Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2016

God save the queen

Malgré le néo-nazi qui tombe à pic, malgré les sondages plus ou moins faisandés, malgré l’optimisme en commandite des marchés, malgré les menaces hollandines sur le caractère irréversible de la rupture avec l’Euroland, malgré les admonestations de santo Obama, pontifex maximus de l’armée progressiste mondiale, les britanniques ont choisi la voie de l’indépendance. Par contrecoup, l’Euroland ressemble à un club des vaincus de la seconde guerre mondiale. Il y a là une situation qui n’est pas seulement symbolique ou outrancière. La Russie est traitée en ennemie, le Royaume-Uni préfère laisser en rade le rhizome tissé autour de l’Allemagne. Il n’y a pas d’autre pétainisme transcendantal que celui-ci : la révérence envers la puissance allemande, la Kultur allemande, la Wissenschaft allemande, la mannschaft allemande, le Das auto allemand, le standard deutschland. Comme le chantait Souchon, on nous Claudia Schiffer. Les britanniques ont répondu sorry, nous continuons à susurrer wunderbar.

Les leçons à tirer du scrutin sont simples et limpides. La gauche progressiste ne se distingue pas de la droite libérale dès qu’il s’agit de protéger les banques et le système financier. Elle y ajoute une préférence aux immigrés, à l’exotisme, à l’universalisme de pacotille tandis que la droite libérale honteuse vocifère qu’elle va restaurer l’autorité et les colifichets patriotiques dans une langue qui indique clairement la décomposition de toute universalité singulière car toute universalité singulière est entée sur la langue et non sur la forme-marchandise.

Si l’Europe est une somme de traductions, elle n’est pas, comme le disait de Gaulle, un volapuk intégré.

Le patriotisme est ambivalent en ce qu’il mêle sans qu’on puisse les distinguer une revendication démocratique et une affirmation racialiste. La première est clairement dirigée contre les banques, le système financier et ses séides étatiques et paraétatiques. L’affirmation racialiste prétend que l’appartenance à une lignée, une race, confère à un individu des propriétés immémoriales qu’il doit défendre envers et contre tout et notamment contre l’immigré et le juif qui menacent ce que les nazis appelaient le plasma germinatif de la race. Cette ambivalence qui n’est toujours pas tranchée profite aux populistes de droite.

L’Europe n’est pas une composition de forces mais un amalgame de faiblesses qui masque le ressentiment allemand, cette volonté sourde de vengeance et de reconnaissance de l’humilié d’hier, écrasé sous les bombes et les viols de masse. Les allemands n’ont pas oublié le nazisme et ce qui l’a produit, la volonté allemande de contrôler une Mitteleuropa s’étendant de la Mer du Nord à la mer Noire. La politique d’alliance impulsé par de Gaulle, à partir de 1963, est un échec. Elle n’a servi aux allemands qu’à refaire leur unité, à transformer l’Europe médiane en Hinterland et à repousser la Russie hors du système d’équilibre européen. Elle a transformé la France en comparse, en éternelle cocue du néo-impérialisme ouest-africain qui sert sans doute les intérêts de Bolloré et de quelques autres, qui plonge l’armée dans des guerres inutiles et sans fin, qui  semble une longue homélie sur le fardeau de l’homme blanc et/ou progressiste. La France fait semblant d’être une grande puissance moyenne en traquant les djihadistes dans les montagnes du Mali, l’Allemagne se vit, en toute quiétude comme telle, en négligeant la Bundeswehr, pâle héritière de la wehrmacht.

L’Euroland est si faible qu’il ne montre ses dents qu’à une nation épuisée, la Grèce et tend la main et les deux oreilles à une nation agressive, la Turquie. L’Euroland n’est pas par hasard le jouet de l’Allemagne et de son ressentiment et comme l’a dit Nietzsche, une nation striée de ressentiment épelle le discours de la justice, ici Kantienne. Le Brexit prend naissance dans l’accueil inconditionnel des réfugiés énoncé par Angela Merkel au nom de l’âme et de l’esprit européen qui se devrait de transiger avec les enfants du djihad nés sur son sol ou importés. L’accueil inconditionnel est une fadaise quand dans le même temps, il est dit que l’Etat social doit être démantelé pierre par pierre. L’accueil inconditionnel est inconséquent dès lors que des meurtres de masse sont commis sur le sol européen au nom du Califat.

Dans les deux cas, on prononce une sentence : vous ne serez plus en sécurité nulle part parce qu’amis ou ennemis nous accueillerons tout le monde et parce que tout simplement il n’y a plus d’amis mais une somme variable et ajustable d’intérêts que vous ne pouvez comprendre. Ce que Macron dans un entretien avec Houellebecq paru dans les Inrocks traduit dans la langue progressiste : offrir un cadre à l’émancipation de chacun, ce qui se disait chez Guizot plus franchement : enrichissez-vous, et dans sa variante marxiste : accumulez, accumulez c’est la loi et les prophètes. Or une nation ne s’enrichit pas, ni n’accumule, elle promet, elle pointe un sommet et tâche de s’y rendre puis de s’y maintenir.

