Publié par : Memento Mouloud | octobre 6, 2016

De quelques athées (et parfois agnostiques)

Abu Elalae El Mâari : poète né en Syrie à la fin du Xème siècle : « les chrétiens errent çà et là dans leur voie, et les musulmans sont tout à fait hors du chemin. Les juifs ne sont plus que des momies, et les mages de Perse des rêveurs. Le partage du monde est donc réduit à deux sortes de gens : dont les uns ont de l’esprit mais point de secte attitrée. Les autres sont d’une secte mais de peu d’esprit »

Alphonse X, roi de Castille au XIIIème siècle, il invita des savants juifs à rédiger des tables astronomique puis lut une quinzaine de fois la Bible avec ses gloses avant de conclure que Dieu avait créé le monde de travers.

Anaxagore : Maître de Périclès, on lui fit un procès en impiété, en 437-436 et le métèque fut chassé de la Cité athénienne et vécut en exil à Lampsaque. Selon d’autres sources, il aurait été condamné à mort. Il ne reste de lui que 24 fragments dont se servit Diogène Laërce.

Apollonius de Tyane : Devin et magicien, contemporain de Jésus-Christ. Il fut conspué par les plumes chrétiennes en tant que tricheur invétéré. Agrippa le tenait pour un grand Initié au même titre qu’Hermès et Zoroastre.

Apone Pierre d’ : Médecin padouan mort en 1316, il réclama au pape Honorius IV, 400 ducats d’honoraires journaliers pour le soigner. L’Eglise s’en souvint si bien qu’il fut arrêté et torturé à l’âge de 80 ans comme hérétique et mage. On l’accusa de se servir de 7 esprits enfermés dans un cristal.

Arétin (Pietro Bacci dit l’) S’il n’a pas contre Dieu même / Vomi quelque horrible blasphème / C’est qu’il ne le connaissait pas

Aristarque : Astronome du IIIème siècle avant notre ère il fut accusé de troubler le repos des dieux parce qu’il professait la rotation de la Terre sur elle-même et celle de la planète bleue autour du Soleil.

Bacon Francis : Ce chancelier ouvre avec Descartes les Temps modernes. Ses tables sont encore la meilleure entrée à une antiphilosophie rationnelle. Rusant avec les puritains il scinda la Révélation en prétendant que Dieu s’était présenté selon deux voies : celle des écritures saintes, celle de la Nature dont Galilée appelait à déchiffrer l’alphabet. Il avait dit « l’athéisme n’ôte pas la raison, ne détruit point les sentiments naturels, ne porte aucune atteinte aux lois ni aux mœurs ». De plus, « un athée loin de brouiller est un citoyen intéressé à la tranquillité publique par l’amour de son propre repos ». Puis « un physicien doit faire dans ses recherches une entière abstraction de l’existence de Dieu, pour suivre son travail en bon athée et laisser aux prêtres le soin d’appliquer les découvertes à la démonstration d’une providence et à l’édification des peuples ». Toutefois Bacon n’était pas un tendre, des indiens cannibales, il dira qu’ils s’étaient placés de par leurs mœurs en dehors de l’Humanité.

Badiou Alain Il remplaça Dieu par la théorie des ensembles et saint Paul par Lénine

Bataille Georges : De Dieu il ne dit pas seulement qu’il est un vaudeville genre Feydeau mais que « se mettre dans la situation de Dieu est une situation tellement pénible qu’être Dieu est l’équivalent du supplice. Car cela suppose qu’on est d’accord avec tout ce qui est ; d’accord avec le pire »

Benoist Alain de : Homme-orchestre de la nouvelle droite, son œuvre prolifique, sa fonction de passeur entre les mondes allemand, français et italien, son rêve éveillé d’un remake de la révolution conservatrice sans le nazisme en font un perpétuel graphomane mélancolique et païen.

Blanchot Maurice : Qu’est ce que l’amitié ? Le véhicule de la désorientation

Boccace (Jean) ou Bocaccio Giovanni : Gabriel Naudé, le théoricien du coup d’Etat, affirma « pour la religion, je crois que Boccace n’en avait pas et qu’il était parfait athée ». Opinion que réfute Pasolini dans son Décameron.

