Publié par : Memento Mouloud | juin 22, 2017

Maël Bosson, Altia/ GM&S, Sabrina : la France telle qu’en elle-même…

« Il existe également un moyen de migrer dès à présent vers une démocratie plus horizontale indépendamment d’un mode de gouvernance hiérarchique. C’est-à-dire un vote en direct des citoyens pour différents projets amenés par les citoyens eux-mêmes. En effet, les start-up façonnent notre société présente et future. Financer une start-up en direct est donc un acte particulièrement impactant. Alors, pourquoi laisser cette responsabilité aux acteurs financiers ou politiques alors que nous pouvons tous placer 5 à 10 % de notre capital dans 5 à 10 placements à risque ?  « Une première solution pourrait venir d’une expérimentation d’un changement des modalités de vote. Le principe du système actuel de vote direct et unique pour un candidat date de l’antiquité et n’a pas été depuis amélioré. Or, les algorithmes, la modélisation, l’algèbre linéaire nous ont permis de faire des progrès significatifs dans la résolution des problèmes d’élection. Pourquoi ne pas adopter la stratégie qui a permis à Google de bien classer les pages du web à ses débuts pour évaluer la pertinence de candidats à l’élection présidentielle ? »

Maël Bosson

« Cela ne sert à rien de faire appel à l’institution, au ministère, chaque structure hospitalière est autonome dans ses décisions. Ces structures n’examinent pas les dossiers de candidature en fonction du mérite, mais sur le on-dit des gens avec qui le candidat a travaillé…le sexisme joue, le racisme joue. Mais un homme n’aurait pas voulu plier, cela aurait été la même chose. Il n’y a pas de recours, pas de commission médicale paritaire. On dit de quelqu’un qu’il ne veut pas s’intégrer quand il ne veut pas faire ce qu’on lui demande de faire. Alors que dans les pays anglo-saxons, s’il y a une personnalité difficile, on discute. On ne va pas lui montrer la porte. C’est très hypocrite, car à l’inverse, on ne fait rien contre les chirurgiens alcooliques ou harceleurs. L’hôpital français, c’est le népotisme et le marquisat, des querelles de clocher et des conflits de pouvoir. Un monde où on ne peut pas dénoncer son patron harceleur sexuel car c’est lui qui décide de votre carrière. La hiérarchie hospitalière universitaire, c’est le monde de la cooptation. Ils recrutent ceux qui sont prêts à courber l’échine jusqu’à ce qu’ils leur succèdent et reproduisent le système ».

Martin Winckler  

Maël Bosson a le look d’un trentenaire écolo-sympa. Il a fait une prépa d’ingénieur à l’INP (Institut national polytechnique), est passé par l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), a fait un petit tour au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) avant de revenir à l’INP dans le Gipsa-lab (Grenoble images parole signal automatique) et de faire un postdoctorat dans le Montana. Un parcours typique d’ingénieur grenoblois.

Pendant ses études, le voici fasciné par le vélo électrique. Il commence à en fabriquer sur mesure et monte des sites internet electricbikerange.info, www.ebikemaps.com et wwww.monveloelectrique.fr, pour fédérer une communauté d’utilisateurs de ce type de transport. Il prend le statut d’autoentrepreneur. Au Gipsa-lab, il a étudié un « contrôleur », une carte électronique made in ST Micro, qui permet d’optimiser la batterie d’un vélo électrique.

Avant de se lancer, il cherche à s’entourer des bonnes personnes et reprend contact avec un vieux camarade de promo, Raphaël Marguet, pour lui proposer de cofonder la boîte. Au site frenchflairconsulting.com, Bosson explique son choix de coéquipier : « Je travaillais avec la Métro sur des problématiques de développement du vélo électrique et lui avait été élu au conseil municipal de la Ville de Grenoble. Nous avons naturellement repris contact.  »

D’autres versions du lancement du projet existent. Bosson, adepte de ski de rando, a l’habitude de monter son matos en vélo. Un jour, il croise Raphaël, une connaissance de la prépa. Ils discutent quelques minutes et Raphaël est vite séduit par le projet.

