Publié par : Memento Mouloud | mai 10, 2017

La fin d’un intermittent de la politique : « Manu » Valls

Le point commun entre Cambadélis et Valls : ils n’ont pas de légitimité universitaire, n’ayant fait que de maigres études. Ils n’ont pas de légitimité professionnelle puisque leur ascension, c’est d’abord à d’obscures et dérisoires manigances dans les coulisses du Parti socialiste qu’ils la doivent. C’est Manuel Valls qui a personnellement insisté pour que Le Guen entre au gouvernement, lequel Le Guen a tout fait pour que son vieil ami Cambadélis décroche le poste de premier secrétaire du PS. 

La scène se passe au beau milieu du mois d’août 1980 au siège du bureau national de l’UNEF. Les locaux sont déserts, comme de coutume en cette période de l’année. Un lycéen sonne à la porte et dit au responsable de l’UNEF qu’il est venu pour adhérer, en prévision de son inscription à l’université à l’automne. De mémoire de syndicaliste étudiant, il n’était jamais arrivé auparavant qu’au creux de l’été un lycéen fasse spontanément une telle démarche ; ce n’est vraisemblablement jamais arrivé depuis. Cet être psychorigide ne pouvait être que Manuel Valls. Il se dit rocardien, on le croit infiltré.

À l’époque, la direction de l’OCI (trotskyste-lambertiste) a dépêché comme « sous-marins » certains de ses militants dans de nombreuses organisations rivales. Il y a eu ainsi des trotskistes infiltrés à la direction de l’UNEF rivale – dite UNEF-Renouveau –, dont Paul Robel ; il y en a eu d’autres dans le COSEF, le syndicat étudiant socialiste, parmi lesquels Jean-Marie Grosz ou Carlos Pieroni ; il y en a eu en pagaille dans les rangs du Parti socialiste, jusqu’au sommet, dont Lionel Jospin. Quoi qu’il en soit, il existe déjà à l’époque un noyau d’étudiants rocardiens qui a opéré le mouvement vers l’UNEF, et qui a participé au congrès de réunification de Nanterre au mois de mai précédent. Ils sont peu nombreux, sans doute guère plus d’une dizaine au plan national. Mais l’OCI, qui a besoin de montrer que ce congrès de l’UNEF est un événement historique pour la vie universitaire, les a accueillis à bras ouverts. En outre, comme les fausses cartes circulent à foison (il y a plus d’adhérents à l’UNEF à Strasbourg que d’étudiants inscrits à l’université !), l’OCI déroule le tapis rouge à ces jeunes rocardiens qui donnent du crédit au mouvement de réunification.

D’âpres négociations se déroulent dans les cafés voisins du bureau national de l’UNEF, situé rue de Hanovre (dans des locaux qui appartiennent à la confédération FO), à deux pas de l’Opéra, entre la direction du syndicat étudiant et ce courant des étudiants rocardiens, dont les deux chefs de file sont Stéphane Fouks (futur dirigeant de l’agence de communication Euro-RSCG, rebaptisée Havas) et Alain Bauer (futur grand maître de la principale loge maçonnique, le Grand Orient de France). De ce noyau d’étudiants rocardiens, c’est Stéphane Fouks le plus âgé et celui qui a le plus d’expérience politique. Fils d’un ancien résistant juif communiste, qui a été dans les maquis du Jura puis a rompu avec le PCF après la guerre pour basculer vers le mendésisme, il a adhéré au Parti socialiste à l’âge de quinze ans, en 1975, alors qu’il était encore lycéen. Il militait au sein de la section socialiste de Charenton-le-Pont, où il a fait la connaissance de l’une des figures de proue du rocardisme, Yves Colmou. Devenu étudiant, il a adhéré à un petit syndicat, le Mas, où se côtoyaient des rocardiens et des militants de la Ligue communiste révolutionnaire.

