Publié par : Memento Mouloud | juin 25, 2016

Les français et le mirage européen

Les deux-tiers des français sont pour le maintien dans l’UE, 1/3 y placent leurs espoirs. Cette dissonance cognitive se lit dans un sondage. Elle fait symptôme mais symptôme de quoi ? Lançons une hypothèse, la France s’inscrit dans un trauma : la triple défaite de la séquence 1940-1962. Le désastre de mai-juin 1940, la déroute de Dien-Bien-Phû, celle d’Algérie. Trois moments où s’efface le signifiant France.

Le mirage européen s’inscrit dans la déroute de main-juin 1940. Déroute militaire, déroute intellectuelle, déroute politique. La chambre du Front Populaire vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. On veut l’oublier et si on fête les congés payés, on oublie volontiers ce petit addentum. Le pacifisme était le progressisme d’alors. Il en possédait les contours, les œillères, les espoirs. Il pouvait être révolutionnaire ou conservateur, d’extrême-droite avec Brasillach, d’extrême-gauche avec Marceau Pivert. Il était de toutes les couleurs. Mai-Juin 1940 est la conclusion de cette étrange défaite comme la nommait Marc Bloch. Le mythe de Gaulle est venu se substituer à celui du Maréchal Pétain mais le reste ne s’est pas effacé. Depuis la France rêve d’une camaraderie avec l’Allemagne, elle accomplit le plan Darlan mais dans une autre langue, celui de la paix européenne. Le nom d’Europe serait l’autre nom de la puissance perdue, ce serait une France dépassée, meilleure, moderne, une France pas-France mais une France qui fait des bons français comme le chantait Maurice Chevalier, une France de la diversité déjà.

De là la repentance à propos des guerres dites coloniales. La France a perdu des guerres mais c’était de mauvaises guerres. Le progressisme a tranché, perdre n’est rien si on est toujours du bon côté de l’entente des peuples et de la morale. La France des villages rasés au napalm et de la gégène s’efface dans la France qui s’agenouille parce qu’elle était en position de perdre son âme. Or son âme est retrouvée par la défaite. C’était un mauvais combat, il était nécessaire de le perdre. L’âme est nettoyée, elle contemple la défaite avec un sourire de joie et de contentement. Tant mieux, c’est magnifique cette France black-blanc-beur et un peu jaune, la France monde, le Tout-France.

Depuis 1962, la France prétend retrouver de la voix quand elle n’est pas la France mais une autre France et même la France de l’Autre, la France des ôtres, la France transitive, la France inaccomplie mais à accomplir dans un ailleurs brumeux. C’est un conte et une impasse, une manière de défiler tous ensemble quand une tuile djihadiste tombe ou une tuile allemande pointe le bout de son casque à pointe. C’est ainsi la France continue à se raconter une histoire pleine de fleurs et de manèges racontée sur la scène du monde par un idiot en bermuda qui suce son pouce parce que c’est son choix.

Toujours plus d’Europe, toujours plus d’ignorances, c’est la marche à suivre. On pourrait en déduire son slogan marche et crève.


Responses

  1. Vos chiffres sont étonnants. Mais sans plus.
    Les Anglais ont toujours gardé leur réflexe d’îliens.
    nous avons gardé (et chéri) le projet de soumission.
    Par le feu, Adolphe nous a inclus dans l’hinterland du IIIème Reich !
    Par la grâce (et l’€), Angèle nous a intégré au IVème Reich !

    Ces propos peuvent me valoir la prison.

    • Interdiction de blog après celles des stades et de manifester. Vous verrez que ça viendra René. Pour ce qui est des britanniques ils ont gagné la seconde guerre mondiale et à un moment furent les seuls disposés à combattre les nazis. Ils sont partis de l’Inde sans guerre coloniale et ont quitté la Malaisie ou le Kenya après avoir écrasé les insurgés locaux et ce sans état d’âme. J’y vois les principales différences avec nous. J’ajoute qu’ils n’ont jamais renoncé à transmettre les savoirs y compris littéraires.

  2. Qu’en termes galants ces choses là sont dites :
    « la France rêve d’une camaraderie avec l’Allemagne »
    Mon propos précédent était moins élégant !

