Publié par : Memento Mouloud | octobre 3, 2016

Alexandre djouhri ou la France illustrée

« Il a dit à table que j’étais un mec classe. Il a dit : “Il parle pas, il est fiable.” Il y avait Valls, il y avait Fabius. Et euh, il a dit que ce j’avais fait pour Bachir, je l’ai fait pour le pays. Même si politiquement il était contre, mais, lui, il a vraiment apprécié. »

Alexandre Djouhri se fait appeler Monsieur Alexandre, comme Stavisky ou plutôt comme Belmondo jouant Stavisky dans le film d’Alain Resnais. Dans les procédures judiciaires, il se présente comme le dirigeant d’un « groupe de sociétés qui a pour objet de participer, en association avec des groupes industriels français de premier plan, à des investissements importants dans les pays étrangers ». Hervé Séveno, patron du cabinet d’intelligence économique i2F et ancien de la Brigade financière de Paris n’est guère plus explicite: « Il pratique la diplomatie économique, des contrats entre Etats qui sont par définition secret-défense. Il n’a aucune raison de vous recevoir et ne vous recevra pas ». Un ancien de la DGSE explique, « c’est un intermédiaire new-age qui met en contact l’exécutif français avec des dirigeants d’entreprises du Moyen-Orient. Il se rémunère en prenant des parts dans des sociétés locales. C’est une espèce de private equity underground, probablement légal et quasiment intraçable, avec un contact privilégié en Arabie saoudite: le groupe Bug shan. ». Sa meilleure assurance, Bernard Squarcini, l’ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur. En 2010 Bébert avait publiquement défendu Monsieur, déclarant à L’Obs qu’il travaillait « pour le bleu blanc rouge ». Il avait établi une attestation écrite en sa faveur. D’après les « fadet » – factures détaillées – obtenues par la justice, les deux hommes s’étaient joints à 404 reprises entre les mois d’avril 2012 et janvier 2013. De vieux frères siamois.

De l’argent, du pétrole, des flics véreux, on éclaire les incendies mais c’est l’Etat qui les allume. Par bonheur, les oligarques ne s’aiment point entre eux, même s’ils s’entendent pour le partage des dépouilles. C’est ainsi qu’il est possible de les connaître et de les décrire.

Bugshan. Le nom revient sans cesse dans les témoignages. Famille d’origine yéménite établie depuis un siècle à Djedda, en Arabie saoudite, les Bugshan ont fondé leur fortune sur l’importation des parfums Dior, mais aussi de pneus et de marques automobiles japonaises au Moyen-Orient. Jacques Chirac avait décoré le patriarche, Ali, de la Légion d’honneur en 2004. « Le seul véritable contact de Djouhri en Arabie saoudite, c’est Khaled Bugshan, un des chefs de la famille, assure Ziad Takieddine. C’est auprès des sociétés de cette galaxie qu’il se rémunère, et c’est eux qu’il utilise comme relais en Arabie saoudite, notamment pour Thales et Alstom. » Guidés dans l’affaire Karachi, les juges ont aussi découvert qu’une société du groupe Bugshan, Parinvest, avait été destinataire de 13 millions d’euros de commissions entre 1997 et 2000, dans le cadre du contrat Sawari II. L’intermédiaire assure aussi que la société Issham, qui a reçu l’essentiel des commissions (plus de 150 millions d’euros), figure dans la galaxie Bugshan.

Quand je dis La République Djouhrienne, ce n’est pas une boutade, un paradoxe, ni une injure. Je nomme l’objet comme des mystagogues désapprirent à nommer, dans un lycée français, à l’écolier que j’étais, pauvre, inattentif, mais dès l’enfance ennuyé de toutes les scolastiques. Je nomme donc l’objet la République par son principe réel. Je la nomme par ce qui la fait durer. Je la nomme par ce qui lui ressemble, je la nomme par ce à quoi elle donne sa chance de prospérer. Je la désigne par son avenir, et voilà pourquoi je ne dis pas la république de Guéant ou de Valls, mais la république qui a rendu possible et qui soutient tous les Guéant et tous les Valls. Djouhri, ce n’est ni Hollande, ni Sarkozy. Pourtant, à l’origine réelle de la Vème République, il y a un coup d’Etat, il y a une conjuration doublée d’un abandon, il y a un fantôme de guerre civile, comme il y a Djouhri. Il connaît Sarkozy « depuis 1986 ». Il raconte qu’il a « mis une torchée » à l’ambassadeur du Qatar. Selon les écoutes, Alexandre Djouhri échafaude aussi des plans pour rencontrer François Hollande. Il va là où l’argent public se dispense sans plafond imposé.

Inutile d’élever des statues républicaines à Djouhri. Son fils, Germain a épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov, décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée. Car même les anciens agents du KGB peuvent entrer dans la liste de ceux qui ont rendu des services. A Londres, où il résidait, Germain s’était rapproché d’un ancien associé de Messier Partners installé à son compte, Jean-Charles Charki. Un jeune homme qui se trouvait être le gendre de Cloclo Guéant. Petit voyou recyclé en rentier des asymétries d’informations, Alexandre Djouhri ferait un remarquable ministre non plus des affaires étrangères de la France mais de l’Etranger dans l’hexagone s’il y avait un Dedans et un Dehors et non pas une zone grise.

