Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2016

L’expulsion d’Alain (Finkielkraut)

« Farid nettoie, vendredi 29 avril, les vestiges de la soirée de la veille sur le quai de la station République, à Paris. Depuis que les rassemblements de Nuit debout ont commencé, il y a maintenant un mois, il assure avoir trois ou quatre fois plus de travail chaque matin. Canettes, tessons de bouteilles, restes de nourriture, autocollants ou graffitis… Il énumère tout ce qu’il retrouve dans la station et sort son téléphone portable, photos à l’appui. « “La Commune revivra”, je l’ai bien aimé celui-là », dit-il en riant, en référence à un tag. « Ils veulent nous ramener combien de temps en arrière ? Le tag “Courage” aussi, il m’a fait rire… Courage pour ceux qui nettoient, oui. » Au début du mouvement pourtant, Farid se sentait « concerné ». « Ils se battaient pour nous aussi et chacun faisait sa partie : eux, ils passent la nuit dehors et nous, on nettoie. Mais là c’est trop, ils n’ont aucun respect pour les gens qui travaillent. »

« Plusieurs internautes pensent entendre « Sale juif ! » (vers 52 s), mais la scène confuse et le son de mauvaise qualité ne permettent pas de déterminer qui parle et qui dit quoi à ce moment. »

Le Monde

Alain Finkielkraut n’eut pas droit à ces cinq minutes de temps de parole (c’est moins, beaucoup moins que le quart d’heure de célébrité promis à l’homme quelconque par la société du spectaculaire intégré), ni à ses bras en croix, ni au vote de la motion, ni à rien. Il n’est pas parti au petit matin laissant là ses déchets que ramasseront les hilotes parce qu’ils sont payés pour ça. Un peu comme ces autonomes qui attaquent une agence immobilière et seraient très surpris si des gars en sortaient avec quelques barres à mine et le désir de se défouler un petit peu. Comme les mêmes seraient encore plus surpris si la justice les condamnait à réparer les dégâts en lieu et place des assurés et des moutons à surtaxes car ce monde est ainsi fait que l’évidence y est un choc.

Alain eut droit à sa prise en charge par la commission accueil et sérénité qui défendait la tranquillité des révolutionnaires en quête d’une assemblée constituante élue par quelques centaines de badauds dans une ville-monde qui compte douze millions d’habitants. Alain avait raison : tout le monde s’en fout de Nuit Debout sauf France-Culture et les différents journaux qui n’avaient pas de Podemos sous le coude. Nuit Debout offrit donc ce barnum délicat qui occupait une place publique pour l’interdire à Alain parce qu’il traite de l’identité. Cela est dit. Mais le prédicat est tu. Identité française. Un syntagme lourd comme un coup de canne d’un camelot battant le pavé et cognant dur. Bernanos en fut, il ne s’étonnait pas que des policiers en pèlerine cognent aussi et parfois tuent, comme un certain 6 février. Alain ne cogne pas, il n’est pas de cette école, il accomplit un rite. Le tourisme intellectuel.

De quelle identité cause Alain ? Non pas de l’identité racialiste celle des lignées, il la conchie, il l’a écrit, dit, réécrit et re-dit mais cela ne fait rien, on fait semblant de ne pas entendre chez les progressistes ou plutôt on n’entend plus à force d’onanisme.

Alain cause d’une identité qui se transmet par la langue donc par la littérature et dont le support matériel de transmission tient sur deux pieds : l’école, la famille. L’école supposait des savoirs, des gens qui s’en passionnent et les transmettent et ceux qui les acquièrent. Un savoir se substitue à une ignorance provisoire. Freud disait c’est un métier impossible mais enfin c’est un métier ; ça ne l’est plus. A la place des savoirs, la pédagogie, à la place des gens qui s’en passionnent, des gens qui s’en excusent, à la place des ignorants, des enfants prescripteurs, des enfants qui savent tout d’emblée ou presque. Alain s’en désole, il n’est pas le seul. Il est donc néo-réactionnaire, comme d’autres, comme moi si c’est cela être néo-réactionnaire.

A la place de la famille qui se décline ainsi : un homme/une femme, des parents/des enfants, une topologie à géométrie variable où s’invitent la logique contractuelle donc la forme-marchandise et l’expertise médicale à coups de FIV, d’eugénisme tu et de GPA. On peut l’appeler famille si on y tient un peu comme on appelle démocratie l’illimitation de la société moderne mais aussi le caractère limité de tout régime politique ; deux entités incompatibles mais homonymes. Il faudrait de pas s’en inquiéter, il faudrait même approuver. Sinon t’es fasciste coco. Nous sommes donc un certain nombre à être fascistes, coco.