    • camaraderie, c’est plutôt méchant René

  3. je crois qu’un sondage du pew research institute met plutôt le frexit à 70%
    mais ce sont des amerlots , au pew research institute
    donc sujets à caution
    je sais plus où je l’ai vu

  4. Pure analogie formelle ou balbutiements de l’Histoire?

    D’un côté Churchill , de l’autre un axe Hitler /Pétain /Mussolini ( qui fut d’abord une collaboration entre technocraties, bien avant la priorité de la « solution finale », exemple français: Bichelonne)

    • Vous avez tout à fait raison Hippocrate, il suffit de plonger dans les nouveaux cahiers d’Auguste Detoeuf. Je vous conseille de taper son nom et celui des nouveaux cahiers sur Google, vous verrez son portrait c’est édifiant. Ce partisan de l’entente avec Hitler est présenté comme un technocrate démocrate par le CNRS, je pense que tout est dit, il est aussi encensé par la revue de gauche Alternatives économiques, ce n’est même plus un naufrage c’est une continuité dans l’idiotie

      • Auguste Dutoeuf est un être ambivalent, ou plutôt ressenté-je une ambivalence entre mes sentiments anti optimisateurs et la lucidité froide mais non dénuée d’humour des aphorismes de Dutoeuf.

        Toute technocratie a son propre style « national », et Duteuf me paraît assez proche de tous les technocrates ( privés ou publics) français que j’ai pu croiser, mélange de cynisme, de logique, et absence de bon sens…quand ce ne sont pas des sadiques ou des dépressifs.

      • Je ne dis pas que Detoeuf était un imbécile, encore moins un méchant et il me semble qu’à le comparer avec Dautry, Coutrot ou Mercier, c’est le plus intelligent du lot, mais on peut l’opposer à Rueff ou à l’électron libre qu’était Rougier, voire à Jean Monnet à la fois plus aventureux et nettement maquignon dans ses prises de position, c’est-à-dire tout sauf technocrate. Detoeuf était de cette veine qui a fait le régime de Vichy. Quand Darlan disait qu’il fallait laisser ses cyclistes négocier avec les fritz un plan pour une nouvelle Europe je pense, immédiatement, au plan préconisé par Detoeuf en 1938 afin de canaliser les appétits de Hitler sur une base dite rationnelle ; il y a là une véritable continuité.

        D’ailleurs cette continuité se retrouve aujourd’hui, mais sur un autre plan, dans les menaces qui pèsent sur les libertés. Or quand je lis cet article de Slate sur le sujet (http://www.slate.fr/story/119461/france-derive-autoritaire), je constate comme l’énonce clairement Milner que les français confondent les libertés et les permissions. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’en détruisant l’école, ils ont anéanti le seul contre-pouvoir véritable dans l’hexagone, celui des intellectuels qui s’enracinait dans le projet de Ronsard, celui d’une poésie docte, donc d’un français innervé par l’étude, ce qui est très loin du projet de Vaugelas d’un français de remarqueurs donc d’un français du bon usage, langue qui sera celle de Gide et de Maurras ou, aujourd’hui, de Renaud Camus. La France est un pays où les libertés peuvent être balayées du jour au lendemain sans aucun mouvement, aucune ride sur les vagues, rien ne vient troubler les lignes. On l’a vu en juin 1940 et durant toute la guerre d’Algérie, on le revoit aujourd’hui, on le reverra demain. Tout le contraire du Royaume-Uni si vous voulez mon avis.

  5. (Diagnostic personnel : paranoïa de Kraepelin)

    • C’est excellent Hippocrate, « nous volons vers les horizons », les « dirigeants d’autres planètes », l’inquiétude, tout y est, il faudrait lancer sur l’établi un président Juncker, techno-paranoïaque

  6. « Detoeuf était de cette veine qui a fait le régime de Vichy. »
    « cette continuité se retrouve aujourd’hui…..dans les menaces qui pèsent sur les libertés.  »

    Par expérience personnelle récente ( mais je ne veux pas rentrer dans les détails), et même à un haut niveau, je peux attester que les méthodes de type pétainiste, et leurs collaborateurs idéologiques et pratiques, sont tout à fait actifs- répressifs: les « serviteurs » de l’Etat sont en réalité ses maîtres, avec la complicité active de clercs, voire de hauts clercs ( convertis ou simplement traitres?) qui font « courrois de transmission ».

