Publié par : Memento Mouloud | février 8, 2016

Fragments provisoires d’un dictionnaire des droites : des libéraux aux fascistes (1)

Académie Française : Entreprise de taxidermie littéraire impulsée par Richelieu. S’y préparer.

Action Française : débris de ce qu’elle fut. A noter qu’une branche canadienne du mouvement maurrassien fut fauchée en plein vol par la condamnation pontificale de 1926.

Adaptation : Si la vie était une question d’adaptation, nous serions encore des bactéries.

Agrariens : Nobliaux enrichis par la vente des biens nationaux, un réseau d’hommes de paille ou le milliard des émigrés de 1825. A la suite de la crise de 1846, ils préconisent le retour à la Terre. Ils seront les fers de lance du premier syndicalisme agricole, à cheval sur le second Empire et la Troisième République. Bien entendu, ils formeront la colonne vertébrale du projet vichyste de Corporation paysanne.

Allemagne : Les fourmis allemandes ont coulé la zone euro. En 2010, l’association des exportateurs allemands fanfaronnait, « nos principaux arguments de vente ce sont la qualité et l’innovation ». Dans les faits, la tricherie, la corruption et le cynisme apportent aussi leurs contributions respectives.

Amérique (Etats-Unis d’) : Les américains se demandent, parfois, « pourquoi la France ? » Les réactionnaires se demandent toujours par quel mauvais tour de l’Histoire, les uns sont hégémoniques et les autres décadents. Orgueil et mépris accueillent le nom d’Amérique comme le manteau d’Arlequin d’un examen de conscience. Finalement, le réactionnaire se pose la même question que certains américains, mais en plus nombriliste. Pour des raisons inexpliquées, Alain Finkielkraut prétend que l’Amérique est indemne face à la naissance, au développements et aux effets post-mortem du nazisme

Anti-Lumières : Les sources de la pensée contre-révolutionnaire sont nombreuses. Pour de Maistre, l’esprit de la Révolution serait un amour malheureux de la noblesse ; l’Histoire, de la politique expérimentale ; la métapolitique, ce qui échappe à la politique expérimentale, la chose « en soi » qui réintroduit l’ectoplasme de Dieu dans le cours du temps. A ces thèses contre-révolutionnaires s’oppose le jeu des analogies de l’empirisme organisateur de Maurras qui consiste, entre deux constats, à faire émerger une vérité générale. Il trouve le modèle de ce dogme de la ressemblance chez Sainte-Beuve.

De Rousseau à Pascal, le chemin va à reculons mais ne cesse de dire la même chose puisque « l’art de bouleverser les Etats…c’est un jeu sûr pour tout perdre ». A contrario de cet immobilisme, Burke, demandera de tirer le meilleur parti des matériaux existants. Aussi il attribue à l’intellectualité des Constituants, l’idée de table rase et l’abstraction des échafaudages révolutionnaires. En effet, les droits de l’Homme se présentent comme un frein au pouvoir politique. Seulement, ils ne permettent pas de distinguer entre un gouvernement despotique et un autre qui respecte les libertés aussi les droits ainsi conçus entretiennent l’illusion de la mise à feu et le prurit de l’incendie. Plus tard, mais dans le même esprit, Tocqueville opposera le mode d’action de l’écrivain et de l’homme d’Etat. La vertu de l’un étant le vice de l’autre.

Mais le contre-révolutionnaire est aussi un antiquaire, un érudit, il n’est pas systématique. Sa cible, c’est le culte du progrès qui désarme toute morale de l’action. Le grand cauchemar c’est l’enfant qui court après le wagon de tête, en implorant qu’on lui laisse enfin une place de peur de camper parmi ces congénères, ringards et autres moisis.

Arabe : Ne jamais dire crouille, bicot, raton, petit gris mais le penser très fort. Souhaiter son éradication, la prêcher parfois. L’arabe est racailleux de nature, il est le parfait antonyme de l’honnête homme, la figure sur laquelle cracher, le type à exécrer. Si c’est une femme, sa sensualité orientale échappée d’une danse du ventre peut parfois attirer. Il est donc symptôme et matrice de tout le mal dans le pidgin réactionnaire standard, ce qui maintient, en retour, la fascination pour cet être fantasmatique

Arabes chrétiens : Leur abandon serait le symptôme d’une démission identitaire

Argoud (colonel) : « le renseignement est obtenu à n’importe quel prix. Les suspects sont torturés comme les coupables, puis éliminés si nécessaire »

Baby-krach : cri doloriste des lapinistes

Banalité du mal : Cette notion introduite par Hannah Arendt à propos du cas Eichmann ne tient pas debout. Il n’y a aucune banalité du mal mais une inclination différentielle à en jouir de manière consciente ou non selon les individus et à la faveur de situations d’exception ou de guerre.

Barreau J-C : Ancien président du conseil d’administration de l’INED, selon ses dires il y avait au milieu des années 1990, 8 millions de musulmans en France.

Christianisme (vu par les néo-païens) : Contempteurs de toutes les raisons de dire oui à la vie. Il choisit le pauvre contre le riche, le corrompu repenti contre le juste, l’homme de rien contre le maître du monde, l’affligé contre le joyeux, le simple d’esprit contre le docte, le sophiste crucifié contre Dionysos.

Chômage : En 1970, 300 mille personnes étaient inscrites à l’ANPE, en 1976, la barre des 1 million est atteinte pour atteindre 2 millions dès 1983. Ce phénomène s’accompagne d’une dévalorisation des formations dites techniques des jeunes et d’une obsolescence des qualifications acquises. Ainsi, dès 1993, 44 % des plus de 55 ans étaient sans emploi

CIDAS : Organisation de la nouvelle droite italienne, elle allait réunir des évolistes mais aussi des néo-libéraux tels que Sergio Ricossa, admirateur de Louis Rougier. En 1974, le colloque se réunit autour de Jacques Médecin, alors maire de Nice. On y croise le conservateur allemand Armin Mohler mais aussi Alain-Gérard Slama sans oublier Louis Pauwels avant sa conversion.

Connaissance : Dispersée, fragmentaire et sans horizon de totalisation, elle n’a aucune consistance propre c’est pourtant sur cet édifice bancal qu’Hayek va bâtir son apologie du libre marché. Il suffit d’imaginer une langue qui se formerait selon le récit épistémologique du sieur Hayek, elle ne prendrait jamais.

Contestationnaire (univers) : Dans cet ouvrage mai 68 se réduit à une révolte contre le Père-Juif, à partir d’une analogie entre judaïsme et christianisme et discours bourgeois et discours révolutionnaire.  L’étudiant contestataire achèverait son parcours par une identification à la mère sadique-anale  au cours d’une sorte de transe antisémite autour de l’objet de sa haine. En finir avec mai 68 reviendrait donc à en finir avec l’antisémitisme et l’impureté (anale) de l’argent, ce qui revient à confondre le juif, le bourgeois et l’argent (l’Amérique ?).

Contrat à durée indéterminée : Il ne devient la norme qu’entre 1950 et 1970 à la faveur du quasi-plein emploi. On pourrait le définir comme un contrat qui dure tant que le patron ne l’interrompt pas.

Crime of obedience : notion dépourvue d’intérêt. Le crime ne réside pas dans l’obéissance mais dans l’assentiment à l’acte criminel

Démocratie (haine de la) : Sous prétexte que l’égalité naturelle des hommes se traduit par l’attribution des mêmes droits et compétences à chacun d’entre eux, cette même égalité conduirait au collectivisme sous les deux formes du socialisme d’Etat et de la dictature.

Démocratiques (passions) : Entraînements borgnes de majorités passagères qui par un bricolage électoral sont la fiction de la continuité d’une nation ou d’un collectif.

Dénaturalisation : La procédure était recommandée, dans un rapport de 1986 destiné au ministère des Armées, par Dupâquier, Bourcier de Carbon et Evelyne Sullerot.

Dépopulation (Alliance française contre la) : Agence lapiniste. On y retrouve Jean-Yves Le Gallou, Michel de Rostolan et le dénommé Bourcier de Carbon

Disparition : quand vous passiez chez nous, vous franchissiez un mur duquel vous pouviez très bien ne pas revenir et personne n’aurait pu dire où vous étiez.

Dupâquier Jacques : Démographe délirant pour lequel le vieux ethnique issu du paléolithique dominait dans la France des années 1980

Egalitarisme : tentative, vouée à l’échec selon Louis Rougier, d’égaliser les conditions à l’arrivée.

Elite : Pour tout homme de droite, ce problème passe avant celui du peuple.