Bodin Jean : Bayle le tenait pour un athée mais Jean Bodin, politique dans l’âme, chasseur éclairé de sorcières et lecteur d’Hippocrate fut aussi tenu pour un judaïsant secret.

Brahé Tycho : Alchimiste invétéré, doté par le roi du Danemark d’une seigneurie et d’un château qu’il transforma en observatoire, il fut le premier à prouver, observant l’apparition d’une étoile et le passage des comètes, la mutabilité des cieux confirmant, expérimentalement, les intuitions de Nicolas de Cues

Buchanan (George) : Lorsqu’il mourut à Edimbourg, à l’âge de 76 ans, cet homme de la Renaissance refusa qu’on lui présente la Bible.

Calderino Domizio : Véronais, il vécut au XVème siècle, il appelait Dieu, communem errorem

Cardano Gerolamo : Humaniste, il affirma que les hommes étaient issus d’une génération spontanée faite de matière en quoi il fut suivi par Giordano Bruno

Céline Louis-Ferdinand : Il vit que le monde était un temple aztèque et pensa que le judaïsme et son avatar chrétien étaient nés pour transformer ce monde en brasier. Il se fit médecin, druide puis chamane, il finit parmi ses chats et les tutus dans des odeurs d’encrier et des bruits de feuilles froissées. Le crime lui avait collé aux fesses, il en fit une œuvre.

Corse : Entre 1565 et 1615, des missionnaires jésuites sont envoyés sur l’île et constatent, abattus que les prêtres sont ignorants, concubinaires, parfois homicides et qu’ils sont dans l’incapacité d’administrer les sacrements. Les paroissiens ne connaissent ni le Credo, ni l’Ave, ni le Pater et des morts circulent en toute coexistence avec les vivants, un balluchon à la main. Prostrés, les légionnaires du Christ se demandent qui, entre les sangliers et les hommes ont été les premiers évangélisés.

Costa Uriel (da) : Il professa, publiquement,  l’athéisme au XVIIème siècle, il fut donc battu, fouetté puis conduit au suicide.

Deleuze Gilles : sa doctrine est simple, « jamais les religions ne valent autant que par la noblesse et le courage des athéismes qu’elles inspirent »

Descartes René : Apprenant la condamnation de Galilée par le Tribunal du Saint-Office le 22 juin 1633 où le savant italien est contraint d’abjurer son « hérésie », Descartes écrit à Mersenne, son disciple et intermédiaire avec Hobbes, qu’il renonce à publier son Traité du Monde et se déclare à deux doigts de brûler tous ses papiers. Il formule alors la devise : bene vixit bene qui latuit.

Epicure : Chez lui, la Nature est une somme infinie d’éléments divers, espèces, individus et parties de ces individus. Or cette somme ne totalise pas ses propres éléments si bien que la Nature ne forme pas un Tout car il n’y a pas d’unité des séries causales. La Nature distribue et conjoint-disjoint, lie-délie si bien que coexistent des pleins et des vides, les premiers formés d’atomes, les autres tissés de néant. Dès lors, l’Etre, l’Un, le Tout sont de pures fables sinon de purs délires.

Evhémère : Mythographe des IV-IIIème siècles avant notre ère, il prétendit dans son récit sacré que les hommes des premiers temps, parmi les plus forts et les plus intelligents s’étaient imposés aux autres en s’attribuant une substance divine si bien que la foule des subjugués les considérait comme des dieux et leur rendit un culte qui se perpétua.

Excommuniés : Ils forment une phalange nombreuse et assez peu étudiée. Dans le seul pays de Caux, un cahier de 270 pages est nécessaire pour en tenir le registre entre 1498 et 1528. Ils ne se pressent pas pour revenir dans le giron de l’Eglise militante et vivent en toute quiétude, en dehors des sacrements.

Freud : Il posa cette question, comment vivre sans Dieu ?

Galilei Galileo Dénoncé au Saint-Office par sa mère puis son secrétaire au prétexte qu’il avait une maîtresse et ne communiait jamais, sans même évoquer son absence complète aux offices, celui-ci en vint à déclarer que l’écriture était à portée humaine, c’est-à-dire en phase avec le vulgaire tandis que fixer sa lunette sur les cieux était un geste qui avait pour effet d’entrer dans les propriétés secrètes de la Nature, véritable labyrinthe de l’entendement divin.