    Remarque : les « forces supranaturelles » invoquées ( en réalité , des métaphores destinées à plonger l’interlocuteur dans une position infantile de crainte et d’obéissance devant des puissances d’autant plus relatives qu’elles sont lointaines et désincarnées..et ça marche! Gustave le Bon avait finalement raison) ont pour noms Europe( transposition de…), ONU ( Charte de …), Humanité etc…

    « Tout le contraire du Royaume-Uni si vous voulez mon avis. »

    « God save the queen »….et nombre de « conservateurs » ou de simple révoltés français le pensent et le disent…..même le brave artisan père de famille du coin.

    • J’aurais tendance à ajouter à Le Bon (lecteur de Taine), qu’avait lu Freud mais je ne vous apprends rien, Tarde dont quelques livres sont en pioche libre parmi le catalogue numérique de l’UQAM, son concept d’imitation qui implique la variation me paraît assez agissant pour la description des foules qui ne se limitent pas aux manifestations de rue. Pour l’artisan du coin, vous voyez juste, à ceci près que je perçois parmi ceux avec qui je discute, une rage que les élites néo-pétainistes ont du mal à concevoir. Dans le cadre de la nouvelle France, pour l’avoir ouï lors d’un conseil de classe, il est possible de passer en 1ère littéraire avec plus de 100 journées d’absence en seconde car, dixit un proviseur, mais ce sont tous les proviseurs, hussards noirs de l’Euroland, il faut appliquer la nouvelle circulaire sur les orientations (saveur néo-pétainiste tranquille, c’est la circulaire les gars, Papon devait dire la même chose dans sa sous-préfecture girondine en 1943). Aussi on peut à bon compte se féliciter d’un 80 % de réussite au premier tour au baccalauréat, 80 % de réussite à une épreuve qui n’en est pas une, c’est la définition même d’une permission prise pour un droit donc un colifichet pris pour une liberté : la permission en question consiste à affirmer l’axiome suivant : dans la république néo-française il est possible et il est même obligatoire d’être diplômé et ignorant

      • Ce que j’apprécie chez Tarde, c’est, au fond, son atomisme.
        Sa description phénoménologique des groupes à partir du postulat d’une interaction « imitatrice » est un peu « courte » à mon avis, mais a le mérite de poser le fait que le Tout ( version Durkheim) ne resulte que de l’interaction de parties deux à deux: version très atomiste et non platonicienne ou aristotélicienne ( analogie éventuelle entre les controverses Aristote-Démocrite et Durkheim- Tarde?).
        Poussée plus loi, , la sociologie de Tarde, contrairement à ce qui succédera, n’est pas finaliste.

      • « Poussée plus loi, , la sociologie de Tarde, contrairement à ce qui succédera, n’est pas finaliste. » Tout à fait d’accord c’est ce qui le différencie de Durkheim qui présuppose que seul le tout de la Société (qui ne serait pas une entité informe) donne sens aux « parties » (c’est ce qui rend si pauvre son concept d’anomie ou d’individu ) ou de Weber qui vient après la querelle de l’historicisme dont il me semble que Nietzsche avait déjà anéanti les présupposés dans sa considération intempestive sur l’utilité de l’Histoire. Weber pense l’action comme résultante, non d’une pulsion, mais d’un mobile. Il me semble que la notion de libido chez Freud liquide tout le terrain au napalm

  7. « Weber pense l’action comme résultante, non d’une pulsion, mais d’un mobile »

    Question délicate;  » l’éthique » de Weber est t’elle identifiable au mobile?

    Dans ce cas, l’éthique-mobile ,n’est t’elle que le cache sexe moralisé de la pulsion, ou sa modulation acceptable, éventuellement interchangeable ou re-nommable en « impératif catégorique » Kantien?

    Dans ce cas, les analyses de Weber ( qui touchent souvent à la psychologie des profondeurs via les religions et les modulations de sens qu’elles véhiculent chez les croyants ) restent dans un entre deux mondes entre causes efficientes et finales……débat très académique en fait

    • Il me semble que chez Weber les valeurs fonctionnent dans les deux sens, à la fois causes efficientes et finales, ce qu’on retrouve chez Aron qui assumait parfaitement cette indetermination. Cela ressemble assez au faux moi de Winnicot dont la balance est toujours déséquilibrée


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