Publié par : Memento Mouloud | mai 30, 2016

Le rendez-vous de Béziers ou les 3×8 de l’Insignifiance

Le programme de la fin de semaine

Vendredi 27 mai, 20h. Sous un ciel menaçant, une petite foule se masse à la sortie du Palais des congrès de Béziers. Une très large majorité de cheveux blancs. On commente avec avidité la conférence que vient de donner Denis Tillinac sur le thème « Qu’est-ce qu’être de droite ? » L’ambiance s’est tendue quand l’orateur s’est attiré des huées en qualifiant le Front national d' »allié conscient ou pas du Parti socialiste ». Yves de Kerdrel, le patron de l’hebdo Valeurs actuelles – qui co-organise l’évènement – s’en est lui aussi pris à « l’extrême extrême droite » au programme économique « sectaire ».

Samedi 28 mai, 9h45. Devant les journalistes, Robert Ménard assure la promo de son week-end tout en multipliant les piques contre le FN. Lui veut « une droite qui ne rase pas les murs, plus libérale, moins étatique ». « Je suis en désaccord avec ceux qui pensent : ni droite, ni gauche. Je suis pour l’alliance de toutes les droites », poursuit-il. « Ici, on n’est le marchepied de personne. « Gagner avec seulement Marine Le Pen, c’est impossible. » Une dernière pour la route ? « Je pense que l’euro est un bouclier pour la France, pas un handicap. «J’ai un peu le sentiment qu’on veut de nos voix, mais pas de nos gueules, expliquait samedi Marion Maréchal-Le Pen. On dirait que cela leur déplaît de voir 80% de leurs idées portées par le Front national». « 

10h15. Au théâtre municipal, se tient une conférence sur les médias, l’ambiance est plus consensuelle : tout le monde se retrouve contre la « mainmise gauchiste sur l’espace médiatique », selon les termes de l’avocat Gilles-William Goldanel. Un autre intervenant propose « la liquidation judiciaire immédiate de l’Humanité » sous les applaudissements du public. Le micro circule dans la salle. « L’information, aujourd’hui, c’est de la propagande », lance un participant. C’est Emmanuelle Duverger, la patronne du site identitaire Boulevard Voltaire – et l’épouse de Robert Ménard – qui anime le débat. A la sortie, elle se réjouit de cette méthode qui consiste à « écouter les gens d’abord ». On en profite pour l’interroger sur le financement du « Rendez-vous de Béziers ». « La mairie ne paie rien, il n’y a pas un euro d’argent public », assure-t-elle, en expliquant que les fonds viennent des participants – qui ont payé 5 euros chacun – et des médias organisateurs.

15h15. Début de la très attendue table ronde sur l’immigration. « La question du changement de peuple et de civilisation est la plus grave. Nous avons très peu de temps », affirme Renaud Camus. « Je n’ai pas de preuve, mais on n’a pas demandé à Jean Moulin : pouvez-vous préciser, département par département, ce qui vous permet de parler d’occupation allemande ? Ça crève les yeux ! », lance l’écrivain. « Notre pays est colonisé », ajoute celui qui se dit « absolument partisan de la remigration ». L’imminence d’une «guerre civile» entre «Français de souche» et «colonisateurs» d’origine étrangère est prophétisée. Les autres intervenants fustigent « les femmes voilées avec une ribambelle d’enfants que l’on voit dans Béziers » ou s’indignent parce qu' »à Marseille, le premier nom de naissance est Mohammed ». «On va vers l’affrontement, a annoncé le blogueur. Serge Federbusch. Il faut oublier ces histoires de vivre ensemble et de droits de l’Homme. N’ayons aucun complexe».  «De la même façon que les pommiers font des pommes, les Africains africanisent, les musulmans islamisent», avait quant à lui conclu l’ex-frontiste Jean-Yves Le Gallou, théoricien de la «préférence nationale». A leurs côtés, Ivan Rioufol est copieusement hué lorsqu’il appelle à « ne pas stigmatiser l’immigré » mais « l’oligarchie qui nous a fait croire que la société multiculturelle était souhaitable ». Dans la salle, les micros passent. Parmi les mesures proposées, « une solide politique nataliste évidemment réservée aux Blancs » ou l’interruption de « l’émigration des vrais Français » (sic). Dehors, quelques centaines d’opposants à Robert Ménard manifestent bruyamment. Face-à-face court mais tendu avec les partisans du maire, dont certains hurlent « la France aux Français ! »