Estoup (capitaine) : Monsieur le président, en langage militaire on dit faire du renseignement, en langage du monde, on dit presser de questions, en français, on dit torturer

Exactions : elles « restent accidentelles lorsqu’elles sont sous la menace de sanctions graves mais elles se multiplient avec une effrayante rapidité lorsqu’elles sont tolérées sinon approuvées par le commandement »

Exception (état d’) : petite enclave du temps de guerre dans le temps de paix devenu out of joint

Endettement : En 1973, 38 % des ouvriers accèdent à la propriété mais les 2/3 d’entre eux ont un endettement qui atteint la moitié de la valeur de leur logement.

Euro : Cette monnaie permet une certaine stabilité monétaire qui se paie de la disparition de toute souplesse en cas de choc. Comme l’a énoncé Otmar Issing, en 2010, « les règlers sont qu’un pays doit recourir à des politiques nationales pour réduire son déficit ». Phrase à laquelle Irwin Stelzer répliqua « vendre les bijoux de famille pour financer les dépenses courantes n’est pas la route d’un avenir réaliste ».

Etat social : Principe social-démocrate de gouvernement de la société, il suppose que l’Etat doit piloter le progrès de tous. Ce principe fut abandonné par tous les partis socialistes entre 1980 et 2010. Dans les faits, ce type d’Etat produit un individualisme paradoxal (coupé virtuellement de tout lien avec le voisinage, le lieu, la famille mais inclus de fait dans des artefacts juridico-administratifs.)

Eurabia : Complot présumé, né dans les années 1970 autour d’une revue. Bat Ye’or mais aussi bien Jean-Claude Milner, selon un autre mode (néo-structuraliste), en sont des sectateurs. Il aurait pour objectif (chez Bat Ye-or) ou pour corollaire (chez Milner), sous les atours d’un dialogue euro-arabe, une démission identitaire voire un projet impérial franco-allemand qui s’achèverait par la disparition d’Israël.

Extrême-droite (configuration ) : Elle regroupe tous ceux dont les analyses, les opinions et les recommandations convergent, se repère via les renvois d’ascenseur et les contacts publics. Pour ceux qui oeuvrent dans la sémiosphère et les différents marchés, les collaborations en sont aussi une trace documentaire.

Fallaci Oriana : « Du détroit de Gibraltar aux fjords de Soroy, des falaises de Douvres aux plages de Lampedusa, des steppes de Volvograd aux vallées de la Loire et aux collines de Toscane, l’incendie flambe ». C’est le retour du ton apocalyptique en politique. La conférence du contre-djihad tenue à Bruxelles, en 2007, décerna un prix à son nom. Filip Dewinter néo-fasciste flamand en donna la traduction électorale « nous sommes obligés de partager notre prospérité avec des dizaines de millions d’immigrés du tiers-monde dont la majorité contribue à peine à notre économie et ne cotise pas à la sécurité sociale. Ce sont des parasites…L’immigration de masse est devenue le cheval de Troie d’une religion et d’une idéologie sociale, celle de l’islam ennemi premier de l‘Europe…L’islam radical nous a en effet déclaré la guerre ». Si le dernier constat est vrai, tout le reste est une série de glissements et de métonymies monstrueuses greffées sur le corps sain de la nation (ici flamande) victime et menacée de mort.

Famille : D’un côté, elle est devenue une structure relationnelle en perpétuelle négociation, de l’autre, la plupart des familles dites monoparentales sont sous tutelle étatique.

Famille (analyse de la) : Les trois piliers du mythe du côté de la nouvelle droite en sont : le männerbund, association de guerriers à l’origine (évoliste) de l’Etat, la sociobiologie, enfin le « lignage » indo-européen.

Faulques Roger (capitaine) : Bob Ménard ne lui a pas encore consacré une rue de Béziers. Hélie de Saint-Marc disait de lui, « on le disait brutal. Il était au-delà des étiquettes ». Il avait pris l’habitude de mener la première séance puis d’en présider d’autres. Metteur en scène, Claudine témoigne de son art « j’assistais à tout cela dans un coin de la salle, nue et les menottes aux mains. De temps en temps ils me faisaient appeler pour que je la regarde » pourvue d’électrode ou à moitié asphyxiée. Il aimait aussi doser, à la louche, l’intensité de la gégène et se réservait l’interrogatoire d’après-séance. Il lui arrivait, au cours d’une partie de gégène d’appeler sa femme pour lui expliquer qu’il allait rentrer tard car il avait beaucoup de boulot. De l’autre côté de la cloison, un homme, une femme hurlaient. Alors, il raccrochait puis s’en retournait près du suppôt, cagoulé et nu, c’était la nuit.

Figaro Magazine : En octobre 1985, le magazine lance une enquête intitulée, « serons-nous encore français dans 30 ans ? ». La fécondité des femmes désignées comme étrangères avait été fixée à 4,69, le solde migratoire des non-européens entre 59 et 100 mille personnes. La projection aboutissait à un nombre compris entre plus de 10 et 12 millions d’étrangers en France en 2015. Selon le Figaro, la France était duale et ce dualisme quasi-ontologique se reflétait dans une fécondité différentielle qui prescrivait une réforme du code de la nationalité mais aussi ce que les frontistes allaient nommer la préférence nationale en matière d’allocations.

Français de souche : Pour le fabriquer, prendre une date butoir, par exemple, le français 1900 et considérer tous les autres comme étrangers.

France : Elle serait nécessaire à la stabilité émotionnelle et politique, donc ce nom de femme serait celui d’un Père ou la France comme travelo. C’est aussi une substance et selon le théorème de Zemmour, il faut y inclure Pétain.

Horloge (Club de l’) : Créateur, depuis 1990, du prix Lyssenko.

Illégalité : la rapidité de la sanction est essentielle : toute dilatation du temps met en péril la rigueur des interdits.

Islamo-progressiste : Figure jumelle du chrétien progressiste d’antan.

Immigration : Nom de la race dans les sociétés post-impériales

Imputabilité : Cette notion remplace celle de preuve en cas d’état d’exception ou de guerre

Instructions : Il n’y aura pas d’instructions écrites données par le gouvernement

Juif (Esprit) : Il se serait universalisé avec la Réforme et inscrit dans la constitution des Etats-Unis. Il paraît que le 20ème est son siècle comme 2016 est l’année du Singe.

Juifs : Ils auraient une fonction sacrale, celle du Père. Visiblement chinois, indiens, athées, néo-païens et japonais en doutent fort.

Libéral (Dogme) : Quelle que soit sa teneur, le libéralisme suppose qu’il existe un équilibre (donc un optimum) que traduit une certaine distribution des richesses à toutes les échelles.

Libérale (pensée) : Nombre de penseurs libéraux déconnectent la science économique des nécessités politiques ou sociologiques car comme le disait Adam Smith, la sécurité vaut mieux que la liberté.

Libéralisme : Il a pour principes axiologiques, l’initiative et l’indépendance spirituelle de l’individu.

Licenciement économique : Procédure qui maintient l’arbitraire patronal dans les collectifs de travail. De fait, la loi (de 1973) reconnaît que le patron est seul juge de l’intérêt de l’entreprise.

Machinisme (Anti-) : Les machines sont un Moloch charnel et spirituel.

Malin : Selon Jean-Paul II, sa tactique consiste « à ne pas se révéler afin que le Mal qu’il inculque depuis le commencement reçoive son développement de l’homme même »

Meute : forme de socialisation, l’alignement sur la meute renforce l’identité de l’aligné, plus il s’aligne puis il est Lui comme les autres, soumis à la volonté et à la présence charnelle et parlante du chef.

Mondialisation : La mise en concurrence de tous les territoires suppose un arasement permanent du salariat et, partant, une redéfinition patrimoniale des bourgeoisies nationales.

Mort violente (formes de) : On y compte l’homicide, le suicide, les accidents de la route. Le total cumulé des trois types de décès atteint les 8 % au Japon et en France (3 % au Royaume-Uni, 6 % aux Etats-Unis), soit le double de celui de l’Allemagne et de la Suède mais moitié moins qu’en Russie (18 %) et le 1/3 de la Colombie (24 %).

Mystique : Doctrine soutenue par la seule conviction. Elle refuse toute discussion et voudrait échapper au contrôle de l’expérience et plus encore de la raison. A droite, c’est toujours une esthétique.

Population et Avenir : Revue et terreau de la droite versée dans la démographie. On y trouve Jacques Dupâquier, Michèle Tribalat et J-C Chesnais.

Rapport : si parmi ces victimes quelques-unes, prises dans la bagarre, sont innocentes, la plupart devaient être sinon coupables, du moins complices ; et toutes, sauf peut-être deux qui avaient des pièces d’identité, étaient sans contredit suspectes.

Rationalisme (Anti-) : Il n’existerait pas de vérités a priori inconditionnellement nécessaires et indépendantes de notre esprit et de notre expérience

Renaissance (cercle) : Fondé par Michel de Rostolan. Il fait le lien avec les associations opposées à l’avortement. Il fondera en 1986, le groupe parlementaire Démographie et accueil de la vie où s’illustrera Christine Boutin.

