Publié par : Memento Mouloud | juin 15, 2017

L’affaire Grégory pour ceux que les twittos fatiguent

L’affaire Grégory : heurs, malheurs et profits

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de 4 ans ½, disparaît de la maison de ses parents, à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges. Dans la soirée, on retrouve son corps dans les eaux de la Vologne, à Docelles, à six kilomètres de son domicile. Il a les jambes et les bras liés par une corde et il est mort noyé. Sur le petit corps, aucune trace de violences. À l’évidence, il a été jeté vivant dans la rivière – comme on noierait un chat. Les soupçons se portent sur la famille. Le lendemain, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, reçoit une lettre anonyme : « […] Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con… » Deux semaines plus tard, le juge d’Epinal, Jean-Michel Lambert, délivre un mandat d’écroue contre Bernard Laroche, un cousin des Villemin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de sa propre cousine, âgée de quinze ans. En février 1985, le juge le libère, et un mois plus tard, Villemin père l’abat d’un coup de fusil de chasse. Mais les rumeurs vont bon train. Elles accusent Christine Villemin, la mère du petit Grégory.

G. Moréas

Par tradition, quand un écrivain aborde une affaire criminelle, c’est pour défendre un innocent. Mme Marguerite Duras a changé ces manières. Désormais, il s’agit d’identifier le criminel pour trouver de la beauté à son acte.

A-t-elle enquêté? Non, elle a connu une extase : « Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé… L’enfant a dû être tué à l’intérieur… Ensuite, il a dû être noyé. » Mme Duras, c’est Miss Marple juchée sur le trépied de la sibylle de Cumes : des brumes l’enveloppent, que traversent des paroles de vérité jaillies de sa bouche oraculeuse, formées dans ces régions de l’esprit où n’accède pas le sens commun. Et si Christine V. comme elle écrit, fidèle à son système d’abréviation littéraire est coupable, les excuses ne lui feraient pas défaut. Les femmes ne sont-elles pas « oublieuses de leurs enfants » quand elles « vivent dans la loi des hommes », asservies à des malotrus qui n’hésitent pas à les battre pour un bifteck mal cuit ?

Dans ces conditions, quoi de plus naturel que l’infanticide ? Il est le dérivatif à la monotonie conjugale. Tout a bien pu pousser Christine à le commettre ? la laideur du paysage, la médiocrité de sa propre existence, l’inanité des conversations avec son mari, et peut-être aussi le manque d’attrait des programmes de télévision.

Un écrivain « décadent », Pierre Louÿs, a glorifié dans une nouvelle l’attitude d’un sculpteur d’Athènes, bourreau de ses esclaves, qui, un beau matin, reçut une délégation de ses compatriotes venue protester. En guise d’excuse, il présenta la belle statue d’un moribond qu’il avait pu créer grâce à une observation directe de la douleur, suppléant à la panne de son inspiration. Que saignent les corps et les coeurs, pourvu que l’on signe!

Il manquait sans doute au petit théâtre de Mme Duras un personnage d’indicateur par bêtise, par maladresse ? par vanité surtout. Et celle de la romancière est depuis quarante ans, sur la Rive gauche, une source inépuisable d’anecdotes, ce qui ne diminue d’ailleurs en rien son talent d’héritière de Rachilde et de Lucie Delarue-Mardrus. Une notoriété soudaine a décuplé ce défaut. La dernière muse du régime se croit à présent une conscience. Elle ne serait que ridicule, une fois de plus, si, dans son numéro de vedette s’attardant sur le devant de la scène après le départ des machinistes du Goncourt et le baisser du rideau, elle ne poursuivait sa quête des applaudissements sur le cercueil d’un gosse.

Angelo Rinaldi

Le 17 juillet 1985, dans Libération, elle publie un reportage sur l’affaire Villemin. Dans une transe divinatoire, dit-on, elle accuserait sans l’ombre d’une preuve Christine Villemin d’avoir tué son fils et admire cet infanticide comme la libération symbolique d’un esclave. « On l’a tué dans la douceur ou dans un amour devenu fou ». Duras aime raccourcir les noms de ses personnages, elle les fait ainsi entrer dans la littérature, les soustrait ainsi à la réalité vécue.

