Publié par : Memento Mouloud | mai 26, 2016

Visages et doctrine du néo-socialisme

marcel

Hier, Myriam El Khomri annonçait que la CGT n’était pas la voix de la France. En résumé elle enfilait un truisme, à ceci près que la CGT existe depuis 1895, qu’elle a traversé l’anarcho-syndicalisme et le communisme, qu’elle fut scindée, recomposée puis de nouveau désossée par la guerre froide et qu’on continuera à parler d’elle quand on n’évoquera, dans l’avenir, l’actuelle locataire du ministère du travail qu’à raison de sa prise de poids excessive.

Parallèlement, le FMI encourageait les voix de la France à maintenir le cap des réformes et celui de la réduction de la dette publique. Après l’UE, l’ancienne enceinte abritant les parties pas vraiment fines de DSK énonçait donc la réalité de la politique mise en place par le gouvernement Hollande-Valls : un ajustement structurel qui ne dit pas son nom et que continueront dans un délire d’ordonnances et de silence parlementaire les épiciers de la droite de gouvernement.

Ce qu’il reste d’internationalisme au PS est un mélange assez confus d’élitisme administratif et énarchique et de cupidité pharisienne.

Prenons donc deux cas exemplaires, ceux de Matthieu Gallet et de Bruno Bézard.

Le premier fut directeur de l’INA, sa méthode vivre de et sur la bête. On le croisait dans les couloirs du  Shangri-La Dubaï », du « Sofitel Washington », de la « Tour Hassan à Rabat ». Ce sont là des « frais de mission » auxquels s’ajoutent  pour 2012 « une chambre au Carlton de Cannes à 660 euros la nuit » et une autre à 420 euros « à l’hôtel de Paris à Biarritz ».Les frais de réception remboursés à Mathieu Gallet ont ainsi atteint 61 063 euros entre 2012 et avril 2014, « soit une moyenne de plus de 2 300 euros par mois, ce qui paraît très conséquent pour un établissement de la taille de l’INA ». En comparaison, Agnès Saal a présenté 546 euros de frais de bouche sur ses huit premiers mois. Hors taxi, « elle a dû faire en dix mois ce que monsieur Gallet faisait en un mois », avait résumé le comptable de l’INA à la police en 2015. La Cour des Comptes prend soin de citer ici quelques repas gastronomiques remboursés à Mathieu Gallet : 187 euros pour deux convives au Plaza Athénée en novembre 2011, ou bien 614 euros « sans précision du nombre » au restaurant Taillevent en mars 2012 (deux étoiles au guide Michelin). À l’INA, les remboursements sont théoriquement plafonnés à 30 euros par personne.

Mathieu Gallet a par ailleurs décidé d’embellir ses deux bureaux, celui de Bry-sur-Marne (siège de l’institut) et celui de Paris, où il a fait poser du parquet. Ces travaux à 73 500 euros hors taxe (sanitaires et salons compris) paraissent « adaptés » à la Cour, mais elle pointe 64 000 euros de dépenses supplémentaires pour le seul mobilier. « [Ces achats] ont été effectués auprès de l’entreprise Silvera (avenue Kléber dans le XVIe arrondissement) laquelle se situe pour certains produits dans le haut de gamme. Le prix de meubles comme les canapés et fauteuils paraissent assez élevés. »

Sous la présidence Gallet, 1,7 million d’euros de contrats de conseils en communication et stratégie ont été signés, tantôt sur appel d’offres (Publicis, Roland Berger Strategy), tantôt sans l’embryon d’une mise en concurrence (Denis Pingaud, Bernard Spitz Conseil…), alors que des compétences existaient en interne (notamment une direction de la communication) et qu’un contrat signé par son prédécesseur avec Euro-RSCG a duré jusqu’en 2011.

Le second fut directeur du Trésor. François Hollande l’a nommé par un décret en date du 19 juin 2014. Il va quitter la fonction publique pour rejoindre un fonds financier chinois, Cathay Capital, une plate-forme fondée par le Chinois Mingpo Cai. Abondé à hauteur de 200 millions d’euros, dont la moitié par bpifrance et China Development Bank, le bras financier des pouvoirs publics chinois, ainsi que des entrepreneurs français et chinois, et des industriels, Cathay Capital continue de susciter des marques d’intérêt pour élargir encore son tour de table. Or ce fonds contrôle une société de gestion abondée par des financements chinois mais aussi, à parité, par de l’argent public français, en provenance de la Banque publique d’investissement (BPI) et auparavant de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Un organisme dont l’un des membres de la commission de surveillance est précisément Bruno Bézard. Ce que le gouvernement par les voix conjugués de Michel Sapin et Emmanuel Macron dénomment un projet entrepreneurial.