La première section d’accueil de Manu est celle de Paris-I ; il rejoint le comité directeur quand Fouks lui cède sa place. Il y bascule si vite qu’il néglige ses études. « Sa présence est notée pour la première fois en 1980 en DEUG de droit première année et pour la dernière fois en 1987 ». Il obtiendra, avec peine, une licence d’Histoire. Apparatchik dans l’âme, Manu devient l’attaché parlementaire du député Robert Chapuis, un ancien du PSU. On ne sait si son poste était fictif.  Lorsque Rocard accède à Matignon, il hésite sur la conduite à tenir vis-à-vis du trio Valls-Fouks-Bauer. Mais après quelque temps de réflexion, il lâche à plusieurs de ses proches, lors d’une réunion : « Écoutez camarades ! On ne peut pas les laisser en liberté ; il faut en prendre un… » Cependant, Michel Rocard est tout à fait opposé à ce que Manuel Valls entre à son cabinet. Pour une raison de fond : le Premier ministre ne veut pas d’un collaborateur qui n’ait pas de métier. Pour des raisons inconnues, Manu parvient à forcer la porte, en défendant sa candidature auprès du directeur de cabinet, Jean-Paul Huchon, qui finit par l’imposer.

Manuel Valls devient alors l’un des adjoints de Guy Carcassonne, qui au cabinet de Michel Rocard s’occupe des relations avec le Parlement. Valls a en charge les relations avec l’Assemblée nationale tandis qu’une autre militante, Catherine Le Galliot, s’occupe du Sénat.  Devant l’impérétie de sa créature, Jean-Paul Huchon est contraint de trouver une nouvelle affectation pour son Ganymède : il sera chargé au sein du cabinet de suivre les questions liées à la jeunesse et à la vie étudiante.

Mais Manu garde son lien organique avec la MNEF de Spithakis et sa conception baroque des subventions et de l’usage des biens sociaux. De cette période souterraine, une lettre surgit.

« Cette fameuse lettre, parfaitement authentifiée, en date du 21 décembre 1990, à en-tête du Premier ministre, est donc signée de Manuel Valls, alors chargé de mission de Michel Rocard à Matignon et chef de file des jeunes rocardiens. Dans ce courrier adressé au “Président et Cher Ami” de la MNEF, Dominique Levêque, il regrette amèrement qu’“un des points dont nous avions convenu n’ait pas été mis à l’ordre du jour. […] Emmanuel Couet, vice- président de l’UNEF-ID, n’est pas rentré au conseil d’administration” de la mutuelle. En conséquence, Manuel Valls présente sa démission de ce conseil et annonce une éventuelle mesure de représailles. “Je me réserve […] la possibilité de réunir d’autres administrateurs afin d’étudier en commun leur propre retrait de cette instance.” En clair, si son exigence n’est pas satisfaite, Manuel Valls menace de faire partir tous les rocardiens de la MNEF, avant de conclure : “Je suis sûr que tu trouveras, en accord avec Olivier Spithakis [n.d.l.r. : le directeur général et véritable patron], les moyens de résoudre ce que je veux considérer comme un incident.” »

Le Parisien poursuit : « Mais la lettre de Manuel Valls recèle une autre étrangeté. “Depuis des années, écrit-il en préambule au président de la MNEF, nos relations sont basées sur la confiance et le respect des dispositions arrêtées en commun avec moi-même et Alain Bauer.” Ce dernier, qui fut comme Manuel Valls rocardien avant de devenir jospiniste, a toujours entretenu des liens étroits avec la MNEF, au point d’être nommé par Spithakis, au milieu des années quatre-vingt-dix, à la direction d’une filiale. Souvent cité dans les affaires de la mutuelle sans jamais avoir été inquiété, Bauer a été élu, en fin de semaine dernière, à la tête du Grand Orient, la première organisation maçonnique. Quelles étaient donc les mystérieuses dispositions arrêtées entre Manuel Valls, Alain Bauer et l’équipe d’Olivier Spithakis ? Si le nouveau grand maître du Grand Orient était, hier, injoignable, l’actuel porte-parole de Lionel Jospin a accepté de commenter cette lettre dont il nous a d’abord affirmé de ne pas se souvenir. » 

Avec le recul, le document revêt une grande importance car il vient confirmer la proximité qu’entretiennent ceux que François Hollande promeut au lendemain de la débâcle des municipales de 2014. La génération MNEF a pris le pouvoir.

Administrateur de la MNEF pendant de longues années, Valls a aussi été le témoin de la tumultueuse vie interne de la mutuelle, même s’il n’a jamais voulu s’exprimer là-dessus. La « dérive affairiste », mise au jour par la justice, il en a donc été au moins le témoin. Que sait-il ? Qu’a-t-il vu ou entendu ? On se perd en conjectures. A-t-il été un administrateur incompétent et aveugle, qui n’a rien su de ces dérives pourtant connues de tous ? Au contraire, s’il a eu connaissance de ces dérives, pourquoi n’en a-t-il jamais parlé ?