D’un côté on accroche le notable, de l’autre tout part d’une rencontre dans un drôle d’endroit.

Les trois dirigeants d’Altia, Patrice Durand, Patrick Adolf et Nicole Cohen, sont aujourd’hui au cœur d’une enquête pour abus de biens sociaux et escroquerie, menée depuis l’été 2014 par le juge parisien Guillaume Daieff. Ils étaient les anciens propriétaires de GM&S . Pour deux d’entre eux, ils sont toujours les propriétaires des murs et du terrain de GM&S, et à ce titre perçoivent encore des loyers tous les mois.

Sabrina est marquée par une rencontre avec sa pédiatre. Après le bac, les études de médecine sont une porte de sortie. « Je voulais étudier ailleurs qu’en banlieue. » Elle intègre Paris 7, Bichat. Et dès la deuxième année, elle est « fascinée par le cerveau. Mais la neuro est perçue comme la spécialité des dieux. Les postes sont très chers ». Elle en fait cependant son objectif, même si, dès le début, elle se sent en décalage. « Quand je suis arrivée en première année de médecine, les étudiants baignaient dans le milieu, il y avait énormément de fils de médecins. Ils avaient déjà commencé à bosser l’été précédent en achetant des polycopiés, pendant que moi je travaillais au McDo pour me payer mes études. »

Sabrina tente alors de cacher le décalage qu’elle ressent. « J’ai toujours masqué mes origines, quitte à mentir. J’ai un faciès interprétable de façons multiples. Comme mon nom. Mais je ne me mélangeais pas trop. A posteriori, je me dis que je n’ai jamais vraiment fait l’effort d’aller vers les autres. Mais je n’étais pas attirée par le côté festif, les soirées alcoolisées. J’étais entre deux mondes puisque, le soir, je rentrais dans ma cité. » Les premières années se déroulent sans problème. La compétition commence vraiment en 5e année. Sabrina obtient un bon classement, qui lui donne accès à la chirurgie. Mais c’est trop juste pour Paris. Elle choisit Toulouse. « C’est là que j’ai signé mon arrêt de mort. »

En avril 2015, Ebikelabs naît, avec Bosson comme Chief executive officer (PDG) et Marguet comme Chief community manager (en gros il publie des trucs sur Facebook et Twitter).

Deux ans plus tard, la boîte est installée dans un open space d’Innovallée, la « technopole numérique » de Meylan-Montbonnot. Elle vend des contrôleurs, de petits objets pour vélos à assistance électrique (ou VAE). Elle développe également une application, qui permet de calculer un trajet, et vous indique si la batterie dudit VAE tiendra le coup, en fonction de la pente et de votre poids. Enfin, elle commercialise depuis peu des totems, de simples tablettes branchées sur leur appli, et installées dans des magasins de vélos, permettant au client de choisir son modèle de vélo électrique.

Ces machins commencent laborieusement à se vendre, mais pour l’instant la boîte n’a pas beaucoup de rentrées d’argent. Pourtant dix personnes y bossent à temps plein, en ingénierie, communication ou marketing. « J’ai un ami qui a lancé sa start-up et qui a vécu pendant 10 ans grâce aux aides européennes et aux subventions », explique Dominique Houzet, le chercheur qui a embauché Bosson en postdoctorat au Gipsa-lab.

En 2009, Patrice Durant, Patrick Adolf et Nicole Cohen, anciens cadres de l’allemand Halberg, commencent à constituer un groupe industriel ambitieux. À l’été 2009, ils emportent à la barre du tribunal de commerce l’usine de La Souterraine, ainsi que trois autres usines d’emboutissage (la fabrication de pièces automobiles métalliques), à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), Beaucourt (Territoire de Belfort) et Saint-Nicolas-d’Aliermont (Seine-Maritime), qui appartenaient au groupe Sonas. Le prix d’achat est de 750 000 euros. Altia met la main sur 23 sites en France, dont l’emblématique fabricant de chariots de supermarché Caddie. Un magnifique « sauvetage industriel » selon le ministre du redressement productif de l’époque, Arnaud Montebourg. L’État acquiert 20 % du capital en apportant 10 millions d’euros à l’entreprise, par le biais du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles, puis par celui du Fonds stratégique d’investissement, devenu la BPI. À l’été 2014, la BPI accorde encore 8 millions d’euros d’avance sur trésorerie à l’entreprise.