Revenu / Patrimoine (rapport) : La part des 10 % recevant les revenus du travail les plus élevés est comprise entre le ¼ et le 1/3 du total, la part des 10 % de ceux dont le patrimoine est le plus élevé est comprise entre la ½ et les 9/10ème du total

Serial Killer : Il opère dans une phase de décrue des homicides.

Sévices : Les textes les interdisant abondent, leur réalité surabonde.

Social (problème) : Pour un homme de droite, le problème social n’est pas un problème moral donc de justice mais un problème culturel. La société comme forme de vie doit privilégier une organisation qui favorise la création d’une élite de la science, de l’art donc de l’Humanité.

Socialisme : Selon les libéraux, dès lors qu’il adopte pour méthode la planification de l’économie, il ne peut que déboucher sur la dictature.

Solidarité nationale (système de) : Dans ce système, les actifs paient pour l’ensemble des inactifs. Le chômage de masse, les emplois précaires, aidés ou subventionnés transforment le système des protections sociales en un dispositif de pénuries administrées où la définition des ayant-droits est instable.

SOS Jeunesse : Appel lancé par M.Godet et J-C Chesnais ainsi que le directeur de Futuribles H de Jouvenel.

SOS tout-petits : Surgeon de laissez-les vivre du défenseur intransigeant des fœtus, J.Lejeune

Subversion : Mettre sens dessus-dessous, ce seraient des entreprises d’ahurissement, un carnaval visant à abattre l’Occident.

Subversive (guerre) : on ne se bat pas pour prendre des maisons ou des quartiers mais des hommes, on se bat pour détecter un climat, une niche, un terreau.

Surnuméraires : Catégorie de la population considérée comme inemployable

Tribalat Michèle : Infatigable paladin d’une démographie « qualitative », son obsession consiste à remplacer une démographie élaborée à partir des cohortes par une démographie des groupes (étrangers, musulmans, etc.). Dès lors on peut multiplier à l’infini le nombre de générations d’immigrés.

X-DEP : n’est pas un collectif gay issu de polytechnique mais la version comique de feu X-crise. En janvier 1996, le groupe tenta de réhabiliter la mémoire de feu Jean Bichelonne. En mars 1996, dans un récit (allégorique ?), le capitaine Alfred Dreyfus offrait aux allemands les plans du canon de 75. On y retrouve Bourcier de Carbon


Responses

  1. Sommairement avant un café fort…

     » Il n’y a aucune banalité du mal mais une inclination différentielle à en jouir de manière consciente ou non selon les individus et à la faveur de situations d’exception ou de guerre »

    Là je ne vous suis pas, Memento.
    Cette « jouissance du crime » , petite ou grande, ne dépend pas de conditions particulières exceptionnelles, mais peut s’observer assez quotidiennement, car, comme l’a énoncé Freud « on ne devient pas pervers, on le demeure ».

    Genet ne s’est pas privé de reconnaître : »j’ai bandé pour le crime » .

    J’ai (trop) constaté la banalité du mal, y compris chez moi-même ( seul un sentiment de fidélité à la possibilité de se regarder dans un miroir,à une posture, peut en limiter les effets ).
    Bien entendu, la formule de Ahrendt doit être entendue comme métaphorique, ou encore clinique, le « Mal » ne pouvant exister que dialectiquement vis-à vis d’un « Bien ».

    C’est sans doute Socrate, « l’homme le plus sage car il sait qu’il ne sait rien » ou Sade, radical, qui pourraient prétendre à l’inexistence du « Mal »

    • Cette notion de banalité du mal me paraît douteuse sur plusieurs points Hippocrate. Si le mal est banal, il faut le définir et je ne connais pas de meilleure définition que celle de saint Augustin revue par Pascal. Le mal est un détournement de la face divine, un acquiescement aux trois concupiscences qui nous attachent à la terre : la volupté, le savoir, l’orgueil, concupiscences qui nous font tour à tour menteurs, ridicules et cruels.

      Comme Hannah Arendt n’adhère pas à cette théorie qui découle du mystère du péché originel, j’en suis réduis à considérer le cas pour laquelle elle énonce cette hypothèse de la banalité du mal, c’est-à-dire Eichmann. Or Eichmann n’est pas un bureaucrate nazi banal, c’est même un des pilotes essentiel de la solution définitive du problème juif (pour causer la langue nazie). Qu’il s’en défende en se présentant comme un petit rouage de la machine étatique nazie est une chose, dans les faits Eichmann fait partie des maîtres pas des rouages. Ensuite si on songe au projet lui-même, l’exercice du mal en question (détruire toute vie juive de la surface du futur empire continental en attendant mieux), je ne vois pas en quoi ce projet, ses circonstances, son développement, ses moyens, ses finalités entrent dans la catégorie de la banalité.
      Si on vient à la définition la plus courante, selon laquelle le mal serait d’attenter à la dignité de l’homme. Il faut définir cette dignité. Si cette dignité consiste à penser, le mal se commet massivement et à chaque seconde. Si cette dignité attente aux corps, séduire une femme, s’offrir une prostituée, violer ou tuer ne sont que des degrés de ce mal, échelle qui ne tient pas débout dès lors qu’elle se veut a-religieuse (elle est assez bien illustrée par le roman d’Hubert Selby Jr, le démon, mais justement Hubert Selby Jr est un augustinien).

      In fine, j’en viens à la conclusion qu’en dehors de la théologie catholique, il n’ y a pas de banalité du mal mais justement inconsistance de ce qui se définit usuellement comme bien et comme mal, d’où mon recours aux situations d’exception à la normalité.

  2. « Adaptation : Si la vie était une question d’adaptation, nous serions encore des bactéries. »

    C’est méconnaître, à mon avis, la « prodigalité de la Nature », « l’adaptation » étant précisément le résultat de processi aveugles, d’un bricolage parfois opportuniste.

    Entre parenthèses, la réalité de l’adaptation au sens de Darwin, va totalement à l’encontre des théories « finalistes » ou « néo darwiniennes », qui s’appuient sur un utilitarisme plus ou moins justifié par une mathématique des « fonctions d’utilité » et un formalisme de type « contrôle optimal » ( Aristote et son moteur premier ne sont toujours pas épuisés..).

     » L’oiseau vole t’il parce qu’il a des ailes ou a t’il des ailes parceque sa finalité est de voler? »

    Lorentz (Konrad) a énoncé quelque chose d’assez juste sur l’adaptation et l’évolution , à savoir que les mécanismes résultant de l’évolution sont ceux qui se sont révélés non incompatibles avec la perpétuation de l’espèce

    • Ce qui place la perpétuation en situation de cause finale, non ?

      • …à moins d’adopter le terme « perpétuation » dans son acception purement descriptive (ce qui est mon cas): des individus d’une certaine espèce, animale, végétale ou fongique, sont encore présents à telle époque, actuelle ou passée, tout en ayant des ancêtres similaires dont la durée de vie personnelle est inférieure à l’intervalle de temps séparant les antécédents des présents, ce qui induit la nécessité d’une reproduction.

        Le pur constat du fait que des « bricolages » , certains utiles (fut ce pour un ancêtre commun à plusieurs espèces), certains totalement inutiles mais non délétères vis-à vis de la reproduction, pourrait être appelé « adaptation ».

        Vieil adage de certains anciens naturalistes: « le finalisme est une vieille maîtresse avec laquelle on ne veut pas se montrer, mais dont on ne peut se passer ».

        En effet, lorsque le « naturaliste » au sens large, aborde un problème, par exemple un nouveau fait biologique ou physiologique ou anatomique ou autre, il a beau savoir qu’il n’y a pas de causes finales, il n’a initialement comme rateau et pioche que la question  » est ce que ça sert actuellement ou a servi autrefois à quelque chose »

        En termes « métapsychologiques », la « perpétuation » et l' »adaptation » pourraient être vues comme le constat de la victoire , à un instant donné pour une espèce donnée, de l’Eros qui réunit sur le Thanatos qui sépare.

        En termes « métabiologiques » , préservation du soma individuel « pour » assurer la propagation du « germen ».

        Le problème idéologique, à mon sens, est la réintroduction actuelle du finalisme (dont la condition nécessaire de possibilité serait la réversibilité du temps…) en temps que cause unique ( même Leibniz ne l’a pas osé..), que ce soit dans le neo darwinisme anglosaxon, l’économie « mathématique » ( les X crise et X dep sont assez « cossus » là dedans), l’épidémiologie ….et toutes sortes d’autres choses .

