Publié par : Memento Mouloud | septembre 29, 2016

Idiotes

Un titre de pièce saisi au hasard, il faut attaquer le mur de l’Intimité, j’attends la suite, pulvérisons le secret, tout homme doit être un palais de cristal, 1984 est pour demain.

« Viens ça te changera les idées », c’est comme ça que commencent les nuits, c’est souvent comme ça qu’elles finissent, une femme demande de venir, un truc incroyable, elle assure qu’on sera surpris, une autre soirée où découvrir la lune. En guise de lunes, ce sont quelques moments qui surgissent, mis bouts à bouts, ça fait combien de jours dans une litanie ? Combien de palpitations dans le coffre engourdi, combien de nuées vicieuses et corrosives à détrousser les fondements de la vie contemporaine pleine de projets, pleine de plans, pleine de combines, pleine d’avenir, pleine de promesses, pleine de tout sauf de carcasse.

Une femme dans l’embrasure de la porte, nuisette flottant sur des petits seins ourlés, une femme qui glisse sur le parquet, pieds nus se faufilant dans la nuit, de nouveau le souffle chaud de ses lèvres et le pli de ses hanches, la senteur mouillée de ses corolles mouvantes dans le pli du drap, la main qui délie et l’étreinte presque silencieuse.

Un soir que je rentrais tard, je l’ai vue sortir de son boudoir à classeurs, tables carrées et moquettes usagées, elle embrassait un homme de passage. Depuis elle en embrasse d’autres qui vont et viennent, il m’arrive de surprendre de la mélancolie derrière son sourire comme si elle ne pouvait saisir un homme sans qu’il lui échappe, le syndrome de la fille facile parmi des gougnafiers qui ne peuvent aimer qu’en abaissant, quelle pitié.

Il est d’autres trajets et d’autres découvertes dont la jalousie est une première prison qui nous ramène à Proust et à Albertine dans ce monde clos et délirant où le paysage secret qu’est chaque amant, pour celui qui aime, se découvre semé d’embûches et bientôt de sonorités et de tours qui se précipitent dans la douleur.

Elle prend plaisir à s’éventer, elle prend plaisir à s’évader, elle prend plaisir à filer entre ses lèvres le blanc déroulé d’une langue qui fuit atonale en variations qu’elle émet, tourne et décroche, vibrantes fusées. Tu songes son parfum comme une marée de purin à l’aurore, ses cheveux filasses d’un blond détourné, tu lui dis, vas danser déesse de nacre entre les bras de quelque bouffon à l’uniforme impeccable et aux rêves aimables, là est ta place, ici tu te briserais.

L’idiote c’est cette fille si libérée que son corps lui appartient, il lui appartient tellement qu’elle ne sait trop quoi en faire, sans foi ni loi comme elle dit, elle serait le grand autre de la raison, la déesse mère à quatre pattes, sa bouche de suceuse en pamoison devant les grands mots du génie qu’elle attend. De son exception qu’elle tient dans un vitrail de procession obscure, elle contemple les reflets de puissance, la bite grande ouverte sur le néant, le dernier des romains, des très grands, des ceci, des cela, le dernier homme en vrai latex et compagnie, le bouffon à principes, l’Alceste des parts de marché qui brûle ses neurones en porno-maker dans la lucarne de la passion.

L’idiote n’a rien à offrir que ses pensées carbonisées et sa chair triste, elle tourne d’une main et de l’autre écartant toujours plus grand la corolle, le cul suspendu à la parole du maître qu’elle mesure étendue sur son lit crémeux où défilent les envolées de caniche d’un type qui débite toutes les hétérodoxies en brandissant des pentagrammes qu’il pourrait se fourrer dans le fion mais qui ornent son sapin de Noël où il pâlit en justicier des matins gris et des nuits sans sommeil.

Ce monde est d’un ennui, qu’il ne sait plus comment s’avouer que voir lui est devenu impossible, il a les joues trop fardés et les yeux fragiles, il pleure comme une fiotte sur la lunette des chiottes sous un néon blafard.


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