Publié par : Memento Mouloud | mai 10, 2016

La presse française au temps du spectaculaire intégré

Le spectacle sert beaucoup plus à montrer qu’à cacher

Basile-Amédée Mandragore

Il y a le milliardaire franco-israélien virtuellement en faillite Patrick Drahi qui profite de notre époque où l’argent ne vaut plus rien. Les gestionnaires de fonds de pension, de fonds d’investissement, qui sont à la recherche de rendements, sont prêts à souscrire les yeux fermés à tous les produits qui leur rapportent un peu. Cela a permis à Patrick Drahi de financer à toute allure son expansion avec des emprunts à 6 % quand il aurait dû normalement payer 11 % à 12 % voire plus. ». Toutes les opérations d’Altice se font de la même façon : une entité est créée au Luxembourg, reçoit une petite partie du capital apporté par le fonds d’investissement principal où abondent Altice, mais aussi les fonds d’investissement Cinven et Carlyle, et joue de l’effet de levier – le LBO (leveraged buy out) en apportant les actifs rachetés pour garantir la dette souscrite. Au passage, d’autres sociétés sont créées pour rémunérer grassement les managers. Tout le monde y trouve son compte : banquiers d’affaire, conseillers juridiques, banques qui placent la dette sur les marchés et ce grâce aux commissions que chacun encaisse. Le rachat de Suddelink est ainsi un cas d’école : sur les 8 milliards de dollars du prix d’acquisition, 6,7 sont financés par l’endettement de Suddenlink.

Il a acquis coup sur coup Libération, puis le groupe L’Express avec ses innombrables titres, et qui va progressivement monter au capital d’ici à 2019 de NextRadioTV, comprenant pêle-mêle BFM-Business, BFM-TV ou encore RMC. Le patron du groupe Altice vient d’annoncer qu’il avait l’intention d’intégrer Altice Media, qui est la structure dans laquelle il a regroupé tous ses achats dans la presse (Libération, le groupe L’Express, et NextRadioTV avec BFM-TV, BFM-Business et RMC…), au sein de l’opérateur téléphonique SFR, dont il a aussi pris le contrôle. Ladite société SFR aura donc désormais trois divisions, SFR Télécoms, SFR Publicité et SFR Médias. L’intégration a été rondement menée, puisqu’il existe dès à présent une application pour smartphone dénommée SFR Presse, à partir de laquelle il est possible de consulter de manière illimitée les contenus des 17 titres du groupe (Libération,L’ExpressL’Expansion,L’ÉtudiantLireStudio,Point de vue, etc.), moyennant l’abonnement à SFR ou moyennant 19,99 euros pour les non-abonnés. Présentant voici quelques jours ce nouveau portail, le PDG de SFR, Michel Combes (l’ancien PDG de Alcatel-Lucent qui a défrayé la chronique début 2015 en voulant partir de ce groupe, après une purge sociale sans précédent, avec un chèque de 13,7 millions d’euros, somme exorbitante ramenée sous le feu des polémiques à quelque 7,9 millions d’euros) a donné cette explication :« Nos titres ont été restructurés, l’heure est venue d’ouvrir une nouvelle étape en renouvelant leur modèle de distribution. ». Il existe dans l’opération une astuce fiscale, qui est bien dans le style de Patrick Drahi, lui, le grand expert en optimisation panaméenne et autres lost paradise. Le projet de SFR est en effet d’appliquer le taux de TVA super réduit de 2,1 % sur la partie presse des abonnements offerts par SFR, au lieu du taux de 20 % qui s’applique habituellement sur des abonnements téléphoniques ou les services en ligne.

Il y a eu aussi Vincent Bolloré l’africain que les gens de gauche n’aiment pas sans le connaître parce qu’il est parfaitement inutile de le connaître pour le savoir vide, ce qui évite de le détester et de prendre Monsieur Barthès pour un athlète de la liberté. Il a pris le contrôle de Vivendi et du même coup, à la Mobutu, de sa filiale Canal+, qu’il a soumise à quelques avanies, multipliant les décisions de coupure. Dans la crise que Canal+ a traversée ces derniers mois l’on a trop souvent minimisé un autre aspect des choses : Canal+ est placée par Vincent Bolloré au cœur d’un nouvel empire gigantesque, avec Vivendi, le géant mondial de la communication et du divertissement ; avec Havas, le géant français de la communication et de la publicité ; avec CSA, l’un des principaux instituts de sondage français ; avec Dailymotion, le site français d’hébergement et de partage de vidéos dont Vivendi prend le contrôle en avril 2015 ; avec Banijay et Zodiak, l’un des plus grands producteurs et distributeurs indépendants de programmes télévisuels au monde, dans lequel Vivendi a pris une participation de près de 26 % à la faveur du rapprochement des deux entités contrôlées par Financière Lov, la holding de Stéphane Courbit l’homme-lige du Qatar ou plutôt de sa famille régnante.

