Publié par : Memento Mouloud | octobre 20, 2016

Pierre Rabhi, premier charlatan de France

Dans la France de l’après-68, les techniques de ce charlatan atypique, né dans le sud de l’Algérie, suscitent la curiosité. Pierre Rabhi donne des conférences et intègre le Centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement ( CRIAD ). Décervelé au contact des écrits de Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie et inventeur d’une méthode fumeuse d’agriculture en biodynamie, il redécouvre le néolithique à base de compostage et d’humus.

La paralogie des propos de l’Ardéchois, son vocabulaire troué de métaphores plan-plan, son sens infantile de la narration et la crédulité des foules, lui permettent de toucher un auditoire élargi. « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux, terrifiés et atterrés, observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : “Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?” “Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.” ». Dans les années 1980, il développe un centre de formation à l’agroécologie au Burkina Faso, à Gorom Gorom, grâce à un tour-opérateur épris d’Afrique et rencontre Thomas Sankara, micro-Che Guevara assassiné peu après par son ancien compagnon d’armes, depuis lors exflitré par la France. Bien entendu, Pierre Rabhi ne se donne jamais la peine de citer les travaux de chercheurs, même agro-écologues. Il préfère méditer Rudolf car Les lamentations, ça remplit les bibliothèques et lire c’est mal. Ne lisez pas, croyez.

Il relie l’agroécologie à la « mutation des consciences », la transformation de soi pour obtenir un monde meilleur. Délire usuel d’un autre monde à travers les dystopies de celui-ci qui ne sont pas autre chose que le réel, épicerie new age, tout est en place. On sent poindre en l’homme un petit akhenaton tiré de la permaculture, « Ça ne me pose pas de problème car je ne suis pas Dieu. Si j’étais Dieu je changerais les choses. Je ne suis pas Dieu. ». Derrière la dénégation, la question rhétorique et s’il était dieu ?

Entre temps, il pond des chiards à la pelle, cinq et multiplie les discours vides « L’histoire de l’humanité a généré des valeurs dont la nature transcendante est reconnaissable au fait qu’elles contribuent à une authentique humanisation du destin collectif. Elles participent à l’instauration de l’unité, de la solidarité et à la convivialité du genre humain. ». Il est le miroir des âmes apeurées, à genoux devant la catastrophe, les yeux hagards à la recherche du sauveur.

Comme Juppé, il est pour quelque chose d’heureux. Juppé c’est l’identité, lui c’est la sobriété, chacun sa variété de pétainisme. Pour Rabhi le capitalisme est  une sémantique liée à une histoire qui ne me convient pas. Ouf la Terre ne ment pas. D’ailleurs le maréchal Rabhi fait lever la terre comme le boulanger son pain industriel.

Il fustige « la célébration d’un démiurge occidental autoproclamé, un être qui s’est voulu l’égal des dieux de l’Olympe par la seule puissance de la raison » car c’est une fulmination facile qui permet de ne jamais s’interroger sur les raisons du désir mimétique qui anime l’ensemble de la planète. Pourquoi les mexicains traversent-ils le rio grande et les syriens la mer Egée ?  Pourquoi la Chine est-elle en passe de se substituer aux puissances européennes en Afrique ?

« Jardiner, c’est refuser le système » assène-t-il, combien de gens à ce compte refusent le système le dimanche et reprennent la voiture le lundi ?

Depuis les années 1990, il a bâti et suscité autour de lui un enchevêtrement de structures associatives : centres de recherche et de formations ( Terre et humanisme, centre des Amanins ), écoles ( école des Colibris, école Montessori fondée par sa fille en Ardèche ), éco-village ( le Hameau des Buis ), collection de livres ( « Domaine du possible » chez Actes Sud ), magazine (Kaizen ), outil de mise en réseau (les Colibris ). Cet entre-soi où relations familiales, amicales, militantes et professionnelles se confondent semble avoir inspiré Alain Soral mais avec plus de succès. D’ailleurs Gabriel, l’un des fils Rabhi, l’aime bien, « un écorché vif, un mal embouché pas mauvais dans le fond ». Dans son film, Gabriel écarte les accusations d’antisémitisme, de racisme et de négationnisme – qualifiées de « grossiers amalgames » pour empêcher le public d’écouter leurs arguments – à l’encontre du squatteur de canapés ou du quenellier pro-iranien Dieudonné. Il a aussi relayé un message de la Manif pour tous. Son frère David a, quant à lui, partagé sur sa page Facebook une interview d’Aymeric Chauprade, alors conseiller de Marine Le Pen, par Reopen 9/11. D’où le soutien inconditionnel de Marion Cotillard très érudite en ce qui concerne la rétrologie à propos du 11 septembre dont Hillary Clinton semble être la principale commanditaire.

Colibri, au prétexte qu’il enregistre 206 mille followers sur Facebook serait « la 5e ONG la plus influente de France, au même niveau que Greenpeace, devant le Secours populaire et Emmaüs ». Si on mesure Colibri à ses cotisant, le résultat est plus modeste, 4500, la taille d’une bonne secte apocalyptique. À neuf euros par mois la contribution, ce sont 480 000 euros qui sont versés annuellement aux Colibris, soit presque la moitié du budget global ( environ 1 million d’euros ). Le reste provient de dons, du soutien de la fondation MACIF, des droits d’auteur de leurs livres et de leur boutique en ligne, dont les publicités assaillent l’internaute quand il se rend sur leur site. Ils ne refusent pas par principe les subventions : « Ce n’est pas une ligne rouge. Mais il y a des conditions à la coopération. ». Comme tous les moralineux, Rabhi et sa secte font partie du système mais prétendent incarner une vertu sans tâche.

Loin de Paris, le cœur de la galaxie Rabhi bat sur un plateau du sud de l’Ardèche où se côtoient la ferme familiale des Rabhi, à Montchamp, l’association Terre et humanisme, et un lieu de vie développé à partir de 2001, le Hameau des Buis. En langue Rabhi, on parle d’une « oasis de vie », en référence à la petite enfance du paysan aux portes du désert. Ce hameau de maisons bioclimatiques ( qui consomment très peu d’énergie et utilisent les matériaux de leur environnement ) et autoconstruites a été fondé autour de l’école Montessori créée par Sophie, la fille de Pierre Rabhi. Durant l’été, jusqu’à quatre-vingts personnes viennent chaque semaine dans ce haut lieu du tourisme vertueux. « Il n’y a jamais moins de cent personnes par mois », affirme Laurent Bouquet, cofondateur du Hameau des Buis, adjoint des responsables de pôle des Colibris et époux de Sophie Rabhi. Cela fait beaucoup de volontaires et de travailleurs bénévoles.

 Pour habiter au Hameau, les loyers s’étalent entre 380 euros et 600 euros par mois, toutes charges comprises. Pour y habiter, il faut venir avec un apport financier, compris entre 75 500 euros (pour 35 m2) et 145 500 (pour 105 m2). C’est l’alternative mais avec pilier immobilier et crédit décerné par BNP-Paribas. Heureusement le maréchal Rabhi déteste le lucre. « Ils vivent en communauté, apportent leur fric, font payer 600 euros pour apprendre à planter des tomates et touchent des subventions. Ce n’est pas comme ça qu’ils vont nourrir la planète. » osent avancer des voisins totalement jaloux et méchants, à faible coefficient Rabhique (FaCR).

À une heure de route de là, dans le département voisin de la Drôme, s’étend le centre des Amanins, fondé grâce à l’argent d’un chef d’entreprise, décédé lors d’une randonnée en 2012, Michel Valentin. C’est un autre centre névralgique de la galaxie Rabhi. En ce mois d’octobre 2015, le séjour « courge à la fête » propose des jeux coopératifs pour les enfants en vacances scolaires. Des séminaires et des forums s’y tiennent régulièrement : pour encourager l’intelligence collective, mieux travailler en entreprise, apprendre à gérer les conflits, apprendre à être heureux et surtout jamais seul ou avec un livre. Suivre un forum de cinq jours en pension complète coûte 650 euros par personne – des tarifs solidaires existent. Le stage pour apprendre à créer un éco-projet peut-être financé par Pôle emploi. Le séjour « pause partagée », couronné par une rencontre avec l’illustre paysan, coûte 593 euros pour cinq jours en pension complète.

La boucle est bouclée, la visite au maréchal Rabhi, comme nouveau rituel farcesque des amis de la terre gaste et du précieux facteur humain illettré (PFHI).

Mediapart / BAM


Responses

  1. Haré Rabhi !!
    Gloire au messie cosmo-planétaire qui saura nous guider vers un nouvel âge réminiscent (et bio). 😀

    Plus sérieusement, on peut gloser à l’envi sur la « philosophie » teintée de maréchalisme que vous/Mediapart évoquez, il semble surtout évident que ce type de « rassemblement intellectuel » qu’est le rabhisme, tout comme le soralisme ou le dieudonnisme, évoqués aussi, profite d’abord et essentiellement à la coterie des élus (membres de SCI, famillles et commensaux).

    Ainsi, peu importe le flacon (natio/bio ou socio/racialo/natio/bio/richenou….) l’arnaque est vieille comme le monde et les adeptes ont toujours les mêmes plumes : celles des pigeons.
    Aucun chaman exalté à moustache en balai-brosse ne sortira de ces séminaires de piposophie, simplement des injonctions de payer et des commandements d’huissier.

    Des gagne-petits de la peur gauchiste.

    • Ce qui mm’inquiète justement c’est l’absence de véritable distance critique du journaliste de Mediapart envers ce genre de fumisterie. C’est le même processus qui a conduit un pacifiste anti-moderne comme Giono vers un marechalisme de bon aloi

  2. Que de haine ! Mais que d’informations sur cet homme qui fait tant de choses et que vous dénigrez sur tout !

  3. Vision abjecte de l’engagement de Mr Rabhi !!! Mais qu’avez vous fait pour votre prochain a part critiquer ???? Quel ambition ratée vous fait jalouser tant de travail accompli ?? Vous êtes pitoyable !!!

    • ha, j’ai rien dit, moi , mamoizell !

      ceci dit, j’ai goléri, comme chaque fois que mouloud taille un costard

      et ça , c’est pas encore interdit, que je sache?
      aucune loi n’interdit de rigoler en vronze

      enfin, je crois, chuis pas sûr , hein, car lorsqu’on considère le sort qui est fait à dieudo ( au hasard ) , on peut nuancer cette affirmation

  4. J’ai bien ri avec le coéfficient rabhique, je la ressortirai 🙂
    Je ris aussi avec ceux qui viennent déverser leur foi en Saint Rabhi dans les commentaires 🙂

  5. Au début, j’ai voulu y croire. Au fond les révoltes de NDDL sont plus crédibles!

  6. L’escroquerie de Pierre Rabbi consiste à faire croire que l’application de ses méthodes fumeuses permettent de gagner sa vie par la permaculture alors que ce sont en réalité par l’apport financier de ses conférences, livres, DVD et le travail bénévoles de ses stagiaires que sa ferme se maintient. Enlevez tout cela et gardez seule la production maraichère et demain sa ferme dépose le bilan. Il en est de même pour toute exploitation permaculture, ce sont des arnaques qui se maintiennent sur le même principe.


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