Publié par : Memento Mouloud | juillet 1, 2017

Bernanos 2017 juge de Macron

La France a mis dans ce jeune homme toute sa honte car une société où le prestige ne correspond pas aux services rendus, où les classes dirigeantes reçoivent plus qu’elles ne donnent, est une société vouée à la ruine. En effet, la bourgeoisie qui donne le ton, ouvre les portes et ferme les boudoirs bancaires, n’a pas de mystique de temps de paix car elle n’en a pas en temps de guerre. Elle n’a même plus une morale mais une éthique. La dernière étape sera le transfert définitif à un algorithme des plaisirs attendus. Qu’elle aspire à une Dictature est dans l’ordre des choses et du jour. Elle attend d’Emmanuel-Ubu qu’il prenne à son compte les risques et les ridicules du pouvoir, en échange de quoi elle saisira le prestige et le profit. Ce qu’attend cette bourgeoisie c’est qu’on l’admire. Que les enfants perdus l’admirent enfin et ne lui crachent pas au visage. Elle s’aime si bienveillante. Si instruite et si riche. Mais elle doute de ses principes, de sa sagesse en stuc, d’elle-même, pauvre statue de plâtre qu’on démolit d’un manche de pioche. La bourgeoisie a la puissance d’un shadow banking, elle en est l’évanescence même.

En 1940, en 1962, comme aujourd’hui, les hommes dont je parle ont volontiers sacrifié la grandeur à la sécurité, inventé une France moderne, pacifique, européenne où ils pussent espérer vivre enfin tranquilles, à l’abri des vents mauvais dont les noms changent à chaque rentrée comme si tous les ennemis du jour étaient en solde ou au comptant.

Les démocraties ont toujours souffert de carences d’héroïsme, de fierté, d’honneur et cette maladie ne date pas de la cinquième République, elle est de naissance. La démocratie est la forme politique du capitalisme. L’une et l’autre sont de part et d’autre d’une équivalence qui a pour dérivés, un ensemble de formes semi-dictatoriales ou clairement énergumènes, à la manière nazie.

Le peuple français paraît trouver dans sa docilité du fait accompli, à la punition à venir, à l’expiation imposée, une sorte d’horrible allégeance. Il raille ses autorités de n’avoir ni les sentiments, ni les manières de l’antique noblesse. Le peuple impose donc à sa bourgeoisie des niais et des bouffons comme comparses et ne lui donne même pas cette consistance que confère la haine. Le Peuple est antisémite par dérivation. Il sait bien que la bourgeoisie c’est personne et tout le monde tandis qu’être juif, c’est tout de même convoquer la promesse d’Abraham de mère en fille et de père en fils, c’est exister sans Etat, c’est être fidèle à une parole alors qu’être français est un rituel administratif. La France bourgeoise se fait cosmopolite, islamophile, ouverte aux couleurs diaprées des colonies et des colonisés qu’elle méprise en silence parce qu’elle sait parfaitement qu’être français n’a aucune valeur puisqu’aucun honneur ne s’y rattache.

Pour les catholiques sociologiques, on sait qu’ils prennent la petitesse d’établissement qu’est devenu le catholicisme pour leur foi et plus l’église s’enfonce dans le vide, l’absence de pensée et le crétinisme, plus leur foi se rabougrit, s’effarouche et se durcit. Il faudra se rappeler un jour que ce peuple catholique ne s’est dressé qu’à la faveur du mariage civil pour tous, éprouvant pour le reste une indifférence complète. Non pas parce que ce peuple a des principes mais parce qu’il a des enfants et qu’il craint par dessus tout que ses enfants s’équivoquent sur la nature des portes étroites du plaisir. Leur charité ne va pas jusque là.

La France s’est mise à haïr les arabes et l’Islam, non pas parce que la défaite en Algérie fut cuisante mais le jour où des anciens marginaux ont augmenté le prix du pétrole et partant le prix de l’essence. Ils ont senti que le rêve automobile coûterait plus cher. Tant que l’inflation dépassait les taux d’intérêt, tout allait bien, l’ancien épargnant pouvait devenir un salarié à crédit, un acquéreur au rabais, garanti par l’État et ses banques. Quand la situation s’est inversée, le dépensier euphorique a donc trouvé à haïr au dessous de soi, ce qui est une perversion notable de l’intelligence et surtout du coeur.

Il a donc fait du délinquant afro-maghrébin la cause de tous ses problèmes. La bourgeoisie a répondu en adoptant la figure abstraite du gentil beur, du gentil reunoi, figures qui ne mangent pas de pain mais qui avaient cette qualité exquise de culpabiliser le populo trop blanc, trop raciste, trop chômeur quand le système capitaliste ne fut plus en mesure d’assurer le plein emploi, c’est à dire le cauchemar climatisé et continu du consumérisme rigolard.

La bourgeoisie française déjà habituée à toutes les faillites morales possibles, déjà si pressée de ménager les hommes d’affaires et de cabinet, s’est alors saisie de cette divine surprise : gouverner sous la menace d’une faillite économique imminente. Depuis quarante ans, le discours est le même. Demain sera déjà trop tard. Vous allez déguster.

La bourgeoisie fut aidée par les gens de lettres qui tiennent dans la société moderne le même rôle que celui des valets d’intrigue et des soubrettes faciles de la comédie classique. Ils vivent de l’amour des galants et des caprices des dames. Ils sont un divertissement, sûrement pas un foyer spirituel. Rien ne rayonne venant de France ou d’Europe, tout semble morne. Un éternel Waterloo.

La société moderne fait des empoisonneurs qui ont réussi, des bourgeois, de ceux qui ont échoué, des faillis. Mais de tous les empoisonnés, elle fait des parias. Cette société ne dispense même plus de révérer l’usurier qui vous a pris vos sous. Les peuples les portent au pouvoir tantôt sous le flacon populiste, tantôt avec une autre liqueur. Emmanuel-Ubu Ier, banquier de son état en est le produit de synthèse, comme Trump ou quelque autre. Il est impossible de voir de tels tocards à l’aise dans n’importe quel des grands siècles français ressuscités. Le premier peut toujours s’exclamer Heureux ! qui…/ vit dans l’état obscur où les dieux l’ont caché, le deuxième n’y verra qu’un twittos de plus, signé Daech. Ils ont de la liberté une même définition : ce qui les engraisse ou facilite leur intermittente gloriole.

A croire que ce ne sont pas les mêmes hommes que le destin choisit pour peindre la bouffonnerie et l’accomplir. Les premiers sont de rares artistes, les seconds se pavanent un instant sur la scène du monde. Demain les journaux n’en parleront plus, ils auront changé non pas de maître, car les maîtres sont anonymes mais de collecteur.


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