Bref, c’est un véritable conglomérat que Vincent Bolloré a construit en peu de temps. Un gigantesque tube digestif qui pourrait bien encore grossir, puisque l’homme d’affaires a clairement fait comprendre qu’il avait l’ambition de mettre aussi dans sa poche un opérateur téléphonique. C’est ce qu’est venu confirmer le raid qu’il a commencé à mener sur l’opérateur italien Telecom Italia, dans l’espoir sans doute un jour de pouvoir aussi devenir un acteur majeur en France. Or, ce type de groupe intégré, qui va de la presse au cinéma en passant par la publicité, la production de contenus multimédias, la téléphonie et l’accès à Internet, est omnivore. Un seul exemple : une bonne partie des journaux numériques français logent leurs vidéos sur Dailymotion, la plateforme d’hébergement dont le groupe Orange a cédé le contrôle à Vincent Bolloré.

Il y a eu auparavant le rachat du Nouvel Observateur par les trois actionnaires du groupe Le Monde, Xavier Niel (Free of brain), Matthieu Pigasse (les Inrocks, banque Lazard) et Pierre Bergé (ubériseur de matrices utérines). Il y a eu également le milliardaire d’Etat Bernard Arnault qui a pris le contrôle du Parisien, après avoir croqué Les Échos en 2007, laquelle prise de contrôle s’est aussitôt accompagnée d’une première censure, pour que le documentaire Merci Patron ! ne soit pas chroniqué dans le quotidien. Il y a eu encore le milliardaire libanais Iskandar Safa, qui a pris le contrôle du magazine Valeurs actuelles avec le duo Charles Villeneuve-Etienne Mougeotte aux manettes.

Il faut encore ajouter, pour avoir une vision d’ensemble du paysage médiatique français, les acquisitions faites les années antérieures par d’autres milliardaires : le contrôle de TF1, depuis sa privatisation, par Martin Bouygues (chevalier du Minorange ou maître suprême de l’ordre des commissions); celui du Point par un autre milliardaire d’Etat, François Pinault ; celui du Figaro par Serge Dassault, polytechnicien analphabète, avionneur, marchand d’armes, dispensateur de billets pour racailleux à bulletins et sénateur Les Républicains ; celui de tous les grands journaux régionaux de l’est de la France, de Metz jusqu’à Avignon, par l’ancien Nucingen du Crédit mutuel Michel Lucas ; celui de La Provence par Bernard Tapie, lequel a été par ailleurs mis en examen « pour escroquerie en bande organisée » et « complicité de détournement de fonds publics ».

Le groupe Lagardère contrôle « Europe1″ via Lagardère Active, le Journal du Dimanche via Hachette Filipacchi Médias. Arnaud Lagardère (parrain de l’un des fils de Sarkozy et autre crétin notoire) est l’un des deux présidents du directoire franco-allemand de EADS. EADS a signé le 3 décembre 2008 un contrat de 208 millions d’euros avec l’armée américaine. EADS est le principal soutien de la French Americain Foundation (Fondation Franco-Américaine). Cette fondation a depuis trente ans pour fonction de recruter des Young Leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les former au soutien de la politique atlantiste et mondialiste dans le cadre du rapprochement transatlantique entre l’Union Européenne et la future Union Nord Américaine. Parmi les Young Leaders français de la fondation, on trouve: Alain Juppé, Valérie Pécresse, François Hollande, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici, ou Christine Ockrent. Le co-président de EADS, Thomas Enders est le président de groupe de réflexion Atlantic-Brücke qui a pour objectif de resserrer les liens transatlantiques. Ont bénéficié de son prix Eric M. Warburg: Henry Kissinger (1992), l’ancien chancelier Helmut Kohl (1996), Klaus Naumann (2000, ancien président du comité militaire de l’OTAN et membre du comité d’administration d’Atlantic-Brücke jusqu’en 2007) et George H. W. Bush senior (2002).

Marianne est détenu par Yves de Chaisemartin, ancien du groupe Hersant. Ce dernier est le conseiller de Carlyle Europe depuis juillet 2005. Le Groupe Carlyle est un fond d’investissement américain basé entre autres dans l’armement. Ce groupe compte parmi ses conseillers George H.W Bush, Franck Carlucci (ancien président de la CIA), à la direction Olivier Sarkozy (le demi frère de Nicolas Sarkozy) et parmi les financiers George Soros.

Mediapart / OJM / Les moutons enragés/ BAM


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