        D’Alemenbert a brillamment fait un sort au finalisme, dans l’Encyclopédie, mais le caractère agréable et finalement rassurant (ça dépend pour qui) des causes finales , leur facilité explicative ( alors qu’elles n’expliquent pas grand chose en fait) , et surtout leur prodigieuse utilité galvanisatrice ( l’idée de progrès ou de sens de l’histoire sont des concepts finalistes) leur assurent un brillant avenir.

      • Je me trompe peut-être, Hippocrate, mais il me semble qu’en optant pour les concepts (purement statistiques) de sélection naturelle et de sélection sexuelle (moins documenté dans ce cas et à peine ébauché par Darwin, sans même évoquer les freins puritains que lui posaient ses chères épouse et fille), Darwin constate la variabilité des individus et la mutabilité qui affecte l’hérédité, comme il n’en connaît pas les causes (nous en sommes toujours au même point avec tout de même quelques avancées) il en vient forcément (et avec lui toute sa filiation) à introduire les notions d’adaptation, de lutte pour la vie ou de survie des plus aptes qui sont, à mes yeux, de la poudre de perlimpinpin. Ce que nous nommons hasard, dans ce cas ou sélection ou adaptation c’est l’inadéquation de nos concepts aux mécanismes naturels car comme vous le dîtes la nature est luxuriance à partir de motifs et de mécanismes réduits dont certains relèvent de la géométrie, d’autres du bricolage et les derniers de la pure déchetterie

  3. « donc ce nom de femme serait celui d’un Père ou la France comme travelo »

    Très drôle, très pertinent

    J’estime plutôt que le nom de France est « banalement » féminin, version maternelle, la « mère » patrie, littéralement.

    Conclusion sans originalité, la « patrie charnelle » , « organique », est la résultante des sentiments endogamiques très archaïques « organiques », c’est à dire incestueux.

    Seulement, le « patriote », en admettant qu’il en soit conscient, y verra un « inceste sacré », donc permis ( je pense ici à certaines pratiques maritales frère-soeur de l’Egypte ancienne, totalement légitimées par les incestes divins, ou encore au caractère sacré du mariage catholique, légitimé par l’inceste-non consommé- du mariage entre le fidèle et l’Eglise-mère..).

    Je suppute d’ailleurs que la recherche acharnée du « biologique pur » dans la filiation ou la race n’est qu’un moyen d’accomplir l’inceste mère-fils tout en le conjurant, de ne pas dévoiler l’obscène (qui de toute façon refait toujours surface)…… de jouir de la position, non du missionnaire, mais du psychotique ; c’est donc loin d’être fini……

    Mais évidemment, les déclinaisons de l’inceste avec un travelo ouvrent de nouvelles perspectives

    • La biotechnologie est passée par là Hippocrate, toutes les positions sont permises et les permutations qui vont avec

      •  » toutes les positions sont permises »
        Hum….fantasmées dirais-je, car de deux choses l’une.

        Ou bien les enfants continueront à être un obcur objet-produit du désir, même l’enfant désiré « parfait » ( ce qui est le vrai drame humain et personnel de femmes désirant avorter sans le vouloir vraiment : détruire le produit d’un désir..), ou bien la biotechnologie « transhumaniste » permettra une reproduction , c’est à dire littéralement une production (terme industriel) à l’identique, close sur elle même et sans aucune possibilité de discontinuité , donc de fantasmes, donc d’humanité du monde d’avant.

        Pour reprendre une expression de Muray, cette deuxième configuration conduirait le monde d’avant, c’est à dire « le monde de toujours » à cesser d’exister, après la phase du monde de toujouir.

        Si l’on excepte les détails techniques, le « meilleur des mondes » d’Huxley en serait le résultat; de jouissance, point, évidemment, puisque disparition de la possibilité même de transgression.

        Un fait actuel peut être mis en relation; vous ne tarderez pas à voir promulguée, dans les media, la « découverte du CRISPR par deux chercheuses », cette technique étant très prometteuse, et réellement, en thérapie génique de maladies autrement incurables.

        Il reste que les applications de cette découverte – sur laquelle les chinois travaillent beaucoup, ce qui évite tout problème « éthique » quand aux recherches sur l’humain- peuvent évidemment être étendues ad libitum à la tranformation dirigée du génome.

        Vous noterez que le fait de promouvoir médiatiquement deux femmes « découvreuses » (en fait des applicatrices.) permettra de « faire passer » tranquillement, outre la promotion « paritaire « ( qui remplace la « canapé) », tous les développement « autres que médicaux », sous couvert d’images de bienfaitrices de l’humanité , qui ne sauraient donc être soupçonnées d’autre chose que de vouloir faire le bien…..

        [Remarque: le découvreur du CRISPR est en réalité un homme, un chercheur fondamental, que je connais fort bien ( hasards de la vie ) et qui, heureusemnt pour lui, peut prouver son antériorité]

      • Même pour l’information mais en effet c’est ce que je voulais dire par le tout est (techniquement) possible y compris la dissolution des catégories qui furent les nôtres (père/mère et parents-enfants) et nous aurons, dès lors, autant de différence avec cette néo-humanité que l’homo sapiens en avait avec l’homo ergaster, seulement je suis certain qu’en perdant la jouissance et la cruauté, le néo-humain perdra le rire (politesse de désespoir), la beauté (promesse du bonheur) et la fiction (offrande du saltimbanque), que fera t-il alors des oeuvres qui sont les nôtres sinon de les verser dans les poubelles de la non-Histoire à venir ?

  4. « …que fera t-il alors des oeuvres qui sont les nôtres sinon de les verser dans les poubelles de la non-Histoire à venir ? »

    ..une plastification touristico archéologique, peut-être?
    Une sorte de Las Vegas à « authenticité garantie », comme des millions de chinois vont visiter leurs propres lieux historiques ( j’ai eu du moins cette impression)……

    • Ça me rappelle un peu le projet nazi de solution définitive du problème juif, premier pas vers la rédemption de l’humanité aryenne (les transhumanistes diront que j’ai franchi le point Gode Vain mais non me frego). D’un côté on menait une opération systématique de destruction des juifs d’Europe et on accélérait celui-ci par la mise en place des camps d’extermination que certains historiens actuels nomment on ne sait trop pourquoi centres de mise à mort comme si on ne mourrait pas dans les usines « normales » du IIIème Reich, mais passons. De l’autre côté, les autorités nazies avaient mis en place une sorte de commission chargée de réunir tous les restes des communautés juives en vue de la création d’un musée qui n’était pas du même ordre que l’exposition des arts dits dégénérés mais une entreprise centrale et pédagogique de la future civilisation nazie

  5. Une interprétation physico informatique de la théorie de l’évolution.

    J’ai déniché un article savant et passionnant, où l’auteur revisite une des formalismes les plus fascinants de la mécanique, le « principe de moindre action ».

    L’article, écrit par un physicien informaticien de haut niveau ( pas le petit technicien creux ou le vendeur de révolution numérqiue) commence par deux citations, que je livre en anglais:

    « From given causes,effects are generated by nature in the most efficient way…..No natural action can be abbreviated [Leonardo]

    « An institution will grow until it uses up all available resources[Parkinson’s law]

    ( Cet article est réellement itrès instructif mais requiert d’assez solides connaissances en physique et mathématiques appliquées…)

    Je livre quelques conclusions ( toujours en Anglais, afin de ne pas « traduire trahir »):

    ………

     » One views the actual trajectory as the peak of distribution of microscopic trajectories, and interprets the « principle of least action » as a concise expression of combinatorial tautologies much as the « survival of the fittest » and the « law of large numbers »

    If all of this stands review, the principle of least action is an not an expression natures’s parcimony, but of natures’s prodigality: a system’s natural trajectory is the one that will hog the most computationnal resources? Would you have expected otherwise?
    ………

    Voici de quoi réconcilier statistiques, mécanique rationnelle, biologie et évolution au sens de Darwin ( pas celle des darwiniens sociaux ou des neo darwiniens altruisto optimisateurs…)

    Les références de l’article ( faites le vous éventuellement expliquer « pédagogiquement » si vous avez un ami matheux, Mémento, c’est très accessible une fois bien » traduit sans trahir  » et profond..):

    « The fungibility of computation »
    Tommaso Toffoli
    in: Feynman and computation ISBN 0-8133-4039-X

  6. Erratum, le titre complet de l’article est:
    « Action, or the fungibility of computation »

    • Merci Hippocrate, je suis en train de lire, entre autres, l’homme probable de Bouveresse, ça m’a l’air de faire écho

      • J’ai lu de choses de Musil en probabilités extrapolées au réel…
        Bof et rebof, dirais-je.