Pour Christine V., le cri est supprimé par le silence de la femme tombée dans un état d’indifférence chronique à tout ce qui se passe autour d’elle, un état, comme le décrit Duras, de « docilité aveugle » tellement apprécié par l’homme : « Elles ne font pas le jardin. Celles-là, elles ne plantent pas les fleurs de saison. Parfois elles s’asseyent devant la maison, exténuées par le vide du ciel, la dureté de la lumière. Et les enfants viennent autour d’elles et jouent avec leurs corps, grimpent dessus, le défont, le décoiffent, le battent, et rient d’elles, elles restent impassibles, elles laissent faire, et les enfants sont enchantés d’avoir une mère pour jouer et l’aimer ».’

L’affaire Grégory se politise. On considère Duras comme le porte-parole de la gauche qui déclare Christine Villemin plutôt coupable. En réaction, depuis le début de ce drame, les intérêts de l’accusée sont pris en charge par l’organisation d’extrême droite Légitime défense. Mais si elle se politise, l’affaire s’intellectualise aussi. L’écrivain utilise beaucoup le conditionnel présent et l’adverbe « peut-être ». En outre, si Duras se rend sur les lieux, ce n’est pas pour mener une enquête, mais pour trouver un nouveau lieu d’écriture. Elle va à la découverte des « collines nues » des Vosges, sans autre précision toponymique, comme si elle allait à la découverte de la jungle pendant son enfance ou bien au bord de la mer, à Trouville. C’est le dispositif visuel qu’elle cherche avant d’écrire.

Des femmes-écrivains de l’époque, à l’image de Françoise Sagan, Françoise Mallet-Joris, Régine Deforges, Benoîte Groult et Michèle Perrein, interrogées par l’Evénement du jeudi, se déclarent « indignées » par le récit qu’a donné Marguerite Duras de l’affaire Grégory dans Libération et réagissent violemment. Le grand public également, alerté par Dominique Souchier, l’homme de la « Revue de presse » de France-Inter, s’est ému. Des lettres sont arrivées par paquets à Libération. La majorité d’entre elles sont hostiles aux sublimations de Duras.

Thèse

Je voudrais plutôt m’attacher aux dires du magistrat qui, actuellement, se trouve affecté au tribunal de grande instance du Mans en qualité de vice-président.

D’emblée, il affirme ne pas vouloir regarder le film parce qu’il est persuadé que l’image qu’on donnera de lui sera « partielle et partiale »puis il évoque notamment le rôle du capitaine Sesmat.

Ce dernier – aujourd’hui colonel( e.r.) – vient de publier un livre, « Les deux affaires Grégory ». Avec un ton qui ne dissimule rien mais reste courtois, il décrit clairement les péripéties complexes de la double affaire Villemin ( avant et après l’action de la gendarmerie ) et fustige, en particulier, le comportement du juge Lambert. Pour qui a suivi à l’époque, la relation médiatique de cette catastrophe et lu le livre de Laurence Lacour, le procès à charge dressé par l’auteur semble fondé, une fois écarté le plaidoyer pro domo qui le conduit à donner le beau rôle aux gendarmes et à leur chef. De fait, je pense qu’ils ont vu juste dès l’origine et que la suite n’a fait que dissiper une vérité mal exploitée par une infinité de maladresses. A bien y réfléchir, tout était absurde dans cette accusation et pourtant, longtemps, elle a pourri beaucoup d’esprits.