Séparant l’univers physique de toute expérience sensible, il fit des sons, des couleurs, de l’odeur, de la saveur, de simples noms et non des qualités objectives si bien qu’il nia dans sa doctrine le dogme de la transsubstantiation qui ne s’accorde pas avec l’atomisme implicite de Galilée. Sur la science qu’il définit par la littéralisation des phénomènes dont elle rend compte, il dit «la philosophie est écrite dans ce très grand livre qui se tient constamment ouvert devant tous les yeux mais elle ne peut se saisir si l’on ne se saisit point de la langue et si l’on ignore les caractères dans lesquelles elle est écrite. Cette philosophie est écrite en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans les moyens desquels il est impossible de saisir humainement quelque parole ». Dès lors distinguant, au sein de l’entendement, une compréhension extensive d’une compréhension intensive des phénomènes, il en vit à affirmer que  la seconde permet une compréhension parfaite d’une proposition donnée qui n’est plus une simple hypothèse, ce qu’aurait toléré l’Eglise, mais une « certitude aussi absolue que la nature même ». Dès lors l’intellect humain, dans son domaine partiel, « s’égale en certitude objective à la connaissance divine ».

Ajoutons que Galilée n’a pas seulement introduit la notion de référentiel et affirmé la relativité des mouvements de manière théorique mais combattu la physique aristotélicienne avec une ironie non-feinte « il est étonnant que l’on puisse uriner, puisque nous courons si vite derrière l’urine ; ou alors, il nous faudrait uriner à genoux ». Néanmoins il faudra l’intervention de Descartes pour reconnaître l’inertie (et le mouvement rectiligne uniforme) comme une loi naturelle et sa généralisation à tout mouvement se produisant dans un espace vide. Quant à Newton, il l’associera à la masse comme quantité de matière.

Gruet Jacques : Calvin le fit brûler ainsi que ces ouvrages dont il ne reste rien si ce n’est des comptes-rendus de condamnation. Il tenait Jésus pour un fou et un rustre qui mérita sa crucifixion, le monde pour éternel, Moïse pour un fabulateur, Dieu pour un pervers mais croyait en l’astrologie.

Héraclite : « Le monde n’a été fait ni par un des dieux, ni par un des hommes ; il a toujours été, il est et il sera ; c’est le feu toujours vivant, qui s’allume régulièrement et qui s’éteint régulièrement »

Hitler Adolf : Il voulut détruire la religion chrétienne et édifia 42 mille camps d’internement, de détention, de travail forcé et d’extermination durant le règne où son Empire allait en s’étendant, avant de s’effondrer sous les bombes et les charges des moujiks.

Houellebecq Michel : Ancien exilé fiscal vivant au milieu d’un bouclier de chinois parisiens, ce lecteur assidu de Wikipedia aurait fréquenté les bordels thaïlandais où aucun Dieu ne le visita.

Kepler Johannes : Il disait que la Terre émettait une musique en mi-fa-mi qui rappelait que les puissances de cette planète étaient la faim et la misère. Sa mère qui vivait à Leonberg fut accusée par une voisine d’avoir empoisonné à grand renfort de potion magique une autre femme et de négocier un crâne humain pour le compte de son fils astrologue. Dans une ville où furent brûlées 6 sorcières entre 1615 et 1616, lorsqu’une petite fille atteinte d’un lumbago l’imputa à la vision de Katharine Kepler, on envoya en prison cette femme de 73 ans sous le coup de 49 chefs d’inculpation puis on la menaça de torture. Son fils la sortit des geôles mais Katharine ne revint jamais dans son village où la foule l’attendait pour la lyncher. Le premier il voyagea sur la Lune.

Leibniz : « Si tout est possible, et tout ce qu’on se peut figurer, quelque indigne qu’il soit, arrive un jour, si toute fable ou fiction a été ou deviendra histoire véritable, il n’y a donc que nécessité, et point de choix, ni providence ».

