Publié par : Memento Mouloud | mars 21, 2016

Molenbeek contre « l’Occident » ou la virée sanguinaire de Salah (Abdeslam) et ses potes

 « Au Maroc, c’est une dictature mais je préfère la dictature à l’anarchie, là-bas les policiers font peur, nos petits-enfants seront biens tenus. Pas comme à Molenbeek où tout est permis et les gosses à la rue nuit et jour. »

Une femme marocaine de Molenbeek

« encore un complot de la Grande Puissance, l’Amérique, la France pour salir les musulmans ». « Si j’envoie par SMS à mon répertoire la question, « croyez-vous aux événements dont les médias nous matraquent depuis vendredi », 95 % va me répondre  « Non » »

Samir, un gars de Molenbeek

« On n’était pas « Charlie » en janvier parce qu’on ne peut pas rire de tout et se moquer de la religion, du prophète comme il le faisait. On ne va pas être « Paris » en novembre. Il y a eu des morts, O.K., qu’ils reposent en paix, mais on ne croit pas au « terrorisme », c’est une invention de l’Occident. Chaque fois, qu’il y a « un attentat » ou « une tentative », cela passe toujours comme par hasard par Molenbeek et les quartiers où il y a des musulmans concentrés. C’est la seule fois de l’année où on parle de nous dans les journaux, jamais pour parler du racisme, du chômage, de la misère, des violences policières que nous subissons avec nos parents. Du jour au lendemain, on découvre qu’untel avec qui on était à l’école, jouait au foot, à la boxe, est devenu un bourreau et pose avec une kalach sur Facebook au milieu de cadavres. Mais que fait la police alors si nous sommes un foyer du djihadisme mondial depuis tant d’années ? »

Karim, un autre gars de Molenbeek

« Le mal est fait, l’intégration a échoué. Même si on donnait du travail à tous les chômeurs et ratés du quartier, les familles resteront repliées sur leurs tribus, à se marier entre cousins, à décourager les filles de faire des études. Les politiques ont laissé se mettre en place un petit Maroc du nord avec des élus, des policiers, des profs… tous marocains qui fonctionnent pour certains comme au bled avec des bakchichs. Les rues sont sales, le cannabis est partout dans la ville, dans des cafés légaux et d’autres clandestins derrière des rideaux de fer. Les autorités ne font rien, laisse la drogue détruire nos enfants. »

Mounir, un père de famille de Molenbeek

Chez les Abdeslam, l’arbre généalogique est un brouilleur de pistes à lui seul. Le père, Abderrahmane, est né à Oran, en 1949, en Algérie, tout comme Yamina, la mère. Ils sont ensuite allés vivre au Maroc mais ont pu garder la nationalité française. Nationalité qu’ils ont transmise à leurs cinq enfants quand ils ont émigré en Belgique. Comme ses trois frères (Yazid, 33 ans, Brahim, 31 ans, Mohamed, 29 ans) et sa sœur (Myriam, 22 ans) Salah Abdeslam est né à Bruxelles mais il n’a qu’une carte de résident permanent. Il n’a jamais vécu en France.

Chaque été, les vacances se passent en famille, au Maroc, dans cette petite ville de Bouyafar, 15 000 habitants, tout près de l’enclave espagnole de Melilla. Un de ces coins du Rif qu’ont vidé les vagues de départs vers la France, les Pays-Bas, la Belgique… « Mais vous savez, moi maître, je suis Français ! », répétait souvent Brahim, le frère de Salah, à son avocat, Me Olivier Martins, lors des quelques déboires qu’il a eus avec la justice avant qu’une ceinture d’explosifs en finisse avec les vacances.

Salah Abdeslam a été arrêté vendredi par la police belge dans un appartement de la rue des Quatre-Vents à Molenbeek, le quartier de son enfance, dans l’agglomération de Bruxelles, à l’issue d’une cavale de quatre mois. Il n’avait plus d’armes, il ne risquait donc plus de mourir en martyr si jamais il en a jamais eu l’intention. À l’issue de son audition, Salah Abdeslam a été inculpé pour « participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste ». Outre son rôle d’agent d’ambiance pour djihadistes de retour de Syrie, il a participé à l’armement des commandos du 13 novembre en achetant, à l’automne 2015, douze déclencheurs et quinze litres d’eau oxygénée, un composant utilisé dans la fabrication du triperoxyde de tricycloacétone (TATP), l’explosif contenu dans les ceintures explosives des kamikazes.