On dira donc au café du commerce que le vote en faveur du brexit est à la fois une réaction de peur et d’orgueil, un recul et une catastrophe, mais ce n’est rien de tout cela, juste un écart sur la voie du rêve européen pour bébés, juste un rappel du réel.

 


Responses

  1. EURO 2016

    Résultat du jour
    UKIP – CITT : 1-0

    Résumé:
    Contre toute attente (et en dépit d’une vive émotion des derniers instants suscitée par le cadavre encore chaud d’une pauvre femme assassinée par un hooligan néo-nazi), la jacquerie des campagnards provinciaux du UKIP a donc attendu les dernières minutes pour introduire et sodomiser bien profondément les quartiers financiers du centre de Londres.

    Bien aidé par la presse dégueulasse de Murdoch, le UKIP a toujours su tacler là ou cela fait mal à l’adversaire – immigrés, indépendance nationale, finance folle, crise sociale, chiffres farfelus. Grâce à l’opportunité d’un transfert de dernière minute en la personne du prochain Premier ministre, Boris Johnson, l’équipe du Leave a donc déchiqueté sans aucun programme, sans aucun idée, et presque sans dire une City ivre au dernier degré de son propre pouvoir.

    Stats du match
    Angleterre (format 2017 donc sans l’Ecosse et l’Irlande du Nord):
    In : 46,7 % / Out : 53,3 %

    Déclarations (City)

    – D. Cameron (Coach de City) : Ca pique fort
    – JC. Juncker (Sponsor) : Ca pique fort
    – A. Merkel (Deutschland über Alles) : Das pik et fort ach !
    – F. Hollande (petit actionnaire minoritaire) : C’est fort et ca pique. Mais dans mon cas je pensais que ca ne piquerait que l’année prochaine.
    – Allan Yarrow (Lord-Maire de la City, si si cela existe) : Laissez-moi ajuster ma perruque s’il vous plait… cela pique fort l’anus dîtes-moi. Hey on déménage les gars, y’a du fric à se faire à Jersey !
    – Syndicat des joueurs français de football et leur agents : Merde ca pique ! Va pas falloir rendre le fric au moins ?

    Déclarations (UKIP)

    – B. Johnson (transfert de dernière minute) : J’ai tout de suite appelé Donald Trump, pour lui dire de ne surtout rien changer, parce que s’il ne déconne pas l’abruti de ‘ricain, on va quand même bien se marrer l’année prochaine.
    – Sean Connery (85 ans de soutien au Scottish National Party) : Trois choses ! On les a enfin niqué ! J’espère juste vivre encore assez pour voir le jour de notre Indépendance ! Vous le connaissez Cameron, il est vraiment con ou quoi ! Vous pensez que je peux le rencontrer pour juste l’embrasser.
    – Juan Carlos (socio rallié de dernière minute) : Z’ai demandé à mon fils d’envahir Gibraltar dans les 24 oras. Sinon ? Sinon quoi, moi z’y vais avec le fusil qui me sert à défoncer les éléphants, ombre !
    – Nigel Farage (directeur technique du UKIP) : RAS. Match parfait. Et puis arrêtez de me demander ce qu’on fait maintenant, je n’en sais rien moi !

    • Vous savez quoi Cliff j’avais découvert Boris Johnson sur un plateau de France 2, il y présentait un bouquin sur Churchill, j’ai tout de suite pensé à Alan B’stard le gars de New Statesman, même cynisme, même élégance vulgaire surgie des décombres du punk, même intelligence vive mais basse, bon maniement du français, je me suis dit ce type a tout pour percer

  2. Même chose ! Exactement !
    Je voulais le mettre dans mon resumé du match mais j’ai pensé que cela serait trop private joke.
    PS : Je re télécharge le tout juste pour voir.
    Parce que pour moi, au début the New Stateman était de l »humour. je comprends qu’en le revoyant, il y a peut-être décrit la suite des événements

    • Dans le genre private joke, je m’étais bien marré en croisant à Lectoure (32 sur un piton pas loin d’un ancien taurobole dévolu au culte de Mithra que l’increvable Yourcenar décrit dans les mémoires d’Hadrien dans une sorte de chromo Kitsch, façon Peplum pour intello) un hôtel de Bastard, je pense que les anglais du coin ont du sourire. Cette série était comme vous le dîtes d’une prescience à toute preuve. Elle empruntait son titre à un magazine phrase de la presse progressiste britannique et elle indiquait ce qu’avait produit la vague punk sans bien le savoir ou en le sachant (pour Malcom Mc Laren), un conservatisme cynique, cupide et ricanant. Naked de Mike Leigh mais aussi le ghost writer de Polanski ont bien saisi ce qui se jouait dans la politique britannique, aujourd’hui la tableau d’ensemble est complet on est passé des coulisses à la scène. Pour la France, vous noterez Cliff qu’il n’y a rien de comparable, on continue à danser la même valse avec des musiciens de troisième zone, dans un troquet clinquant et en jouant faux


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