23h. La droite « hors les murs » s’est installée dans ceux de l’Hallégria, un vaste bar du centre-ville. Ici se retrouvent intervenants et participants, dans une ambiance musicale où Nuit de folie succède à Daniel Balavoine. Robert Ménard fait le tour des tables et serre les pinces. Elisabeth Lévy s’éclate. « En réalité, c’est Marine Le Pen qui a appelé Marion pour lui demander de partir », confie un journaliste de Valeurs actuelles en allumant une énième cigarette.

Dimanche 29 mai. Midi. Le hall du Palais des congrès se vide, mais le stand où Renaud Camus dédicace ses livres ne désemplit pas. Ici, le public a l’air définitivement convaincu par le concept de « grand remplacement ». « Merci pour tout ! » lui lance une dame. « Bravo pour votre combat ! », renchérit un autre fan. Mais l’écrivain, lui, a un regret : « J’aurais souhaité qu’une candidature sorte de ce rendez-vous », nous glisse celui qui soutient Marine Le Pen « par défaut », mais préférerait « idéalement » sa nièce, dont il fait l’éloge de la « beauté » et du « charme ». « Ah, si elle était présidente… », soupire quelqu’un dans la queue.

Yves de Kerdrel se montre désappointé : le directeur de Valeurs Actuelles a confié à quelques proches avoir été «trompé» par Robert Ménard et par son programme «préparé à l’avance». La présence d’Éric Zemmour, à la rigueur Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Nadine Morano, aurait pu faire bouger les lignes or  ils étaient absents et la mayonnaise n’a pas pris.

Bob Ménard et Florian Philippot s’opposent sur l’économie, mais aussi sur la définition du nationalisme lui-même, et sur les valeurs sociétales : le mariage pour tous (Philippot n’a pas mis beaucoup d’ardeur dans son opposition à ce dernier), la place de la famille, les racines judéo-chrétiennes de la France, la place donnée aux identités locales, aux corps intermédiaires, le dialogue avec l’Église catholique, la définition de la laïcité et du rapport entre l’État et ce qui incarne la continuité historique de la France.

Bob Ménard est incapable de saisir ce que l’écrivain espagnol Miguel de Unamuno désignait du nom d’intra-histoire parce que Ménard veut trancher dans celle-ci ce qui convient à sa nouvelle vision politique du monde, soit un nouvel avatar du mensonge idéologique, quant à Philippot il semble que la période pré-gaulliste de la France lui soit inconnue.

Les deux lignes frontistes – national-protectionniste et libérale conservatrice – sont complémentaires : elles s’additionnent et ne s’annulent pas. Chacun amène son électorat et est ancré dans un territoire différent, et pour l’instant cela permet quand même de recueillir 28 %, même si ça ne suffit pas pour prendre le pouvoir. D’un côté on hameçonne le populo, de l’autre on s’adresse aux classes moyennes aisées et éventuellement aux élites. On ficèle le tout autour de trois épouvantails communs à toutes les droites ou presque : le fonctionnaire, le cas social, le musulman.

