Publié par : Memento Mouloud | mars 30, 2016

Donald Trump ou la manufacture du dégoût

L’annonce, le 23 février, du lancement du programme Knight-Hennessy par l’université de Stanford, doté de 700 millions de dollars au bénéfice d’une poignée d’étudiants triés sur le volet, est un signal comme un autre d’une élite en autarcie qui veille à sa propre reproduction et élargit la fracture avec le reste de la population. Or une enquête de deux chercheurs d’Harvard, Sara Solnick et David Hemenway (« Is More Always Better ? A Survey on Positional Concerns », Harvard School of Public Health, 1997) affirme que 56 % des sondés disaient préférer vivre dans un monde où ils gagnent 50 000 dollars et les autres 25 000 dollars, plutôt que dans un monde où ils gagnent 100 000 dollars et les autres 250 000 dollars. L’endettement est devenu une prison de fer.

« Il trouve à l’évidence un écho dans des sentiments très profonds de colère, de peur, de frustration et de désespoir, probablement dans des parties de la population dont le taux de mortalité est en train d’augmenter, chose inouïe en dehors des guerres et des catastrophes naturelles… C’est intéressant de faire la comparaison avec la situation des années 30, dont je suis assez vieux pour me souvenir…Objectivement, la pauvreté et la souffrance étaient beaucoup plus grandes. Pourtant, même chez les ouvriers les plus pauvres et les chômeurs, il y avait un sentiment d’espoir qui fait complètement défaut aujourd’hui. ». L’Amérique blanche est prise dans le dégoût et le dégoût a un visage, il s’appelle Donald Trump.

Dès juillet 2015, un sondage Gallup signalait que M. Trump était le candidat le plus connu dans le camp républicain, notamment grâce à l’émission « The Apprentice », sur NBC, vue par plus de 28 millions d’Américains et Patrick Bateman avait fondé son premier fan-club. Trump venait de s’échapper d’un roman. American Psycho était lancé. Le candidat à la primaire républicaine compte 4,5 millions d’abonnés à son compte Facebook, 5,5 millions d’internautes le suivent sur Twitter… Lui-même s’est baptisé le « Ernest Hemingway des 140 signes ». Nicholas Kristof évoque une étude de Mediaquant (un institut de mesure d’audience de Portland) sur le temps d’antenne, de lecture, « offert » au magnat de l’immobilier. Il est évalué à 1,89 milliard de dollars (alors qu’il n’a dépensé que 10 millions de dollars pour faire parler de lui), comparés aux 746 millions de dollars de couverture média gratuite pour Hillary Clinton. Entre le 16 juin, jour où il a annoncé sa candidature, et le 14 septembre, CNN a diffusé 2 159 sujets consacrés à Donald Trump, relève Fortune.

Dès août 2015, Donald Trump révèle une série de propositions en matière de politique migratoire. Il propose en vrac de refuser temporairement aux musulmans le droit d’entrer aux États-Unis, de mettre fin au droit du sol, de renforcer les règles existantes obligeant les employeurs américains à tout faire pour trouver un national avant d’embaucher un étranger. Enfin, il veut construire un mur le long des quelque 3 200 kilomètres de frontière entre les États-Unis et le Mexique. Comment le financer ? Très simple, il compte ainsi prélever une portion des sommes d’argent qu’envoient les immigrés mexicains à leurs proches de l’autre côté de la frontière tant que les autorités mexicaines refusent de payer pour la construction. Or la frontière est déjà une zone ultra militarisée, équipée depuis 2006 de clôtures de tôle ou de grillages sur plus de 1 000 kilomètres, et surveillée par 18 000 hommes. Comme l’explique parfaitement l’ancien diplomate Stephen R. Kelly dans le New York Times, les États-Unis sont déjà sur la voie d’une frontière fortifiée telle qu’elle existe entre les deux Corées.

Depuis l’été dernier, il a promis de limiter les délocalisations, d’augmenter les taxes sur les produits importés (les produits en provenance de Chine ou encore les voitures Ford assemblées au Mexique, insiste-t-il), de hausser l’impôt sur les plus fortunés, notamment les dirigeants de hedge funds. Il se prononce aussi contre les grands accords de libre-échange que les États-Unis négocient d’une part avec onze pays d’Asie (le TTP, signé en octobre), d’autre part avec l’Union européenne (le TTIP, en cours), en soulignant que ce genre de traités ne crée pas d’emplois.

