Publié par : Memento Mouloud | octobre 15, 2016

L’Hérault sauvé des eaux

Ce devait être the big flood ou quelque chose d’approchant, alerte rouge, le département paralysé, des routes coupées, des mémés portées par les pompiers dans des nacelles, les gitans évacués sans caravanes, les campings transformés en étangs, le camp naturiste d’Agde engorgé par les godemichés et les vibromasseurs stockés, les écoles fermées, la gestion de la population par la panique, la mise au pied de la catastrophe, la servitude par l’urgence. Une expérience in vivo.

Le matin, le préfet interdisait le transport scolaire, ce qui revenait à dire que les enfants n’iraient pas à l’école mais les enseignants, oui. L’après-midi c’était tout le monde à la maison, préparez les sacs de sable. Les principaux, les proviseurs, les directeurs envoyaient des messages, portez-vous bien, j’espère qu’aucun d’entre vous ne nagera ce soir parmi les dauphins, les tortues, les gougeons. Les autres se débrouilleront. Le vendredi à 8 heures, c’était l’école ouvrira à 13 h, pourquoi pas 12h15 ou 13 h20 ?

L’alerte rouge était passée à l’orange, le personnel devait rejoindre le front, the flood front. Si on était pointilleux, on aurait pu remarquer que les consignes sont de limiter les déplacements en cas d’alerte orange ; foin des consignes, the big flood s’était transformée en little flood voire en pas flood du tout ou not flood. Tout personnel resté en plan chez lui était un planqué, un déserteur. Ils firent cours, les enfants étaient entre 1 et 6 selon les classes, une réussite.

Les mauvaises langues diront que des modèles incapables de prévoir l’ampleur d’une inondation sur deux à trois heures voire d’une journée à l’autre à propos d’un département français auront bien du mal à établir ce que sera le climat de la planète dans 50 ou 100 ans, mais ce sont de mauvaises langues. L’important n’est pas de savoir ou de prévoir l’important c’est d’étudier l’effet de panique et de maintenir l’urgence parce que l’urgence est la matrice de toute servitude.


Responses

  1. Pas d’accord, mon ami :
    « bien du mal à établir ce que sera le climat de la planète dans 50 ou 100 ans » à cette échelle c’est bien plus facile et personne pour contester !
    Chaque jour, à l’ouverture de mon accès Internet; j’ai les prévisions à 10 jours.
    Dès 9 heures, grâce au relevé local, la température du jour est ajustée !

    En France, il doit y avoir 1000 stations autonomes météo,
    plus 5000 spécialistes et un super-calculateur Cray sur lequel tournent des modèles mathématiques fantastiques de précision …

  2. Bonjour René
    Les modèles météorologiques, qui sont issus en gros des équations de Navier Stokes( dérivées elles même des lois de Newton), sont hautement non linéaires, et, de ce fait, obéissent aux concepts développés par Poincaré dans sa théorie du problème à 3 corps, autrement dit, ce qui est actuellement pompeusement dénommé « chaos ».

    Citons Poincaré :
    « Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet cousit/érable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard…Mais, lors même que les lois naturelles n’auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qu’approximativement. Si cela nous permet de prévoir la situation ultérieure avec la même approximation, c’est tout ce qu’il nous faut, nous dirons que le phénomène a été prévu, qu’il est régi par des lois ; mais il n’en est pas toujours ainsi, il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux… » ( Poincaré. 1908).

    Voilà pourquoi des calculateurs très puissants tournent en permanence, en étant « nourris » en temps réel de données extérieures constamment changeantes.

    Mais reste que la météo, pour des raisons de physique mathématique valables pour un système aussi simple que deux grosses planètes et une petite, n’est prédictible qu’à très brève échéance.

    Quant au climat à long terme……..mais les climatologistes, qui sont des Nostradamus appointés, vont prétendre que météorologie et climatologie sont deux sciences différentes, jusqu’à la question piège : ah? ce n’est pas la même physique? »

    Remarque: les mêmes critiques s’appliquent aux modèles macroéconomiques, pour lesquels, de plus, il n’existe même pas de lois « physiques » solides

    • Effectivement Hippocrate, à l’opposé de la physique, l’économie n’est pas une science, même le concept de marché ne tient pas debout pour la simple raison qu’il présuppose un seul consommateur et conséquemment une seule préférence de ce dernier, de même pour la courbe de l’offre. J’ajoute que cela ne veut pas dire que l’économie ne puisse pas être un savoir au même titre que l’Histoire, la médecine, le droit ou la psychanalyse. Elle suppose donc l’otium, une certaine érudition et un exercice permanent du jugement. A mon avis, c’est trop demandé à des personnes qui vendent des recettes miracles, le genre medecine-man sous un barnum

    • A propos du sacrifice d’Iphigénie, je suis tombé sur ce fragment de Joseph de Maistre, son indignation trahit pour le moins un certain flottement

      « Quoi! le sang d’une fille innocente était nécessaire au départ d’une flotte et au succès d’une guerre ! (…) Tout tenait au dogme de la substitution dont la vérité est incontestable, et même innée en l’homme (car comment l’aurait-il acquise?), mais dont il abusa d’une manière déplorable »

      • Intrigant, n’est ce pas?
        A qui Iphigénie est t’elle substituée..
        J’avoue que je sèche

      • Y-a-t-il même une substitution quelconque ?

  3. Je suis originaire de l’Hérault. J’ai vécu à Pèzenas, à Agde, au Cap d’Agde et à Béziers. J’ai 68 ans.
    J’en ai vu des crues, des inondations, des plaines dont les ceps de vigne disparaissaient noyés sous le flot qui s’épandait hors du lit des cours d’eau. Des routes coupées, des quartiers inondés il y en a toujours eu. Des morts aussi mais très peu par rapport à la fréquence des inondations.
    Un dicton disait que lorsque le fleuve Hérault sort de son lit avant la Toussaint, il en ressortira sept fois dans l’année.
    Le climat change peut-être mais ce qui a surtout changé c’est le fonctionnement de notre société. Les autochtones connaissaient parfaitement ces phénomènes météorologique, ces épisodes cévenols, et ils respectaient les éléments, sachant où ni comment il ne fallait pas prendre le risque de les défier. Aujourd’hui, avec les mouvements de population, beaucoup d’habitants de ces régions exposées n’ont pas cette connaissance des lieux et de la soudaineté des dangers qui peuvent surgir. Et il faut en plus continuer à fonctionner « normalement », aller au boulot coûte que coûte, amener les enfants à l’école, la météo ne pouvant en aucun cas être une excuse valable pour absentéisme.
    Et puis, le citoyen est tellement irresponsable qu’il a besoin qu’on lui dise ce qu’il faut, ce qu’il doit faire et si d’aventure l’ETAT ne le met pas en garde, le bon citoyen ne manquera pas de se retourner contre lui et le rendre responsable de ses malheurs. D’où alerte orange ou rouge au moindre risque.
    Quasiment toutes les victimes de ces phénomènes ont défié la nature.
    Il est vrai que l’on nous explique que pour pouvoir, il suffit de vouloir.
    Dramatique.
    utopart abonné Mediapart

    • Mélange de spéculation immobilière effrénée, véritable sport local dans un tissu productif en berne, conjugué à l’État maternant doté virtuellement d’un petit oeil absolu en focale sur la vie de chacun. Un grand classique du libéralisme réellement existant


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