Contre Descartes, il soutient que la seule chose qui se conserve, dans la nature, c’est la force vive (ou énergie cinétique) équivalente au produit de la masse par le carré de la vitesse. Dès lors il distingue force ou kraft et quantité de mouvement.  Le pôle actif de cette réalité métaphysique que sont la matière et le mouvement c’est le conatus (terme emprunté à Hobbes) ou énergie qui se traduit par le mouvement. Le pôle passif est la matière qui, dira t-il, résiste à la pénétration. De plus, il existe des centres de force (terme emprunté à Giordano Bruno) ou monades.  Chaque monade est  douée d’une activité représentative à l’égard de l’univers et d’une tendance à passer d’un état à l’autre ou appétition. Leibniz rétablit donc l’unité entre domaines spirituel et matériel. Il en profite pour définir l’espace et le temps comme des réalités relatives, respectivement l’ordre des coexistences et des successions. Aussi, comme la physique n’est pas réductible à la mécanique et cette dernière à la cinématique, il invente la notion de dynamique dans laquelle la mécanique est repensée à partir du concept de force.

Lucrèce : Comme il est impossible que deux corps fusionnent il s’en suit que le plaisir est dépendant d’une matière donc d’un assemblage d’atomes.  Un homme sage, adonné à la pratique raisonnée des plaisirs renonce à l’amour-fusion ou à l’amitié platonique ainsi qu’à la fuite en avant dans la recherche effrénée des sensations dont le courant impétueux conduit à la noyade. La recherche du plaisir est ordonnée autour des corps présents dont certains sont compatibles et d’autres, non. Et l’incompatibilité en question n’est pas une simple affaire d’opportunité car celui qui accueille un corps incompatible pour en tirer du plaisir en sera totalement détruit puisque le plaisir s’habille d’une certaine indifférence. Dès lors il n’y a pas de plaisir sexuel tel que nous l’entendons mais simple compatibilité entre corps.

Plus largement, les fantômes, les superstitions, les terreurs qui sont des troubles de l’âme s’opposent aux plaisirs. Or si éviter la douleur est à la portée du premier animal venu, l’art de confondre les troubles est moins répandu. A l’origine de ce trouble deux illusions parallèles, celle d’une capacité illimitée du corps aux plaisirs les plus divers et celle de l’immortalité de l’âme. Aux désirs illimités répondent les châtiments sans fin d’une douleur éternelle, d’un tourment infini. L’homme religieux ainsi constitué est celui dont l’avidité insatiable nourrit une culpabilité qui n’a pas de bornes. Le puritain est un pourceau, aussi « c’est ici-bas que la vie des sots devient un véritable enfer ».

Machiavel : « L’existence de toutes les choses de ce monde a un terme. Je parle ici des corps composés, tels que les républiques ou les religions. Il est plus évident que le jour que, puisque ces corps ne se renouvellent pas, ils ne peuvent durer ».

Maurras (Charles) : penseur martégal du coup de force qu’il attendait en rédigeant des poèmes en provençal. Grand ordonnateur de la restauration royale, profondément troublé par la réhabilitation du capitaine Dreyfus, théoricien du faux patriotique et grand vendangeur du sang des français, Charles Maurras dit le Sourd s’attacha à réécrire en permanence l’ensemble de ses articles et ouvrages. Il fonda l’Action Française qui fut l’école des cadres de la contre-révolution avant d’être condamnée par Pie XI qui alla jusqu’à refuser les sacrements à ses membres impies. Athée, il défendit le trône vacant et l’autel des bondieuseries pudibondes. Positiviste, il se fit le grand pourfendeur des quatre états confédérés. Moderne, il poursuivit, seul, son dialogue avec le métèque Moréas. Il atteignit à la gloire des salons sous la République de Poincaré et trouva en Mussolini le gentleman de ses rêves. Très hostile aux hirco-cerfs post-aristotéliciens, à la dialectique heimatlos et au gentleyoutre Léon Blum, il fit d’une défaite française humiliante, une divine surprise avant de se lancer dans un monologue éditorial avec le maréchal Pétain qui lui préférait Bernard Faÿ. On ne lui connaît aucune aventure féminine ce qui tendrait à prouver que l’onanisme rend sourd ou que ses préférences allaient aux éphèbes, ce qui expliquerait sa passion pour les pélasges, ancêtres supposés des étrusques.