Le même fonds Cathay Capital avait annoncé au début du mois d’avril qu’il avait débauché un premier français, dénommé Daniel Balmisse et que celui-ci deviendrait directeur des opérations de Cathay Capital. Lui aussi venait de la BPI. Il ne s’agit plus d’un fait divers mais d’une stratégie qui ne dit pas son nom.

Selon les Echos, porté sur les fonts baptismaux en présence de Li Keqiang, le Premier ministre chinois, et de Manuel Valls, Cathay Capital vient de signer cinq investissements, deux en Chine, deux aux Etats-Unis, un en France, un autre étant en cours de finalisation dans l’Hexagone. La société de gestion, pilotée par Ming Po Cai, annonce ainsi ce mardi entrer au capital du français FollowAnalytics, une plate-forme de marketing personnalisée pour les applications sur téléphone portable. Soutenue par Marc Benioff, le fondateur de SalesForce depuis fin 2013, et installée dans la Silicon Valley, elle compte une quarantaine de grands clients américains et européens, dont AXA, L’Oréal, BNP Paribas ou Renault. La semaine dernière aux Etats-Unis, le fonds franco-chinois a également bouclé son entrée au capital de Quantifind, une plate-forme de gestion des stratégies de marques à partir de l’analyse des données. A l’occasion d’une levée de fonds de 30 millions de dollars, Cathay Capital prend un siège aux côtés d’une série d’investisseurs d’outre-Atlantique (Redpoint, US Venture Partners, Comcast Ventures etc.). Et début février, c’est Accel Partners, Greylock Partners, ou encore Ignition Partners qui l’accueillaient au capital de l’américain Trifacta dans l’analyse de données à l’occasion d’une levée de 35 millions de dollars.

Le fonds vient de signer également deux investissements dans l’empire du Milieu. En décembre, le fonds a investi dans Meet You, avec le fonds américain Matrix. Lancé par Fangyi Chen, un entrepreneur de vingt-neuf ans, en 2013, la plate-forme communautaire permet à ses quelque 100 millions d’utilisatrices de suivre leurs indicateurs de santé et de forme physique (dont les périodes de grossesse et cycle menstruel), tout en se connectant au réseau social intégré… Cathay Capital s’est invité aussi au tour de table du chinois ifChange. Cette plate-forme recense la plus large base de données de CV du pays, avec quelque 30 millions de profils, et permet aux entreprises, notamment non chinoises, d’opérer une sélection rapide et précise par des systèmes intelligents.

En résumé, la France n’est plus une entité souveraine mais un espace virtuel d’opportunités et le rôle de son gouvernement est celui d’un gendarme chargé d’appliquer les règles de valorisation maximale du capital puisqu’il est désormais acquis que ce qui est bon pour les actionnaires et les faiseurs de mondialisation est bon pour les agrégats d’individus baptisés peuples en raison d’un simple héritage lexical, individus qui racleront les miettes du gâteau s’ils sont sages et flexibles à souhait.

Mediapart / Les Echos / BAM


Responses

  1. « la France [est] un espace virtuel d’opportunités et le rôle de son gouvernement est celui d’un gendarme chargé d’appliquer les règles de valorisation maximale du capital » mais également d’optimiser l’investissement de passage à l’ENA ! Il ne faut pas s’etonner que les « études » (prière de ne pas rire) de Sciences Politiques mènent soit à l’Antifa, soit aux délices de la fonction uiblique et plus … si possible !
    J’ai gardé le souvenir du remplacement des polytechniciens par les énarques … dans les sociétés à haut niveau technologique (Aérospatiale, …)

    • Bon sujet d’histoire contemporaine que cette substitution René, à quel moment les énarques ont-ils supplanté massivement les polytechniciens ? Si on observe la tête de l’exécutif, on voit bien que Chirac, Hollande, Jospin, Balladur en furent et que les français s’apprêtent à lancer Juppé (le meilleur d’entre eux, c’est dire) en orbite, mais en revanche aucune étude sur le peuplement par les énarques des cabinets, des chefferies administratives et d’entreprise, de plus je m’interroge sur cet accord franco-chinois négocié au sommet et dont l’ancien directeur du Trésor (ce qui n’est pas rien à l’échelle de l’énarchie et de l’Inspection des Finances) assure le pilotage, la manoeuvre ne peut pas être isolée

    • et que dire des directions d’hôpitaux?
      bref, nous voilà dominés par des petits comptables ignares et grisâtres , qui seraient incapable de faire le moindre truc de leurs dix doigts
      sympa ,non?


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