles se masturbe tout en les regardant fixement. C’est Caroline qui, au même âge, dans un “métro blindé sur la ligne 8”, ressent quelque chose au niveau de ses fesses, se retourne et voit un homme le sexe en pleine érection contre elle. Elle doit crier “Tu ranges ça, tout de suite!” pour que l’homme se reboutonne et sorte finalement du métro à la station suivante. C’est Sarah qui, à la gare de Fontenay-Sous-Bois, se fait agresser par un homme qui finit par la faire tomber en lui faisant un croche-pied et qui doit se défendre seule en plein milieu d’une foule. » C’est aussi Nathalie qui se fait agresser dans le RER A. Il est environ 13h, elle se rend à un examen, lorsque rentre un homme grand, “environ deux mètres, balèze, un vrai golgoth”. Alors que plusieurs places sont vides, il vient s’assoir en face d’elle “avec ses jambes de Magic Johnson”. Il lui demande son nom, sa destination, la complimente, et tout en continuant à la “draguer”, sort une lame de couteau qu’il pose lentement à l’intérieur de la cuisse de la jeune femme. “La peur est immédiatement montée en moi car, tout de suite, à son attitude j’avais senti quelque chose. Il m’avait choisie, comme un prédateur choisit sa proie, se rappelle Nathalie. Je ne savais pas si j’allais m’en sortir vivante. Je lui ai répondu en prenant la voix la plus infantile possible. Je me suis mise à parler comme une gamine et à tousser fort, comme si j’étais malade. Tout ça dans l’espoir de me désexualiser à ses yeux, de le dégoûter.” Au bout d’un temps, qui a paru une éternité à cette passagère, l’homme s’en va comme il est venu. Son stratagème a fonctionné. “Je me retrouve avec, en plus de la peur, un sentiment d’humiliation, de vulnérabilité, avec des larmes qui sont là mais qui ne coulent pas et avec le dégoût de n’avoir vu personne réagir autour de moi. Je me suis retrouvée entourée de gens, mais abandonnée seule face à mon agresseur.”

Le « frottage » est qualifié de harcèlement sexuel. Le code pénal le définit comme suit « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers ». Il est passible de trois ans d’emprisonnement et 45 mille euros d’amende. Il s’en suit que le frottage quand il n’est pas accompagné de formes physiques d’intimidation, est assimilé à une « forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ». Or la difficulté tient à la situation : il s’agit d’un acte de nature sexuelle et il est parfaitement performatif. Qui le commet ? La porte-parole n’en dit rien puisque ce serait tout le monde, disons n’importe quel homme. Si on suit la logique pénale c’est une forme atténuée d’harcèlement qui tient à l’absence de consentement de la victime. De là, la porte-parole d’Osez le féminisme passe, sans transition et par métonymie, au viol, qui est un crime. Ainsi le sens est balisé. Ce qui est visé c’est le sexisme, la domination masculine dont les frotteurs seraient un symptôme.

On a là l’application du principe qui vole un œuf vole un bœuf.

Seulement si on suit les témoignages produits par les Inrocks sur l’absence de compassion ou de réaction des personnes présentes, les victimes attendent aussi un exercice viril de la masculinité pour mettre un terme aux actes des « frotteurs ». Par conséquent, il est reconnu, un, que tous les hommes ne sont pas des frotteurs, deux, que la plupart n’exercent pas leur rôle d’homme qui est de s’opposer à la force par la parole ou la force, trois que c’est le défaut de communauté qui transforme une femme en proie. En conclusion ce que les femmes attendent des hommes c’est une forme de civilité qui rejoint par la bande la notion d’honnête homme, une très vieille notion réactionnaire.

Aussi, les membres d’Osez le féminisme visent moins les frotteurs ou la protection des femmes que la déconstruction de l’honnête homme et c’est le deuxième volet de l’argumentation.

La porte-parole d’Osez le féminisme lance donc le nombre magique de 75 mille femmes violées par an (selon les enquêtes de victimation ou victimisation or moins de 20 mille viols sont déclarés annuellement dont le 1/3 sur des mineurs) soit, dit-elle, une toutes les dix minutes. Je prends ma calculatrice et j’obtiens 52560 femmes violées. J’ai dû mal entendre, je passe donc à 1 femme violée toutes les 6 minutes et j’obtiens 87600 femmes violées. De cette simple arithmétique je conclus que les membres d’Osez le féminisme sont fâchées avec les probabilités. Or, non seulement, les nombres leur échappent mais le simple raisonnement puisqu’elles appliquent une statistique pénale, 80 % des violeurs sont des proches des victimes à un ensemble qui n’est pas approprié (l’ensemble des victimes de viol selon les enquêtes de victimation-victimisation pour lesquelles il n’y aurait pas 75 mille viols par an France mais 200 mille).

D’où il ressort qu’inconnu ou connu, l’Homme est un violeur qui s’ignore car il exerce son droit à la masculinité qui serait une tyrannie en puissance puisque cette masculinité se définirait par la libre jouissance du corps de la femme transformée en éternelle proie privée de toute dignité.


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