Muray Philippe Il se déclara catholique impossible donc athée véritable

Nietzsche : Passons par la bande tant son athéisme est de notoriété publique, « dans la glorification du travail, dans les infatigables discours sur la bénédiction du travail, je vois les mêmes arrières-pensées que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel »

Origène : « Quel est l’homme de sens qui croira jamais que, le premier, le deuxième et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire alors que le ciel n’était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s’imaginer que Dieu a planté , à la manière d’un paysan, un jardin d’Eden, dans un certain pays de l’Orient, et qu’il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie. A quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s’il n’est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l’Ecriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre littéralement, n’ont guère eu de réalité »

Quignard Pascal Etre athée c’est redevenir hérétique à l’égard de chaque religion et apostat de toutes. Parce que les dieux sont des fables, ils sont sans puissance, parce qu’ils sont des corps de papier, leur cortège est tissé de prescriptions et de terreurs. Celui qui avait écrit écraser l’infâme finit, vieillard sinistre, par bénir l’enfant de l’Amérique des mots de God et Liberty

Rougier Louis Il transforma les républicains et les cartésiens en nouveaux mystiques chrétiens ignorants et barbares. Son contre Celse est un contre Rome qu’elle soit en Italie, à New York ou à Moscou.

Sade « On n’imagine pas comme la volupté est servie par ces sûretés-là et ce qu’on entreprend quand on peut se dire ‘’Je suis seul ici. J’y suis au bout du monde, soustrait à tous les yeux et sans qu’il puisse devenir possible à aucune créature d’arriver à moi ; plus de freins, plus de barrières’’. De ce moment-là, les désirs s’élancent avec une impétuosité qui ne connaît plus de bornes, et l’impunité qui les favorise en accroît délicieusement toute l’ivresse. On n’a plus là que Dieu et la conscience : or, de quelle force peut être le premier aux yeux d’un athée de cœur et de réflexion ? Et quel empire peut avoir la conscience sur celui qui s’est si bien accoutumé à vaincre ses remords qu’ils deviennent pour lui presque des jouissances »

Scepticisme : Il consiste à opposer à des témoignages, des vestiges ou des raisonnements un non liquet, un « je ne suis pas convaincu ». A la thèse avancée par son adversaire le sceptique répond, une autre explication est-elle possible ? En conséquence, le sceptique suspend à jamais son jugement et n’en vient jamais au moment de conclure donc de choisir car c’est un homme du vraisemblable et non du vrai.

Staline : L’ancien séminariste ne demanda pas la Croix avant de mourir mais il finit putréfié comme le staretz Zosime.

Strauss Leo : Il resta juif dans un Temple vide.

Traité des trois imposteurs : Entre le début du XIIIème et le début du XIVème siècle, le traité des trois imposteurs (Moïse, Jésus, Mahomet) écrit en langue latine, se diffuse. On lui attribue successivement trois auteurs, Frédéric II de Hohenstaufen, le théologien Simon de Tournay et le franciscain Thomas Scottus. Ce dernier traduit devant les tribunaux de l’Inquisition affirma sa croyance en l’éternité du monde et en la primauté d’Aristote sur tous les prophètes, Jésus compris. On voit là une première apparition de l’athéisme au sein même de la chrétienté.

Cet athéisme fut partagé, en partie, par les humanistes et les libertins. Ainsi, selon Machiavel les mythes et les religions sont toujours créés par des sages, législateurs ou philosophes, parce que les hommes sont dominés par leurs passions et l’ignorance et qu’il s’agit de leur tenir la bride. Afin d’étayer son propos, Machiavel s’appuie sur l’exemple du premier roi romain, Numa qui prétendit tirer les premières lois de la cité italiote des confidences de la nymphe Egérie. Radicalisant la proposition, Cesare Cremoni, confiait un siècle plus tard à Gabriel Naudé qu’il ne croyait ni à Dieu, ni au Diable mais qu’il avait élevé son valet dans le plus strict catholicisme de peur qu’il ne l’égorge au petit matin. Cet athéisme était si bien passé dans le peuple, qu’un ancien bouffon de la cour des Médicis, distillateur de son état et juif converti fut condamné par l’Inquisition vénitienne moins pour son incrédulité que pour son affirmation selon laquelle « le colombier avait ouvert les yeux »

En 1632-33, La Mothe le Vayer prétend sous le nom d’Horace Tubère qu’« écrire des fables pour des vérités, donner des contes à la postérité pour des histoires, c’est le fait d’un imposteur ou d’un auteur léger et de nulle considération. Ecrire des caprices pour des révélations divines et des rêveries pour des lois venues du ciel, c’est être grands prophètes et les propres fils de Jupiter ». Le libertin est donc celui qui a levé toutes les superstitions, l’usage du terme renvoyant au caprice souverain, à une licence indépendante et affranchie, à une recherche des vérités et vraisemblances qui ne connaissent que la limite des initiés, ceux qui savent lire entre les lignes et mentir pieusement en public.