Cette proximité avec la direction de la MNEF, on en trouve trace dans un article du Monde, daté du 2 mars 2006. Le quotidien rend compte du procès des emplois fictifs de la MNEF, qui a débuté la veille, et donne la parole à l’un des prévenus, Olivier Spithakis. Là encore, le patron de la MNEF vient confirmer que Manuel Valls fait bien partie de la galaxie des jeunes socialistes qui a gravité autour de la mutuelle étudiante. « Des personnes ont été rémunérées en toute légalité, comme les députés de Paris Cambadélis et Le Guen, d’autres ont siégé bénévolement à la MNEF, tels le député (PS) Julien Dray et les ex-rocardiens Manuel Valls, député et ex-porte-parole de M. Jospin à Matignon, Stéphane Fouks, coprésident d’Euro-RSCG France, ou Alain Bauer [grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003]. Elles étaient des actionnaires idéologiques de la MNEF. Moi, j’étais là pour garder la maison. » (…)

Après environ dix-sept années pendant lesquelles il vivote dans les coulisses du Parti socialiste, n’obtenant qu’un mandat de seconde zone, celui de membre du Conseil régional d’Île-de-France, il profite enfin d’un marchepied inespéré pour sortir de l’ombre. Au lendemain des élections législatives de 1997, qui suivent la dissolution prononcée par Jacques Chirac, Lionel Jospin s’installe à Matignon. Manuel Valls insiste pour entrer à son cabinet. Dans un seul souci : obtenir une circonscription et une légitimité grâce au suffrage universel. Problème : comment fait-on pour devenir conseiller du Premier ministre lorsque l’on ne dispose pas de la légitimité technicienne d’un haut fonctionnaire, ni de la légitimité de l’expérience ?

Valls trouve la parade : c’est le poste de conseiller à la communication qu’il brigue avec insistance auprès de Lionel Jospin. Dans les faits, il n’a pas plus de légitimité en ce domaine, mais son ami Stéphane Fouks l’incite vivement dans cette voie. Jacques Séguéla accepte même d’intervenir auprès du Premier ministre pour le convaincre que c’est le bon choix. Après plusieurs jours d’hésitation, Jospin finit par accepter.

Même s’il n’a pas accès à Lionel Jospin, qui préfère le tenir à distance, Stéphane Fouks passe sans cesse rue de Varenne et, du secrétariat du service de presse, adresse aux PDG avec lesquels il a des rendez-vous des fax à en-tête de Matignon, dans le genre : « Pardon ! J’aurai un peu de retard, je suis en réunion avec le Premier ministre. » C’est le moment où il prend une importance croissante au sein d’Euro-RSCG et dans les milieux de la communication d’influence. Ayant désormais l’ascendant sur Jacques Séguéla, en grande partie grâce à ce GIE qu’il forme avec son correspondant et ami de Matignon. La bataille de communication qu’il conduira pour aider la BNP à réussir son OPA sur Paribas, en 1999, finira peu après à l’installer comme un personnage incontournable du microcosme du capitalisme parisien. À l’époque, c’est d’Aquilino Morelle que Manuel Valls est le plus proche. Tous deux font équipe et cherchent à gagner de l’influence en reprochant régulièrement à Lionel Jospin d’être trop dans la main des «technos» de son cabinet, emmené par Olivier Schrameck. Valls appuie aussi les propositions sulfureuses du ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn. C’est en somme la constitution d’un étrange GIE, qui va perdurer les années suivantes. Valls et Fouks s’appuient mutuellement dans leurs entreprises ; le même Valls envoie de son côté des signes de sympathie à Dominique Strauss-Kahn, dont les principaux soutiens au sein du parti sont Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, épaulé pour sa communication par Stéphane Fouks. 

Fouks va de proche en proche offrir un refuge dans son agence à certains des amis du groupe informel : à Aquilino Morelle, et à quelques autres. De son côté, Anne Hommel, l’assistante de Cambadélis, qui a fait ses classes à l’OCI, va passer elle aussi par Euro-RSCG, avant de devenir la chargée de communication de Dominique Strauss-Kahn. C’est elle qui se distinguera plus tard dans les turbulences de l’affaire Cahuzac en lâchant : « La vérité, ce n’est pas mon sujet ! »

Fort de ces années à Matignon, Manu peut ainsi devenir le maire d’Évry en 2001, et être enfin élu député de l’Essonne en 2002. Incapable de réunir les parrainages en nombre suffisant pour se présenter a la primaire socialiste, pour la présidentielle de 2012, Valls reçoit l’aide discrète de Hollande, qui demande à des élus proches d’apporter leur soutien au maire d’Évry pour contrebalancer l’influence d’Arnaud Montebourg.