En conséquence, Alexandre Djouhri avait ses entrées dans la Tripoli du colonel dispensateur de sa semence et vendangeur des vies libyennes. Alors que le régime était sur le point de s’effondrer, il accompagnait Dodo la Villepine en Tunisie. Dodo semble avoir servi de médiateur entre la rébellion libyenne et Béchir Ben Salah, directeur de cabinet du colonel, et très proche de « Monsieur Alexandre ». Comment huiler les rouages et ouvrir de telles portes tout en remplissant ses valises, c’est très simple, il faut faire peu de cas du sang français. En 1999, la justice française condamne, par contumace, six Libyens à la réclusion à perpétuité pour leur rôle dans l’attentat, en 1989, contre le DC 10 d’UTA (170 victimes). Un mandat d’arrêt international est lancé. Problème: l’un des condamnés est Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens et beau-frère du colonel Kadhafi.

Avant même cette condamnation, Alexandre Djouhri serait intervenu auprès des autorités françaises pour faire « casser » le mandat d’arrêt visant Senoussi. Bien entendu, le conditionnel est de mise car Monsieur Alexandre a des avocats et leurs pressions s’achèvent par des mails dans ce style, « En tout état de cause, la demande de l’avocat laisse présager des poursuites si nous –et vous– persistons. C’est aussi l’avis de nos avocats, que nous avons consultés. Nous sommes bien conscients que cette demande n’a pas toutes les chances d’aboutir, qu’elle ne précise pas les passages supposés diffamatoires, bref que le procès qui pourrait advenir n’est pas gagné pour Djouhri. Néanmoins, face à un tribunal, n’étant pas auteur de l’enquête, [Le Journal]  ne saurait fournir ce qu’on appelle une « offre de preuves », accréditant les informations publiées. C’est pourquoi nous avons décidé de dépublier. »

Alexandre Djouhri ne sera jamais condamné à la dégradation nationale à vie, on ne lui fera pas descendre des escaliers qu’il n’a jamais gravis… non par impuissance, la France est un pays de naturalisation facile, mais par dédain. L’escalier monumental de l’internationale des affaires a seul senti peser le poids du petit flingueur.

Le 3 mai 2012, il organise l’exfiltration de Bachir Saleh. Il n’est pas seul, Bébert veille. Saisis en 2013 d’une enquête sur la réalité de ces financements libyens, les juges avaient mis au jour un mystérieux virement de 500 000 euros parvenu à Cloclo Guéant, en mars 2008, via la Malaisie, et ils avaient appris par des documents saisis dans l’appartement de Bachir Saleh que le banquier soupçonné d’avoir effectué le virement initial de cette somme en Arabie Saoudite, Wahib Nacer, un dirigeant du Crédit agricole suisse, avait été le gestionnaire des comptes de feu le mage libyen. Il avait fui sur un vol Masterjet Aviaco Executiva  affrété, le 3 mai 2012. Destination Niamey, puis la république sud-africaine.

Un ancien dignitaire du régime libyen, entendu par les juges sous couvert de la procédure du témoin anonyme, avait confirmé le rôle d’Alexandre Djouhri dans l’exfiltration. « C’est Alexandre Djouhri qui s’est occupé de cela en lui faisant prendre un avion spécial pour le conduire du Bourget vers le Niger. (…) Par la suite, des proches de Sarkozy avaient conseillé à Bachir de quitter le Niger pour l’Afrique du Sud, ce qu’il a fait. » Accueilli en Corse, fin avril 2012, par l’un de ses amis français, l’ancien député européen Michel Scarbonchi, Bachir Saleh s’épancha. La « bande à Sarko » le pressait pour quitter le territoire national. Saleh lui précisa qu’« une comptabilité de toutes les remises de sommes en espèces à des autorités étrangères était tenue par la banque centrale libyenne, avec les dates de remises, les montants et les pays bénéficiaires ».

Le jeune Ahmed avait laissé place à Monsieur Alexandre, son surnom dans le business. Changement de prénom, changement de statut aussi: Alexandre Djouhri, résident suisse, était désormais le conseiller influent des grands groupes industriels français, de Veolia à Alstom. On le vit embarquer dans le Falcon 7X de Serge Dassault. Fréquenter Henri Proglio, le patron de Veolia, puis d’EDF Conseiller le PDG d’Alstom, Patrick Kron. Epauler celui de Veolia, Antoine Frérot. Le gamin de Saint-Denis, élevé à Sarcelles, était parvenu à se frayer un chemin sous les lambris dorés du sommet de l’Etat: le ministre de l’Intérieur, Cloclo, reconnaissait facilement des « relations amicales » avec un homme qu’il qualifiait de « très au courant des affaires du monde, des affaires industrielles ». Bébert, fameux chasseur de subversifs à Tarnac, ne tarissait pas d’éloges sur le personnage: « Djouhri sert notre pays et le bleu, blanc, rouge. Bien sûr, il fait des affaires pour lui, mais il en fait profiter le drapeau. ». On ne sert pas à la fois Dieu et Mammon, son pays et son portefeuille, c’est la morale commune pas celle de la Vème République, la chose est évidente.

Le premier des commandements, la prohibition du mensonge, ils le piétinent. Le second, la prohibition du meurtre, ils se targuent de lui pisser à la raie. Pour le troisième, la prohibition de l’inceste, ils ne le franchissent pas mais ne pas le faire les titille, les déchire, les éventre. Ils ont le Mal au cul et les casseroles qui vont avec.

