Publié par : Memento Mouloud | février 17, 2016

Arnaud (Mimran) les garçons et l’entourloupe de la taxe carbone

« Dans le Milieu, on ne désigne jamais un truand, à l’ancienne, ou un gangster, plus moderne, par le terme de « parrain ». Vous imaginez un homme interpeller un autre, « oh, parrain, tu trafiques quoi en ce moment ? » Franchement…! », lâche Milou. « Le terme de « parrain », précise-t-il, a été propagé par les caves, les gens normaux, aidés bien entendu des journalistes, puis des policiers, lorsque des mecs de la Mafia se sont mis à table, à la fin des années 1960, lorsqu’ils ont décrit le fonctionnement des groupes italiens. Sans parler du film Le Parrain évidemment. Nous, dans le Milieu, si l’on doit parler d’une personne qui « pèse », c’est-à-dire qui fait vivre au minimum 400 familles, qui dispose d’une véritable armée, de cent mecs prêts à se faire tuer pour lui, de territoires, de l’entregent dans le monde entier, d’un empire financier et surtout d’une réputation sans failles chez les hommes d’argent et de pouvoir, politiques compris, alors on parle d’un homme de poids. Et croyez-moi, des hommes de poids, il y en a toujours et il y en aura toujours, contrairement à ce que des imbéciles racontent. « 

Milou

Le 30 avril 2010, le corps d’Amar Azzoug, dit “Amar les yeux bleus”, gît, criblé de balles, dans la brasserie du Bois doré à Saint-Mandé, en proche banlieue parisienne. C’est un ancien braqueur reconverti dans le « recouvrement de créances ». Il était porteur de documents au moment de son assassinat. La victime, réputée proche du clan corso-marseillais des Barresi, était également accompagnée d’un certain Patrick Bellaiche.

 Le 14 septembre 2010, le corps de Samy Souied, transpercé de six balles de 7.65, gît entre deux voitures, face contre terre, devant le Palais des congrès, Porte Maillot, à Paris. Il vivait dans la banlieue chic de Tel-Aviv, à Herzliya, en Israël, et descendait dans les plus luxueux palaces de Paris quand il venait en France. C’était un habitué des hippodromes et des cercles de jeu. Il était associé avec Marco Mouly et Arnaud Mimran, un golden boy aux prises avec la justice à intervalles réguliers, joueur de poker invétéré dont les frasques font régulièrement les choux gras des sites people. Au moment de son assassinat Samy Souied avait rendez-vous avec Arnaud Mimran. C’était le troisième de la journée.

Le 25 octobre 2011, un majordome et une infirmière découvrent dans la chambre d’une villa de 1 000 m2 de Neuilly-sur-Seine le corps sans vie, criblé de trois balles tirées par derrière, du propriétaire des lieux, le milliardaire Claude Dray, ancien patron de la marque de parfum Patchouli et magnat paranoïaque de l’immobilier. Arnaud Mimran était son gendre. Il aurait déclaré, “Je pisserais sur sa tombe si jamais il crevait”. » Le 8 avril 2014, le corps d’Albert Taieb, dit “Bébert”, homme de main sexagénaire du cousin de Marco Mouly, repose devant un ascenseur dans la cage d’escaliers d’un bel immeuble haussmannien du XVIIe arrondissement de Paris, lacéré de coups de couteau au thorax, dans le dos, à la nuque et la tête.

Qui est Mimran ? Déjà confondu en 2000 dans une affaire boursière aux États-Unis – il a consenti à restituer 1,2 million de dollars avec ses complices – et condamné en décembre 2007 pour fraude fiscale, il est dépeint par les juges de l’affaire des quotas carbone comme un athlète des techniques de blanchiment : utilisation de comptes bancaires au nom d’autrui, usage de comptes ouverts dans des casinos pour y récupérer des espèces après conversion en jetons, faux prêts de jetons entre joueurs au casino, transferts transfrontaliers d’espèces ou de chèques non déclaré. En perquisition dans l’un des appartements de Mimran, les enquêteurs découvriront des RIB chinois, britanniques ou portugais, tous aux noms de sociétés exotiques. Les juges ont aussi saisi un compte à la HSBC France valorisé en février 2015 à 7,7 millions d’euros, après avoir déjà fait l’objet d’une saisie précédente de 5 millions d’euros. Ils ont également établi à 5,5 millions d’euros la valeur du patrimoine immobilier de Mimran en France, dont un triplex dans le XVIe arrondissement de Paris avec piscine, jacuzzi, hammam et salle de sport.

Les juges le soupçonnent d’avoir orchestré, en janvier 2015, l’enlèvement et la séquestration durant six jours dans un appartement d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) d’un financier suisse et, dans le même temps, au même endroit, d’avoir simulé le sien. À la clé : 2,2 millions de dollars d’ordre d’achat d’actions d’une société minière canadienne, Cassidy, que le financier suisse a dû opérer sous la menace de ses ravisseurs. L’argent a finalement atterri sur un compte à Dubaï que les juges soupçonnent d’appartenir en sous-main à Mimran. Des écoutes téléphoniques « font effectivement ressortir Arnaud Mimran comme le donneur d’ordre concernant ce compte » à Dubaï, écrivent les magistrats.

La « fraude à la TVA sur les quotas du carbone » fut, à l’exception de celles tout à fait usuelle des firmes multinationales, la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ».  Son montant serait de 1,6 milliards d’euros. Quand un coup d’arrêt lui fut donné en juin 2009, les fraudeurs se déplacèrent dans d’autres Etats. L’ETS (Emissions Trading Scheme), organisait les échanges entre les entreprises qui dépassaient un plafond, fixé par les autorités, d’émissions de gaz à effet de serre, et les entreprises qui étaient en-dessous de ce plafond. Les fraudeurs ont appliqué un système dit du « carrousel » : des sociétés, souvent créées pour l’occasion, achetaient hors taxe des quotas de CO2 dans un Etat membre, les revendaient en France en facturant la TVA de 19,6 %, et disparaissaient sans payer la TVA à l’Etat français. Le tout noyé dans un maquis de sociétés-écrans répondant parfois aux noms facétieux de Fantomas Organisation ou Carbonara, et de comptes offshores localisés en Lettonie, à Hong Kong, Chypre, Dubaï. Les facilitateurs : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment.

Les quatre meurtres sont liés à cette fraude. Aucun tueur ou commanditaire n’a, à ce jour, été formellement identifié par la justice. Il n’y a eu aucune mise en examen prononcée. Aucune piste d’enquête ne semble même être sérieusement privilégiée dans chacun des dossiers.

La police s’est retrouvée face à un phénomène d’un genre inédit. Un agencement qui réunit une finance border line, composée d’aigrefins franco-israéliens rompus aux escroqueries internationales (minutes de téléphonie, panneaux photovoltaïques, puis les quotas carbone), et un grand banditisme classique, issu des milieux corso-marseillais ou des banlieues parisiennes. L’éthique du premier groupe se résume ainsi « On a été éduqué dans le même groupe. On n’a jamais été formaté à faire du mal, mais formaté à gagner de l’argent. ». Si ce que dit ce type est vrai, les aigrefins franco-israéliens sont des imbéciles mais des imbéciles parfaitement adaptés à la règle copains-coquins de la finance internationale. Si ce que dit ce type est faux, les aigrefins franco-israéliens ont pris un ou plusieurs partenaires pour des cons et la réplique est venue.

L’argent est un système de dettes, un jour ou l’autre, la facture se paie comptant c’est la morale Shylock, elle est toujours en vigueur.

Mediapart / L’Obs/ Thierry Colombié / BAM


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