Laurent Mauduit / BAM


Responses

  1. C’est pas très lisible.

  2. c’est pour voir si vous suivez bien

  3. je me demande quels cocus distribueront les tracts pour manouel , el blancos
    il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur les bénévoles qui tractent sur les marchés

    ce dimanche matin,je suis allé sur le marché ( deux baguettes ,des fruits ),j’ai eu droit à diverses sollicitations de la part des bénévoles

    alors , voilà

    les tracteurs pour les cocos ? que des vieux , plus que moi donc, chauves , incapables de la moindre répartie ( bandes de collabos, vous avez fait voter pour le banquier et vous nous demandez de le contrer maintenant ! )

    ceux de la droite et du centre ? des mères de famille ventrues qui te regardent avec leur beau regard blessé lorsque tu leur sort ta philippique

    ceux de merluchon? que des gosses de 18-20 ans ( oui, lorsqu’un jeune qui défie la pouliss’ dans les kartchiés peut tutoyer la quarantaine , on peut rester un gosse à 18-20ans )

    on pourrait recueillir nos impressions ici et mouloud mettrai ça dans un onglet « sociologie des tracteurs »

    • J’aime bien votre sociologie, ici c’était défilé de taureaux, picaros et vin rosé, barrières au bord des rues mais Macron y mettra bon ordre, un seul type de fête sera autorisé, celle du parti de la joie

      • le parti de la joie , c’est quasi du murray , pur sucre
        du sans plomb!
        on a évacué d’un revers de main les 10 myons de mauvais vronzais qui ont maronné en votant pour le coté sombre et les heures mal éclairées de notre histoire ( voir à ce propos les vidéos de « la règle du jeu » que ce très grand cornard de béchamèle prétend utiliser contre le fun , la règle du jeu….je te demande un peu , tête de noeud ! comme si c’était toi , piposophe de plateau télé qui fixait le jeu et ses règles…..tu vas bien finir , crapule de normale sup’ par l’avoir , ta guerre , mais pas comme tu voulais , celle là , c’est certain , tu l’aimeras pas )

        car faut pas s’y tromper, les électeurs ont joué les nèg’marrons , m’étonnerait qu’ils retournent à la plantation….

        je me souviens au deuxième tour de 2002, de mon état d’esprit et de mes affres avant de mettre le bulletin du vieux monophtalme dans l’urne….pensez , un garçû issu d’une famille de gauche ! toujours voté « bien » , jamais mal , fait du bénévolat , filé de la thune pour racheter des esclaves au yemen ( en 1983 , 300 francs mitterand , pas de la monnaie de singe comme l’euro de nos jours….)….

        bref

        et après ça , ouarf , la libération !

        je ne suis pas naïf au point de penser que mon vote aurait pu , ou pourra changer quoi que ce soit , mais le bonheur de pouvoir dire merde , de voir les trognes constipées des différents soutiens, d’entendre ces merdeux de zpézialistes en zienze politik nous en faire des tonnes à la télé et à la radio….

        dire qu’on paye ces mecs là , et rubis sur l’ongle en plus!

        y a pas de pognon pour les infirmières des soins palliatifs , y en a pas non plus pour les unités alzheimer , mais pour rétribuer les bavards qui viennent t’expliquer que t’es une merde si tu votes pour la maritorne, là , c’est open bar , fête à kroum , on tue le veau gras !

      • C’est le vieux motif de la défense républicaine, Kobus. Cette fois-ci ça marche pour Macron, un coup à gauche (avec Mélenchon ce sera le Vénézuela + la Corée du Nord), un coup à droite (les fascistes fuzzy de Marine ou fazzy-fascistes rassemblent tout de même 1/3 des votants, semblent tenir leur électorat local et sont en passe de submerger voire d’effacer la vieille droite dite républicaine dans pas mal de circonscriptions). Il n’y a pas besoin de chercher bien loin le glissement de Juppé vers Macron, c’est le même réflexe parlementaire qui marche depuis 1885

  4. valls intermittent de la politique?

    il reste de devenir intermiteux !

    ou même miteux tout court !

    ha ha ha !


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