Le dimanche 13 janvier 2008, l’Airbus présidentiel vole vers Riyad. Nico Sarkozy doit rencontrer Abdallah, le monarque saoudien wahhabite. Après l’Arabie, le président s’arrêtera au Qatar, où il s’entretiendra avec l’émir Al-Thani, et il finira le surlendemain son périple à Abou Dhabi. Les ministres qui l’accompagnent, papotent autour de la grande table. Nico les rejoint. Depuis quelques mois, il sait que l’enquête des juges Pons et d’Huy s’oriente vers une mise en cause de la Villepine, qu’ils le « soupçonnent d’avoir participé à une machination visant à [le] déstabiliser ». Nico s’était porté partie civile dans l’affaire Clearstream en janvier 2006. Il l’a emporté. Mais il n’oublie rien. Il sait que l’affaire aurait pu le « tuer ». La peur rétrospective le pousse à s’épancher et à expliquer les raisons qui l’ont mené à vouloir accrocher Dodo et ses prétendus comparses à un « croc de boucher ». Il donne alors de l’affaire Clearstream une version différente de celle que la justice établira trois ans plus tard. Il raconte comment et pourquoi, en 2004, le « chantier » monté contre lui aurait pu l’empêcher de prendre la tête de l’UMP et de devenir président. Le président détaille les secrets du complot, fomenté, selon lui, depuis l’Elysée, mais mis à exécution par un certain Alexandre Djouhri, qui a bien failli avoir sa peau. Et il termine son exposé par : « S’il n’était pas venu à Canossa, il aurait reçu une balle entre les deux yeux ! »

N’empêche, depuis l’arrivée de Nico à l’Elysée, Alexandre a ses habitudes au Château. Il s’y sent comme chez lui. En cette fin d’après-midi du 30 juin 2009 où la salle des fêtes est archipleine, el presidente doit décorer dix personnalités autour desquelles gravite du sale monde, le monde des éclopés du pouvoir, des courtisans, des gens à gamelles. Puis c’est le moment des petits-fours et du champagne. « M. Alexandre » se tient aux côtés de Philippe Carle, qui fait partie du premier cercle du président. Il est également proche de Vincent Bolloré et de Martin Bouygues ; joueur de polo, membre du Club des cent, du Maxim’s Business Club du golf de Saint-Cloud, il a, entre autres activités, édifié sa fortune dans l’assurance en revendant sa compagnie à Axa, tout en restant l’un des conseillers des dirigeants du groupe.

Les deux hommes quittent ensemble la salle de réception et foulent les pavés de marbre blanc et rouge du vestibule d’honneur, gravissent l’escalier Murat pour se rendre dans la première antichambre, puis la seconde donnant sur le Salon vert et le Salon doré, soit les bureaux du secrétaire général de l’Elysée et du président de la République. Les gardes républicains qu’ils croisent reconnaissent M. Alexandre, le saluent discrètement et le laissent aller, avec son compagnon, jusqu’à la porte du Salon vert, bureau de Cloclo. M. Alexandre entre sans frapper. Il se dirige ensuite vers le réfrigérateur, en sort une bouteille de champagne, l’ouvre, emplit deux verres, en tend un à son compagnon. Djouhri continue de se faire le cicérone en ouvrant la porte du Salon doré. Philippe Carle ne se sent pas à l’aise, il préférerait de beaucoup déguster une nouvelle coupe dans la salle des fêtes.

Le toupet de son guide l’inquiète : va-t-il aller jusqu’à s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, derrière le bureau Louis XV sculpté au XVIIIe siècle par Charles Cressent ? Indifférent à la beauté des meubles, il ne prête pas attention à la cheminée de marbre blanc, ni au « N » de Napoléon III, ni aux objets disposés là par Nico : l’icône N’Gol, comme l’appelaient certains africains et un voilier.

S’il est un temps pour faire oraison, il en est un pour la colère, il en est un pour le vaudeville. Disons que le vaudeville aura le visage d’Alexandre Djouhri. Le fond du trou ce n’est pas Sarkozy ou Hollande, ce n’est pas le déficit public, « nous vaincrons parce que nous serons compétitifs », les slogans imbéciles, les politiciens inconscients, ce n’est même pas une expédition en Libye, car tout cela est la suite d’une opération déjà ancienne par laquelle les classes moyennes avaient cru pouvoir liquider tout l’héritage intellectuel et moral de la France, afin de garder l’héritage matériel et d’échapper à la Révolution en habit rouge et en chars soviétiques. Nous ne sommes pas encore tout à fait démunis, il nous reste les riches possibilités de la révolte et du mépris.