Jean-Michel Lambert reproche d’abord à l’acteur jouant son rôle de n’être pas venu le voir « pour s’imprégner de son personnage et me demander, par exemple, si j’avais des manies ou des habitudes ». La critique est ridicule et révèle un narcissisme mis en lumière par certains lors de l’instruction. Il rend surréaliste, ensuite, la dénégation selon laquelle, tout en n’ayant aucune expérience de la pression médiatique, il aurait toujours su résister à celle-ci. Ma mémoire est fidèle sur ce point et me laisse pantois devant une telle assertion. Enfin, après l’audition de Murielle Bolle par les gendarmes, il n’avait pu être joint et cette carence avait constitué un fiasco majeur. Sans contredire le fond de ce grief, il se contente de faire valoir qu’il n’était pas parti en week-end mais se trouvait à Epinal, ce qui aggrave encore son cas.

Je laisse de côté ce que j’avais relevé dans son livre, écrit à l’époque, pour profiter précisément de sa gloire médiatique éphémère. Il y exposait des détails intimes, mentionnant par exemple qu’il ne pouvait plus faire l’amour quand il avait procèdé à une inculpation. Tout cela à la fois insignifiant et grotesque.

Dans cet entretien, il y a infiniment plus grave. Parce que c’est révélateur et d’une médiocrité personnelle et d’un parapluie collectif qui sert, croyons-nous, à nous préserver des gouttes de nos comportements individuellement sujets à caution.

Philippe Bilger

Le procès, pour préjudice patrimonial, intenté à Jean-Marie Villemin donne l’occasion de mieux cerner financièrement cette affaire qui a généré une formidable activité économique. Paris Match a viré, en transactions ou en amendes, sur le compte des avocats des Villemin près de 2 millions de francs. Les sommes versées aux Bolle par l’hebdomadaire friseraient 1,5 million de francs, selon les chiffres de Jean-Marie Villemin, non démentis par les intéressés. Arrivent ensuite France Dimanche, Ici Paris, Détective… Au total, le chiffre d’affaires de l’affaire serait d’environ 6,8 millions de francs (3,5 pour les Villemin, 3,3 pour les Bolle-Laroche).

Pour arriver à ces additions, Jean-Marie Villemin a répertorié toutes les procédures pour diffamation, atteinte à la vie privée ou au droit à l’image (plus de 80 en tout selon Me Garaud), et a joué de la calculette. Sur les 3,5 millions de francs gagnés grâce à la presse, Me Garaud s’est indemnisé à hauteur de 1,16 million de francs, non compris quelque 700.000 francs de frais divers. Me Garaud a pour sa part rappelé qu’il avait assuré la défense des Villemin «dans le respect de (la) déontologie» jusqu’au verdict du procès de Jean-Marie Villemin à Dijon. Les deux autres avocats du couple, Mes Thierry Moser et François Robinet, ont touché respectivement 60.000 et 50.000 francs. Les avocats des grands-parents de Grégory, Mes Joël Lagrange et Paul Lombard, n’ont pas perçu d’honoraires.

La «technique» de Me Garaud et de sa belle-fille, Me Marie-Claire Chastant consistait à se faire indemniser grâce aux procès contre les journaux, principalement contre Paris Match. Ce que révèle Jean-Marie Villemin, aujourd’hui contraint par les procédures dirigées contre lui de montrer sa relative insolvabilité, est que son principal avocat a beaucoup joué à l’intermédiaire avec les médias, ­on est tenté d’écrire imprésario­ incitant les Villemin, en particulier Christine, à se plier à des séances de photos ou d’exclusivité, pour se payer.

Les chiffres montrent également que Christine et Jean-Marie Villemin ne se sont pas enrichis. Pour leur ouvrage, le Seize octobre, l’éditeur Plon a versé l’intégralité de l’à-valoir de 610.000 francs à Marie-Ange Laroche. Aujourd’hui, ils vivent avec environ 7.000 francs par mois, le salaire de Jean-Marie moins la saisie, après sa condamnation à payer 980.000 francs de dommages et intérêts.

Résultat, selon Jean-Marie Villemin, les 800.000 francs qui au final, leur sont échus ne couvrent pas le préjudice subi par la vente de leur maison vosgienne et les pertes de salaire liées à l’affaire. Quant aux 660.000 francs, versés par la commission d’indemnisation aux victimes pour la mort de Grégory, ils sont aux 4/5 bloqués, dans l’attente de futurs jugements.

