Publié par : Memento Mouloud | juillet 10, 2017

Le féminicide existe-t-il ? : sur un article de Titiou Lecoq paru dans Slate.

Voici le titre d’un article paru sur le site Slate, « En France, on meurt parce qu’on est une femme ». Il est signé Titiou Lecoq. Le chapeau renseigne alors sur le contenu d’un tel article : « On connaît tous cette statistique: une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Mais sa réalité est bien différente de ce que j’imaginais ». L’usage du on permet de maintenir la subjectivité de Titiou mais aussi d’intégrer le tout venant, on c’est moi et vous, « tous ». Or ce tous est informé « qu’une femme meurt tous les trois jours sur les coups de son conjoint » soit 120 femmes tuées par an dans un cadre conjugal contre 60 en Espagne. 1200 en dix ans, 12000 en cent ans. Il s’en suit que la quasi-totalité des hommes ne tuent pas leurs compagnes.

Aussi ce qui intrigue dans l’argumentaire de Titiou c’est le « parce que » car ce parce que implique que le fait d’être une femme soit un facteur d’explication du meurtre et le fait d’être un homme, un facteur explicatif du comportement criminel. Il s’en suit que l’objectif de Titiou Lecoq est de développer une idée simple,  à défaut d’être juste : les hommes sont criminels par nature sans que la nature en question soit précisée (génétique, culturelle, péché originel ?).

« Ces derniers mois, j’ai pu constater des semaines au bilan très lourd. D’autres où il ne se passait rien sans que je parvienne à m’expliquer ces fluctuations. Il y a des moments de l’année plus meurtriers: les fêtes familiales notamment. Parfois, le conjoint choisit la date d’anniversaire de la victime ». Titiou aurait dû en tirer une analyse anthropologique ou criminologique mais ce n’est pas son but, son objectif est d’incriminer la nature meurtrière de l’homme, nature à reprendre et à refaçonner selon la perspective du genre qui oblitère deux éléments : la société de consommateurs qui est la nôtre avec ses vainqueurs et ses inutiles et l’ambivalence de la sexualité entre passion et désir de mort, plaisirs et souffrances, mystique et sécrétions. En résumé un versant Bauman et un versant Bataille.

« L’homicide involontaire est l’exception, il représente moins de 10% des cas. Bien sûr, avant la mise à mort, il y a souvent eu des violences mais ces femmes ne meurent pas de coups. ». La première partie de l’assertion est juste, la seconde fausse si on en croit les études espagnoles qui signalent que dans 45 % des cas de meurtres il n’existe aucune trace de violence antérieure commise par les meurtriers.

« En France en 2017, on tue sa femme en général de deux façons: on la plante au couteau ou on lui tire dessus avec une arme à feu, souvent un fusil de chasse. ». Dans les deux cas, on l’animalise. Le meurtrier ne la traite plus en objet de désir ou d’exécration, le meurtrier évacue toute langue, il chasse, silencieux, dans ce brouhaha imperceptible de la mort qu’on nomme le sacrifice.

Puis Titiou cite quelques cas qui échappent à ce fait majoritaire du fusil et du couteau, « Jean-Pierre, 58 ans, a choisi un autre mode: il a attendu que son ex compagne, Nicole, 47 ans, sorte d’une supérette et il lui a foncé dessus en voiture. Le mari de Doris, 60 ans, a choisi la batte de base-ball. Après 33 ans de mariage, il la soupçonnait d’infidélité. C’était en janvier dernier. En mars, Frédéric, 86 ans, atteint d’Alzheimer a tué Marcelle, 90 ans, à coups de casserole. Il a déclaré «elle a ce qu’elle mérite. Je l’ai fracassée». Le 12 juin dernier, c’était l’anniversaire d’Émilie, 34 ans. Son mari dont elle venait de se séparer, Guillaume, 37 ans, mécanicien, lui a ligoté les chevilles et les poignets sur les rails d’un TGV Paris/Nantes. D’après l’autopsie, elle était vivante au moment du passage du train. En mai, avec le calvaire de Marion, 41 ans, j’ai découvert la qualification légale de «viol ayant entraîné la mort». » En Espagne, 30 % des victimes sont étrangères, si on en croit la liste de Titiou, ce ne serait pas le cas en France. Plus loin Titiou citera une Fatima bien esseulée sans qu’on puisse en déduire sa nationalité. Mais Titiou fait dans le sentiment, le bon sentiment vengeur, le bon sentiment moralineux, celui qui ne cherche ni à comprendre ni à prévenir. Elle veut redonner vie à toutes les victimes en répétant leur nom comme Lanzmann dans Sobibor citait tous les convois au générique de fin car ce que Titiou entend bâtir c’est une catégorie juridico-criminelle : le féminicide.« Leur redonner ne serait-ce que quelques lignes d’existence, un âge, une profession, une situation familiale, c’est comprendre qu’on les croise tous les jours, c’est aussi percevoir les ondes de choc de leur décès, au premier rang desquels les enfants qui se sont retrouvés orphelins depuis janvier. »

Comme tous les hommes sont potentiellement criminels, un mensonge n’est jamais de trop, « toutes les catégories sociaux-professionnelles sont représentées. Tuer sa femme est un acte très bien partagé dans la société. Quel point commun entre un trader de 45 ans et un carrossier de 50 ans? ». Justement non, tuer sa femme n’est pas, en tout cas en Espagne, un acte bien partagé dans la société malgré le trader et le carrossier. 20 % des criminels espagnols sont qualifiés de sociopathes, 5 % de psychopathes, 1/3 d’émotionnellement instables. On en déduit que presque 2/3 des criminels espagnols ne sont pas à l’aise, pour ne pas dire plus, avec les attentes d’une société de consommateurs, 1/4 relevant vraisemblablement de l’underworld. Reste 1/3 des criminels pour qui tuer leur femme est une manière de conjurer une sorte de perte de statut ou une absence anticipée d’avenir. « Un autre point commun à nombre de ces affaires c’est le suicide du meurtrier. ».