Djouhri cause comme la République, creux ou très mal, « Van Ruymbeke, lui, il tape à la machine, et puis il explique au mec, il faut amener des preuves. Il lui dit “Bon OK j’amène des preuves”. Le mec au bout de trois mois et demi, il amène zéro preuve. Il dit qu’il les avait vues à Paris, après qu’il les a envoyées en Libye en lieu sûr, et donc qu’est-ce qu’il fait Van Ruymbeke ? Il se dit je ne vais pas m’embouteiller avec cette merde. Donc il balance ça au parquet. Mais jamais, il aurait imaginé… Personne… que le parquet ouvre une enquête. »

Dans les années 1990, Djouhri tenait à montrer qu’il disposait d’un pistolet dans sa boîte à gants et qu’il n’hésitait pas à s’en servir. La patronne de la société de communication Image 7, Anne Méaux, une ancienne de la droite ultra, ne s’est-elle pas dite menacée, en novembre 2006, au pavillon Gabriel, à Paris, lors d’une réunion de la Fondation Euris, par un émissaire envoyé par Alexandre Djouhri ? Derrière Alexandre, la silhouette d’Ahmed de Sarcelles n’est jamais loin, comme une doublure, une trace. Indélébile.

La première trace de Monsieur Alexandre remonte à 1981. Il est alors interpellé pour vol à main armée autour d’une affaire de braquages de bijouteries. L’élan donné, il fourbit ses premières armes dans le business comme associé à 25%, via sa compagne de l’époque, dans la marque de blousons griffés Anthony Delon, lancée par le fils de l’acteur au grand dam de celui-ci, avec de sanglants règlements de comptes à la clé. Djouhri est alors une cible. Le litige commercial dégénère en fusillades entre bandes rivales. Le «conseiller technique» échappe à une première algarade : dans un restaurant, le Jacky’s aux Halles, le pistolet automatique pointé contre lui s’enraye, Djouhri achève à mains nues le désarmement de David Taieb. Ce dernier sera retrouvé abattu au Pecq quelques mois plus tard. Le rapport de police fait ces rapprochements, mais n’aboutira jamais à une quelconque poursuite. Suivra une fusillade place du colonel Fabien, à Paris, où cette fois une balle de 11,43 se loge dans son dos. Il débarque en sang aux urgences de l’hôpital Saint-Louis. « Je ne comprends pas les mobiles, je ne me connais pas d’ennemis », assure Ahmed Djouhri, qui nie avoir riposté à l’assaut. Un « résumé des premières investigations » de la brigade criminelle, daté du 21 août 1989 indique pourtant que le « test atomique » sur ses mains a prouvé qu’il s’est bien servi d’une arme de 9 millimètres. A ce propos, le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a statué de cette manière, en 2007, «En l’absence de lien établi entre le passé d’Alexandre Djouhri et ses activités économiques actuelles, l’évocation de faits anciens n’est pas susceptible d’apporter une contribution pertinente à un événement d’actualité ou à un débat d’intérêt général ». De son côté, Bébert souligne qu’Alexandre Djouhri est «inconnu au Service de traitement des infractions constatées [Stic]».

Le 26 avril 1990, une note du SRPJ de Versailles présente encore Djouhri comme « une figure montante du milieu parisien ». Les Renseignements généraux disposent également d’un dossier sur l’homme d’affaires. « Il consistait surtout en un dossier de police judiciaire, avec des éléments assez anciens, sans condamnation, ni inculpation », explique Joël Bouchité, directeur central des RG de 2006 à 2008. Il apparaît ensuite à la tête d’une petite agence de presse dite « euro-arabe « , d’où il creuse peu à peu son sillon dans les affaires et la politique. On le voit côtoyer un conseiller de François Mitterrand, Pierre Mutin. Un ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, Michel Roussin. Le Monsieur Afrique d’Elf, André Tarallo. Un ancien magistrat de la lutte antiterroriste, Alain Marsaud, qui reste l’un de ses plus ardents thuriféraires. Et même des piliers des services de police, dont François Antona, un proche de Charles Pasqua, et le numéro deux des RG François Casanova.

A propos d’Ahmed, une autre «fiche confidentielle», estampillée «très protégée», précise à son propos (après rappel de quelques antécédents) à la rubrique «confidentiel défense»«Individu à ne pas appréhender sur contrôle, signaler présence et informer service.»

Les Djouhri s’imposent parce que jamais la prière du bien pensant, « tout ce que vous voudrez, mais touchez pas aux biftons », n’a été aussi glorieusement reprise. Le bien pensant a tout lâché, tout trahi, il pleure, il chiale, il ergote, il dit qu’il votera Front National. Regardez un peu les coups de pieds au cul qui zèbrent son postérieur. Depuis 1789, la France va de révolution en réaction sans principe, hésite entre les insurrections inutiles et les généraux imbéciles dès lors qu’il est question de sauver le pays. Le silence sur Djouhri est bien l’abîme comique, au delà duquel il n’y a rien qu’un peu plus de vase où s’enfoncer.

Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire à la DST, auteur d’une note sur Alexandre Djouhri en 2004, va vite se rendre compte de l’influence du personnage: objet de menaces répétées et de brimades en interne, il démissionne fin 2007. Deux ans auparavant, Bébert dictait à sa secrétaire les mots suivants « rien de défavorable n’a pu être démontré concernant l’intéressé, et aucun élément lié au terrorisme, grand banditisme ou blanchiment n’a pu être mis en exergue ». Le même n’avait rien trouvé à redire sur le traitement de Mohamed Merah par ses services.