Pour la famille Bolle, le bilan financier est plus positif. Marie-Ange et ses avocats ont perçu 2,2 millions de francs (auquel s’ajoutent les 900.000 francs de dommages et intérêts que Jean-Marie Villemin a été condamné à payer, par la cour d’assises de la Côte-d’Or). Muriel Bolle, sa belle-soeur, a gagné 860.000 francs en procès divers, les autres membres de la famille, environ 500.000 francs.

Des procédures sont encore en cours. Selon Jean-Marie Villemin et son avocat, Me Arnaud Montebourg (qui n’est pas payé pour ces procédures), la famille Bolle-Laroche demanderait encore 8,5 millions de francs aux Villemin.

Denis Robert 1995

La découverte du corps, 16 octobre 1984.
Vers 21 h 15, les pompiers de Docelles découvrent le corps de Grégory Villemin, 4 ans, flottant pieds et poings liés dans la Vologne, à 6 km du domicile familial de Lépanges-sur-Vologne. Son oncle a reçu quelques heures plus tôt (17 h 32) un appel téléphonique revendiquant l’assassinat. Les parents de Grégory reconnaissent immédiatement la voix du corbeau qui les harcèle depuis plusieurs mois.

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Première lettre anonyme, 17 octobre 1984. Une lettre anonyme adressée à Jean-Marie revendique le crime : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » La lettre a été postée à Lépanges-sur-Vologne, le jour du meurtre, avant la levée de 17 h 15 (d’après l’oblitération). Ce corbeau harcelait le couple Villemin depuis trois ans.

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L’épreuve des dictées,18 octobre 1984.
Début de l’épreuve des « dictées » : pendant plusieurs jours, quelque 140 membres ou proches de la famille Villemin vont se livrer à des pages d’écriture (notamment en recopiant le dernier message du corbeau) sous le contrôle des gendarmes.

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L’enterrement 20 octobre 1984.
Obsèques de Grégory à l’église puis au cimetière de Lépanges. La mère hurle : « Grégory chéri, reviens ! Non, je ne veux pas ! Pourquoi t’ont-ils fait ça ? » De nombreux journalistes et curieux assistent à la cérémonie.

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Le portrait-robot 22 octobre 1984.
Les enquêteurs diffusent le portrait-robot d’un homme soi-disant aperçu rôdant le soir du crime autour de la poste de Lépanges : 40 ans, 1,80m, forte corpulence, lunettes, cheveux châtains mi-longs.

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Partie civile 24 octobre 1984.
Jean-Marie et Christine Villemin se constituent partie civile ce qui leur permettra d’avoir désormais accès au dossier. Ils prennent pour avocat Me Garaud de « Légitime défense ».

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Première reconstitution 25 octobre 1984.
Les gendarmes de Bruyères procèdent à une reconstitution avec un mannequin. Après plusieurs essais, ils concluent que l’enfant n’a pas été jeté à l’eau entre Deycimont et Docelles, là où des traces de pneus et de talon de femme avaient été relevées le lendemain du crime mais en plein centre du village, tout près de l’endroit où il a été trouvé.

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2e portrait-robot 26 octobre 1984.
Un homme se présente spontanément à la gendarmerie de Bruyères : c’est lui que le portrait-robot désigne, à tort. Il n’a aucune peine à se disculper. Un second portrait –robot basé sur le témoignage d’un cafetier de Docelles, est aussitôt diffusé.

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Expert et graphologue 30 octobre 1984.
Réunion à la gendarmerie de Nancy entre les principaux responsable de l’enquête, l’expert en écritures qui a commencé d’analyser les dictées et une graphologue parisienne dont c’est la première apparition dans l’affaire. L’expert déclare que ses premiers travaux lui donnent à penser que le corbeau pourrait être Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie, mais demande davantage de temps pour rendre ses conclusions définitives.