        Par rapport à l’article ci-dessus, on peut parler d’un écho…mais très déformé.
        Mais à voir. Bonne lecture

      • Musil n’est pas un scientifique (je veux dire par là qu’ingénieur il n’est ni Planck, ni Einstein), c’est un honnête homme qui utilise les sciences (et les comprend d’une manière qui n’est pas celle d’un lecteur de journal ) pour réfléchir et de ce point de vue, il a perçu du premier coup d’œil la supercherie qu’il y avait dans les raisonnements de Spengler ou de Klages, du moins quand on n’a pas abandonné la raison en cours de route, sans évidemment nier que l’homme comme la nature du reste ne sont pas exactement raisonnables, ce qui ne veut pas dire, privée de raisons (au double sens de causalités et de motifs). En ce qui concerne Tommaso Toffoli, je n’en connais ni le nom (évidemment j’ai un peu navigué mais une fiche wiki et deux ou trois glanages ne font pas une connaissance), ni les travaux et je constate qu’il est absolument inconnu en France (ni traduit, ni discuté), encore une preuve de notre provincialisme impénitent. Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres

  7. Bonjour Memento
    Tommaso Toffoli, pour ,ne parler que de lui, n’est pas un « philosophe » au sens actuel du terme ( sens qui, à mon avis, s’est projeté à des années lumières de l’antique « philosophia naturalis »), mais un scientifique « pur » ( mais italien, ce lui confère un style … »italien » précisément , donc humaniste à l’ancienne), disons un de ces milliers de spécialistes de haut vol, mais anonymes; un des rares- mais il en a d’autres- ayant réussi à me réconcilier avec l’informatique théorique au service d’une certaine épistémologie profonde ( dont je ne suis nullement un spécialiste, je précise..), à réconcilier la notion d’entropie selon Boltzman et sa filouterie savante selon Shannon.

    Je constate depuis assez longtemps, malheureusement, une distanciation devenue pratiquement infranchissable entre les scientifiques et les « littéraires professionnels », oubliant précisément que ce sont des esprits « complets », ou les plus complets possibles, des « géomètres », qui cherchaient, autrefois, à cerner la nature du monde, la nature de la nature, les relations entre les choses tout simplement.

    Je dirais que l’un des derniers grands savants-épistémologises fut Henri Poincaré; je suppute également que ses célèbres débats avec Russel furent ceux d’un physicien mathématicien , pour lequel les conventions mathématiques sont libres, mais non arbitraires quant à la description de ce qui nous est accessible du réel ( principe de raison suffisante) avec un pur logicien mathématicien, oubliant que les mathématiques sont une création de l’esprit humain et non du réel extérieur, qu’un théorème s’inscrit toujours dans une axiomatique libre et arbitraire ( le critère de vérité des maths n’est pas celui de la description des choses naturelles), avec le danger,à mon avis totalement envahissant actuellement, d’un nominalisme contructivisme mathématico centré devenu charlataneque en sciences humaines( témoin l’affaire sokal, du côté duquel je me range résolument)

    • Tout à fait d’accord avec vous Hippocrate l’ontologie des univers physiques, géologiques, biologiques, humains n’est pas mathématique ce qui ne veut pas dire que certains phénomènes ne soient pas mathématisables, un homme comme Poincaré dont le frère était un politique savait parfaitement cela et je dirais que Louis Rougier dont la mémoire est comme arasée, de même. Sur l’affaire Sokal, je vous conseille ce pastiche hilarant de Pascal Engel, je suis persuadé qu’un littéromane non-averti s’y laisserait prendre : https://www.unige.ch/lettres/philo/enseignants/pe/Engel%201999%20L%20affaire%20sokal%20concerne%20telle%20les%20francais.pdf

      En ce qui concerne les « littéraires » d’aujourd’hui (il suffit de lire le dialogue sur les deux grands systèmes du monde de Galilée pour savoir ce qu’était un « littéraire » du XVIIème, j’ajouterai mais c’est mon goût personnel les fragments de Pascal et certains de ses traités et discours) j’ai eu droit, réforme (plutôt implosion) de l’éducation nationale oblige, à quelques discours d’inspecteurs. Ils n’ont jamais brillé par leur intelligence mais là on touche le fond.

      Un tel est rallié à la métacognition après avoir lu Télérama enjoignant tout un chacun à rejoindre la secte des métacogneux, une autre confond discours et récit, Pimbêche affirme que la méthode inductive ne serait pas scientifique mais pédagogique ce qui revient à dire qu’un énoncé faux dans les domaines du savoir peut être vrai dans un dispositif d’enseignement, la sociologie se réduit chez Machin à un amas pitoyable de lieux communs et de données statistiques brutes enfin Ducon affirme dans une sorte de spasme autosatisfait que le système scolaire français produit des élites et « qu’il sait faire » mais que la démocratie doit organiser son école autour des 15 % d’élèves « qui décrochent », tous ces gens doivent être agrégés d’histoire donc littéraires. Comme le dit Ducon la France produit des élites verbeuses et creuses, elles sonnent comme un concert de pétomanes lâchés par grand vent.

      • De fait, le pastiche réalisé par Engel est ..désopillant….

        D’autres réflexions peu réfléchies ( mais je suis, au fond, un vieil « atomiste » de par ma complexion).

        Ontologies non mathématiques, certes (ne serait ce que parce que les mathématiques sont et ne sont qu’une activité de l’esprit) mais sont elles non physiques? La question est autre, à mon avis.

        Il existe de superbes articles de Poincaré sur « les géométries non euclidiennes » où il démontre dans son style tellement « clarté française » que parmi les trois grandes géométries possibles permettant de décrire les lois physiques ( Lobatchewski hyperbolique, Riemann sphérique, Euclidienne plane) aucune n’est plus « vraie » qu’une autre ( mesurer une distance en mètres n’est pas plus « vrai » que mesurer une distance en coudées), mais seulement plus ou moins commode selon le problème examiné.

        Mais, là encore, les délires mystico journalistiques sur la courbure non euclidienne de « l’espace temps » font florès…et se réactivent à l’occasion de la possible mise en évidence d’ondes gravitationnelles.

        Un exemple « pédago ».
        Qu’est ce qu’une géométrie? Une manière, conventionnelle, de mesurer la distance d’un point à une autre ( mathématiques) ou la distance entre deux positions d’un corps réel étant ou ayant été en mouvement ( physique)
        Placer une boule pesante sur un trampoline, et vous obtenez une représentation assez correcte d’une géométrie Lobatchewskienne.
        La trajectoire ( physique) spontanée d’une bille roulant sur ce trampoline n’est pas représentable par une ligne droite euclidienne ( mathématiques)

        Imaginez maintenant deux petites billes immobiles dans notre espace physique perceptible; imaginez également un petit jet d’encre ( méthode archaïque) ou un petit faisceau plus ou moins laser ( méthode moderne) émis par chacune de ces deux billes, verticalement.
        Si l’on place sous ces deux billes un plan horizontal ( euclidien, un trampoline bien tendu sans boule au milieu) , les traces laissée par les jets seronts séparées d’une certaine distance mesurable sur ce plan ( mesure euclidenne).
        Les traces laissées dans les mêmes circonstances sur un trampoline Lobatchewskien seront séparées par une distance « incurvée » dont la valeur chiffrée n’est évidemment pas la même que la précédente.

        Même chose si l’on projette sur une sphère  » Riemannienne »

        Conclusion:
        La même réalité « physique », en l’occurence le fait que deux corps perçus comme réels sont séparés dans l’espace, est mesuré selon des valeurs chiffrées différentes selon la géométrie , c’est à dire la norme métrique ( mathématiques) adoptée.
        DONC ( est c’est un gros donc………), j’aurais tendance à penser que « la réalité est réaliste » , indépendante de nos créations de l’esprit, existe « en soi », et que les normes métriques qui nous permettent d’en représenter certaines relations, sont de fruits de notre adaptation ( peut être même au sens de « l’Evolution ») ; les mathématiques, en l’espèce, ne saurait donc prétendre à un statut « ontologique » du réel….mais la physique, c’est à voir.

      • Ce que vous dîtes est très intéressant Hippocrate et me paraît absolument incompatible avec une ontologie historienne. En Histoire, une interprétation n’est pas un point de vue sur une même réalité, c’est un ensemble d’hypothèses sur un monde partiel et lacunaire, l’historien asserte dans le domaine du peut-être, les dangereux « peut-être » de Nietzsche. En revanche un romancier crée toujours un monde, non pas plein, mais saturé ou, c’était le tour de force de Robbe-Grillet, disjoint et stratifié (il suffit d’y retirer les chronotopes et le tour est joué). Et vous savez bien que Freud affirme qu’un individu n’est jamais son propre contemporain non pas qu’il soit anachronique mais énigmatique, le problème, je crois, est de concilier l’ensemble de ces ontologies, je veux dire de ne pas négliger l’une d’entre elles

  8. Vous devinant utilisateur de statistiques à but « historico métrique », Memento, on peut trouver sur le Net d’intéressant débats ( touchant de très près à l’épistémologie et la philosophie des stats) sous les mots clefs

    « Frequentist vs Bayesist »,

    Mais de façon tout aussi explicite et en un excellent français, les exposés « littéraires » de Poincaré sur statistiques et probabilités posent déjà « lumineusement » ces questions ( par exemple, dans « la science et l’hypothèse »)

    Est t’on, par exemple, légitimé à utiliser la notion de probablité a priori?
    C’est ce que l’on fait , à mon avis, de manière indue dans diverses études économétriques ou épidémiologiques entre autres, en se gardant bien de vérifier a posteriori que la probabilité a priori était juste; rien ne dit, par exemple, qu’un tirage a pile ou face donnera 50/50, la pièce de monnaie, après tout, pouvant être « mal » construite….