« Vous ne pensez pas que monsieur Djouhri a le droit qu’on le laisse un peu tranquille, trente ans après? » asserte Charles Pellegrini, ancien chef de l’Office central de répression du banditisme. Début 2008, Alexandre Djouhri avait obtenu la tête du directeur international d’Alstom, Bruno Cotté, ancien directeur de l’office d’exportation d’armement Sofresa et patron de l’international chez Dassault Aviation Alstom. « Il a refusé d’utiliser les réseaux Djouhri en Arabie saoudite et en Algérie, ce qu’il a payé de son poste ». L’intéressé, aujourd’hui directeur international de Safran, et le PDG d’Alstom, Patrick Kron, sont plongés dans le mutisme. Un revival de la République du silence et des maroquins.

Il y a une conception de l’ordre dans la rue avec la misère derrière les façades, des préfets optimistes et des hommes désespérés, qui sera toujours le ridicule de la démocratie bourgeoise. Les émeutes de novembre 2005 n’étaient pas une nouvelle Commune, juste un épiphénomène de la République djouhrienne, incarnée dans l’homme de la casbah d’Alger, du capitalisme international et des cérémonies religieuses aux veilles des désastres.  Si l’ordre, c’est la mesure et la justice dans une cité fraternelle, nous n’avons rien de tout ça, rien qu’un désordre constitutif, une république en rut dont les petits pétroleurs encagoulés ont saisi toute la dynamique en foutant le feu aux poubelles ou aux voitures de leurs voisins.

« Ah oui, j’ai rendez-vous avec HollandeÇa y est, c’est fait. Oui, c’est fait. Classe en plus. (…) classe de chez classe. De chez Ben Classe. (…) Je vais te raconter comment, pourquoi, à quelle heure. » 

Djouhri est aussi apparu fin 2011 dans le volet financier de l’affaire Karachi, autour des commissions de l’énorme contrat de frégates Sawari II signé avec l’Arabie saoudite en 1994. L’intermédiaire Ziad Takieddine accuse Djouhri d’avoir piloté le basculement des commissions du réseau initial de sociétés bénéficiaires, réputé proche des balladuriens, à celui des chiraquiens à la fin des années 1990, ce que l’intéressé nie, évidemment. Entre crotales, la guerre se mène à ciel ouvert. Jamais la République n’a été si ouvertement le règne en France de Ploutos, sans même l’excuse d’une défaite ou d’une ruine. Ploutos n’a pas besoin de troupes d’occupation, un coup  de bourses et un mail lui suffisent. C’est un Dieu accommodant même s’il pète et grogne un peu fort. On appelle ça la mondialisation, elle vide de tout contenu le règne idolâtre des plus nombreux parce que les oligarques y trouvent un compte toujours bon et un portefeuille en progression.

« Il a dit à table que j’étais un mec classe. Il a dit : “Il parle pas, il est fiable.” Il y avait Valls, il y avait Fabius. Et euh, il a dit que ce j’avais fait pour Bachir, je l’ai fait pour le pays. Même si politiquement il était contre, mais, lui, il a vraiment apprécié. »

 » Dans les registres du commerce, les apparitions de Djouhri se comptent sur les doigts d’une main. Un poste de directeur de 1995 à 2000 de DIM SA, une société suisse de courtage de produits industriels et pétroliers liquidée en 2005. Un autre de « secrétaire » d’une société londonienne présente dans l’énergie, Adenergy Ltd, dotée d’un capital de 1 million de livres, mais dormante depuis deux ans. Plusieurs sources évoquent aussi un rôle important dans Adremis SA, une société suisse spécialisée dans l’eau et le traitement des déchets au Moyen-Orient. Monsieur Alexandre gagne ses galons d’éminence grise du CAC 40 en s’imposant à Veolia. « Henri Proglio a littéralement été «vampé» par la gouaille de Djouhri, qui était déjà proche de l’ ex-patron d’EDF, François Roussely », assure le criminologue Xavier Raufer, à l’époque consultant pour le groupe. Dans son antre aux stores toujours baissés, une ancienne boulangerie de la Butte-aux-Cailles remplie de dossiers criminels, Raufer assure avoir mis en garde Proglio: « Je l’ai averti des antécédents du bonhomme, il ne m’a pas écouté. J’ai préféré partir. La purge s’est poursuivie avec le départ d’Anne Méaux, sa communicante, qui était très proche, et de son lieutenant de quinze ans, le DRH Eric de Ficquelmont. » Contacté, ce dernier assure ne pas vouloir revenir sur cette période « assez nauséabonde »: « En tant que gaulliste, je devais me soumettre ou me démettre. J’ai préféré la seconde solution. »

Mohamed Ayachi Ajroudi a un souvenir précis de Monsieur Alexandre. Le 3 juin 2004, cet homme d’affaires franco-tunisien, très introduit au Moyen-Orient, rencontre Riri Proglio au restaurant du George V sur proposition d’Alexandre Djouhri, en présence du député Alain Marsaud. Au menu des discussions, la création d’une filiale, Veolia Middle East, qui serait détenue à 51 % par Veolia et à 49 % par l’homme d’affaires. C’est lors de cette rencontre, affirme Ajroudi, qu’Alexandre Djouhri a exigé de recevoir gratuitement 20 % de la nouvelle société. « J’ai refusé cette tentative d’extorsion à plusieurs reprises, Marsaud ayant tenté de s’inviter dans le deal avec le communicant Laurent Obadia, ce qui m’a valu d’être menacé, suivi, agressé », assure Ajroudi. Une version fermement démentie par Riri.