Après quatre nouveaux semestres apparemment sans souci, on tente de dissuader Sabrina d’aller en « neurochi ». Sans qu’elle comprenne pourquoi, on ne lui valide pas son 4e stage. Un ponte lui conseille de se réorienter. « J’ai compris qu’il fallait laisser la place à un fils de neurochirurgien qui était derrière moi. Si je validais mes stages, personne ne pouvait cependant m’empêcher de réaliser ce que je voulais. Mais d’un seul coup, j’ai senti que je n’étais plus désirée. Des personnes ont voulu me faire payer mon ambition personnelle, d’être sortie de ma condition de prolétaire, mon faciès et surtout le refus de me soumettre aux relations extra-professionnelles pour pouvoir m’intégrer. » Plus prosaïquement, des « difficultés d’intégration » lui seront par la suite reprochées.

En un an, Ebikelabs est parvenu à réunir un million d’euros (Les Échos, 9/06/2016). Avant même de créer sa start-up, Maël Bosson a bénéficié d’une aide pour favoriser le «  transfert de technologie » entre le Gipsa et Ebikelabs. Pour ce faire, il a eu un fonds d’EasyTech, un « programme » du pôle de compétitivité Minalogic visant à aider des « projets innovants impliquant de l’électronique ou du logiciel embarqué ». Damien Cohen, chargé de mission pour Easy Tech, explique que «  le montant pour ce type d’expertise oscille entre 12 000 et 15 000 euros, en cofinancement ». Selon Bosson «  La valorisation des forts investissements dans la recherche publique semble aujourd’hui essentiellement orientée vers le transfert technologique avec le soutien de nombreuses structures et d’importants financements ».

La petite start-up a ensuite bénéficié de l’aide d’une multitude de structures publiques. Elle a été accompagnée par Gate 1, un «  centre de ressources pour les jeunes entreprises innovantes souhaitant se développer  », financé par l’INP, l’UGA (université), le CEA, etc. Serge Compagnon, de Gate 1, nous explique : «  Gate 1 vient en renfort des fondateurs, qui ont souvent des profils techno. Nous sélectionnons des intervenants qui vont ensuite mener des missions de relations presse, ou faire des petits films pour communiquer.  » Ebikelabs met également en avant Innovizi, un « dispositif de financement des jeunes entreprises innovantes en région Auvergne Rhône-Alpes, porté par le Réseau entreprendre Rhône-Alpes et Initiative Auvergne Rhône-Alpes ».

Pour avoir du cash, elle a également eu un « prêt d’amorçage » et une « avance remboursable » de la part de la Banque publique d’investissement (BPI). La BPI, qui finançait GM& S, propose aux start-ups « un financement sous forme de prêt bonifié sans garantie ni caution. Le prêt oscille entre 50 000 et 100 000 euros apportés par Bpifrance, et peut être porté à 300 000 euros en cas d’engagement en garantie de la Région. » Bosson a obtenu 250 000 euros d’emprunt de la part de la BPI, vu que la Région a soutenu la start-up. En étudiant l’histoire de Raise Partner, la boîte cofondée par le maire de Grenoble Piolle (voir Le Postillon n° 27), nous avions découvert que les aides remboursables pour les start-up ne sont souvent jamais remboursées, car les entreprises se débrouillent pour ne jamais déclarer de bénéfice.