Les invités

 

Table ronde sur économie et restauration du führerprinzip dans l’entreprise. Animateur : Yves de Kerdrel (Valeurs actuelles, + 23 % de ventes en 2015, 18 millions d’euros de chiffre d’affaires résultat d’une démagogie racoleuse, vulgaire et caricaturale, PME d’environ 50 salariés dont 11 viennent de claquer la porte après le changement d’actionnaires, producteur de l’agenda de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les deux journalistes d’investigation du Monde. Quant à Yves, il est «manipulateur», «menteur», «méprisant», disent les anciens les plus feutrés. «Humainement épouvantable», tranche un autre.). Intervenants : Charles Beigbeder, chef d’entreprise (fondateur de Poweo et fan, avec son frère de Marion Maréchal-Le Pen, un temps ses démarcheurs usurpaient les identités et titres des agents d’EDF); Arnaud Dassier, entrepreneur du net (fondateur d’Atlantico, ancien soutien de Bayrou); Charles Gave, Institut des libertés (statoclaste); Christophe Geffroy, journaliste, La Nef.

 

La Famille ou le catholicisme sociologique français. Animateur : Gabrielle Cluzel (Boulevard Voltaire, France bien élevée). Intervenants : Béatrice Bourges, le Printemps français; Ludovine de la Rochère, La Manif pour tous; Guillaume de Prémare, délégué général d’Ichtus; Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé, fondatrice de juristes pour l’enfance.

 

Les médias sont menteurs sauf nous ou le paradoxe du bite et roi invité. Animateur : Emmanuelle Duverger (Boulevard Voltaire, la Simone Gbagbo de Bob Ménard). Intervenants : Claude Chollet, Observatoire du journalisme et de l’information médiatique (ancien du GRECE, le site regrouperait 14 contributeurs financés par des « dons »); Elisabeth Lévy, journaliste, Causeur (pasionaria d’un frontisme cool et philosémite); André Bercoff, journaliste et écrivain se prenant parfois pour Caton; Gilles-William Goldnadel, avocat, essayiste, membre du Mossad ?.

 

La culture bonne maman. Animateur : Alain Lefebvre (Boulevard Voltaire, il n’est pas chirurgien-dentiste à Nieppe). Intervenants : Christian Combaz, écrivain, défend une tendance homosexuelle samouraï; Aude de Keros, artiste peintre opposée à l’art contemporain; Chantal Delsol, philosophe, comparse de Charles Million, elle défend désormais « le populisme »; Dominique Jamet, journaliste, essayiste, il aurait parcouru tout le spectre parlementaire de l’insignifiance.

 

L’école va mal. Animateur : Raphaël Stainville (Valeurs actuelles, insurgé versaillais). Intervenants : Jean-Paul Brighelli, essayiste (amateur de bonnets d’ânes); Anne Coffinier, Fondation pour l’école (privée si possible) ; Xavier Lemoine, maire de Montfermeil; Jean-François Chemain, historien agrégé, il kiffe la France.

 

L’international ou le chaos. Animateur : Antoine Colonna (Valeurs actuelles, corse tendance Pozzo di Borgo années 30). Intervenants : François Billot de Lochner, président de la Fondation de service politique (en colère contre François Hollande); Alain de Benoist, philosophe.

 

La défense en panne. Animateur : Frédéric Paya (Valeurs actuelles, chercheur de dettes publiques). Intervenants : Philippe Rideau, colonel de la Légion étrangère (dit Padre); Frédéric Pons, journaliste (atlantiste de choc), Géopolitique africaine; Pierre Martinet, spécialiste du renseignement sorti de l’ombre.

 

La sécurité orange mécanique. Animateur : Geoffroy Lejeune (Valeurs actuelles). Intervenants : Philippe Bilger, ancien magistrat de droite; Xavier Raufer, criminologue d’Occident; Thibaut de Montbrial, avocat en guerre; Xavier Bébin, Institut pour la justice manipulée. L’agriculture. Animateur : Mariede Greef (Valeurs actuelles). Intervenants : Pascal Marié, viticulteur fondamentaliste; Philippe de Vergnette, agriculteur et notable; Eugénie Bastié, revue Limites, voudrait bien jouer Jeanne d’Arc dans un prochain film; Bernard Lannes le bien nommé président de la Coordination rurale; Hervé Juvin, essayiste, consultant international, ennemi patenté de l’Union Européenne.