« Ce matin, tu as Sergio Bin Marcel  qui s’est fait convoquer par Macron à l’Élysée. Et moi je dîne avec lui à 19h30 »

L’épilogue de l’histoire se joue aussi au George V six mois plus tard. Djouhri, qui prend un verre au bar de l’hôtel avec Marsaud et Obadia, apprend que l’homme d’affaires franco-tunisien loge chambre 625. Ivre de colère et passablement aviné, il monte illico, frappe à la porte et boxe violemment Ajroudi. Djouhri, placé en garde à vue avec Obadia, sera finalement condamné à 400 euros pour « violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours ».

On préfère s’appesantir sur Samy Naceri, mais les méthodes sont les mêmes parce que les départs se ressemblent. Un voyou qui réussit par des méthodes de voyou ne sera jamais un honnête homme, c’est ainsi. Encore moins le météore des grands hommes comme le pensait Nietzsche. Juste un sujet clivé, toujours à la dérive de sa schizophrénie, pris de bouffées violentes et de compulsions au milieu même des mondanités où il n’en finit pas d’incarner le second couteau grande gueule, un remake de Michel Constantin qui se rêverait en 007.  Et maintenant que le prolétariat est disloqué entre chômage de masse et chapelles ethniques que les paysans sont des recycleurs de pesticides et d’engrais, que la grande bourgeoisie s’apprête à livrer ses filles aux futurs Commissaires Internationaux de la Mondialisation Heureuse parlant le pidgin anglophone,  maintenant que la petite bourgeoise prolétarisée, endettée, tondue, ne peut rien par elle-même, reste-t-il encore quelque chose à défendre que n’ait pas achetée, vendue ou ridiculisée la République djouhrienne ?

« J’ai mis une torchée à l’ambassadeur du Qatar comme t’as aucune idéePutain, il m’a joué l’ambassadeur. Je dis : mais oublie, me fais pas l’ambassadeur, me fais pas le pays maintenant, je te parle d’homme à homme, y a pas ça ? Qu’est-ce c’est que tes couilles maintenant ? Putain, je lui ai mis une torchée ! Je lui ai dit maintenant je veux voir A. Y. dans telle et telle condition. Et on m’envoie pas des mecs pour m’expliquer que soit disant Hollande, pas Hollande. »

Sur un navire démâté et sans gouvernail, Il est permis d’être sensible aux chants des sirènes : arrêtons-nous un instant à cette contemplation de tout ce qui préparait les voies au triomphe d’un universalisme de pacotille. Est-ce l’Etat djouhriste qui a découvert le complot des casseurs ? Dans ce cas, ne faut-il pas s’interroger sur la valeur réelle de cette trouvaille? Qu’est-ce donc, que l’art de gouverner en République sinon celui de faire naître les complots qui justifient la Défense républicaine. Une République qui n’aurait pas à se défendre, il lui faudrait prendre un métier, faire quelque chose, qui sait ? Balayer la maison, préparer les repas ? Toutes choses qui lui répugnent, elle préfère le ciel des idées et les guichets des paradis fiscaux.

Il n’y a qu’une tradition républicaine en France, c’est la défense républicaine. On reconnaît que le scandale est dans l’Etat djouhriste mais on affirme que le complot est dans quelques cagoules. Et si c’était l’inverse ? Si le complot, le vieux complot était dans l’Etat et si ce n’est le complot, cette sotte complaisance dans la ruine des villes et la misère des hommes en temps de paix ?

Yallah, Je t’embrasse, Tchao, Salut 

L’interventionnisme djouhriste s’illustre dans l’affaire de l’Angolagate – une vente d’armes remontant aux années 1990 qui continue d’empoisonner les relations entre Paris et Luanda. «Des contrats portant sur 50 milliards d’euros sont depuis en suspens», souligne Hervé Seveno, ancien policier devenu l’un des ténors de l’intelligence économique et intime de Djouhri. Relayant la cause de Pierre Falcone, principal prévenu du dossier Angolagate, il milite au plus haut sommet de l’Etat pour sa libération, quitte à faire pression sur des magistrats. Le conseiller justice de Nico, Patrick Ouart, jugé trop peu actif, n’y a pas survécu : il a quitté l’Elysée fin 2010 pour pantoufler chez LVMH après s’être plaint de menaces. Djouhri, aurait parlé de le «fumer» et l’autre connard de plier, l’image est parlante.

Seul un Alexandre Djouhri peut se flatter d’un rapport aussi direct avec le président en exercice – via Maurice Gourdault-Montagne et La Villepine sous Chirac, via Cloclo et Bébert sous Sarko. «Du jamais vu sous la République», souligne un haut fonctionnaire de la Défense. Mais si justement, c’est toujours du déjà-vu en République, un vieux refrain, une sorte d’adaptation de quel malheur d’avoir un gendre.