Il est certain qu’un meurtrier qui se tue n’a pas même statut qu’un meurtrier qui se rend, qui s’enfuit ou qui prémédite sa fuite. C’est proprement un trait distinctif de ce type de meurtre. Autre hypothèse : qu’un homme se suicide après le meurtre de sa femme, animalisée, indique qu’il pratique un sacrifice, celui de sa passion. Il tue et se tue parce qu’il n’est plus le support d’une passion, même pas rien mais moins que rien, un déchet mutique. Il se fait bourreau et prêtre de son amour défunt, il est aussi le dieu vengeur, le possédé de son propre rêve devenu cauchemar.

« Il y a également des femmes atteintes de troubles psychiatriques, pourtant elles assassinent nettement moins souvent leur conjoint », un homme tous les 14 jours tout de même mais les femmes meurtrières ont une excuse, « dans près de la moitié des cas où elles tuent leur compagnon, elles étaient victimes de violence de sa part ». Il est dommage que la PQR, principale source de Titiou n’indique rien, à rebours, sur les relations passées entre le meurtrier et sa victime parce que toutes les violences ne sont pas physiques et que la répétition est la marque de leur gravité. Ainsi il n’est pas évident qu’un homme ou une femme insultés chaque jour par leurs conjoints respectifs dans le cercle de l’intime ou pire face à un public quelconque ne soient pas victimes de violence au même titre qu’un enfant dont le père ou la mère indiquent devant les professeurs ou les amis le mépris dans lequel ils tiennent leur progéniture. Sans même évoquer ces amis qui ne veulent aucun bien à celui qu’ils lacèrent de petites phrases en remarques lancinantes.

Dans une société de consommateurs l’image de marque est la condition essentielle du maintien de la valeur d’un individu sur le marché. Aussi les réseaux dits sociaux sont en fait des réseaux de cotations où l’inexistence vaut condamnation. Une telle cruauté non-dite, non-écrite, non-pensée provoque à la fois des distorsions dans le raisonnement et le jugement. Aussi Titiou lance une question rhétorique dont l’affirmation, absurde, reçoit l’assentiment de rezo.net, le canal de la gauche contestataire que j’ai toujours appelé Bozo.net parce que comme disait l’autre, ils le valent bien, à quelques exceptions près.

« Est-ce qu’en France, en 2017, on peut mourir parce qu’on est une femme? La réponse est oui, sans hésitation ». Il est bien évident que non, mais peu importe. Personne ne meurt parce qu’elle est une femme, mais cette femme, sa femme, la nuance n’est pas seulement de degré, elle est de nature.


Responses

  1. faudrait s’interroger sur ce nom et ce prénom
    titiou
    quels parents ont merdé dans le câblage pour prénommer leur progéniture ainsi?
    aussi bien que ceux qui les appellent timéo ( indicatif présent, première personne, timéo , times…..j’ai peur,mais de quoi? on s’en fout ,personne cause plus latin )
    on saura jamais si le prénom est masculin,féminin ou neutre

    et lecoq , hein lecoq, le coq gauloiche oui!
    on comprend que la malheureuse créature ,nantie d’un tel cognomen , en veuille à la gent porte couille….

    remarquez qu’elle a hésité , au dernier moment, à féminiser son nom

    avouez que titiou la poule, pour un journaliste qui prétend dénoncer le féminicide, ça fait drôle, non?

    • Je pense que c’est un nom de scène ou plutôt de blog, ça donne ce style : « Ami masculin à qui les meufs qui t’entourent n’ont pas daigné faire ton instruction gynéco, sache que la Moon Cup c’est l’alternative aux tampons ou serviettes, en gros c’est un mini-entonnoir en simili plastique que tu te mets dans la chatte pendant tes règles, qui “recueille” ton sang comme la rosée du matin et que tu vides dans l’évier avant de le remettre.) » Elle écrit aussi des récits palpitants comme la théorie de la tartine

      • ne disons pas du mal de la cupule vaginale
        j’en ai vu une chez ma fille, en squattant , un jour de cagade aéroportuaire

        je pense qu’elle répand le sang menstruel sur ses plantes ( en pot ! pas de jardin, habitat urbain oblige )

        paraît que ça marche

        sauf si tu remet le basilic ou la ciboulette dans les salades…..

  2. Je n’avais pas songé au compost, ça rejoint la théorie socialiste du circulus, le cycle menstruel comme premier pas vers la société d’harmonie

    • par contre, le basilic….
      dans le pesto,oui , ça harmonise au moment des repas ( mais son fils, par exemple, refuse tout condiment sur ses nouilles , son riz et autre féculent….stupéfiant,non? comment veux tu harmoniser les menus? tiens, là , par exemple, y a un difficile, un vorace , une estrangère ( anciennement celtique , enfin, deux millénaires auparavant ) , un nourrisson , une gourmande et …moi , moi qui fait les repas , la vaisselle ,les courses et qui …torche les culs….bonjour la logistique ! )


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