En plus de la Région, le Département s’engage également. Dans le cadre d’une «  aide au développement expérimental », le département de l’Isère donne 20 000 euros à Ebikelabs en novembre 2015, sans aucune contrepartie. Il s’agit d’un «  dispositif pour consolider le potentiel d’innovation des PME et TPE iséroises ». De plus, le dispositif « Jeune entreprise innovante » permet une exonération totale de l’impôt sur le revenu et des sociétés pendant le 1er exercice de l’entreprise. Chez Ebikelabs, il s’est étendu d’avril 2015 au 31 décembre 2016. Une longue première année qui permet une belle défiscalisation, qui se poursuit durant la seconde année à 50 %. Cet allègement est également cumulable avec le crédit d’impôt recherche (CIR), que Bosson n’a pas encore demandé. D’après un document qui a fuité, l’entreprise estime à 60 000 euros ses économies potentielles grâce au CIR, qui permet de couvrir 30 % de ses recherches en innovation.

Ebikelabs a bénéficié de 200 000 euros destinés à faire grandir des « pépites » technologiques européennes. Le canal : l’entreprise Inno Energy – une société européenne, disposant d’actionnaires en or massif : SUEZ, Areva, Schneider, INP, CEA, etc.

Altia constituée de bric et de broc et dont seuls certains sites sont rentables, va mal. Elle s’effondre courant 2014. En avril, les usines d’emboutissage sont cédées et déposent le bilan quelques jours plus tard. En juin, c’est au tour de Caddie. Fin juin 2014, les trois dirigeants sont poussés dehors par la BPI, et le 1er août 2014, le groupe entier est placé en redressement judiciaire. De novembre 2011 au 31 décembre 2014, en un peu plus de trois ans, les dirigeants d’Altia ont chacun touché plus de 1,3 million d’euros de rémunération nette, auxquels il faut ajouter 5,5 millions d’euros de dividendes, partagés entre eux trois sur la même période. La méthode pour amasser cet argent est simple. Selon un rapport daté de septembre 2012 établi par Syndex, le cabinet d’expertise comptable accompagnant les syndicats du groupe, Altia avait mis en place une politique de versement effréné de « management fees » (redevances de direction) et de dividendes. Les usines du groupe étaient tenues de faire remonter à toute vitesse d’énormes sommes d’argent vers les holdings de tête du groupe.

« C’était un pillage organisé », juge le directeur de l’une de leurs usines. « Un de nos clients, que je connaissais bien, m’avait dit : “Vos dirigeants ne sont pas des industriels, seul le cash les intéresse” », témoigne un haut cadre qui les a longuement fréquentés. « C’étaient des anti-industriels, ils étaient là pour s’enrichir », estime un autre. Un autre moyen de s’enrichir reposait pour les dirigeants sur l’utilisation fort astucieuse des terrains et des bâtiments des usines reprises. Dès qu’Altia rachetait un groupe, ces actifs étaient placés dans une société civile immobilière (SCI), à qui les usines étaient tenues de payer des loyers. Cela a été par exemple le cas pour les usines d’emboutissage de La Souterraine, Bessines et Beaucourt, dont les terrains et les bâtiments ont été rassemblés dans la SCI Stamping (mot anglais signifiant « emboutissage »), créée le 26 novembre 2009 et détenue à 99 % par Altia group, la holding de tête appartenant exclusivement à Durand, Adolf et Cohen.

Selon l’enquête judiciaire, l’achat des locaux et des terrains a coûté à la SCI 550 000 euros. Une opération extrêmement rentable puisque; entre février 2010 et janvier 2014, elle a encaissé pour 5,6 millions d’euros de loyers ! « L’investissement a été rentabilisé en six mois ! », s’est étranglé un témoin entendu par les policiers. L’usine de La Souterraine a touché 250 000 euros pour céder ses actifs à la SCI Stamping. Elle lui a ensuite versé 2,8 millions d’euros en quatre ans… Évidemment bien au-dessus du prix du marché. « Pas mal pour des bâtiments construits dans les années 1960, grince un syndicaliste de l’époque que nous avons interrogé. Surtout quand on sait qu’Altia n’entretenait rien, ni les murs, ni la toiture… »