 

L’immigration invasion. Animateur : Arnaud Folch (Valeurs actuelles). Intervenants : Jean-Yves Le Gallou, Fondation Polemia; Renaud Camus, écrivain diariste ; Ivan Rioufol, journaliste; Jean-Paul Gourevitch, obsessionnel du toujours trop.

Libération / Marianne/ Mediapart / BAM


Responses

  1. Ont l’air sympa les voisins, chez vous… 🙂

    Passer du milieu RSF à « Il faut oublier ces histoires de vivre ensemble et de droits de l’Homme. N’ayons aucun complexe » pour Bob…
    Puissant.
    J’ai failli cracher mon thé.

    • Ce cher Bob a choisi un segment de marché porteur, comme on dit. Le problème, pour lui, c’est qu’il est occupé par le Front National et que sa petite tentative d’échapper à sa condition de compagnon de route me paraît vouée à l’échec.

  2. Votre présentation des personnes et des sujets ne semble pas très favorable à la rencontre de Beziers et aux participants. Mais pas très caustique !
    Du fait de la signature « Libération / Marianne/ Mediapart / BAM » du billet,
    quelle est votre opinion ?

    • En effet, René et c’est un euphémisme, je ne suis pas en phase avec ce genre de réunion, ni avec son style et encore moins avec ses invités et ses propos. Je me demande juste ce qu’Alain de Benoist, Renaud Camus ou Elisabeth Lévy sont allés faire dans cette galère. Pour la dernière, on peut parier sur un encanaillement, pour le second, son esthétisme est à cent mille lieues du frontisme biterrois, quant au premier sa subtilité dialectique et sa vaste érudition en font un hapax au milieu des ignorants et des forts en gueule, sans même évoquer la phalange catholique traditionnaliste qui a dû lui donner quelques aigreurs.

      • Bref, Mouloud, tous ces gens ne devraient pas se rencontrer !
        Peut-être chacun se dit qu’il va convaincre tous les autres.
        Vous n’avez pas répondu à la question
        « Du fait de la signature « Libération / Marianne/ Mediapart / BAM » du billet,
        où est votre opinion ? »

      • Je ne dis pas qu’ils ne doivent pas se rencontrer, je dis que la rencontre est impossible pour cette raison qu’ils ne se comprendront pas. Je vous prends trois exemples René : Elisabeth Lévy poursuit, avec sa singularité et sa tonalité, l’œuvre satirique de Philippe Muray face à la gauche cordicole, celle dont l’esprit dit de 68 fut la honte de notre temps (et je distingue mai 68 et certains pans du gauchisme de cet esprit sordide et puant) ; Alain de Benoist n’a jamais été atlantiste et doit dialoguer avec le fan-club du choc des civilisations ; quant à Renaud Camus, réduire son œuvre ou même son essai sur la décivilisation au mot d’ordre « dehors les bougnoules » est un travers commun aux journaleux de Libération et au public biterrois, donc il n’y a pas de rencontre mais une série de quiproquos.

        Quant à mon opinion la voici

        « Bob Ménard est incapable de saisir ce que l’écrivain espagnol Miguel de Unamuno désignait du nom d’intra-histoire parce que Ménard veut trancher dans celle-ci ce qui convient à sa nouvelle vision politique du monde, soit un nouvel avatar du mensonge idéologique, quant à Philippot il semble que la période pré-gaulliste de la France lui soit inconnue. »

  3. s’il n’y avait qu’à philipette que la france prégaulienne soit inconnue…
    ha non, tiens!
    les ceusses à qui je pense remontent jusqu’à ….1789!
    bel effort

    • Je vous l’accorde Kobus, je suis tombé sur ce poème de Muray, je vous en donne un quatrain :

      Elle est morte un matin sur l’île de Tralala
      Des mains d’un islamiste anciennement franciscain
      Prétendu insurgé et supposé mutin
      Qui la viola deux fois puis la décapita

      ça résume l’époque, non ?


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :