Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2016

Les Wildenstein face à l’horreur fiscale et socialiste

L’entrelacs de trusts et de “sociétés sous-jacentes” rend la fortune des Wildenstein si opaque qu’eux-mêmes en ignorent peut-être la valeur globale. Encore qu’on puisse en douter tant l’argent est leur fluide essentiel et presque unique. Alec Junior a bredouillé que son ranch au Kenya (qui appartient à un trust et mesure 300 km2) vaut environ 10 millions de dollars. Un simple mensonge. Disons que la parole d’un Alec devant un tribunal français ne vaut rien pour la simple raison qu’il ne reconnaît qu’un seul tribunal, le sien. Son père, domicilié fiscalement en France depuis 2004, n’avait déclaré aucun revenu pendant deux ans, mais était alors propriétaire d’une écurie de chevaux de course, du château de Marienthal (Essonne) ainsi que d’un hôtel particulier rue de la Boétie (Paris), entre autres choses. Feu Alec avait donc créé une société en 2007, afin de justifier ses revenus aux yeux du fisc français. Cette SARL (Béguémot Company), gérée par Olivier Riffaud, avait déclaré 1,7 million d’euros de TVA cette année-là. Pourtant, s’étonne le président du tribunal, « on n’a, en fait, retrouvé que trois factures, d’un montant global de 443 000 euros, censées correspondre à des prestations d’Alec », son intervention (moyennant 5 % de commission) dans la vente de trois tableaux : un Édouard Manet, un Gustave Courbet et un Odilon Redon. Aux yeux du président Olivier Géron, toute cette opération ressemblant fort à un bricolage de dernière minute afin de faire face à l’oppression fiscale de nature quasi-soviétique régnant dans l’hexagone.

Adepte de la maxime « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent », Alec avait également décidé de faire un cadeau à sa jeune épouse russe, qui était déjà la bénéficiaire d’un trust possédant six tableaux : il lui avait offert un immeuble dans la rue Vaneau, près de l’hôtel Matignon. Quelques 11 millions d’euros avaient été dégagés pour acquérir l’immeuble et y faire des travaux. Là encore, l’opération avait nécessité des montages complexes, avec de l’argent des trusts et la confection d’un prêt bidon.

« Quand j’ai renoué avec mon père, qui était en phase terminale, elle n’était pas avec lui mais plutôt en thalasso », avance son fils vertueux.« Je n’ai été prévenu de sa mort que le lendemain. Sa maison avait été entièrement vidée, du coffre-fort jusqu’aux poignées de porte. »

En piochant dans la fortune familiale, on ignore ce que vaut une île, appartenant également à un trust familial, située aux îles Vierges britanniques. Il y a aussi des immeubles et des galeries d’art, et des milliers de toiles de maîtres. On sait tout de même, par la comptabilité des trusts, que le clan a vendu en 12 ans pour 250 millions de dollars d’œuvres d’art. Selon une estimation qui figure au dossier, le Delta Trust familial possédait à lui seul, en 2001, quelque 2 483 œuvres d’art, d’une valeur globale de 750 millions de dollars. Autant d’œuvres que les nazis n’auront pas eu.

« Je me suis mise à la place de Guy Wildenstein. Ce n’est pas facile d’hériter d’une fortune importante. Que faire quand on hérite de milliers d’œuvres d’art ? », se demande Monica d’Onofrio lors d’une question parfaitement rhétorique. De fait, la procureur estime que si l’aîné des Wildenstein a hérité d’un mode de gestion, de montages offshore, il a aussi donné des instructions à ses conseillers et à ses hommes de loi. L’accusé dit tout ignorer de la fiscalité socialiste française. La magistrate n’y croit pas.« On connaît les lois de la République, le pays qui a vu naître ses prestigieux ancêtres, où ils ont constitué leurs collections, et où les membres de la famille viennent se soigner, ou mourir, dans des hôpitaux qui vivent de nos impôts ».

« À quoi sert de créer un trust, sinon dans un but d’opacité fiscale ? Elle est déclarée où, cette fortune apatride ?… Nulle part. Vous pensez que c’est une niche fiscale mondiale ? C’est une honte ». Apatride, le procureur se verra bientôt accuser, si nécessaire de rapatrier sur les tréteaux judiciaires les 200 familles ou les plus sombres heures de notre histoire.

Dans ce réquisitoire parfois décousu qui invoque la honte et nos impôts, les faits d’armes familiaux remontent à la surface. Alors que Daniel Wildenstein agonisait en 2001, les enfants terribles organisèrent pour sauver leur statut de rentier de père en fils, le transfert à l’étranger de centaines de toiles, la vente chevaux de course, et la spoliation de la veuve, Sylvia. Les deux fils de Daniel, Alec et Guy, ont alors fait en sorte que Sylvia renonce à la succession de son mari, en lui présentant des dettes inquiétantes. Ils ont également bloqué les 19 toiles de Bonnard que son mari lui destinait, et qui étaient logées à dessein dans le Sylvia Trust. Quelques-unes de ces toiles ont été vendues depuis, d’autres appartiennent encore à la famille. Sylvia, elle, est morte. Quant aux déclarations de succession de Daniel et d’Alec, elles ont été très largement minorées.

« Pourquoi avoir persisté à frauder, pendant tant d’années ? Avoir mis tant d’énergie à ne pas déclarer, payé autant de frais en conseils et en conseillers ? », questionne Monica d’Onofrio. Sa collègue Mireille Venet parlera de « la famille Liechtenstein ». Serait-elle antisémite ? Gauchiste ? Ennemie du franc suisse ?

Robert Panhard a 70 ans. Ce notaire parisien à la retraite, descendant du constructeur automobile René Panhard, et président du très sélect Automobile club de France depuis 2012, est jugé pour complicité de fraude fiscale. On lui reproche d’avoir aidé les héritiers de Daniel Wildenstein, puis ceux de son fils Alec Senior (décédé en 2008), à dissimuler des avoirs considérables au fisc français. À savoir des centaines de toiles de maîtres (dont une des trois versions du joueur de Luth du Caravage estimé à 27 millions d’euros, d’ailleurs cette œuvre a, depuis peu, été entreposée dans un coffre fort en Suisse), des propriétés au Kenya, aux Îles vierges britanniques et à New York, des parts de la galerie d’art Wildenstein, et enfin des sociétés hippiques. Les actifs du célèbre collectionneur et marchand d’art Daniel Wildenstein avaient ainsi été déclarés à hauteur de 40,9 millions d’euros seulement en 2002. Quelques modestes rectifications furent opérées. Mais neuf ans plus tard, le fisc a notifié aux héritiers qu’il convenait d’y ajouter quelque 571 millions d’euros d’actifs. Et fin 2014, le fisc a adressé à chacun des héritiers un courrier fixant à 226 millions d’euros les droits dus, outre 135 millions d’intérêts de retard et 86 millions de majorations.

Robert Panhard avait 3 000 dossiers dans son étude notariale, qui employait 70 personnes. Dans le dossier Wildenstein, il a encaissé 160 000 euros pour le projet de déclaration de succession de Daniel, un document pour le moins incomplet qui lui vaut de comparaître devant le tribunal. Son confrère Gilles Oury, désigné par la cour d’appel de Paris en 2005 pour régler la succession Wildenstein, lorsqu’il il est questionné sur les lacunes de sa mission, asserte  « Je ne peux juger que d’après les pièces qu’on me donne » . Censé liquider la communauté Daniel et Sylvia Wildenstein, et régler le partage de la succession entre les héritiers, il dit avoir découvert l’existence de plusieurs trusts par la presse, et attendre encore des réponses à ses courriers adressés aux dits trusts. « Nein ! », répète en boucle l’avocat suisse Peter Altorfer, d’une voix forte, et en tapant de la main sur le pupitre en bois faisant office de barre du tribunal, lorsqu’on l’interroge sur ses curieuses défaillances en tant que protecteur de plusieurs trusts. Lui non plus n’aurait commis – ni même vu passer – quelque infraction que ce soit.