Son ascension dans les sphères du pouvoir est passée par Elf et Veolia. Sa proximité avec Jean-Baptiste Andreani, ancien policier corse reconverti dans la sécurité privée, et Pierre-Yves Gilleron, ancien commissaire de la cellule antiterroriste de l’Elysée également sensible aux sirènes du privé, lui permet de se glisser dans le sillage des deux gestionnaires des commissions occultes du groupe pétrolier, Jacques Sigolet et André Tarallo. Les corses semblent nombreux dans cette ascension comme ils étaient nombreux autour des amours de François (Hollande) et Julie (Gayet). Donc, avec ses parrains et mentors, Alexandre Djouhri s’installe en Suisse au début des années 1990, tout en conservant un rond de serviette à l’hôtel Bristol, à Paris. Sigolet s’est depuis rangé des voitures après avoir été victime de trois tentatives d’attentat sur fond de ventes d’armes en Afrique. Mais Djouhri est toujours là, en partenariat avec Mathieu Valentini, poursuivi dans l’affaire Elf. Chez Veolia, il a d’abord pris la roue de Bernard Forterre, alors numéro 3 de l’antique Générale des eaux, candidat malheureux à la succession du patriarche Guy Dejouany. Après la parenthèse Jean-Marie Messier, le «développeur» est devenu omniprésent auprès de Riri Proglio (cumulant les casquettes à la tête de Veolia et d’EDF). Djouhri est un «ami personnel», confessera pudiquement ce dernier lors d’une déposition devant la police. Alain Marsaud, ancien magistrat et député UMP, entre-temps recruté par la Générale des eaux, décrira plus directement leur relation, présentant Djouhri comme «l’homme sans qui Proglio n’est rien».

 « Ces enculés du quai d’Orsay ont envoyé des mecs, et Valls est dans le coup pour dire à Béchir qu’ils peuvent enlever le mandat d’interpol s’il dit qu’il y a eu évidemment un financement ».

 Trahir, ce n’est pas changer d’opinion, cette chose vaine. C’est préférer l’opinion ou l’intérêt à quelque chose qui passe infiniment l’opinion et détermine l’humaine réalité. Pour juger et condamner Djouhri, il faut donc une autre mesure que celle de la République ; il faut reconnaître quelque chose de sacré, rebelle aux opinions, destructeur de leurs nuées. Il faut reconnaître comme siennes les trois prohibitions majeures et en tirer toutes les conséquences pratiques.

Ah d’accord

Une vie est heureuse, suggère Djouhri, quand elle commence par le ridicule et se prolonge par la puissance et l’ambition. J’ose dire qu’avec lui un genre se poursuit dans la littérature française : ni le roman d’aventure, ni le roman policier, mais le roman de République, toujours sous-titré, il se voulait César et ne fut que Pompée. Alexandre Djouhri déjeune avec Arnaud Lagardère, amuse Serge Dassault, fascine Riri, intéresse Jean-Louis Borloo, adore Yazid Sabeg… Ce dernier, PDG de la Compagnie des signaux et commissaire du gouvernement à l’Egalité des chances, lui sert à l’occasion de témoin de moralité ou de chauffeur. C’est dire la répartition des pouvoirs. En retour, Djouhri militait à l’Elysée en faveur de sa nomination à la présidence d’Areva : avec Yazid chez le fabricant de centrales nucléaires et Henri à la tête de l’électricien, plus besoin de fusionner EDF et Areva, pacsés de facto par les amis d’Alex ! La filière nucléaire a refusé ce touchant scénario. Aujourd’hui Areva est en faillite et Alstom licencie, on dira que ça n’a aucun rapport, je dirai que le lien est direct.

« Non mais attends, moi je vais aller voir Valls avec une kalachnikov et de la coke qui vient (…) des quartiers nord de Marseille et puis je vais lui dire que j’arrive avec arme et bagage. Ouais, Ouais, je te jure que je suis capable de lui dire ça dans sa gueule… »

Jamais avare d’un coup de pouce aux amis, l’entreprise Djouhri est venue au secours de Serge Dassault en son fief électoral de Corbeil-Essonne. Le principal employeur local, l’usine Altis de semi-conducteurs, étant menacée de faillite, compromettant sa réélection, l’avionneur déniche en 2009 un repreneur miracle : Germain Djouhri, fils d’Alexandre. Par la voix de son avocat, Djouhri père assure qu’il n’est pour rien dans le deal, son digne rejeton étant simplement précoce en affaires. Le bras droit de Dassault et maire consort de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter, la soixantaine bien tassée, présente Djouhri Jr, tout juste trentenaire, comme un «ami personnel» qui va «sauver» Altis en investissant 30 millions d’euros. Acceptons l’incongruité, mais, comme souvent chez les Djouhri, on s’interroge sur l’origine des fonds. Pas bien longtemps : Germain Djouhri passe rapidement la main à ce bon vieux Yazid Sabeg, nouveau sauveur providentiel jugé plus crédible – quoique… Un «ami depuis vingt-cinq ans», précise cette fois le bras droit de Dassault. Admirable chaîne d’amitié qui laisse entière la question de l’origine des fonds : Sabeg n’ayant investi que 1 000 euros de sa poche, d’où proviennent les 140 millions promis dans son offre de reprise ? 40 d’un mystérieux «investisseur privé», 20 de l’Etat français, solde à répartir entre banquiers, futurs actionnaires qataris ou russes.