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Bernard Laroche arrêté et inculpé 31 octobre 1984.
Les gendarmes passent outre cette recommandation et interpellent sans plus attendre Bernard Laroche à son domicile d’Aumontzey et Marie-Ange à son usine de Gérardmer. Le couple est relâché le lendemain après-midi car tous deux ont pu fournir un alibi pour l’heure du crime.

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Murielle Bolle craque 2 novembre 1984.
Murielle, jeune sœur de Marie-Ange qui a témoigné que son beau-frère était chez sa tante Louisette (handicapée mentale) passe 36 heures  en garde à vue. Après avoir confirmé son premier témoignage, la très jeune fille (15 ans et demi) craque : « J’ai menti ».

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Bernard Laroche inculpé 5 novembre 1984.
Le juge d’instruction Jean-Michel Lambert inculpe Bernard Laroche. Il est aussitôt écroué à la prison Charles-III de Nancy où les autres détenus le menacent : « À mort, Laroche à la Vologne ». Le lendemain, Murielle se rétracte, innocentant Laroche.

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Avocats de la CGT 6 novembre 1984. À la demande de la direction de l’usine Ancel-Set où travaille Bernard Laroche, maitres Gérard Welzer et Paul Prompt, avocats de la CGT à Épinal et Paris, prennent en main la défense de l’inculpé.

L’Est Républicain

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Confrontation 9 novembre 1984.
Bernard Laroche est confronté dans le bureau du juge Lambert avec Murielle qui confirme sa rétractation. Ses avocats demandent aussitôt sa mise en liberté provisoire. Elle sera refusée pour trois raisons : possible arrestation prochaine des coauteurs du crime, nécessité d’attendre les conclusions des experts, sécurité de l’inculpé lui-même.

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Devant la poste 22 novembre 1984.
Christine Villemin est confrontée dans le bureau du juge Lambert avec quatre collègues de travail qui affirment l’avoir vue le 16 octobre en quittant l’usine un peu avant 17 h, se diriger vers la poste de Lépanges, s’arrêter devant et y déposer une ou plusieurs lettres. La mère de Grégory maintient qu’elles se trompent et l’ont vue, en fait, la veille.

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Remis en liberté 4 février 1985.
Le juge, contre l’avis du ministère public, libère Bernard Laroche, qui reprend son travail. Mais il reste inculpé d’assassinat. Ce jour-là, devant les journalistes, Jean-Marie Villemin annonce son intention de le tuer à la sortie de son travail. Marie-Ange Laroche demande alors, pour son mari, la protection de la gendarmerie qui la lui refuse (mais la gendarmerie n’était plus chargée du dossier à ce moment-là).

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Police judiciaire 18 février 1985.
Le juge Lambert saisit la police judiciaire de Nancy et reçoit longuement dans son bureau MM. Pierre Richard, sous-directeur du bureau des affaires criminelles à la PJ qui prend personnellement l’affaire en main et Gérard Andrieu, directeur du SRPJ de Nancy.

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Le meurtre de Bernard Laroche 29 mars 1985.
Jean-Marie Villemin, ne croit pas en l’innocence de son cousin. Il décide de se faire justice lui-même et abat d’un coup de fusil Laroche. Il se constitue prisonnier. Le lendemain, il est inculpé d’assassinat et écroué. Marie-Ange Laroche obtiendra par la suite la condamnation de l’État pour ne pas avoir empêché la mort annoncée de son mari.

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Obsèques de Laroche 2 avril 1985.
Obsèques sans incident de Bernard Laroche à l’église puis au cimetière de Jussarupt. On apprend que le juge Lambert avait l’intention de rendre prochainement une ordonnance de non-lieu définitif à son égard.

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Saverne 28 mai 1985, Jean-Marie Villemin est transféré à la prison de Saverne. Raison officielle : le rapprocher de Petitmont où Christine s’est réfugiée début avril chez sa grand-mère.

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Mutation 13 juin 1985. Le capitaine Sesmat est muté « sur sa demande » à Berlin.