En 2013, l’entreprise subit de sérieux problèmes de trésorerie, et voit les banques débloquer des sommes au compte-gouttes. Mais selon un échange de mails, lorsqu’un responsable financier annonce la « libération » de 470 000 euros le 30 mai, Patrick Adolf ne songe pas que cet argent sera utile pour payer les salaires des ouvriers ou les fournisseurs des usines. « Merci d’utiliser une partie de ces déblocages pour les fees et les loyers. »

En France, on compte moins de 13 % de femmes parmi les neurochirurgiens ; 3 parmi les 67 professeurs d’université et seulement 2 chefs de service (à Caen et Bordeaux). « Mais il n’y a quasiment pas non plus d’Arabes, de juifs, de Noirs », décrit Sabrina, qui rapporte la mégalomanie du secteur. « Vous connaissez la différence entre Dieu et un neurochirurgien ? Dieu ne se prend pas pour un neurochirurgien. » Et un Dieu choisit ses prophètes. « Est-ce que c’était parce que j’étais banlieusarde ? Je n’avais pas de famille, pas de réseau, j’étais inoffensive. Ils ont cru que je m’écraserais. »

« On m’a dit que je n’avais pas le profil, que je n’étais pas compétente. Mais comment pouvaient-ils le savoir ? Ils ne m’avaient jamais laissé rien faire. » Sabrina est coincée : elle ne parvient pas à se faire transmettre la preuve qu’elle a bien validé son stage précédent. Faux-pas supplémentaire : elle prend un avocat pour se défendre et attaque l’invalidation de son stage au tribunal administratif (qui lui donnera tort). Un médecin, qui l’appelle « Pupuce » depuis le premier jour, lui confiera : « On ne peut pas valider une interne procédurière. Avec toi, on va tous finir derrière les barreaux. Tu es une bonne âme humaine, va donc en médecine générale. »

À Toulouse, la CGT, qui la défend, évoque sans hésiter de la discrimination : « Ce qu’on lui a fait, c’est l’horreur absolue. C’est une chance qu’elle ne se soit pas foutue en l’air. » Mais le représentant du syndicat souligne aussi son attitude parfois contre-productive, peut-être liée à sa méconnaissance des codes en vigueur : « Elle a envoyé des lettres partout, tout le temps, jusqu’au président de la République, ce qui n’a fait que renforcer l’hostilité contre elle, et a donné un prétexte à l’administration pour dire qu’elle était folle. C’est une fille très intelligente, acharnée, un monstre de travail, qui met un point d’honneur dans un certain nombre de choses, et qui a osé s’en prendre à l’establishment. C’est vrai que c’est une sacrée coïncidence que sa place soit prise par le fils d’un ponte. Mais pourquoi attaquer au tribunal administratif ? C’est quasiment impossible de gagner. C’est inutile…lle lisait les textes sur la formation et elle voulait que ça se passe comme c’est écrit, raconte la CGT. Mais de la théorie à la pratique, il y a un monde : tout le monde le sait, personne n’ouvre sa gueule. Quand on est interne, on est soumis. On n’apprend pas le métier mais on s’en fout. Bien qu’on le lui ait dit, elle a refusé d’être taillable et corvéable à merci. Qu’elle ait fini son cursus, c’est un miracle. »

À Grenoble, on peut aussi tomber sur Horizon 2020, où les subventions passent de 5 à 9 zéros. « L’Europe veut maintenir sa compétitivité au niveau mondial, face aux USA ou à l’Asie. Ainsi, H2020 est le 8e programme d’aide aux start-up développé par l’Europe. Pas moins de 8 milliards d’euros sont consacrés pendant 5 ans, jusqu’en 2020 à la R&D  », nous explique Pierre Cléau, cofondateur d’Auvalie Innovation, installée comme Ebikelabs dans la zone d’Innovallée à Meylan.