Bayle, réfugié en Hollande est le premier à affirmer l’idée que la tolérance illimitée assure la stabilité de la société civile, principe que reprendront les constituants américains en la limitant aux religions chrétiennes et aux judaïsmes. Or il semble bien que Bayle ait largement inspiré un traité philosophique clandestin conçu et rédigé dans les Provinces-Unies, l’Esprit de Monsieur Benoit de Spinosa ou traité des trois imposteurs qui n’a aucun rapport avec le précédent médiéval. Ce texte est le plus influent des manuscrits philosophiques clandestins et on en trouve la trace dans toute l’Europe. Ainsi, on ne dénombre pas moins de 172 manuscrits conservés en langue française. S’il semble avoir été écrit dans les années 1680, le principal auteur du texte aurait été un certain Johan Vroesen, diplomate et homme d’Etat issu d’une famille régente de Rotterdam et foncièrement anti-orangiste. On l’a aussi attribué au huguenot spinoziste Jean-Maximilien Lucas. Dans tous les cas, il fut réagencé par un groupe de huguenots radicaux de la Haye gravitant autour de Charles Levier, éditeur et figure des Chevaliers de la Jubilation. En effet, Levier aurait emprunté un exemplaire du traité au quaker érudit anglais Benjamin Furly, un ami de Locke, en 1711 puis il aurait introduit, à côté du corps du texte qui comprend des traductions françaises des traités de Spinoza, les passages empruntés à Charron et Naudé ainsi que l’évocation du premier roi romain Numa. On trouve aussi dans ce collage des extraits déformés des ouvrages de Hobbes, de La Mothe Le Vayer et de Vanini

En outre, ce traité est à mettre en relation avec le vaste rassemblement diplomatique à Utrecht, 1712-1713, qui clôt la guerre de succession d’Espagne sur une victoire sans pareille des anglais qui s’emparent littéralement de l’Amérique espagnole et portugaise sans avoir à l’administrer. Le Prince Eugène et son aide de camp, le baron Hohendorf ainsi que Peter Friedrich Arpe, membre de la délégation danoise, prennent part aux discussions autour de la confection de l’ouvrage. Le cher baron, grand espion, épousa une aristocrate hollandaise et fit souche à Bergen op zoom. On sait aussi qu’en 1712, le prince Eugène confia sa version du manuscrit pour qu’il soit imprimé. En 1716, un mystérieux JLR, répondant à l’érudit français La Monnoye affirme l’existence du traité qui, jusque là, relevait de la rumeur et des circuits parallèles. L’auteur prétend avoir découvert en 1706, un ancien texte latin dans les bagages d’un officier allemand. En mars 1716, Leibniz identifie faussement JLR à Peter Friedrich Arpe qui ne savait pas écrire le français. Au printemps 1717, la police écume les librairies de Dresde et de Leipzig afin d’en chercher des exemplaires hypothétiques. La réputation subversive du livre est faite

On y trouve déjà tous les poncifs des Loges maçonniques en formation. L’ouvrage n’est pas clairement athée et ménage une sorte de compromis avec le déisme pour ne pas froisser les susceptibilités d’alliés nécessaires dans l’inhibition des censures ecclésiastiques. Ainsi, les démons y deviennent des fantasmes soutenus par l’imagination. Il n’y a donc ni ciel, ni enfer, ni âme, ni dieux, ni diables comme entendu « communément » et les théologiens, gens de mauvaise foi, débitent des sornettes afin d’abuser de la crédulité du peuple. Le tout se termine par cette apostrophe au genre humain : « si le peuple pouvait comprendre dans quel abîme l’ignorance le précipite, il secouerait bien vite le joug sous lequel le tiennent ces âmes vénales qui le conservent dans l’ignorance pour leurs propres intérêts. Il suffirait pour cela qu’il use de sa raison. Il est impossible que, la laissant agir, il ne découvre pas la vérité »

 


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