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Reconstitution à Aumontzey 20 juin 1985.
Reconstitution du meurtre de Bernard Laroche devant son pavillon d’Aumontzey. Malgré un impressionnant service d’ordre, la crainte d’une nouvelle vengeance est si forte que Jean-Marie Villemin porte un gilet barre-balles.

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Christine Villemin soupçonnée 5 juillet 1985.
Le juge Lambert inculpe Christine Villemin d’assassinat et la place sous mandat de dépôt. Les éléments à charge sont une nouvelle étude graphologique la désignant comme le corbeau, ainsi que des cordelettes identiques à celles ayant ficelé Grégory retrouvées dans la cave du domicile familial. Des collègues de travail affirment l’avoir vue au bureau de poste de Lépanges précisément le jour et l’heure auxquels le corbeau a posté la lettre.

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Libérée 16 juillet 1985.
Bien qu’enceinte de 6 mois Christine Villemin a entamé depuis la prison de Metz-Queuleu une grève de la fin. Son mari (il a été transféré de Saverne à Nancy) a également arrêté de s’alimenter. Finalement, la chambre d’accusation de Nancy, relevant l’insuffisance des motifs de mise en détention provisoire, la libère. Mais elle confirme dans le même temps l’ordonnance de mise en accusation qui sera annulée ensuite par la Cour de Cassation. Son cas divise radicalement les acteurs de l’affaire, entre ceux qui sont persuadés de son innocence et ceux qui la considèrent coupable.

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Duras « se libère » 17 juillet 1985.
Marguerite Duras publie une tribune « Sublime, forcément sublime Christine V. » dans le journal Libération. Elle pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin. L’article est précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste.

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Naissance de Julien Villemin 30 septembre 1985.
Christine Villemin accouche à 22 h 10 d’un petit Julien, Jean-Marie, Gilbert à la maternité de Lunéville.

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Confrontation et reconstitution 22 octobre 1985. Nouvelle et interminable confrontation générale (près de 9 h) dans le bureau du juge Lambert. Huit jours plus tard, une reconstitution aux hauts de Lépanges est organisée. Jean-Marie et Christine sont laissés seuls pendant plus d’une heure dans leur ancienne maison puis ressortent main dans la main.

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Les Villemin aux Assises 9 décembre 1986.
La cour d’appel de Nancy renvoie Christine Villemin devant la cour d’Assises pour le meurtre de Grégory. Déjà le 22 juillet 1986, Jean-Marie Villemin avait été renvoyé aux assises mais cette fois-ci pour le meurtre de Bernard Laroche.

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Police scientifique 23 février 1987.
À la suite des insuffisances de l’investigation criminelle de la gendarmerie lors de cette affaire, les pouvoirs publics décident la création de la Section technique d’investigation criminelle (STIC), futur Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.

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Dijon reprend l’enquête 17 mars 1987. Cassation de l’arrêt de renvoi de Christine Villemin. La cour d’appel de Dijon reprend l’enquête. Elle ordonne un supplément d’information, successivement mené par le président Simon jusqu’en 1990, puis par son successeur le président Martin.

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Reconstitution 17 novembre 1987. Une reconstitution est réalisée pour tenter de déterminer l’endroit exact où l’enfant a été jeté dans la Vologne. Elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

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Jean-Marie Villemin libéré 24 décembre 1987. Jean-Marie Villemin est libéré. Placé sous contrôle judiciaire, il est assigné à résidence dans l’Essonne.

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Non-lieu pour Christine Villemin 3 février 1993. La cour d’appel de Dijon prononce un non-lieu en faveur de Christine Villemin pour « absence totale de charges », une première en droit pénal. Habituellement un non-lieu est rendu pour absence suffisante de preuves ou d’éléments de preuve, le non-lieu rendu apparaît donc comme une véritable réhabilitation. La cour révèle également que des charges « très sérieuses » pèsent toujours sur Bernard Laroche.