Le procureur de Paris, François Molins, a indiqué qu’Abdeslam a « affirmé devant les enquêteurs belges qu’il – je cite – voulait se faire exploser au Stade de France et qu’il avait fait – je cite encore – machine arrière ». « Ces premières déclarations, qu’il faut prendre avec précaution laissent en suspens toute une série s’interrogations sur lesquelles Salah Abdeslam devra s’expliquer, en particulier quant à sa présence dans le 18éme arrondissement le 13 novembre au soir dès 22h après avoir déposé le commando du stade de France avec une Clio noire (et) sur les raisons qui l’ont conduit à finalement abandonner sa ceinture explosive à Montrouge (Hauts-de-Seine)», a précisé le procureur lors d’une conférence de presse. En effet, Il restera toute la nuit à Châtillon oubliant de commettre son attentat, sa partition.

L’avocat d’Abeslam a annoncé dimanche son intention de porter plainte contre le procureur de Paris, qu’il accuse de violation du secret de l’instruction pour avoir divulgué la veille des propos tenus par son client lors de son interrogatoire par les enquêteurs belges. « C’est une faute et je ne peux pas la laisser passer », a-t-il dit à la radio-télévision belge RTBF. « Il y a eu manifestement une violation du secret de l’instruction. (François Molins) n’était pas présent, il n’a donc pas de connaissance de cause, il a peut-être une copie de l’audition mais il ne connaît pas le contexte et il se mêle dès lors d’une enquête à ce stade belge », a ajouté Me Mary sur iTélé.

Quatre autres personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue suite à l’opération de police de vendredi soir, a indiqué le parquet fédéral de Belgique. Parmi eux, un autre homme lié aux attentats de Paris, à l’identité floue. La justice ne connaît que les alias qui figurent sur ses faux papiers : « Mounir Ahmed Al Hadj » et « Amine Choukri ». Ce proche d’Abdeslam avait été contrôlé en sa compagnie en octobre 2015 à Ulm, en Allemagne où ils allaient assister le premier débarqué de l’île de Leros. Il a lui aussi été inculpé pour « participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste ».

Deux autres faux migrants, arrivés par la même île de Leros et porteurs de faux passeports syriens comme les kamikazes du Stade de France avaient été interpellés en Autriche le 10 décembre 2015. Ils avaient auparavant été incarcérés durant trois semaines à leur arrivée en Grèce pour « possession de faux passeports », un contretemps qui a pu les empêcher de rejoindre les commandos qui ont frappé Paris. Devaient-ils commettre l’attentat prévu dans le 18e, une attaque ultérieure dans un autre pays européen ?

Les trois autres individus arrêtés sont membres d’une même famille, qui a hébergé Salah Abdeslam à Molenbeek. L’un d’entre eux, Abid A., a été inculpé pour « participation aux activités d’un groupe terroriste et recel de criminels ». Djemila M. a été inculpée pour « recel de criminels », tandis qu’une autre femme a été libérée sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle.

Le 9 septembre 2015, Salah Abdeslam avait été contrôlé à la frontière austro-hongroise à bord d’une Mercedes avec deux hommes présentant de faux papiers belges aux noms de Samir Bouzid et de Soufiane Kayal. La fausse identité de Soufiane Kayal a été utilisée pour louer une maison dans la ville belge d’Auvelais, qui a fait l’objet d’une perquisition le 26 novembre. Il s’agit de Najim Laachraoui, 24 ans.  Cet homme, qui est parti en Syrie en février 2013, est soupçonné d’avoir participé à l’organisation, en Belgique, des attentats.

Belkaid, alias Bouzid, a permis la cavale d’Abdeslam, mais aussi celle d’Abdelhamid Abaaoud, autre homme clé des attentats. La carte d’identité au nom de Samir Bouzid a en effet été utilisée quatre jours après les attaques de Paris pour transférer 750 euros, via une agence Western Union à Bruxelles, au bénéfice de Hasna Aït Boulahcen, tuée avec son cousin Abaaoud lors de l’assaut de la police à Saint-Denis.

Mais si Belkaid a été tué mardi à Forest, les deux autres suspects sont parvenus à fuir par les toits. Grâce aux empreintes digitales et aux traces ADN retrouvées dans l’appartement, les policiers belges découvrent que l’un d’entre eux est bien Salah Abdeslam.

Selon plusieurs médias, dont L’Obs, c’est finalement grâce à une dénonciation que sa nouvelle planque a été découverte. Quelques heures après sa fuite, Abdeslam demande de l’aide à l’un de ses amis pour trouver un appartement. Lequel prévient la police. En travaillant sur le numéro de téléphone fourni par le dénonciateur, les enquêteurs finissent par localiser l’appartement où se cachait Abdeslam à Molenbeek, qui a été pris d’assaut vendredi.