Auvalie Innovation représente tout un pan du financement de la R&D. Il se définit pompeusement comme le Centre d’expertise en stratégie de financement de l’innovation. « On a des experts en montages de demandes de subventions, qui viennent en aide aux entreprises. Elles viennent nous voir parce qu’elles ne savent pas quelles aides sont disponibles. » continue Pierre Cléau.

La BPI, qui, on l’a vu, finance déjà les entreprises innovantes, propose une autre béquille. Son nom : Aide au partenariat technologique (APT). Cette subvention, qui avoisine en général les 30 000 euros, est à destination des entreprises qui veulent du conseil pour obtenir des subventions. « On va faire naître l’idée chez les entreprises d’aller chercher des financements de l’APT afin de faciliter nos règlements », explique Pierre Cléau. Auvalie va ensuite se rémunérer de deux manières différentes. Par un règlement classique en honoraires, ou bien par une rémunération au succès. « Si l’entreprise obtient son financement, elle nous paie sur l’enveloppe obtenue. Pour des clients qui demandent au-dessus d’un million à l’Europe, on perçoit entre 5 et 6 %…par une sorte de marketing territorial, lorsque l’enveloppe APT est épuisée en fin d’année, la région peut taper dans les bourses French Tech », poursuit M. Cléau.

Ebikelabs n’a pas seulement touché de l’argent public : la start-up a également fait appel au «  love money » comme ils disent. Lors de sa première levée de fonds, elle a obtenu 192 000 euros de la part d’une trentaine d’amis ou d’anciens clients de Bosson investissant dans la boîte. En 2017, elle aimerait réussir à « lever » 500 000 euros pour doubler la taille de l’équipe (10 collaborateurs actuellement), en « faisant appel à l’investissement participatif (crowdfunding equity) ».

Forte de ses dix stages validés, Sabrina peut cependant enfin soutenir sa thèse, mais à Toulouse, devant ses censeurs. Au vu de son profil « atypique », le jury, qui dit douter de la réalité des cas exposés, lui objecte son « parcours inquiétant », ses « grosses difficultés relationnelles ». Elle ne se démonte pas, obtient de pouvoir présenter sa thèse presque à l’identique à Paris, et la valide en octobre 2016. Ses cinq années de spécialisation en ont pris huit, mais elle voit enfin le bout du tunnel. Elle n’obtient aucun des nombreux postes qu’elle postule. « Je suis vue comme “Miss problem”. Et je vais faire quoi ? Travailler à la boulangerie ? Je me suis retrouvée à la Caisse des allocations familiales à mendier un RSA. De postes vacants, il y en a. On a même recours à des étrangers. Mais on n’examine même pas ma candidature. C’est Sabrina. La folle. »

L’horloge tourne. Le diplôme n’est valable que deux ans, Sabrina n’a plus que quelques mois pour trouver. Même pour pouvoir exercer en clinique, elle doit auparavant être passée par un hôpital. Elle s’est donc tournée vers Mediapart, pour un appel à l’aide. « Ma carrière va se finir avant d’avoir débuté. Ce n’est pas possible. »

Le Postillon / Mediapart


Responses

  1. Excellent !
    Mais attention quand même car l’adhésion à la France Insoumise peut vite vous démanger.

    • Et il faudra lever le poing gauche avec Clémentine Autain….

  2. Délicat en effet. A moins de virer Clémentine. Au fait a-t-elle opté pour l’amendement Ruffin. Tous au salaire minimum ?

    • Clémentine comme les autres apparatchiks ne peuvent pas vivre d’autre chose que de la démagogie électorale, c’est ce qui les porte. Ils maintiennent le lien c’est à dire le plus souvent la bêtise. Il me semble que Ruffin c’est autre chose, aussi il tiendra cinq ans mais pas plus

  3. Pour Clémentine, rien à ajouter.
    Pour F. Ruffin, je pense que vous pouvez avoir raison.
    Je pense le gars plus malin qu’il n’y parait.


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