    • Même eux ont des amis mathématiciens qui leur évitent cette bévue Hippocrate, il me semble que le principe d’incertitude d’Heisenberg (déjà beaucoup moins incertain dans son soutien aux nazis) a plus fait pour brouiller la pensée commune que n’importe quel étude, même climatologique

  9. Il ne faut pas en vouloir à Heisenberg pour son principe d’incertitude, dont la vraie dénomination est  » principe d’indétermination ».
    Il s’agit en fait d’un résumé très solide et « agissant » , en physique, exprimant qu’il existe une constante naturelle limitant la précision connaissable de toute grandeur de type « action » ( rien d’autre que le produit d’une masse par le carré d’une longueur le tout divisé par un temps) à une indétermination quantitativement indépassable fixée par la constante de Planck.
    Aucun raisonnement mathématique en soi ne conduit à cette constante, qui est proprement « naturelle » et déterminée par l’expérience, tant quantitativement qu’au niveau de ses conséquences visibles ( ex: l’effet photoélectrique selon Einstein)

    Dans la version classique de la mécanique, qui présuppose une précision parfaite, c’est à dire aucune imprécision, la constante de Planck serait égale à zéro, ce qui est tout à fait acceptable macroscopiquement.

    Le problème, mais là, le Créateur n’y peut rien, c’est le nombre infini de bêtises qui ont été dites et écrites a propos de la relation dite « d’incertitude » , et plus généralement , de la mécanique quantique.

    La « pesanteur » psychologique du déterminisme semble pour beaucoup avoir « enfin » trouvé un espace d’ouverture, le terme « incertitude » semblant légitimer la notion de « liberté humaine ».

    Nous sommes là dans une parfaite pataphysique, vaguement analogique, ( mais Vian, au moins, ne se prenait pas au sérieux) faisant d’ailleurs totalement foin de la relation d’Heisenberg et de la constante de Planck.

    Même en regardant étroitement les sytèmes biologiques et le cerveau, , même en admettant que l’on puisse en faire une racine de la « liberté humaine »(!!!!!!) des fluctuations « aléatoires » de concentrations chimiques ou des courants électriques, celles-ci sont d’ordre macroscopique de type Boltzann, donc d’ordres de grandeur incommensurables avec la petitesse de fluctuations quantiques.

    C’est comme si l’on prétendait que la pièce de monnaie a une certaine « liberté quantique » de choisir pile ou face.

    Les bêtises relatives au chat « mort et vivant » ou encore à la « non localité », ou encore à  » la mécanique quantique explique nos choix » ( alors que ceux-ci, si l’on veut les réduire mathématiquement, sont plutôt « bêtement Bayesiens ») ont de beaux jours devant elles ( de même que la théorie du Chaos ou les théorèmes de Gödel, ou les forces morphogénétiques par exemple..)

    N’en veuillez pas à Planck ou Heisenberg…..tout semble « dépérir entre les mains de l’Homme »; N’est ce pas Augustin qui se plaignait de la bêtise qu’il rencontrait quotidiennement?

    • Une constante naturelle découverte par l’expérimentation ne fait pas une loi, vous en conviendrez. De même il me semble que la science est d’une clarté et d’une précision sans exemple (sauf dans les littéralisations grammaticales) dès lors qu’elle traite du général mais recourt aux probabilités dès qu’elle se penche sur l’événement. De plus, sur le déterminisme, mon idée est qu’un monde absolument déterminé est un monde entièrement corrélé et dans lequel règne une nécessité d’airain dès lors c’est un monde compatible avec le dieu d’Einstein, celui qui ne joue pas aux dés

  10. « Même eux ont des amis mathématiciens qui leur évitent cette bévue  »

    Thèse: Justement, non.

    Pour un mathématicien, seule compte la vérité mathématique; une théorie mathématique est « vraie » à partir du moment où, sur la base d’une axiomatique arbitraire, d’une part et surtout, elle se développe de façon « logique » , sans déroger aux classiques raisonnements par syllogisme, par l’absurde et par récurrence ( grosso modo les 3 grands pôles), d’autre part n’entre pas en contradiction avec des bases mathématiques déjà solides ( sinon, l’apparition d’un paradoxe devient l’objet d’une recherche mathématique passionante, qui aboutira souvent à démontrer que le paradoxe n’en était pas un….).

    Pour un mathématicien statisticien, les statistiques sont regardées comme une des branches de la théorie de la mesure: il s’agit donc, a l’instar de la géométrie, d’une norme métrique; l’événement réel au sens du naturaliste ( « actual » comme disent les anglo saxons, et ce terme d’actualisé n’est pas mal trouvé à mon avis) est regardé par le mathématicien comme un événement abstrait, parmi d’autres, et son actualisation ( qui importe peu au mathématicien pur) est « mesurée » par la norme métrique de type « probabilité ».

    Analogiquement, on peut construire des géométries très rigoureuses et « vraies » mathématiquement, dans lesquelles, par exemple, une droite peut être perpendiculaire à elle même: superbe norme géométrique, vraie au sens mathématique, mais sans applications naturalistes connues ( qu’importe, à mon sens, d’ailleurs).

    Là dessus, si l’on en vient aux applicatifs, à ce qui est observé, actualisé, ou à ce que l’on peut induire comme conventions mathématiques à partir de l’observable ( donc non arbitraires, devant obéir au « principe de raison suffisante »), le fréquentiste choisira une norme pratique fondée sur la fréquence d’apparition de tel ou tel événement réel, le bayesien vérifiera son pari sur la probabilité a priori ( une quelconque hypothèse dite » nulle », trop souvent fondée sur d’assez grossiers paralogismes) à partir des événements observés.

    La question de ce que signifie « aléatoire » n’est même pas explicitement posée, dans la mesure où la norme métrique probabiliste exclut , de par sa construction, la question même de ce qui ne serait pas aléatoire , ou alors, sous la forme : « un événement non aléatoire est un événement dont la probabilité d’occurence est 100% », tautologie tout à fait « vraie » dans l’espace mathématique, mais pouvant s’avérer « courte » dans ses applicatifs.

    Cette exclusion, par application d’une norme métrique parmi d’autres, du « non aléatoire » , aboutit à exclure l’idée déterministe elle-même.

    Des déclarations telles que
    « l’activité humaine est responsable du réchauffement climatique avec un intervalle de confiance à 95 % » .
    me paraît proprement ahurrisante ( les travaux de type « evidence based medicine » ou « macro économie » sont trop souvent de la même eau ).

    Ce « déni de l’existence de causalités strictes » équivaut, subrepticement, à faire oublier que la réalité est unique et obéit au principe du tiers exclu: le résultat est la négation de l’existence même d’un réel.

    Antithèse: l’utilité pratique des probabilités ( fréquentistes et/ ou bayesiennes).
    Si l’on exclut les paris « bayesiens » des traders et des décideurs( avec les résultats que l’on connaît), les naturalistes au sens large ( je pense aux biologistes par exemple) , du fait qu’ils abordent des systèmes beaucoup moins compliants aux chaînes causales que ne le sont les systèmes physiques ( beaucoup plus facilement décomposables en parties et interactions simples), sont confrontés à une ignorance plus ou moins marquée des chaînes causales intriquées qui régissent les systèmes qu’il observent.

    Dans ce cas, il est parfaitement légitime d’utiliser en tant qu’outils, parmi d’autres outils, les applicatifs probabilistes, tant Fréquentistes que Bayesiens.

    Il est loisible de constater alors qu’à mesure que les microchaînes causales sont mieux connues, y compris grâce à l’utilisation intelligente des outils probabilistes, ceux-ci deviennent de moins en moins nécessaires.

    Les probabilités sont bien une mesure de l’ignorance (ce qui correspond d’ailleurs à l’axiomatique fondamentale de la métrique mathématique probabiliste).

    Elles s’effacent au fur et à mesure de l’extraction des chaînes causales .

    Une question beaucoup plus politique que scientifique réside, à mon avis, dans la question suivante:
    Statistiques et probabilités peuvent prétendre s’imposer comme unique paradigme, comme ontologie, de toute connaissance ( et de tout contrôle social)?

