Publié par : Memento Mouloud | décembre 28, 2016

Qu’est-ce qu’une économie socialiste ? Le cas du Vénézuela

nicolas-maduro

Le dimanche 11 décembre, les Vénézuéliens avaient appris avec surprise qu’ils avaient 72 heures pour déposer à la banque leurs coupures de 100 bolivars.  Le désordre avait atteint son apogée avec le retard de livraison des nouvelles coupures, comprises entre 500 et 20 000 bolivars. Elles devaient arriver le jeudi. La première cargaison arriva le dimanche. Aux longues files d’attente devant les banques et à la nervosité des clients s’ajoutaient, dans plusieurs villes du pays, de violentes scènes de mise à sac de magasins. L’AFP évoqua au moins un mort lors de ces pillages.

Nicolas Maduro, président en survêt, justifiait sa mesure  par un complot cherchant à asphyxier l’économie vénézuélienne : « Les bureaux de change [en Colombie ] sont aux mains de mafias liées à l’extrême droite antivénézuélienne et ils ont monté une manipulation politico-idéologique […] centrée sur l’extraction des billets de 100 bolivars. ». Dans les faits, Le billet, qui ne vaut plus que 4 centimes de dollars au marché noir, serait même utilisé pour fabriquer de faux billets verts ou se recycle en papier-toilette.

Dans ce pays qui, d’après le FMI, devrait connaître une inflation de 475 % en 2016, ce billet de 100, jusqu’alors la plus haute coupure, est utilisé pour tous les achats, même les moins onéreux, comme la baguette de pain à 185 bolivars. Il faut plus de 11 billets pour payer son café au lait. « Avant Chavez, la corruption concernait les onze ministères du gouvernement. Aujourd’hui, nous avons un système conçu pour être corrompu : pour obtenir un document, pour acheter des aliments, pour acheter des dollars, pour les vendre ».

Venezuelan acting President Nicolas Maduro raises his fist during a campaign rally in San Carlos, Cojedes State, on April 4, 2013. The presidential campaign to replace Venezuela's Hugo Chavez formally kicked off Tuesday, with Maduro -- Chavez's hand-picked successor -- battling opposition leader Henrique Capriles for the forthcoming April 14 vote. AFP PHOTO / JUAN BARRETOJUAN BARRETO/AFP/Getty Images

On monnaie sa place dans une file d’attente, on paie un gestor (gestionnaire) qui saura graisser les bonnes pattes pour accélérer l’obtention d’un document officiel… Alors que le pays connaît des pénuries de certains produits, dans les rues de Caracas, les bachaqueros attendent la livraison de produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre bien plus cher au marché noir. Des Vénézuéliens sont rivés sur le site DolarToday pour surveiller le change parallèle du billet vert. Les plus chanceux, qui sont parvenus à obtenir auprès du gouvernement la précieuse monnaie pour voyager, peuvent faire la culbute inverse pour obtenir bien plus de bolivars que ceux investis.

Le 19 décembre 2016, un dollar s’échange à 2 620 bolivars au marché noir. En revanche, il est obtenu contre 10 bolivars seulement au Dipro, le cours officiel en vigueur pour l’importation de biens et services jugés urgents (alimentation, médicaments) et 674 bolivars selon le cours au Dicom qui procède au change officiel pour les autres utilisations, comme les voyages. Aussi, une personne qui parvient à changer 1 000 dollars contre 674 000 bolivars pour voyager aux États-Unis et qui parvient à conserver, grâce à de fausses factures, 500 dollars qu’elle change au marché noir, peut gagner 636 000 bolivars net. La corruption n’est donc pas un sous-produit, elle est au cœur du dispositif bolivarien et socialiste.

Un sport qui a un nom : le cadivisme, du nom du Cadivi, la commission auparavant chargée d’accorder les devises et qui a été remplacée par le Centro nacional de comercio exterior (Cencoex). Les sommes qui disparaissent ainsi deviennent rapidement astronomiques quand il s’agit d’entreprises, publiques ou privées. D’autant plus si elles parviennent à avoir accès au change discrétionnaire du Dipro. En comparant les dépenses et les revenus de PDVSA (la compagnie pétrolière nationale) entre 1998 et 2014, on découvre un « trou » de 216 milliards de dollars.

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Il y a désormais mille et une façons de s’enrichir rapidement au Venezuela : surfacturation des importations, demande de dollars par des entreprises dites de « malettes » (empresas de maletín) qui n’ont pas d’existence réelle, spéculation sur la dette. Des oligarques se forment parmi la classe des enchufados, la rente d’intermédiation bat son plein, le socialisme est tout de même rentable, pour quelques uns.

 Le cas le plus emblématique remonte à 2010, quand l’opinion qui sait et veut lire découvre la perte de plus de centaines de milliers de tonnes d’aliments commandées par PDVSA par le biais de sa filiale Bariven. Les importations ont été surfacturées, en passant par des intermédiaires. Un an avant le scandale, Rafael Ramirez avait été alerté par l’auditeur général, Jesus Villanueva : celui-ci relevait que plus d’un million de tonnes d’aliments avaient été commandées et que seulement 14 % étaient parvenues à destination. Les pertes dans l’opération furent estimées à près de 2 milliards de dollars

Mediapart / BAM


Responses

  1. sympa

    votons mélanchon !

    • Des amis vénézuéliens me disaient que le chavisme fut l’âge d’or de la bourgeoisie d’affaires du coin, ça ressemble assez à la NEP de feu l’URSS

      • dans quelques semaines je vais aller glander un peu à Cuba
        je vous dirait comment c’est


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