« On se voit avec lui et vous, on dégrossit (…) Parce que le projet c’est lui qui l’a et tout… C’est un truc intéressant, mais je n’ai pas le détail. Donc c’est lui qui vient l’expliquer avec moi. »

La Russie ! Nouvel eldorado pétrolier, terrain de chasse pour aventuriers des affaires. «Alexandre ne s’y intéresse qu’en raison de sa belle-famille», nuance un proche. Car son fils Germain a eu le bon goût d’épouser la fille d’un oligarque, Sergueï Niyzov. Petit oligarque, mais oligarque quand même. En mars 2010, Nicolas Sarkozy reçoit Dmitri Medvedev en visite officielle. En marge des grands discours sur l’amitié franco-russe, il est surtout question de vendre quatre bâtiments de projection et de commandement à la marine russe – un marché de 1,5 milliard d’euros. Moscou est demandeur, Paris est ravi de fournir un peu de travail aux chantiers navals de Brest et de Saint-Nazaire. Lors du dîner officiel à l’Elysée en l’honneur du président russe, le plan de table est soigné : côte à côte, Alexandre et Germain Djouhri, le beau-père russe, Riri Proglio. Le lendemain, Nico remet en personne la légion d’honneur à Sergueï Chemezov, ancien espion du KGB en RDA (à l’époque supérieur de Vladimir Poutine), aujourd’hui président de Rostekhnologuii, office d’import-export du complexe militaro-industriel. Une breloque remise à la demande d’Alexandre Djouhri, selon plusieurs sources. «Peu après la remise de la décoration, Chemezov, arborant fièrement son insigne rouge, a réuni une trentaine d’invités dans un salon de l’hôtel Bristol. Plusieurs industriels et hommes d’affaires étaient présents : Louis Gallois [EADS], Luc Vigneron [Thalès], Jean-Charles Naouri [Casino], etc. Peu discret, comme à son habitude, l’homme d’affaires proche de l’Elysée Alexandre Djouhri allait de l’un à l’autre, embrassait chaleureusement son ami Yazid Sabeg.»

 Les deux pays avaient topé là en décembre de la même année. Selon le négociateur nommé par Poutine, la France aurait accepté les transferts de technologie contre le versement de commissions hors normes – 20% du contrat, de quoi engraisser bien du monde et renvoyer à la préhistoire l’affaire des sous-marins au Pakistan. Après plusieurs années, d’autres commissions se payèrent, un autre pays accueillit les frégates, la Qatar et l’Egypte avaient dû solder les atermoiements de l’oncle François devant l’ogre russe.

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques, Qu’est-ce que ça peut faire vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ? Ils se secoueront de vous, hargneux, pourris, disait Rimbaud. Un petit algérien naît en France. Pourquoi est-ce en France qu’il décida de s’enrichir. Peut-être en hommage à la désinvolture et au gaspillage français, sans doute parce que la France était un pays riche et que Djouhri devait manifester un goût jamais démenti pour le voisinage et l’amitié de tous les ploutocrates ; mais surtout parce que la réputation de la France en ses républiques successives, en sa transformation toujours plus rapide des Droits de l’Homme en Droits des minorités à patrimoines, lui faisaient des promesses implicites de discrétion. Djouhri, fils de rien, vit de la France et il en vit bien, mais en Suisse. La France lui est une espèce de patrie puisque, ubi bene ibi patria. Pas assez patrie pourtant pour que Djouhri daigne y résider.

Nous vivons en un temps tout ami de la fraude, où intelligent et canaille sont devenus presque parfaitement synonymes. Platon montrait déjà, dans le Ménon, que la vertu en démocratie ne doit pas pouvoir s’enseigner, puisque les fils de politiciens démocrates, comme Thomas Fabius, se révèlent si souvent de déconcertantes canailles. Il est normal, disait en souriant le président Paul Reynaud, que nous soyons aidés par l’Amérique, comme il est normal pour un mignon d’être aidé par un directeur de sciences-po …comme nous n’avons pas les charmes d’un mignon, cela durera moins longtemps. Déjà, Reynaud qui s’y connaissait en défaillances peignait la France en femme entretenue. C’est une constante que les êtres les plus corrompus lui attribuent ce rôle ingrat de femme insouciante et jolie à la cuisse légère. Mais répondons comme Barbara que cette cocotte, c’est notre mère.

Du parfait démocrate, Djouhri a ce caractère de self made man, fait de rien et fait tout seul. Monsieur Alexandre ne sait pas d’où il vient, ni où il va. Il n’est ni d’ici, ni de là. Il n’a besoin, en dernière analyse, que d’une seule connaissance, un seul secret qui lui a été transmis : l’homme a des désirs et l’argent est le moyen de payer le désir des hommes, et d’acheter les hommes contre la satisfaction de leurs désirs.

Relisant Le Pain dur, je crois voir Djouhri dans la nuit où il alla brusquement déterrer les armes cachées dans un couvent, je crois l’entendre demander, au passage, au supérieur du couvent s’il ne lui céderait pas quelques Christs anciens « Il faudra me montrer ça, je suis amateur de tous ces bons dieux ». Mais ces paroles ne sont pas de Djouhri le « bleu-blanc-rouge », elles sont de Ali Habenichts, création du génie de Paul Claudel ; elles préparent la cession pour quatre francs à Habenichts du Christ que les anciens moines, et les parents guillotinés de Cygne de Coufontaine avaient baisé avant la mort.

« Quel est le prix du monde, quel est le prix de tout ? », c’est la seule question que se pose Djouhri, c’est la seule question que se posent ses amis, c’est la seule question qui fasse défaillir les français ; l’hexagone a trouvé son oracle et sa Pythie.

 


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