Publié par : Memento Mouloud | septembre 29, 2016

Bécassine face au FN

C’est terrible, Mamadou et moi sommes bouleversés, on n’en revient toujours pas, Le Pen est au deuxième tour. Voir et revoir sa tête m’est insupportable, le fascisme est là bien vivant, la bête bouge encore. C’est simple, j’ai pleuré comme une madeleine et Mamadou avait les yeux rougis, on a même pas touché à la persillade, trop froide tellement on n’avait pas faim. Je me demande ce qu’on va devenir avec tous ces fascistes qui nous guettent. Mamadou m’a dit comme ça en se déshabillant tu sais Bécassine si ce type est élu, je vais devoir partir, faire ma valise, reprendre le chemin du retour, tu me suivras ? Au bout du monde que j’ai répondu en serrant les dents. On a encore pleuré avant de faire l’amour, c’est la seule hygiène qui vaille a ajouté Mamadou, c’est toujours ça que les fascistes n’auront pas, on est des résistants chérie. J’ai trouvé ça beau comme une promesse de bonheur, refaire le monde, effacer les races, tous scintillants et multicolores, une grande farandole fraternelle, une fête sans fin, ce sera beau quand tous les Le Pen, quand tous les FN auront disparu. Faudrait tous les tuer ces salauds.

Tante Huguette vient de m’appeler, elle m’a dit ça recommence comme à Sharon, je lui ai répondu que je voyais pas bien ce que les palestiniens venaient faire là, elle a raccroché en marmonnant t’es trop conne, vraiment tout tourne mal, elle n’aurait quand même pas voté Le Pen ?

Je suis allé à l’école le cœur lourd et les yeux tristes, dans la salle des profs, on s’est scruté avant de se décider à lancer une AG. Je suis allé voir Danilo le représentant du SNES pour lui parler d’une action d’urgence, il faut absolument qu’on en parle aux élèves, il faut qu’on les mobilise, ce pays ne doit pas tomber au main des fascistes, il faut sortir de l’apathie. Quand j’ai vu Mohamed, Yussuf, Fofana, Pedro, Fatoumata et tous leurs petits yeux malicieux teintés de crainte j’ai eu le cœur serré, alors j’ai dit qu’aujourd’hui on ne s’occuperait pas du programme qu’on laisserait Jeanne d’Arc aux fachos, qu’ils ne passeraient pas, qu’on les défendrait, que les français étaient des gens généreux, que c’était la patrie de Voltaire et des droits de l’homme, de Jean Moulin, de la Résistance, du Front Populaire qui danse, que Le Pen c’était Hitler.

Ils m’ont trouvée étrange, un peu exaltée.

Mohamed m’a demandé si Hitler c’était pas celui qui avait niqué les juifs dans des douches, j’ai rectifié sa syntaxe en lui disant que ce n’était pas le moment de plaisanter. C’est drôle mais il m’a répondu que Le Pen c’était les arabes qu’il n’aimait pas alors qu’Hitler c’était les juifs et que c’était pas pareil quand même. Là je me suis fâché, je leur ai dit à tous en les regardant bien, un peu fulminante je dois dire, que c’était du racisme, que le racisme c’était la pire chose qui soit, que leurs pays avaient été colonisés par des racistes, que leurs parents avaient souffert, que c’était dégueulasse tout ça et qu’on n’avait pas le droit que ça recommence. Les larmes me montaient aux yeux, c’était vraiment difficile de ne pas craquer.

Le soir Mamadou m’a dit viens on va aller danser ça te changera les idées. On est allé chez Mado, y’ avait trois djembés, on s’est éclaté jusqu’à ce qu’un putain de facho se plaigne que jouer du tam-tam à trois heures du mat, c’était un peu too much pour lui. Comme on l’a avoiné en lui lançant des enculés de frontiste, il a appelé les flics ce fumier, toujours l’intolérance, toujours les keufs à son service.

Mamadou est sombre ces derniers temps, il me dit qu’il ne trouve pas de boulot à cause de son nom et de sa couleur de peau, que la discrimination a fait le lit du fascisme, alors il fume bédeau sur bédeau en écoutant Koffi Olomidé, quand je rentre ça sent un peu fort, j’ai ouvert les fenêtres, dehors il faisait beau, je me demande pourquoi Mohamed m’a demandé si j’étais juive ?

Cette stal de tante Huguette m’a dit que jamais elle ne voterait pour un putain de laquais du capital, je lui ai dit c’est toujours pareil vous les cocos, rouge dehors, brun dedans, vous serez toujours le tombeau de la démocratie, là elle a rigolé un bon coup.

Quelle manif incroyable, Paris était noir de monde, on se donnait la main tellement on était joyeux, on avait envie de s’embrasser, Mamadou me serrait fort, je me blottissais contre lui, la foule montait sur les trottoirs ; des balcons on nous envoyait des hourras, on nous saluait, la France, la vraie France est de retour, celle de la tolérance, celle du mélange et de la mixité. Ce qui m’inquiète ce sont tous ces rhinocéros du FN, ils ont l’air normal quand on les voit à la télé, très ordinaires, des gens comme tout le monde, juste qu’ils ont été manipulés par les médias qui les inondent de peur.

Le fascisme sera stoppé, demain est un autre jour, plein d’espérance et de combats, de nouveau je respire, je tiens la main de Mamadou fermement, je sais qu’il ne partira pas, que ce sera dur mais que les préjugés tomberont, l’intolérance a perdu la bataille. Tiens on s’est dit qu’on irait en Casamance en Club cet été pour fêter ça, c’est tellement beau le clair de lune

 


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