Ironie de l’histoire, la planque était située à quelques centaines de mètres du domicile des parents de Salah Abdeslam et du bar qu’il a tenu avec son frère Brahim, l’un des kamikazes du 13 novembre. S’il a la nationalité française, Abdeslam n’a jamais vécu dans l’Hexagone. Fils d’un conducteur de tramway, il a grandi au cœur de Molenbeek, cette banlieue de Bruxelles à la forte population immigrée, et foyer du radicalisme islamique belge.

L’esplanade est l’un des poumons de la commune à quelques mètres du métro Comte de Flandre et à moins d’un quart d’heure à pied de la Grand-Place de Bruxelles, épicentre touristique de la capitale européenne. S’y tient deux fois par semaine un marché « qui donne l’impression d’être à Tanger », dit un commerçant. Il se présente comme « un des rares Blancs » à tenir encore un commerce dans ce qui a muté, au fil des décennies, en « un laboratoire de ville à 90 % musulmane », « un ghetto ethnique ».« Maroc-enbeek », 97 000 habitants sur six kilomètres carrés : plus de la moitié sont des immigrés marocains ou descendants, concentrés dans la partie basse de la ville, le triangle « Comte de Flandre-Étangs noirs-Ribaucourt ».

La commune compte officiellement 24 mosquées, organisées par pays, dont quatre seulement sont reconnues par la région de Bruxelles-Capitale (les imams y sont payés par les autorités). Elle compte aussi des dizaines de lieux de cultes ou associations privés, dans les anciennes maisons ouvrières, que personne ne sait vraiment chiffrer ni surveiller. Seize des 24 mosquées sont contrôlées par un conseil consultatif (onze sont arabophones, deux pakistanaises, une africaine, une turque, une bosniaque).

Aujourd’hui, ce sont Abdelhamid Abaaoud, les frères Abdeslam, le Français Bilal Hadfi qui s’est fait exploser devant le Stade de France et qui vivait à Bruxelles  qui font la une des journaux. Hier, et la liste n’est pas exhaustive, c’était Hassan el-Haski, l’un des cerveaux des attentats de Madrid de 2004 (191 morts, 1 800 blessés) ; Mehdi Nemmouche, l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, originaire de Roubaix ; Ayoub el-Khazzani, qui a raté l’attaque du Thalys Bruxelles-Paris en août dernier ou encore des protagonistes de « la cellule de Verviers » démantelée lors d’un assaut policier mortel au lendemain des attentats de Charlie-Hebdo, de Montrouge et de l’HyperCacher en janvier.

C’était aussi les prédicateurs Jean-Louis Denis dit le Soumis, Fouad Belkacem aujourd’hui derrière les barreaux (il a pris douze ans en février). Ce dernier, à la tête deSharia4Belgium, prônait le djihad armé entre Anvers et Bruxelles. En 2012, une quinzaine de membres de son groupuscule salafiste ont provoqué des émeutes avec la police de Molenbeek en réaction au contrôle d’identité d’une femme en niqab dans le tram (cette dernière s’était rebellée et avait cassé le nez d’une policière).

« La ville est pour eux un arrondissement de Paris comme Anvers, une annexe des Pays-Bas. Ils peuvent s’y procurer facilement des armes, des faux papiers grâces aux filières criminelles, se planquer grâce à la densité de logements et se fondre dans la population de type arabo-musulmane », analyse l’anthropologue et militant associatif Johan Leman. Il a suivi toutes les mutations de la commune, de l’arrivée des premières générations d’immigrés venus travailler dans les mines, creuser le métro bruxellois aux premières radicalisations de leurs enfants nés sur le sol belge. C’est ici aussi que les Tunisiens Dahmane Abd el-Sattar et Bouraoui el-Ouaer ont fomenté l’assassinat du commandant afghan Massoud tué deux jours avant le 11 septembre 2001 sur ordre de Ben Laden.

El-Sattar était l’époux de Malika el-Aroud, « la veuve noire », muse du djihadisme belge, deux fois femme de martyrs (elle s’est remariée avec Moez Garsallaoui, un Belgo-Tunisien tué par un drone au Pakistan en 2012). Fille d’ouvrier marocain, condamnée en 2008 à huit ans de prison et désormais sous le coup d’une procédure de déchéance de nationalité, elle avait envoyé vers l’Afghanistan des dizaines de jeunes.