« J’ai beaucoup d’amies qui comprennent mieux l’intérêt du planning familial que vous et moi ne le comprendrons jamais. Ils [le personnel des plannings] font un excellent travail. Là-bas, ils prennent soin des cancers du col de l’utérus, des problèmes de santé des femmes. » Trump s’oppose au droit à l’avortement (il disait le contraire en 1999). S’il est élu, les plannings recevront donc des financements fédéraux mais ne pourront pas s’en servir pour financer les IVG. Le tout, sans jamais expliquer que c’est précisément la situation actuelle : la loi fédérale empêche les plannings familiaux américains d’utiliser les subventions venant de Washington pour pratiquer des IVG, excepté en cas de viol, d’inceste ou de mise en danger de la vie de la mère.

Alors que depuis l’élection de Barack Obama, la destruction des programmes publics d’assurance santé des plus pauvres est l’un des principaux objectifs des élus républicains au prétexte qu’ils ruinent le pays, Donald Trump insiste sur le fait que, lui, n’a rien contre Medicaid (couverture santé pour les plus pauvres), Medicare (couverture santé pour les retraités) et la sécurité sociale (le nom du programme public de retraite).

Lors d’un débat entre candidats conservateurs le 6 février 2016 dans le New Hampshire, Donald Trump s’est retrouvé seul sur scène à défendre l’utilisation des expropriations. Il l’a fait au nom de l’intérêt public : « Sans cette loi, on n’aurait pas de routes, pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de ponts. (…) Je n’adore pas la loi sur les expropriations mais c’est une nécessité absolue pour notre pays. » Or en tant que promoteur immobilier, il a fait durant sa carrière un usage considérable, et beaucoup disent abusif, de la loi sur les expropriations pour servir ses propres intérêts financiers.

En moquant le sénateur et ancien candidat républicain à la présidence John McCain, prisonnier du Viêt-Cong pendant plus de cinq ans, Trump pointe du doigt l’humiliation de la défaite américaine au Viêtnam et ceux qui ont bâti leur carrière dessus (lui avait bénéficié d’un report dû à ses études puis à une blessure au pied). En critiquant l’invasion de l’Irak en 2003, il dénonce son propre camp, qui avait quasi unanimement soutenu cette guerre et dont une partie continue de défendre l’idée qu’il n’aurait pas fallu se retirer du pays. Par ailleurs, Trump se dédouane de toute suspicion d’être un« mauvais patriote » en donnant régulièrement de l’argent aux associations d’anciens combattants. Dans le même temps, il ne s’embarrasse guère de détails puisque son avis sur la guerre d’Irak a été plus que fluctuant en 2002 et 2003.

Pierre Sautarel, le créateur du site François de Souche, a annoncé il y a quelques temps qu’il souhaitait porter un t-shirt exprimant son soutien pour Donald Trump. “Sur Twitter, on a la volonté d’être retweeté, ça fait un peu de débat“. “Sur le moment c’était pour faire un contre pied. Au moment des campagnes d’Obama, il y avait plein de voitures de journaliste avec des autocollants Obama, on en parlait autour de moi, j’ai juste voulu faire de la provoc…Il plaît Trump, il détonne tellement par rapport au politiquement correct, à la démagogie absolue du ventre mou. C’est un type avec une grande gueule, parfois un peu vulgaire, on est plus habitué à ça, surtout après l’Obamania, un pseudo humanisme avec des prises de position gentillettes.”

Selon Egalité et Réconciliation “C’est un héros, celui qui dit tout haut ce que cachent les autres candidats dits “du système”. Cette idée que Trump est un candidat du peuple, revient régulièrement dans les textes que Boris Le Lay consacre régulièrement au candidat. Il compare le milliardaire à Jules Cesar, assassiné par l’Oligarchie, incarnée en l’occurrence par les media et les élites politiques. Ceux-ci n’ont qu’un but : éliminer Donald Trump. Le blogueur ne cache pas son enthousiasme pour les positions du milliardaire. Boris Le Lay explique dans sa conclusion que : “Les questions fondamentales sont posées : immigration, radicalisme islamique, primauté des intérêts américains sur ceux transnationaux de certains oligarques. La dynamique enclenchée n’échappe pas aux ennemis de Trump qui voit se profiler à l’horizon un césarisme qu’elle redoute par-dessus tout“