    • Je partage avec vous un certain déterminisme mais l’existence de constantes (qu’est-ce qui les détermine, premier problème) d’interactions complexes (vectrices d’ignorances que tentent de voiler les concepts fumeux d’émergence ou de sérendipité) ou l’événementialité des phénomènes (et cette fois-ci aucun n’y échappe) se présentent comme des structures du monde. Comme l’impératif humain consiste à agir, subjuguer et bricoler des fictions en guise de visions du monde, les statistiques ont ceci de bienvenue qu’elles peuvent remplir les 3 fonctions (informer l’action, se présenter sous la forme d’arguments d’autorité enfin servir de séquences à des chaînes narratives déficientes). Ainsi pour reprendre votre exemple du climat, on établit un diagnostic, on assène les 95 % et on rédige en pilote automatique le récit de l’homme (de l’occidental voire du sino-occidental, simples variantes) responsable de la mort prématurée de la planète sous la forme imagée de la 6ème extinction, etc.

  11. Bonjour Memento

    Je reviens sur votre assertion:
    « Une constante naturelle découverte par l’expérimentation ne fait pas une loi, vous en conviendrez. »

    Je propose d’essayer de rétablir un certain sens du mot « Loi », et de l’expression « découverte par l’expérimentation ».

    Un exemple ( étant resté enfant dans mon épistémè, je pars volontiers d’exemples particuliers )

    Galilée a établi empiriquement une loi quantitative « révolutionnaire » ( et il n’a pas fait que cela : le principe de relativité du mouvement, par exemple, est du à Galilée), que je résume par l’énoncé :
    « la composante verticale du mouvement , c’est-à-dire de la distance verticale parcourue par un corps en chute libre, lâché de sa hauteur et contraint ( ou non) de se déplacer sur un plan incliné avec un certain angle, est proportionnelle au carré du temps mis à parcourir cette distance , et indépendante de la masse de ce corps » ; c’est l’apparition de la notion d’accélération d’un corps pesant soumis à la pesanteur ; par contre, rien n’est dit, dans cet énoncé, sur une constante expérimentale chiffrée caractérisant « ce qui attire vers le bas » ( il se trouve que cette loi est valable quelle que soit la forme sur laquelle le corps est contraint de se déplacer dans sa chute..)

    Remarque : cette loi du mouvement et la notion d’accélération qui en découle met complètement à bas les brillants textes scolastiques sur la nature du mouvement…

    C’est à partir ( pour résumer condenser) de cette loi expérimentale –empirique galiléenne que Newton choisira ( et c’est bien un choix lucidement assumé par Newton dans ses « principia ») de définir comme postulatum « une force est le produit d’un masse par une accélération »

    Si l’on désire expérimentalement chiffrer quelque chose, il est loisible de mesurer ladite accélération en fonction de l’angulation du plan incliné, mais cela ne dira rien sur la pesanteur elle-même.

    Remarquons que cette loi requiert d’avoir une approche quantitative de ce qu’est une masse ( et les anciens, à partir de la renaissance, ont fait beaucoup d’efforts expérimentaux pour montrer que le mouvement était indépendant du fait que la boule soit en plomb, cuivre, ou pierre), une trajectoire ( et tous les « mécaniciens raisonneront en géomètres grecs, l’invention du calcul infinitésimal par Newton et Leibniz correspondant à la nécessité de traiter des problèmes de trajectoires complexes plus facilement qu’à partir des coniques grecques classiques), et un temps ( remarque : on ne peut appréhender la notion de temps sans notion de trajectoire, le « temps » étant une grandeur qui ne peut s’appréhender que comme nécessaire pour décrire le changement de position d’un objet, donc sa trajectoire).

    Cette loi « empirique » requiert donc ce qui est accessible et accessible seulement, à NOS SENS, et pose, au fond, ce qui est le fondement de la physique : quelles sont les relations adéquates entre masse, temps, distance.

    Que l’on aille sur Jupiter ou sur la Lune, les expériences de Galilée donneront toujours cette « loi du mouvement »
    Par contre, l’accélération du mouvement sera extrêmement différente selon le lieu de l’expérience : on ne sait toujours rien, à ce stade, sur « ce qui attire vers le bas ».

    La « loi du mouvement » de Galilée ne fait donc pas intervenir, à ce stade, une constante expérimentale « universelle ».

    Arrive Newton ( je laisse tomber intégralement Descartes dont ne parviens toujours pas à comprendre la notoriété scientifique, Pascal et Fermat furent d’une toute autre stature…) qui postule
    ( mathématiquement mais selon le « principe de raison suffisante », toujours lui) que « la loi du mouvement » de Galilée est l’expression particulière d’ une loi universelle, appelée depuis « loi de gravitation universelle » qui s’énonce « deux corps massiques s’attirent ( à distance, c’est à dire sans contact…. Postulat révolutionnaire) selon une force dirigée de l’un vers l’autre en ligne droite ( euclidienne donc) , force proportionnelle au produit de leurs masses et inversement proportionnelle au carré de leur distance »

    Nous n’en sommes toujours pas, à ce stade à la présence d’une constante expérimentale « universelle »….

    Comment parachever ?

    Comment cette « loi Newtonienne du mouvement » peut t’ elle s’ajuster tout à la fois aux lois phénoménologiques de Kepler , à la chute des corps selon Galilée, aux oscillations des pendules ?

    Cet ajustement ne peut se faire qu’en introduisant une constante de proportionnalité, un nombre, unique et universel ( valable que l’on soit sur terre, sur Jupiter, ou sur la lune, ou n’importe où dans l’Univers), rendant la loi d’attraction valable partout : c’est la constante de gravitation.

    Je propose une sémantique « moderniste digitale » mais qui peut avoir son utilité didactique provisoire :
    – Les lois, telles que celles de Galilée, puis de Newton, peuvent être regardés comme des « programmes » ( des « recettes » de très très haute gastronomie)
    – Les «constantes universelles » ( constantes de gravitation, constante de Planck, vitesse de la lumière et d’autres) peuvent être regardées comme des « contraintes numériques» incontournables pour que les « programmes » fournissent des résultats conformes au « principe de raison suffisante » , à ce qui est accessible à NOS sens, à NOS instruments.

    Les constantes universelles ne doivent pas être regardées comme des « découvertes expérimentales », mais comme de contraintes nécessaires et suffisantes pour que les lois fonctionnent, pour que les « programmes tournent »: elles « existent » nécessairement avant même toute détermination chiffrée…..

    Ce sont les « lois-programmes » qui dictent l’existence des constantes et non le contraire.
    La longue enquête permettant d’une part d’en faire une estimation chiffrée, d’autre part d’en affirmer ( fut ce provisoirement) le caractère universel, c’est-à-dire numériquement stable, constant, quelle que soit la situation d’observation et/ ou d’expérimentation dans laquelle la « loi programme » est testée, ne leur confère pas le statut de « lois ».

    Exmple : Un exercice de gymnastique intellectuelle permet d’ approcher le caractère « universel » ou non d’une constante ; si l’on s’amuse à calculer quel serait le mouvement d’une planète à partir d’une loi de gravitation qui serait en inverse de la distance ( et non pas du carré de celle-ci) et/ ou en fonction de la somme ( par exemple) des masses en jeu, on ne parvient jamais à calculer une constante de gravitation stable : la combinaison « loi-programme » avec « constante universelle » ne se laisse pas facilement déloger de son unicité.

    Un changement de formalisme ( passer de Newton à Lagrange ou Hamilton, ou de géométrie euclidienne à Lobatchewskienne) ne change pas le caractère stable , constant, universel, de la constante requise puisque ces formalismes sont équivalents ( c’est pour celà que lorsque les scientifiques en tiennent une, ils ne la lâchent pas!)

    Un exemple « abominable » à mes yeux, de falsification : cette pseudo « loi économique » prétendant définir les flux financiers entre deux entités en fonction du produit de 2 PIB divisé par une distance élevé à une certaine puissance, proportionnellement à une certaine constante : en bref , une « imitation analogique » quasi homéopathique, des lois de Newton, mais supposant une « distance » que personne ne parvient à définir , un exposant flou et vague de l’exposant de cette distance, et une constante «universelle » qui ne l’est pas ; si c’est bien ce type de construction qui vous rend « sceptique » Memento, vous n’êtes pas le seul

    Si vous le désirez, je pourrai vous dire quelques mots sur Dieu ne joue pas aux dés….