Le Franco-Syrien Bassam Ayachi, « cheikh » sulfureux, doyen des terroristes belges en Syrie où il est retourné en 2013, avait présidé à l’époque son mariage religieux avec el-Sattar. Il a dirigé pendant vingt ans, avec son fils (mort en Syrie en 2013), le Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek. Un sanctuaire du salafisme radical, démantelé seulement en 2012 par la justice, qui a envoyé de nombreux combattants vers l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie.

D’abord ouvrier à la régie des transports de Bruxelles, puis gérant d’un café fermé suite à une affaire de stups, Abdeslam est un petit trafiquant de cannabis qui n’apparaissait pas comme spécialement religieux. Il arbore un look de minet, aime les filles, la fête et les joints. C’est un ami de longue date d’Abdelhamid Abaaoud, lui aussi né à Molenbeek et considéré comme l’un des cerveaux des attentats du 13 novembre. Les deux copains de fiesta ont commis ensemble un braquage qui leur vaut d’être emprisonnés en 2010.

Stéphane, un témoin, a raconté qu’Abdeslam avait, au printemps 2015, un domicile à Dunkerque, où il trafiquait du cannabis. « Il était radicalisé à fond. Il pensait que la musique rock était une perversion, il ne fallait pas fumer ni boire, les femmes devaient être toutes voilées sinon c’était des putes. » Ce qui n’empêchait pas Abdeslam de boire, de fumer et de multiplier les aventures. Les enquêteurs ont retrouvé la trace de plusieurs de ses virées au Golden Palace, un grand casino du centre-ville de Bruxelles. Il y a même été repéré avec son ami Ahmed Dahmani, boxeur amateur à ses heures, interpellé à la fin de novembre 2015 en Turquie. Ce dernier aurait fait des repérages à Paris en amont des attentats.

Stéphane raconte qu’en mai 2015, le jeune homme l’a emmené jusqu’à sa voiture, lui a montré deux kalachnikovs, un pistolet automatique et des grenades stockées dans le coffre. Abdeslam l’a ensuite conduit dans les bois avec des amis pour lui apprendre à utiliser le matériel.

Le témoin a ajouté s’être rendu à plusieurs reprises avec Abdeslam à Chartres, pour y rencontrer un imam de la ville voisine de Lucé, avec lequel il entretenait une relation téléphonique, et qui lui demandait de lui ramener des « jeunes perdus ». C’est donc probablement lors d’un de ses voyages à Chartres qu’Abdeslam a rencontré Ismaël Mostefaï, l’un des kamikazes du Bataclan.

Toujours lors d’un déplacement à Chartres, Stéphane raconte qu’Abdeslam lui aurait confié avoir rencontré en Belgique Amedy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher en janvier 2015. Abdeslam aurait ajouté qu’il comprenait l’attentat de Charlie Hebdo mais « qu’ils n’auraient pas frappé assez fort ». Lors d’une conversation avec l’un de ses frères, Abdeslam n’aurait, toujours selon le témoin, pas évoqué de projets précis d’attentats, mais les deux hommes auraient parlé de « lieux où ça pourrait faire mal », comme des « concerts de musique rock parce que c’est la perversité selon eux ».

Pendant la même discussion, en juin 2015, Stéphane se souvient enfin d’une question qu’il a posée à Abdeslam et dont la réponse lui avait « fait peur »: « Ma question était la suivante : « Si tu rates ton coup, qu’est-ce que tu fais ? Tu vas foutre ta vie en l’air. » Sa réponse a été : « Si je me loupe, je n’attendrai pas qu’on vienne m’arrêter, j’irai jusqu’au bout. » »

Il est contrôlé le 14 novembre 2015 à 7 h 11 après avoir quitté Paris, puis à 9 h 10 par la gendarmerie de Cambrai, au poste-frontière, en direction de la Belgique, au volant d’une Golf. Avec lui, Hamza Attou et Mohamed Amri, qui avaient été contrôlés en venant le chercher, dans le sens Belgique-France, dans la nuit du 13 au 14 novembre, à 3 h 44.

Abdeslam leur raconte avoir participé aux attentats et tué des victimes depuis une voiture. Il leur dit aussi que son frère Brahim s’est fait exploser avec une ceinture. Pour que celui-ci soit connu du monde entier, il laisse dans la voiture qu’il a abandonnée un papier d’identité de son frère, explique-t-il encore, comme cela a été fait après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Une fois arrivé en Belgique, Salah Abdeslam est pris en charge par Ali Oulkadi, qui sera arrêté le 23 novembre dans une opération menée par la police belge. Abdeslam parvient malgré tout à s’enfuir, jusqu’à son arrestation vendredi.