Dreuz.info a multiplié les articles en faveur du candidat Trump. Selon un article publié le 9 septembre dernier, Trump est un “ouragan” et représente “l’Amérique américaine” tandis que’Obama, lui ne serait que l’incarnation d’une “Amérique anti-américaine“. Plus récemment, le site explique que “Donald Trump incarne la colère” et réaffirme “l’identité américaine“. Dreuz voit dans le candidat “un désir d’en finir avec le politiquement correct dans tous les domaines“. Pour Jean-Patrick Grumberg, le créateur de la plateforme, le “Président Donald Trump et Israël” entretiendront une “amitié intense“. A en croire Jean-Patrick Grumberg, les positions pro-israéliennes de Donald Trump seraient les raisons pour lesquelles la presse française cracherait sur lui.

Trump plait également à la sphère catholique traditionnaliste. Le Salon Beige qui se définit comme un “blog quotidien d’actualité par des laïcs catholiques“, relaie régulièrement des articles favorables à Donald Trump ou visant à confirmer ses propos. Même si le 10 mars 2016, le site expliquait que la campagne de Donald Trump faisait penser à celle de Nicolas Sarkozy en 2007, “beaucoup de promesses” d’un côté, de “beaux discours” d’un autre, ce qui a mené à “un enfumage généralisé suivi d’un quinquennat pitoyable“. L’auteur de l’article se demande ainsi si “les américains de droite subiront […] le même sort“.

Vivien Hoch, collaborateur de Nouvelles De France, autre site phare de la mouvance, a été jusqu’à se déclarer porte-parole d’un comité des “français pour Trump“. Il manifeste son attrait pour Donald Trump jusqu’à son compte twitter, celui-ci arborant une grande photo en noir et blanc du milliardaire. Dans une interview donnée au Figaro qui a été mise hors ligne, il en explique les raisons : “Si l’on regarde les élections américaines avec un regard français – et c’est ce que nous faisons tous malgré nous -, il représente le contrepoint parfait de ce que représentent les hommes politiques français…Et c’est pour cela que nous le soutenons. […] il n’a pas peur de renverser la table si besoin, ni de déplaire. On l’aime pour ce qu’il est, ou on le rejette entièrement. En plus de ses propos assumés, il a une véritable prestance, un charisme”.

C’est parce qu’il souhaite un “électrochoc” pour la vie politique française semblable à celui provoqué par le candidat que Vivien Hoch soutient Donald Trump dans sa course présidentielle. Car selon lui, il n’y a pas d’équivalent au milliardaire aujourd’hui en France. Les noms de Jean-Marie Le Pen, Robert Ménard et Philippe de Villiers sont évoqués. “En réalité, il faudrait un mix de ces trois personnes“, estime le blogueur de Fdesouche, Pierre Sautarel. Ajoutant qu’à ses yeux,  la personnalité la plus proche de Trump en France est…Jean-Luc Mélenchon.

Les Inrocks / Mediapart / Le Monde / Noam Chomsky / BAM


Responses

  1. A voir l’hostilité envers ce personnage,
    il acqiers de plus en plus ma sympathie !
    Je crois que mon cas est désespéré; un réac total !

    • Je ne sais pas René. J’ai entendu à la radio un lycéen se plaindre que ses compères de manifestation caillassaient des boutiques et des devantures de banques, il disait « c’est pas gentil » ou une niaiserie dans le genre. Pour moi c’était comme une néo-humanité en marche alors que Trump est homme tout ce qu’il y a de compréhensible et sûrement pas un réactionnaire

  2. « les États-Unis sont déjà sur la voie d’une frontière fortifiée telle qu’elle existe entre les deux Corées. »

    La connerie labellisée expert.

    • Simple hyperbole Ag, il ne pense pas un mot de ce qu’il affirme, simple image

  3. Trump?
    Dans un film de série Z, la bête issue du marais, boueuse et gluante à souhait, revêtu d’herbes pourrissantes, et faisant irruption en plein office dans un temple évangéliste peuplé d’hommes, de femmes et d’enfants proprets et vêtus de noir

    Ou encore, néo chamane cynique et sarcastique, dionysos plouc landais dans true grit?

    Une sorte d’irruption du réel dans Disneyland?

    • J’hésite sur le phénomène Trump. Il me semble que le bonhomme ressemble au président Andrew Jackson, sauf que les temps ne sont plus aux militaires, toujours est-il que la vague risque d’emporter le parti républicain. L’élection d’Obama a coïncidé avec une exacerbation des tensions raciales aux Etats-Unis alors que les correspondants et analystes français penchaient pour la réconciliation finale parce qu’ils rêvaient d’une Autre France.