    • Merci pour la démonstration Hippocrate, il me semble que Hobbes (puis les libéraux mais j’en reste à Hobbes) a tenté d’appliquer au corps politique cette pensée et pesée galiléenne. Sans le dire, il s’est affranchi de la scolastique dérivée d’Aristote selon laquelle le gouvernement d’un seul définit la monarchie, de quelques uns l’oligarchie et de tous, la démocratie. Pour Hobbes ce genre de définition ne mène nulle part, du moins n’a aucun ancrage dans le réel (qui se dit nature en ce temps là). De même, et toujours sans le dire le Tout n’est pas, chez lui, égal à la somme des « chacun », ce qui revient à liquider l’héritage des églises, protestantes comme catholique puisque l’église militante comme le corps glorieux des béats ne sont plus liés (c’est la version théologique de la quadrature du cercle). Hobbes part de l’individu comme atome de désir et de crainte et se pose cette question : comment transformer en force agrégée cette masse d’atomes envieux et capables d’autodestruction. Il répond par le Léviathan, l’Etat souverain d’où les premiers calculs de puissance des arithméticiens politiques pour lesquels l’individu est, en soi, insignifiant, les libéraux vont répondre, par le marché mais le même homme sans qualités est présumé. J’en conclus que la sortie du galiléisme hors de son domaine, comme celle du darwinisme, constituent deux catastrophes parallèles au sein de la modernité.

  12. énoncé 1 : »Hobbes part de l’individu comme atome de désir et de crainte…… »

    énoncé 2 : »…. comment transformer en force agrégée cette masse d’atomes envieux et capables d’autodestruction »

    l’énoncé 1, à gros grains, est acceptable comme hypothèse

    l’énoncé 2 est le fondement même de la déportation des concepts galiléen et darwinien hors de leur domaine, car pour se débarasser d’un concept ( comme d’un homme ou d’un peuple) rien ne vaut la déportation

    Démocrite et Epicure répondraient qu’il n’y a rien à transformer, que la transformation même résultera de la « nécessité », de lois neutres, stables et éternelles

    Platon répondrait…. comme Hobbes, je pense; sa République, à mon point de vue ressemble au léviathan, ou à Sparte..

    Freud ( et Sophocle) répondraient: cette agrégation s’est réalisée spontanément sous l’effet de l’ambivalence et de la culpabilité qui est en est résulté après le meurtre, réel ou symbolique du père, sous l’égide de l’Eros, du désir d’inceste; Thanatos peut la détruire. Personne ne peut en prédire l’issue.

    Les Eglises ( même au sens large)?…….réponse, non clairement explicitée mais au fond claire pour qui veut bien y regarder de près: assez similaire à Freud et Sophocle.

    Nous en sommes donc à trois points pour les non interventionnistes…..

    • Une question Hippocrate, seriez-vous une sorte de réincarnation du Prince Salina, je lis dans Lampedusa, « son intérêt pour les mathématiques était presque considéré comme une perversion coupable » mais ce qui le sauve aux yeux du monde c’est qu’il est un excellent cavalier, un chasseur infatigable, un coureur de jupons. Je ne préjuge pas de votre dextérité hippique mais il me semble que vous répondez plus que bien au portrait.

      Sur l’hypothèse freudienne, il me semble que chez lui, l’Etat est un substitut du Père et sa disparition ou son effacement offre, comme dans tout bonne démonologie, la possibilité du contrat (la réforme du droit du travail en est aujourd’hui le symptôme le plus éclatant). Quel sera le père de substitution ? Le bon professeur Bernie qui ressemble étrangement à un socialiste de la chaire de feu le Reich bismarckien ? L’oligarque mauvais garçon qu’on imagine parfaitement enchaîné et fouetté par ses égéries de papier journal les soirs de victoire ? Ou l’Eglise clintonienne de la concorde des minorités (ufologues, noirs, femmes, etc.) ?

  13. « …..ou son effacement offre, comme dans tout bonne démonologie, la possibilité du contrat.. »

    ….une métaphore de l’annonce du « Nouveau Testament »?

    Qui tiendra, dans ce cas, le rôle du Fils?Et qui est la Mère dont ce Fils est le fils?

  14. Je réfléchis à mon identité salinienne, qui ne me parait que partielle( hélas pour le cheval); j’y reviendrai sans doute.
    Le prince salina, d’ailleurs, était un passionné d’astronomie,de mécanique céleste, et il y a là l’embryogénèse de véritables « communautés » ,d’ex enfants astronomes, un peu différents des ex enfants ingénieurs, ou des ex enfants numérologistes, ou des ex enfants animaliers ou herboristes, ou d’ex enfants lettrés

    Ne sont ce pas les mêmes chemins depuis des temps immémoriaux?

    Et puisque Copernic, Kepler, Galilée et Newton flottent au dessus de ma tête, je profite de l’occasion pour paraphraser ( à tout seigneur tout honneur) une partie de l’approche de Poincaré sur le nominalisme dans les sciences.

    Considérant la loi Newtonienne de gravitation universelle, il se pourrait qu’après tout elle ne soit pas parfaitement exacte, que l’action réciproque des astres ne varie pas exactement comme l’inverse du carré de la distance (ou pas exactement comme le produit de leurs masses).

    Il en résulte deux attitudes possibles, soit considérer que la loi doit être -même légèrement- modifiée, soit considérer que la gravitation n’est pas la seule force agissante entre deux astres.

    Dans le second cas, il devint alors nécessaire de considérer la loi de Newton comme la définition même de la gravitation: c’est l’attitude nominaliste.
    Si l’on opére ce choix, la loi de Newton cesse d’être un fait d’expérience, mais devient alors un « principe » qui ne pourra plus jamais être démenti par l’expérience.

    Choquant, dès lors que l’on parle de sciences « expérimentales »?
    Au premier abord sans doute, mais en réalité très fertile.

    Je retranscris ci-dessous les termes mêmes de Poincaré:

    « Nous pouvons décomposer cette proposition: (1) les astres suivent la loi de Newton, en deux autres:(2) la gravitation suit la loi de Newton, (3) la gravitation est la seule force qui agisse sur les astres.
    Dans ce cas, la proposition (2) n’est plus qu’une définition et échappe au contrôle de l’expérience; mais alors ce sera sur la proposition (3) que ce contrôle pourra s’exercer. Il le faut bien puisque la proposition résultante (1) prédit des faits bruts vérifiables ».

    Je n’ai personnellement jamais trouvé de texte aussi clair sur la question dite de la « réfutabilité » ( je considère Popper comme un charlatan verbeux, entre parenthèses) que Poincaré entoure du terme « vérifiables ».

    Cette séquence propositionnelle, l’embryogénèse de ce « nominalisme », aboutit à l’acte de baptème d’un « principe » ( l’équivalent d’un axiome en mathématiques) qui ne sera dès lors plus vérifiable expérimentalement, devenu « irréfutable », mais ouvre, paradoxalement, des voies nouvelles et « vérifiables ».

    Si en lieu et place de ce nominalisme, l’on choisit de modifier légèrement la loi de Newton, on se borne à établir une loi purement phénoménologique, qui pourra d’ailleurs se trouver varier au gré des circonstances ( comme certaines « lois économiques »); plus encore, on se privera de découvrir d’autres types de forces
    ( électriques, magnétiques, vent solaire etc..) intervenant dans les relations entre les astres.

    Il va sans dire que des modifications opportunistes de la Loi de Newton rendent nécessaires des modifications tout aussi opportunistes de la constante de gravitation, qui n’a alors plus rien d’universel….

    On peut également remarquer que la loi de Newton démontre que la loi de la chute des corps de Galilée est, en toute rigueur, « fausse »: en effet, ce qui « tire vers la terre  » un corps pesant dépend de la distance entre ce corps et le sol.
    Pourtant, cette « à peu près » loi expérimentale fut un « germen » on ne peut plus fécond.

    Il va sans dire que c’est grâce à la mise en place d’un intelligibilité, d’une intelligence humaine, que les faits « bruts », expérimentaux, peuvent se dégager d’un empirisme immédiat.

    • Merci pour la démonstration, en effet Poincaré est tout à fait clair. Pour Popper son opposition à la psychanalyse est déjà un symptôme d’une sorte de puritanisme prétendument logique qui, s’il avait été adopté, aurait barré le chemin à toute la science moderne. Dans le genre charlatan j’ai entendu un économiste comparer l’opposition à sa « science » (ce qu’il appelait le débat académique, anglicisme dont il n’avait même plus idée) et donc à la loi actuelle de destruction du droit du travail, à la position des climato-sceptiques et notamment à celle adoptée par Claude Allègre, car toutes les études statistiques prouvaient que les protections étaient une entrave à l’entrée des « jeunes » sur le marché du travail. Il oubliait de préciser les conditions d’un tel fonctionnement qui passe, notamment, par la répartition des patrimoines, les protections allouées au droit de propriété et la concurrence internationale. Il avait établi une loi statistique là où il y avait un rapport de forces et l’avait renforcé d’une analogie qui prouvait clairement sa démagogie académique


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