Le ministre des affaires étrangères, Didier Reynders, a évoqué l’aide « de proches, mais aussi de réseaux criminels » dont aurait bénéficié Salah Abdeslam. « Pour tenir en cavale pendant quatre mois, il a manifestement bénéficié de plusieurs réseaux de soutien. Il avait des amis issus du milieu criminel, d’autres du milieu de la radicalisation islamiste et puis ses amis d’enfance et de quartier », a expliqué, à l’AFP, Louis Caprioli, ancien chef du contre-terrorisme français à la Direction de la sûreté du territoire (DST).

Dans la liste, il faudrait ajouter les services belges. En effet, ceux-ci n’ont pas donné suite au renseignement d’un informateur évoquant, dès l’été 2014, un an et demi avant la vague d’attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, la menace représentée par les frères Salah et Brahim Abdeslam. Le 20 mars 2015, l’Office central d’analyse de la menace, qui fixe le niveau d’alerte et reçoit les informations de divers services officiels, a cependant intégré Salah Abdeslam dans sa liste des djihadistes potentiels. Cette liste est notamment envoyée – en juin apparemment – à la maire de Molenbeek et au commissaire de la police locale. Interpol en disposera également.

Le 8 mai, la police fédérale estime, quant à elle, qu’il est apparemment impossible de prouver les renseignements de la police locale. Le 29 juin, le parquet fédéral classe l’affaire, soit quatre semaines avant un voyage de l’intéressé en Grèce, où il rencontre Ahmed Dahmani, qui aurait effectué des repérages à Paris et a été arrêté en Turquie peu après les attentats. Au début du mois de septembre, Salah Abdeslam est en Hongrie pour y récupérer deux complices impliqués dans les attentats parisiens. « Ces gens ont circulé, loué des maisons, acheté des détonateurs », s’étonne Philippe Moureaux, l’ancien maire de Molenbeek, évoquant les « failles » des enquêtes.

Le Comité P, un organe de contrôle externe des polices, au service du Parlement fédéral, a rédigé un texte intermédiaire retraçant le fil des investigations. Le Comité P disposerait du témoignage de policiers ulcérés par la manière dont leur hiérarchie a traité le dossier Abdeslam.

Reste que la police belge est toujours à la recherche de plusieurs individus dans le cadre des enquêtes sur les attaques de Paris et Saint-Denis.

En tête de la liste figure Mohamed Abrini. « Corpulence athlétique, 1,80 mètre, cheveux foncés, yeux bruns, visage fin, dangereux et probablement armé », décrivait le mandat d’arrêt émis par le juge français le 24 novembre. Ce Belgo-Marocain de 31 ans, bien connu des services de police pour de multiples vols et détentions de drogue, avait été filmé le 11 novembre dans une station-service de Ressons, dans l’Oise, en compagnie de Salah Abdeslam. Mohamed Abrini était au volant de la Clio noire qui a servi deux jours plus tard aux tueries. Le 12 novembre, il avait de nouveau été repéré en Belgique dans une station-service près de la frontière française dans une des voitures du convoi qui conduit les assaillants à Paris.

Mohamed Abrini, qui avait longtemps travaillé dans un snack-boulangerie de Molenbeek, est également soupçonné d’avoir séjourné en Syrie en 2015, alors qu’il avait affirmé à ses proches être parti « en vacances » en Turquie. Un de ses petits frères, Souleymane, 20 ans, y est mort en 2014 après avoir combattu dans la katiba (« brigade ») Jaïch Al-Mouhajirine wal Ansar (« armée des émigrants et supporteurs » – groupe djihadiste affilié à l’Etat islamique), d’Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats parisiens, et tué lors de l’assaut des forces de l’ordre à Saint-Denis, le 18 novembre.

Deux autres hommes, les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, sont également recherchés depuis la perquisition d’un appartement, où Salah Abdeslam était probablement caché, qui a viré à la fusillade, mardi, à Forest. Khalid El Bakraoui aurait loué ce logement sous un faux nom, de même qu’une cache à Charleroi (sud de la Belgique) occupée par l’un des commandos des attentats de novembre juste avant leur départ pour la France. Ce Bruxellois de 27 ans est connu des services de police : il a été condamné à cinq ans de prison en 2011 pour des vols de voitures avec violence. Son frère, Ibrahim El Bakraoui, a, lui, été condamné à Bruxelles pour avoir tiré sur des policiers à la kalachnikov après un braquage en 2010, selon le journal La Dernière Heure.

Mediapart / Le Monde / BAM


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