      Je ne vois pas Hillary Clinton et son lifting triste à la Maison Blanche donc ce sera Trump. Seulement comment va-t-il gouverner avec des parlementaires républicains hostiles et sans autres programmes que la Bible (pour illettrés), la canonnière molle et les dollars (de la planche à billets) sinon à travers une sorte de césarisme démagogique, celui-là même qui avait porté Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir ?

      Pour la Bête des marais, je la vois plutôt en Bête des réseaux, Trump joue la même partition que Berlusconi, à ceci près qu’il ne risque pas la prison

      • l’amère klinton au pouvoir ,ce serait le gag
        la plus mauvaise pompeuse des zuéssas , pensez !

        le gag dans le gag , c’est les politrouks boutés hors de leur parti par la révolution intérieure …..les mecs n’y auraient jamais pensé…..putains d’électeurs de merde !
        tu leur donne le p’tit doigt , ces cons là t’emportent le bras !
        mais qu’est ce que tu veux affurer avec des cons pareils, merde de merde !
        parce que ,nous les politrouks , devont Habsolument garder le monopole de la parole, merde !
        tiens, hier soir sur vronze cul , sur « du grain à moudre » , une discutance à propos des insertions obligatoires des centres d’accueil , salle de choute et autres trucs mal venus dans les kartchés favorisés….. »en fin de compte, ce qui compte c’est la démocratie représentative, et ce qui représente le démos, c’est l’élu »….ouais, parle à mon cul , ma tête est malade ……nous savons tous que l’élu est subordonné à l’administratif lequel administratif est soumis à l’idéologie politrouk du moment….

        en définitive , l’élu est le seul habilité à s’exprimer au nom des autres….c’est ça , oui , espérons que lorsque la couleur ou l’orientation des élus changera , ces bons apôtres seront d’accord pour se soumettre
        visiblement , au pontet , ou dans les municipalitudes tenues par le FN , c’est pas encore le cas….un p’tit effort de démocratures m’sieurs dames !

      • @Memento: L’élection d’Obama n’a pas coïncidé, il a tout fait pour exacerber les tensions raciales. Il a été en grande partie par les Blancs qui voulaient se soulager de leur culpabilité face à l’esclavage mais n’a fait que pouic dans ce domaine.

        ça a commencé avec sa femme Michelle, qui se sentait fière pour la 1ère fois d’être Ricaine plus son mari s’approchait de la Maison Blanche. Une fois élu, ça a continué avec Eric Holder, ministre de la justice US, qui continuait de désigner les Afro-Américains comme « my people ». Et les autres ? sentent mauvais ?
        Puis il y a eu encore une femme Latina nommée par Obama en partie sur son ethnicité, qui trouvait la décision du Potus formidable parce qu’en tant que Latina, elle allait comprendre des problèmes que les Blancs ne pouvaient pas comprendre.

        Sinon vous avez un long article de Victor Hanson : http://victorhanson.com/wordpress/?p=8605#more-8605

    • @ hippocrate
      vous mentionniez « true grit »?
      je vais vous surprendre
      j’ai beaucoup aimé
      ceci dit,je suis assez bon public

  4. Ce qui m’esbaudit encore un peu dans tout ce cirque dysneylandais (et ce jean-foutre de Lug sait que j’en ai besoin en ce moment) c’est ce combat de poules de luxe et néanmoins ultramarines qui fait encore bander nos vieux chapons gallicans (et d’autres fosses-cours aux parapets vermoulus — comme disait Arthur, le poète, pas le microcracheur hein !)
    On dirait un match de coupe d’immonde de balle au pied occulte, si vous voyez ce que je ne veux pas dire…
    Ils ne savent plus quoi vomir en fait.
    Ok =>. []

  5. Bonjour Memento
    je suis un peu « inquiet » de votre silence.
    je ne pense pas être le seul
    A bientôt

    • Bonjour Hippocrate,

      Je suis, actuellement, dans l’incapacité d’alimenter ce blog aussi je laisse, comme disait l’autre du temps au temps sans bien savoir si je reprendrai le clavier.

      • Rien de grave j’espère ? juste de la lassitude ou trop de boulot …

      • Trop de boulot, Daredevil, vu que certains ont tendance à le négliger et qu’il faut bien restaurer comme aurait dit Newton


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :