Publié par : Memento Mouloud | mai 9, 2017

Pic Saint Loup

C’était dimanche, c’était avant la victoire de Macron et avant la défaite de Le Pen, c’était avant l’écran blanc de l’Histoire, on efface et on efface encore comme si ne s’inscrivait plus qu’une page blanche. Des centaines, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants partaient pour l’ascension. Ils étaient en shorts, elles étaient en shorts, certains s’arrêtaient pour des selfies, d’autres suffoquaient, les souffles étaient coupés à mesure de l’ascension. Des gars couraient, cabris virevoltants, impeccables machines, un portable avec appli sur le bras. Ils avaient laissé sur le parking leurs caisses ou des bus affrétés pour les plus vieux, venus en groupes comme ils vont en groupes voter Fillon. Ils ont vraiment de la chance, ils ne mourront pas seuls, ils pourront encore, un dernier coup, recomposer une famille, lancer un projet car la vie, comme le disent tous les agents immobiliers, c’est un projet. Moyennant en quoi on récupère une belle propriété et on la scinde en quatre ou huit, on tranche en salamis l’héritage de mémé et on crie vive la France, « on est chez nous ! ». Près de la croix, des planeurs sifflaient, petits rapaces de métal égarés sur la crête. Un groupe cuvait un mauvais rosé, des racailleuses tâchaient d’être discrètes, à l’écart, toutes en jogging, hallal, très Kitty, on entendait juste, parfois, un « ta race », mais tassé, presque susurré. Des mamans avaient perdu leur enfant, Valentin, Antoine, Paul, que des garçons en fuite, pourchassés par leurs mamans en panique. Sur le carrefour, une petite appelait son frère, un groupe de vieux baroudeurs n’écoutait même pas, le groupe hurlait, il existait, il exultait, la jeunesse est un état d’esprit, voir Cohn-Bendit et BHL. Je me demande bien ce que devient DSK, sera-t-il conseiller spécial du Bonaparte de chez Closer, comme Attali, à quoi ressemblera un courtier en chairs à contrat debout sur le perron de l’Elysée ? Lorsque nous descendîmes, les filles me regardaient. On entendait de la musique ou plutôt une mélopée, Jul, Pokora, Black M, une ritournelle de variété, des gamines dansaient au milieu des voitures. Attablées, deux femmes d’un quintal chacune, sanglées dans une sorte de robe de chambre ou de tissus de rideau, façon Tati, pas chers et au kilos. Elles écumaient de sueur, elles mangeaient ou plutôt, elles mâchonnaient. Elles étaient aussi la France, c’est à dire une beauferie française, une franchouillardise qui ne sait même plus qu’elle est ridicule ou vulgaire comme un string sur un burkini. L’intégration progressait, les traîtres étaient musulmans, ils remplaçaient avantageusement les miliciens d’antan et même les barbudos de 1959, les beaufs de Cabu traînaient en djellabas et en hidjabs, Renaud Camus devait défaillir quelque part, parce que le grand remplacement avait eu lieu, il avait tort. C’était le grand surplace, plutôt le grand glissement, le grand enfoncement, le grand naufrage qui s’accomplissait, mais au ralenti. Pendant ce temps, le CAC 40 fêtait le champion du jour, son courtier, son commis comme disait Kurtz dans Apocalypse now.


Responses

  1. pic saint loup , c’est aussi le terroir d’une forme de vinasse que les montpeliérains prisent fort

    en fait toute la plaine agricole du dessus est consacrée au pinard , souvent de basse qualité

    à tel point qu’on est contraint soit de l’édulcorer soit de le concentrer , comme à frontignant ( et son muscat )

    pour le glissement, vous êtes dans le vrai

    il est bien évident que si ça se faisait brutalement, les vronzais , tout mollassons qu’ils sont , réagiraient quand même ( quand même , merde! comme disait manu el blancos )

    • Vous avez aussi celui de Lunel, le fameux muscat des djihadistes

      • il rend fou , il paraît
        trop de méthanol

        enfin, c’est comme ça qu’on a expliqué le départ en Syrie de ces braves zigues

        dont les parents n’éprouvent pas de haine envers les recruteurs mais envers l’état qui a laissé faire

        si si j’ai lu ça dans les magazines de la salle d’attente

      • Vous voulez dire qu’ils n’ont pas contrôlé la consommation de muscat ?

      • en gros c’est ça
        faut aller voir au fond des coopératives viticoles


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