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Jean-Marie condamné à 5 ans 16 décembre 1993. Jean-Marie est condamné à 5 ans d’emprisonnement par la cour d’assises de Dijon, dont un avec sursis. Comme il a purgé une partie de sa peine pendant sa détention préventive, il est relâché peu de temps après l’annonce du verdict.

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L’ADN du timbre inexploitable 14 juin 2000. À la demande des parents de Grégory, l’enquête est rouverte et l’espoir est relancé par l’analyse de l’ADN présent sur un demi-timbre qui aurait pu conserver la salive du « corbeau ». Mais les analyses ne donnent rien, les experts déclarant à l’époque l’ADN inexploitable. La procédure est clôturée par un arrêt de non-lieu, le 11 avril 2001.

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L’État condamné Mai 2002. La cour d’appel de Versailles condamne l’État à verser 63.000 euros à Marie-Ange Laroche et Murielle Bolle en réparation d’une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l’enquête et de l’instruction ». Ces critiques s’étendent au supplément d’instruction mené à partir de 1987. Le tribunal des conflits saisi par les deux, avait rendu un arrêt le 19 octobre 1998. La veuve pouvait alors demander une réparation à l’État du fait de l’absence de protection de Bernard Laroche.

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70 000 euros pour les Villemin 30 juin 2004. L’État est condamné à verser 35.000 euros à chacun des parents de Grégory pour dysfonctionnement de la justice.

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Les soupçons du colonel Sesmat Septembre 2006. Le colonel de gendarmerie Sesmat, qui a dirigé l’enquête, laisse entendre, dans son livre « Les deux affaires Grégory », que de lourds soupçons pèsent sur Laroche.

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Demande rejetée 25 octobre 2006. Demande de réouverture de l’enquête par Murielle Bolle ; elle sera rejetée le 9 janvier 2007.

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Six épisodes à la télé 28-30 octobre 2006 : France 3 diffuse les six épisodes du film « L’affaire Villemin » (réalisés par Raoul Peck), qui retrace l’assassinat jamais élucidé du petit Grégory, et dont la programmation avait été retardée en raison de plaintes en justice.

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Diffamation ? 26 janvier 2007. Les avocats de Marie-Ange Laroche et ceux de Murielle Bolle assignent pour diffamation, Patrick de Carolis et la chaîne France 3, devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Jean-Marie Villemin ne sera pas réhabilité 26 juin 2007.

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26 juin 2007. Le parquet général indique ne pas s’opposer à la réhabilitation demandée par Jean-Marie Villemin en vue d’effacer sa condamnation prononcée en 1993 pour le meurtre de Bernard Laroche qu’il tenait pour l’assassin de son fils Grégory, le 16 octobre 1984. Cependant le 3 juillet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris rejette la demande de réhabilitation.

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Philippe Besson condamné 19 septembre 2007 : L’écrivain Philippe Besson et les éditions Grasset, qui en 2006 ont publié un roman intitulé « L’Enfant d’octobre » inspiré de l’affaire Grégory, sont condamnés à payer de lourdes amendes à Christine et Jean-Marie Villemin.

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Déboutées 30 janvier 2008 : le tribunal de Nanterre examine la plainte pour diffamation déposée par la veuve et la belle-sœur de Bernard Laroche contre la chaîne France 3. Le 27 mars, elles seront déboutées de leur action.

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Réouverture de l’enquête 9 juillet 2008 : Saisi par les époux Villemin, le procureur général de la cour d’appel de Dijon demande la réouverture de l’instruction, pour une nouvelle recherche d’ADN. Le 3 décembre suivant, la cour d’appel de Dijon ordonne la réouverture de l’enquête.

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Des traces ADN 22 octobre 2009 : L’expertise, réalisée par le laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux), a révélé la présence de deux profils distincts, un masculin et un féminin, sur timbre et une lettre du corbeau. Finalement les analyses ADN faites sur la lettre du corbeau envoyée aux Villemin ne donnent rien. En effet, les traces identifiées ne correspondent à aucun des 150 protagonistes de l’affaire. En 2010-2011, six nouvelles analyses sont ordonnées mais une fois encore, la justice fait chou blanc.

