Publié par : Memento Mouloud | juillet 1, 2017

Simone (Veil) et Henri (Krasucki)

Simone Veil est donc morte avec les honneurs et pour des raisons qui ne m’échappent pas, le président Macron dont le caractère lamentable et néo-darlaniste se creuse de jour en jour, la cite comme exemple aux français, sans doute parce que cette rescapée des camps d’extermination n’a jamais renoncé à sa place de grande bourgeoise ce qui était une manière de flatter la notion d’israélite et celle d’assimilation alors que les deux étaient mortes avec les camps de Compiègne et de Drancy.

Il s’agit encore et toujours de sauver le mythe d’une République inchangée dans les principes de marbre de 1789 quand les principes en question sont à la fois détournés et abolis. Simone Veil n’a jamais été féministe et si elle défendit la loi qui ouvrait aux femmes un droit légal à l’avortement, elle n’alla pas jusqu’à proposer le remboursement de l’acte. D’ailleurs le droit à l’avortement n’est pas d’essence féministe puisqu’il établit le consentement des femmes à la conception. A partir de ce point ce qui s’introduit c’est une sorte d’eugénisme de masse et de couple par lequel hommes et femmes ont la possibilité d’éliminer en toute légalité tout fœtus considéré comme dysgénique. Au nom du « droit à la vie » qui n’est pas un droit à la vie mais un droit à naître, catholiques, protestants, juifs et musulmans s’y opposent comme s’il existait un droit absolu à la naissance dans un monde de 7 milliards d’êtres humains, bientôt porté à 10.

Toute morale bien faite devrait intégrer la limitation des naissances, comme celle des richesses et des pouvoirs mais il y a longtemps que les religions monothéistes instituées ont renoncé à toute morale pour une sorte de contrôle de la sexualité des femmes par la parentèle masculine parce que toute religion monothéiste instituée réclame une série de sacrifices aussi divers, qu’arbitraires et bouffons.

Simone Veil n’avait rien à dire là dessus comme sur le reste. C’était une icône de Warhol, la cousine de Marilyn mais en franchouille. Les français aimaient à se mirer en elle pour se voir bourgeois et parfaits.

Henri Krasucki était un autre rescapé des marches de la mort. Il bégayait, le juif polonais avait introduit un bégaiement étrange dans la langue de bois du cégétiste et dans la langue d’usage des français. Il bégayait et les gens biens se moquaient de lui. Je m’en souviens parfaitement. Sa vie avait été tragique mais il n’était pas une icône. Or si l’esprit de sérieux habille les icônes, l’esprit de dérision de notre époque, envers d’un esprit de soumission permanent au principe de la pléonexie (tu réclameras toujours plus de jouissances pour toi-même), est persifleur pour ceux qu’un trait traverse. Or Henri Krasucki en avait trois : juif, syndicaliste, le bégaiement. Contrairement à Simone, il était cultivé mais secret, il cachait sa passion pour la littérature anglaise et ne chantait pas sur les toits comme le premier ministre actuel que les livres l’avaient fait.

Un livre ne fait rien du tout, c’est la vie qui s’en charge.

Personne ne peut témoigner des fêlures de Simone Veil mais le personnage qu’on lui avait destiné avait étouffé toute vérité publique, toute parole d’importance mais il me souvient de l’avoir vue sur un plateau avec Henri Krasucki et ce jour-là, sur son visage, dans ses mots, un trait les reliait, un trait d’émotion et un trait qui n’était pas la fierté d’avoir survécu à une guerre, trait de mégalomanie propre au guerrier mais un trait singulier qu’avait énoncé Primo Levi, cette honte qu’on peut éprouver et qu’ils avaient éprouvé à être un homme et une femme, sans étiquettes, sans adjectifs, sans mythes, juste un homme voué à la mort.


Responses

  1. […] Lire ici la suite […]

  2. les polaques réunis à Rome le lendemain de la mort de Jean-Paul 2 clamaient « sancto subito »
    ce qui signifie « canonisez le maintenant ! »
    là , ça a été « panthéo subito »
    sans que quiconque ne le clame

    ce qui prouve au moins une chose , si la religion est l’opium du peuple, la république en est un autre ( d’opium , pas de peuple )

    et aussi et surtout , on ne canonise républicainement que lorsque ça commence à chier velu , en somme , lorsque les cotes de popularité se cassent la figure, lorsque le pays perd sa note chez Goldmann-Sachs , lorsque le chef de l’état est coincé la bite à l’air en scoutaire ou lorsque le nombre des chômistes dépasse celui des victimes du ….de….enfin, vous m’avez compris


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