J’entendais hier un certain Lebel à propos de Kérouac. Il s’insurgeait que cet alcoolique ait eu une adoration perpétuellement éthylique pour sainte Thérèse, cette pétasse disait Lebel. Une sacrée pétasse. Une sainte. Une enfant du bon dieu comme on dit par ici, c’est-à-dire un ange. C’est ce voudraient être les chenapans de Nuit Debout, des anges qui entendent des voix mais pas sale juif, car sale juif, ça ne s’entend pas dans la gauche progressiste, c’est le seul nom de peuple qui ne s’entend jamais, parce qu’il aurait dû disparaître sous le grand manteau rouge du magicien Révolution, comme il y eut dans le temps un autre magicien qu’on appelait Simon le Mage.


Responses

  1. la commission accueil et sérénité , je verrais bien ça dans l’organigramme de l’administration d’un hôpital….

    il y a très longtemps de ça , en allant chercher un papier dans les bâtiments administratifs du CHU où j’avais fait mes études, mon internat et mon clinicat ( bâtiments administratifs luxueux , contrairement au reste du CHU ) j’étais tombé sur l’organigramme ‘dministratif

    et là , là !
    cette dénomination , au milieu ; « cellule de suivi »

    mais suivi de quoi ?

    • Ce qui m’a frappé chez les morts-vivants de Nuit Debout c’est aussi les bras en croix pour exprimer son désaccord, comme si le désaccord (controverse, différend, ce qu’on voudra) reproduisait la moue renfrognée d’un enfant pas content, allo maman bobo comme chantait Souchon comment tu m’as fait j’suis pas beau (nez), ils auraient pu substituer la chanson aux bras en croix, vous imaginez vous au milieu d’une diatribe terrible contre cette société de consommation qui n’a pas promu les toilettes sèches, des types qui entonnent Allo maman bobo ?

      • parent d’enfants de bonne famille ( quand à savoir si je suis un bon père , bon mari et bon amant , c’est non pour toutes les questions ) je fut longtemps obligé de me coltiner les messes de préparation aux
        – baptêmes
        – premières communions
        – confirmations
        – mariage des enfants
        – baptêmes des enfants des enfants
        – etc etc….

        un truc m’avait frappé à l’époque, c’était à une messe de confirmation , le curé avait fait prier toul’monde debout , non pas avec les mains jointes , mais avec la main droite levée ( pas le bras à l’horizontale ! qu’alliez vous penser , taquin que vous êtes ! pas le bras à la verticale non plus ! c’était pas l’époque de la quenelle !) dans la position du serment américain , dedieu , c’était d’un ridicule achevé !
        presque aussi con que les bras en croix

        d’ailleurs cette symbolique des bras en croix ne répond Habsolument pas à une symbolique chrétienne, c’est simplement la case barrée du questionnaire informatique….
        à mon sens , il eût mieux valu incliner le pouce vers le bas , symbolique romaine hautement négative , comme un prélude à l’égorgement de la motion discutée , telle un gladiateur vaincu , blessé et tout pantelant ( point de SAMU déboulant dans le sable de l’arène en ces temps reculés , point d’urgentistes télégéniques , rien qu’une plèbe avide , cruelle et lyncheuse….putain , j’adore )

        pour la promo des toilettes sèches j’avais lu cette visite de cohn bendit chez josé bové sur le larzac , où « daniel avait été très impressionné par les toilettes sèches » c’était en toutes lignes dans un libé d’il y a 15 ans …..comme quoi nos journaputes de l’époque savaient se recentrer sur les sujets et les débats essentiels….

        libé, je continue à le parcourir en avion, je vous l’ai dit?
        ensuite je l’abandonne lâchement dans ma chambre d’hôtel à l’estranger ….la camériste doit le recycler pour envelopper ses ordures ménagères….tout un symbole

      • Il faut l’avouer, Kobus, la promotion de gestes absurdes est le propre de toutes les institutions, l’ordre serré militaire, la prière serrée musulmane, le slim serré, tout ça suinte l’étriqué et le motif grégaire, bras en croix, poings levés, bras tendus, c’est comme une signalétique pour handicapés, le tous ensemble pour se sentir moins seul. Libé, je ne sais même plus à quoi ça ressemble en format papier (hygiénique évidemment), personne ne sait plus à quoi ça ressemble, un peu comme tous les journaux qui en viennent à douter, et s’ils ne servaient à rien ? http://an-2000.blogs.liberation.fr/2016/06/30/le-brexit-ou-limpuissance-du-fact-checking/


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