On ne discute pas avec les staliniens antisémites, on les contourne.

« Je n’ai posé qu’une question théorique sur le statut fiscal des trusts à quelqu’un que je connaissais au cabinet de M. Copé, ministre du budget, mais en anonymisant les statuts des trusts de la famille Wildenstein », se justifie Olivier Riffaud. Ce géant aux moustaches monumentales présente aussi la particularité d’avoir été successivement inspecteur des impôts, clerc de notaire puis avocat, et de s’être rendu utile auprès des Wildenstein.

Leurs avocats se plaisent à répéter que la France n’entend rien à la législation sur les trusts anglo-saxons. Pourtant, le fisc américain s’est lui aussi manifesté, les Wildenstein ayant malencontreusement omis de déclarer en 2001 des tableaux d’une valeur de 250 millions de dollars, logés dans le Delta Trust. Le fisc américain réclame donc 136 millions de dollars aux héritiers. Preuve s’il en était besoin que tous les agents fiscaux sont des socialistes et devraient être abattus sur le champ.

Il  est aussi question de dons financiers via le Premier cercle des donateurs de feu l’UMP, de Légion d’honneur, et de conflits d’intérêts ; on y croise le chef de l’Etat populiste, Nicolas Sarkozy, et le ministre populiste Eric Woerth. Dans la famille, Guy est en effet un ami de longue date de l’ancien chef de l’Etat populiste. Interrogé le populiste Eric Woerth affirmait ceci : «Au moment d’une succession, comme à tout moment, on ne doit rien dissimuler…. Le principe du fisc, et le principe de la fiscalité française, c’est qu’on soit au courant de ce qui se passe en terme patrimonial, ou en termes de revenus.» et quand on est riche de payer le moins possible car le riche a droit à un revenu minimum garanti du capital.

Dalida aurait conclu par paroles et paroles et paroles, on peut résumer d’un mot, foutaises.

Monsieur Sarkozy n’est pas de droite, pas plus qu’il n’est du centre, il est de Neuilly. Il l’est jusqu’aux tréfonds, jusqu’à la moindre de ses fibres, il est un bourgeois, ce qu’on nommait dans les années trente du siècle précédent, un modéré, un bien pensant. Il sera donc populiste modéré.

Qu’un homme puisse se passer de l’Etat pour se tenir debout, qu’un homme n’ait pas pour objectif ultime de peaufiner son testament et de tâter l’ampleur de son portefeuille, qu’un homme puisse se concevoir autrement et en tirer les conséquences, Sarkozy ne le perçoit même pas, cela dépasse son entendement.

Avec lui, avec ses affidés,  on en revient aux vieilles médiocrités, l’enrichissez vous de Guizot et la culture c’est ce qui reste quand on a tout enlevé d’Herriot, cette transe d’une société qui aurait le coffre-fort et l’école (grande) pour fondements. Que Monsieur Sarkozy y ajoute la police n’est pas la politesse qu’un tartuffe adresse au spécialiste des retournements de veste qu’était Fouché, c’est dans la logique de la safe politic comme il y a un safe sex.

Chez Sarkozy, son l’Etat vous protégera, sonne comme un restez atrophiés, son travailler plus pour gagner plus comme un appel à suivre en tous lieux, tous points, la voie indiquée par son patron, son nationalisme rapiécé est un patchwork kitsch où défilent les grands épisodes comme dans ses histoires de France pour les nuls.

Sarkozy ou un autre groupe de fidèles républicains, une autre clique, mèneront donc à bien le programme de la société bourgeoise que résume Cioran, « seuls les oisifs, les parasites, les experts en turpitude, les petits et les grands salauds profitent des biens qu’elle étale, de l’opulence dont elle s’enorgueillit : délices et profusion de surface ».

Oisifs, parasites, porteurs de turpitudes, salauds, opulents, il faut laisser le soin d’y mettre les noms.

Mediapart / BAM


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