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Les scellés ne donnent rien 5 mai 2010 : le parquet général de Dijon annonce que les analyses ADN réalisées sur les scellés ne mènent à aucune piste, confirmant une information de L’Est républicain.

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Recherches tous azimuts 20 octobre 2010 : Jean-Marie Beney, le procureur général de la cour d’appel de Dijon ordonne que la justice rouvre l’enquête pour « l’analyse du cheveu retrouvé sur le pantalon du petit Grégory, « l’analyse du cœur des cordelettes » ayant servi à l’attacher, procède à « la comparaison des enregistrements des voix du corbeau et les voix des différents protagonistes de l’affaire », « à la recherche des traces digitales sur les parties collantes des enveloppes » et « à la recherche des traces de foulage sur la lettre de revendication du crime »

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Pas d’ADN ou si peu 16 janvier 2012. Le procureur général, Jean-Marie Beney annonce qu’« il n’a pas été possible d’extraire d’ADN du nœud des cordelettes ». Le cheveu a, quant à lui, révélé un ADN mitochondrial qui n’a pu être mis en relation avec personne Marie-Ange Laroche condamnée pour diffamation 31 janvier 2012. Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l’assassinat du petit Grégory Villemin, a été condamnée à 1 000 euros d’amende avec sursis pour avoir diffamé Étienne Sesmat, premier enquêteur sur l’affaire. La voix du corbeau analysée 1er septembre 2012. Maître Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité ». La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportages.

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1er septembre 2012 La voix du corbeau analysée. Me Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse que l’expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd’hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l’IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l’expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité. La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportage.

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Nouvelles recherches ADN 26 septembre 2012. A la demande des parents de Grégory, la cour d’appel de Dijon autorise deux nouvelles recherches d’ADN sur les vêtements, les chaussures et les cordelettes. Plus d’espoir d’un point de vue scientifique 24 avril 2013. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory Villemin ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise, le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

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24 avril 2013. D’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne. Le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory ne permettent d’identifier l’ADN d’aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise. Le procureur ajoute qu’il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne ».

Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon.  » Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ».  

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24 avril 2014. Il n’est « pas possible de mettre un nom » sur les profils ADN relevés dans l’affaire du petit Grégory, conclut le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney. « Il n’y a pas d’identification possible », compte tenu de la difficulté d’exploitation des résultats, jugés « extrêmement minces ». L’avocat de la famille Laroche y voit tout de même la « confirmation de l’innocence » de Bernard Laroche et dénonce « un gâchis judiciaire ».

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3 septembre 2014. « L’assassinat de Bernard Laroche, c’est le temps fort de mon existence, l’un des moments les plus tragiques de ma vie », confie le magistrat dans un long entretien accordé à « L’Est Républicain » à l’occasion de la sortie de son livre sur la justice qui fait grand bruit : « « De combien d’injustices suis-je coupable ? ».

L’Est Républicain


Responses

  1. on notera que le père de Grégory, l’assassin de Bernard Laroche donc, a fait en tout….4 ans de gnouf pour un meurtre de sang froid…

    • Je me suis fait la même remarque, Kobus, très léger pour un meurtre prémédité, non ? A moins que tuer un prolo, en plus de l’est, ne coûte pas grand chose

      • de plus dans ces futures friches industrielles, ça aurait pu être un électeur du fun, donc tout bénéf

        je suis sordide , là , mais avouez que ce genre de calcul peut effleurer l’esprit,non?

      • Euh, Vuillemin était acoquiné à Me Garaud, pas vraiment un futur start-upeur macronien

  2. tiens , rien à voir mais sur votre liste de liens, y a agnès giard , « les 400 culs »

    un article intitulé « incestuel….. »

    je l’ai lu

    arf!

    incestuel ce serait l’inceste pour les intellectuels , ou l’inceste intellectuel ou encore intellectualisé

    et incestruelle , ce serait pour les enfants dans les familles de maçons?


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